Par Laurent Quevilly
Le revolver de Jules Martin résonne encore à Jumièges. Le 14 juillet 1910, jour de fête nationale, ce conseiller municipal tira sur son maire. Genèse d'un psychodrame collectif...

Le regard clair, l'air angélique, une barbe de savant, Prosper Peschard
est né en 1846 à Fresne, dans l'Orne où son père était propriétaire et son grand-père fabricant. Bref, il est issu d'une famille aisée. Et ce jeune notaire fait figure de horsain quand, en juillet 1875, il reprend l'étude de Me Bicheray, longtemps adjoint au maire de Jumièges. Peschard n'a pas 30 ans. Et tout commence mal pour lui. Voilà trois mois qu'il est installé quand on le traîne déjà devant le tribunal de Rouen...

   
(Collection: famille Peschard)

Victime d'un escroc

En octobre 1875, les époux Sanson se présentent dans son étude. On leur doit de l'argent. Et leur débiteur a décidé de les rembourser. Peschard est donc chargé de leur remettre ce jour-là 4.500F. Une coquette somme qui ne demande qu'à faire des petits. Aussitôt signée la quittance, on discute placement. Des rentes sur l'Etat à 5% feraient bien l'affaire. A titre gracieux, Prosper veut bien se charger de la chose. Il remettra tous ces francs à un agent de change de Rouen répondant au nom de Caudebec.
Le 5 novembre suivant, le notaire de Jumièges effectue le versement des 4500F à la caisse de Caudebec avec ordre d'achat de rentes sur le marché boursier. L'agent confirmera bien l'opération. Seulement, le 17 novembre, cet homme d'affaires véreux est déclaré en faillite. Et surtout en fuite. L'ennuyeux, c'est que l'on ne retrouve pas le coupon établi au nom de la dame Sanson dans les papiers de Caudebec. Les époux intentent aussitôt un procès à Peschard. Bienvenue à Jumièges...


Heureux mariage

En 1876, Prosper Peschard épouse à Malaunay une parfaite homonyme : Marie Léonide Peschard. Sa belle-famille est elle aussi bien établie.

Dix ans plus tôt, feu le père de la mariée, François-Ferdinand Peschard, avait été nommé maire de Malaunay par décret. Oh! pas bien longtemps. Deux années seulement. Ses rapports avec ses conseillers s'étaient vite envenimés. L'ancien maire disparut dans sa 57e année, le 14 janvier 1874.

On édifia alors une chapelle funéraire dans le cimetière de Malaunay où allaient prendre place nombre des membres de la famille...

Sans doute le père de Léonide. Portrait conservé à la chapelle de Malaunay (Cliché: Martial Grain).


Juge de Paix

En septembre 1877,  Prosper Peschard est nommé suppléant au juge de paix du canton de Duclair. Ses soucis judiciaires n'entâchent pas son déroulement de carrière. Du reste, le 8 mai 1878, le notaire de Jumièges sort totalement blanchi du tribunal de Rouen. Les époux Sanson sont condamnés aux dépens...

Prosper Peschard continua tranquillement son métier. Il aura pour clercs Auguste Savalle, Augustin Beuriot, Valentin Prunier. Le 8 octobre 1883, face à l'abbaye, un premier enfant vient au foyer des Peschard:
c'est une  fille, Marie Georgette, née le 3 octobre 1880. Puis vint Robert Raphaël, le 8 octobre 1883.
En bon chef de famille, Prosper Peschard accueillit aussi sous son toit sa belle-mère en fin de vie. Marie Aimable Delalandre mourut à Jumièges le 13 janvier 1890. Elle avait 71 ans.







Les enfants  Peschard

Cette même année 1890, le 10 août, une figure du cru s'installe dans le fauteuil de maire. C'est Sever Boutard, 60 ans. Son père avait occupé ce poste bien avant lui.

