Le 14 février 1798, à Jumièges, on replanta l'arbre de la Liberté qui avait rendu l'âme. Comte-rendu des festivités.

Aujourd'huÿ seize pluviose an six de la république française une et indivisible.

Sur la place publique de Jumièges d'après l'invitation pressante du citoyen Hue commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale et du citoyen Foutrel, adjoint municipal, tous deux domiciliés au dit lieu se sont réunis en armes touts les citoÿens composant la garde nationale, les citoyens commissaire et adjoint municipal, l'agent et l'adjoint municipal de la commune du Mesnil sous Jumieges pour planter un arbre de la liberté en remplacement de celuy precedemment planté et peri par accident.

Un don du citoyen Dossier

Le cortège ainsy réuni s'est transporté avec pompe sur la propriété du citoyen Dossier, propriétaire, dont la générosité avait donné le choix sur tous les arbres existant sur son fond. L'arbre a été pris et porté en triomphe par des vrais Républicains fiers de leur victoire sur l'aristocratie. Les dits citoyen commissaire agents et adjoints municipaux sus designés se sont fait gloire de toucher pendant toute la marche l'arbre qui est l'emblème de la liberté dont ils sont les soutiens.

Trois militaires décorés de blessures

Le cortège de retour sur la place public a confié à trois militaires décorés de blessures honorables le soin de planter le susdit arbre. Ils l'ont placé dans l'excavation à ce destinée et l'ont soutenu pendant que d'autres Républicains ont achevé sa plantation.

Cependant le commissaire du directoire exécutif a prononcé un discours plein d'éloquanse et de patriotisme lequel a été suivi de cris cent fois répétés, Vive la République, Vive la constitution, Vive Bonaparte. Un roulement de caisse longtemps prolongé et plusieurs decharge de mousquetterie ont retentis dans les airs. 

Une composition originale

Une chanson patriotique analogue à la circonstance et composée exprès a été chantée par le citoyen adjoint municipal et de nouveaux cris de Vive la République se sont fait entendre.

Les Républicains se sont glorifiés de la victoire remportée sur la malveillance, l'artistocartie a pâti et le patriotisme s'est appplaudi d'un sy beau triomphe.

Ainsÿ fait à Jumièges sur la place publique le jour, mois et an que dessus.

Foutrel adjoint municipal, Hue, agent.


Quelques jours plus tard, ce fut au tour d'Yainville de se livrer à une cérémonie similaire :


SOURCES

Source : ADSM, Cote L3220. Recherche et numérisation : Josiane et Jean-Yves Marchand, transcription : Laurent Quevilly.

NOTES

Abbé Henri Grégoire. Essai historique et patriotique sur les arbres de la liberté. Paris, an II, in 18.
« Dans un grand nombre de communes de France, à l'époque de la Révolution, on planta des arbres destinés à rappeler, ainsi que de véritables monuments commémorâtes, l'avènement des libertés nouvelles. C'est ce qu'on appela dans le langage du temps les arbres de la liberté (...) A Paris, dés 1791, on comptait deux cents arbres de la liberté. C'était devenu bien vite un prétexte à réjouissances et à manifestations. Le jour de l'inauguration, devant l'arbre enrubanné, fleuri, décoré d'inscriptions, on prononçait des discours, on débitait des strophes patriotiques, les enfants chantaient des chœurs, puis la cérémonie s'achevait par des danses et un banquet. En mai 1792, à l'époque où nos ennemis redoublaient d'efforts, on vit dans toutes les communes des arbres élever leurs têtes majestueuses et défier les tyrans ; le nombre de ces arbres monte en 1794 à plus de 60 000, car les plus petits hameaux en sont ornés, et beaucoup de grandes communes du Midi en ont dans presque toutes les rues et même devant la plupart des maisons. »

La Grande Encyclopédie, tome 2., p. 589-591 

  « La tradition des arbres de la liberté reparut en 1830, puis en 1848 : la France en fut couverte. En 1870, après la proclamation de la République, on planta de nouveau quelques arbres de la liberté, surtout dans les villes du Midi. »