Prosper Peschard est un érudit. Bien qu'aucun mémoire de sa plume ne soit encore parvenu jusqu'à nous. Il est  membre de la Société normande de géographie. Mais aussi de l'Association normande. Là, il siège aux côtés d'Henri Denise, le propriétaire de l'hôtel de la Poste, à Duclair, alors conseiller d'arrondissement. Il côtoie aussi le Dr Léonide Maillard, rédacteur au Journal de Duclair et conseiller général du canton. Deux élus. Bref, Peschard assied tranquillement sa notoriété. Sa clientèle est constituée. Il occupe une superbe maison sur la place de la mairie. Il est temps de faire connaissance avec celui qui deviendra son assassin.


Pauvre Martin, pauvre misère...

Jules Martin est né le 6 juin 1864 à Jumièges de parents journaliers. Il a 20 ans, en 1884, quand les ennuis commencent. Le maire de Jumièges. est alors Grandchamps, l'oncle de Maurice Leblanc. Le 26 octobre, le conseil municipal se réunit en séance extraordinaire, convoqué par Sever Boutard, l'adjoint. L'ordre du jour ? Résilier les baux des Martin sur des terrains communaux. Il y a là Cabut, Vauquelin, Renault, Paumier, Délogé, Lambert  et Vestu. Mais le maire ainsi que Delametterie et Gruley sont absents. Le conseil lève sa séance sans délibérer.
Mais on ne lâche pas le morceau. Voici une nouvelle séance :
Il s'appelait Jules... Tranquille

Jules Tranquille Martin est né de Jules Alphonse Martin, né au Mesnil le 21 novembre 1836 et d'Almédarine Longuet. Il a un frère et une sœur.

On le dira tantôt cultivateur, tantôt propriétaire.

Il mesure 1,67 m, cheveux châtain foncé, teint basané.
"Instruction primaire. Considération médiocre..."

 "Le maire expose que le sieur Jules Martin est débiteur envers la commune de 575F, montant des fermages échus à la Saint-Michel 1884 des terres qui lui ont été louées suivant les baux en date du 22 avril 1878 et du 11 février 1883. Qu'il est à craindre que le recouvrement de ces fermages n'offre, tant pour ce qui est échu que pour l'avenir, que des difficultés sérieuses.
Que le sieur Martin semble en effet dans une situation pécuniaires des plus précaires, son mobilier ayant été vendu par décision de justice et le produit de la vente paraissant insuffisant pour désintéresser ses créanciers.
Que de plus le sieur Martin n'ayant plus les ustensiles nécessaires pour cultiver néglige en ce moment d'ensemencer, suivant l'usage, les terres qui lui ont été louées.
Que dans ces conditions, il est de l'intérêt de la commune d'en prendre repossession le plus tôt possible et par suite de faire prononce la résiliation du bail consenti au sieur Martin.
En conséquence, M. le maire invite le conseil à délibérer sur la question de savoir s'il n'y a pas lieu de demander immédiatement au Conseil de préfecture de la Seine-Inférieure l'autorisation nécessaire à l'effet d'introduire contre le sieur Martin une action tendant à le faire condamner au paiement de ses fermages échus ainsi qu'à faire prononcer la résiliation, avec dommages et intérêts, des baux qui lui ont été consentis.

Sur quoi le conseil

Considérant qu'il résulte de l'exposé de M. le maire qu'il est urgent de faire résilier le bail consenti au sieur Martin et de reprendre possession des terres qu'il détient.
Qu'il convient également de le faire condamner au paiement des fermages par lui dus ainsi qu'à des dommages et intérêts pour réparation du préjudice causé par la résiliation.

est d'avis

Qu'il y lieu de solliciter du  Conseil de préfecture l'autorisation pour la commune de Jumièges  d'intenter contre le sieur Jules Martin une action tendant à faire résilier les baux  qui lui ont été consentis, l'un le 22 avril 1878, et  l'autre le11 février 1883  et à obtenir condamnation dau paiement des fermages  échus et courants et de tous dommages et intérêts  dus par suite de la résiliation."

Et tout le monde de signer ce document qui porte sans doute les gènes d'un acte meurtrier.

Il tâte de la prison

Trois années passent. A 23 ans, en 1887, Jules Martin épouse Marie Hulley. C'est une orpheline de 20 ans et il a fallu le consentement du conseil de famille pour ces épousailles. Un contrat de mariage est passé devant Peschard et c'est Sever Boutard, toujours adjoint, qui scelle cette union.

Très vite, le couple eut un premier enfant, un garçon prénommé Raoul. Puis vint un deuxième qui ne vécut pas deux mois.

La carrière criminelle de Jules Martin débute vraiment en 1894. Le 10 avril de cette année-là, il est condamné à 15 jours de prison pour rébellion et violences. Le 25 juin suivant, il écope encore de 20 jours, toujours pour rébellion consécutive à un arrêté municipal. Sever Boutard, devenu maire, a en effet retardé l'ouverture des pâturages communaux. Protestant avec véhémence, Martin a passé outre en faisant paître son troupeau. Il fallut le concours des gendarmes pour l'expulser de la commune pâture. Cet incident donne à Martin l'idée de se présenter au conseil municipal. Et il est élu ! Martin serait-il le porte-parole des croquants ?

Le 2 septembre 1897, des coups lui valent trois nouvelles journées de cellule. Bref, Martin est le trublion de Jumièges.

Est-il l'ivrogne que l'on voudrait nous faire croire, On le dit volontiers batailleur. Mais c'est surtout le roi de la chicane. Toujours en procès contre Pierre, Paul, Jacques, il perd le plus clair de son temps (et de son avoir!) devant les tribunaux. A croire que tous les juges de paix qui se sont succédé à Duclair n'ont eu que lui comme client. 


La mort frappe chez Peschard

Le 31 juillet 1898, un nouvel enfant vint chez les Peschard : Marcel. Cet accouchement eut lieu à Veules-les-Roses, la station de la Côte d'Albatre où le couple est alors en vacances. Les témoins civils de cette naissance donnent une idée de la coterie des Peschard. Il y a là Lucie Billard, épouse de Léon Asselin. C'est une modiste âgée de 44 ans demeurant à Veules. Le second témoin est Marie-Léontine Buisson, rentière de 31 ans, veuve de Jacques Abby, demeurant habituellement à N.-D.-de-Bondeville mais en résidence à Veules.

Six ans plus tard, la mort frappe à la porte de la maison Peschard. Le 11 juin 1904, Prosper veille le corps de sa femme qui s'éteint au terme d'une "longue et douloureuse maladie". Marie Léonide avait 49 ans. Elle fut inhumée dans la chapelle familiale de Malaunay. Malaunay où l'école catholique compte Peschard parmi ses bienfaiteurs. Fermée par décision de justice, elle fait l'objet d'un procès en cette année 1904...

Devant la maison familiale et la mairie de Jumièges, l'épouse de Prosper Peschard et sans doute son fils Marcel. (Collection : Dominique Barthès).

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Opposé au maire
Alors que tous ses amis choisis dans la bonne société occupent des mandats électifs, Prosper Peschard est tenté, lui aussi, par la politique. Seulement, Sever Boutard est bien enraciné. Face à ce Jumiégeois bon teint, Jules Martin, autre enfant du pays, mène une fronde échevelée à ne pas négliger. Prosper Peschard, tout bon bourgeois qu'il est, n'hésite pas à s'en faire un allié. Pour sa perte...

Sever Boutard, le maire contre qui Peschard et Martin font d'abord alliance



Incidents de séance

En juin 1905, notre notaire siège au conseil en compagnie de Martin. Autour de la table: Boutard, Gruley, Barbey, Duparc, Jeanne, Mustel, Lamy, Lefebvre, Renaut... Nommé secrétaire, Duparc ouvre la séance : "Vu les lettres de M. Le préfet en date du 22 mars 1905 et du 22 courant invitant la commune de Jumièges à..." Soudain, Martin apostrophe le maire. De manière agressive, notera Duparc, et par des propos incohérents. Boutard tente de calmer le jeu. En vain. La séance la plus brève du conseil de Jumièges est levée. Au procès-verbal, Martin apposera sa signature sous ce commentaire: "Contre les allégations qui précèdent écrites dans la séance du 28 juin, M. Martin déclare faire toutes protestations et réserves."

Un autre incident de séance est encore signalé quand, lors de l'examen du compte administratif, Martin critique la dépense de 70 F allouée à la vaccination pour l'année 1905. "Malgré les explications qui lui sont fournies, M. Martin s'élève en propos violents contre le médecin vaccinateur et va même jusqu'à s'attaquer à l'honnêteté de tous ceux qui se sont occupés de la vaccination. Le secrétaire de mairie, qui présente à M. Martin l'état des opérations vaccinalese est pris à partie par lui de façon désobligeante et sort. M. Martin s'en prend alors, sur un ton très élevé, à plusieurs personnes. En présence de ce tumulte, le maire déclare la séance levée..."

Peschard enfin maire

Ainsi ont passé les années depuis l'arrivée de Prosper à Jumièges, voici plus de 30 ans. L'aîné des Peschard fait des affaires à Paris. La fille louche sur un notaire tout désigné pour succéder au père vieillissant. Et puis il y a le petit dernier, confié à son oncle maternel,  dans la capitale. Prosper Peschard a sa cuisinière, son chauffeur, ses clercs. Mais reste encore simple conseiller municipal. Il va bientôt concrétiser ses ambitions.

Le 30 juillet 1907, Jules Martin, alors épicier au Sablon, fait encore parler de lui. Au tribunal correctionnel de Rouen, il est condamné à 100F d'amende pour menaces de mort envers Aimable Duparc. C'est l'un de ses collègues au conseil municipal.

Le 18 août 1907, Boutard renonce à sa fonction. Peschard conserve son siège de conseiller municipal derrière Jules Lefebvre, nouveau maire pour peu de temps. Aux élections municipales du 17 mai 1908, la droite s'empare de la mairie. Secondé par Léon Lamy, c'est Peschard qui endosse enfin l'échappe de maire.

Conflit avec les pompiers

Aussitôt, ses relations avec Lambert, homme de gauche, chef des sapeurs pompiers, sont détestables. Au point que notre nouveau maire refuse de présider le banquet de fin d'année des pompiers. Lambert s'en plaint au préfet.

Jumièges, le 17 novembre 1908,
A Monsieur le préfet,

Les soussignés, membres du conseil d'administration des sapeurs pompiers de la commune de Jumièges ont l'honneur de vous informer que dans leur réunion du 10 courant, après avoir pris connaissance de la lettre envoyée à M. le maire à la date du 15 octobre par le lieutenant l'invitant à bien vouloir accepter la présidence de notre banquet des sapeurs pompiers et le priant en même temps que la municipalité à assister à notre revue et manœuvre du 25 courant qui a lieu ordinairement ce jour sur la place de la mairie, à la suite de cette invitation, M. le maire a envoyé au lieutenant la réponse suivante en date du 19 et 22 octobre :

"Je ne peux accepter une présidence qui ne m'a pas été offerte et que la municipalité ne pouvait y prendre part dans ces considérations."

Considérant que ces deux lettres sont contraires à la vérité et sont de nature à nuire à l'autorité du lieutenant et à la discipline envers ses hommes ainsi qu'envers la municipalité qui sont toujours sous l'impression d'un mensonge de la part du lieutenant, vu ces faits, nous estimons que si le lieutenant doit respecter la discipline envers le commandant de place, celui-ci ne doit porter atteinte en aucune façon à son honneur vis à vis de ses hommes et nous venons, Monsieur le préfet, vous prier de bien vouloir nous en faire donner réparation.

Les membres du conseil d'administration, pour le lieutenant le sergent major Léon Lambert, le sergent Gueudry, et Beultey, sapeur.


Une note étonnante

En marge de ce document, une main anonyme, celle du préfet ? de son chef de cabinet ? écrivit cette note étonnante qui vise manifestement Peschard :

Réponse. Il ne m'appartient pas de donner un avis. J'ignore d'ailleurs quelle solution peut être donnée au conflit. Mais ce que je peux affirmer, c'est que la personne incriminée ne mérite aucun ménagement. Elle a toutes les audaces et ne recule devant aucun moyen. Elle n'est arrivée à sa situation que par de basses compromissions. Continuellement et sournoisement, elle bat en brèche la société plaignante. Si l'on peut abattre d'une façon sûre ou seulement diminuer cette personne, il ne faut pas en perdre l'occasion.

Si l'on peut abattre d'une façon sûre cette personne... Le commentaire est stupéfiant quand on connaît la suite de l'histoire.

Lambert distingué

En attendant, Lambert est distingué. On le fait Officier du Mérite agricole. Ses remerciements, on s'en doute, n'iront pas au maire...

Monsieur le préfet,
Je viens vous prier de bien vouloir être mon interprète auprès de Monsieur le ministre de l'agriculture pour le haut grade qu'il a bien voulu m'accorder. Cette distinction, monsieur le préfet, me donnera le courage de supporter la perte cruelle que je viens de faire en la personne de ma femme enlevée subitement à l'âge de 53 ans et en même temps de subir les tracasseries et les vexations dont je suis l'objet chaque jour de la part du maire clérical de Jumièges en ma qualité de lieutenant commandant la subdivision des sapeurs pompiers de Jumièges enfin de pouvoir humilier chaque jour (sic). Il n'a pas voulu comme l'avaient toujours fait M. Boutard et M. Lefèbre signer de service intérieur de façon à nous arrêter dans nos sorties habituelles en présence de ces faits est-ce que le dernier service intérieur signé par ses prédécesseurs ne serait pas toujours en vigueur.
Veuillez agréer Monsieur le préfet...
E. Lambert, lieutenant de pompiers, officier du Mérite agricole.

Les frasques de Martin

Peschard finira par honorer de sa présence les manifestations de ses pompiers. Mais après Lambert, il se fait un nouvel ennemi. Ses relations se dégradent avec Martin, l'allié d'hier, le plus turbulent de ses conseillers. Question de gros sous...
Martin est illettré. Mais loin d'être un idiot, estiment les gens de Jumièges qui l'ont d'ailleurs réélu. Seulement, son caractère entêté et criard, son étroitesse d'esprit lui donnent une notion déformée de la réalité. Il se croit éternellement persécuté. Et malin avec ça ! Pour faire croire à Duclair que ses procès captivent l'attention de ses concitoyens, il loue un jour d'audience plusieurs voitures dans le pays et convie tous ceux qui voudront bien l'entendre plaider. «Je vous transporte gratis à Duclair et je régale après l'audience. En voiture ! En voiture ! Allons les amis !» Les voitures furent remplies de Jumiégeois. Ce jour-là, le premier étage des halles où siégeait la justice de paix fut rempli comme un œuf !

Jules Martin a aussi ce gros défaut: il méprise Raoul, son fils unique. Un jour, il le chasse. Et garde à la maison tous ses effets. Quand ce dernier fut appelé au conseil de révision, son père refusa de lui fournir des vêtements. Pire: il en fit un paquet. Et y mit le feu. Puis Martin monta la garde devant la porte, son fusil entre les jambes. C'est du moins ce qui se raconte dans le village; Curieuse excentricité...

Martin inonde aussi les ministères, jusqu'à l'Elysée, de réclamations, de pétitions auxquelles il arrive que l'on réponde. Il garde alors  précieusement les enveloppes aux en-têtes officielles. Et les utilise pour les dossiers qu'il remet au juge de paix de Duclair. Histoire de montrer qu'il connaît du beau linge. Et qu'il convient de le ménager...

Le 23 novembre 1908, au tribunal correctionnel de Rouen, Jules Martin est condamné par défaut à six mois de prison pour dénonciation calomnieuse. Il accusait deux gardiens de la Paix de lui avoir dérobé de l'argent. Ce qui s'avéra contraire à la vérité. Six mois de prison ! Martin fera appel.


L'escalade de la haine

Pour l'heure, la vie continue. Prosper Peschard inaugure, le 27 décembre 1908, la toute première cabine téléphonique de Jumièges. Joli cadeau de Noël.

Le 23 janvier 1909, la peine de Jules Martin pour calomnies est ramenée à deux mois de prison et 100F d'amende. Une broutille à côté de deux affaires qui vont forger sa haine du notaire.

Contre rente viagère, Martin voulait acheter une propriété à Mme Vauquelin, sans passer par Peschard. Ce qu'il en proposait représentait la moitié de la valeur réelle du bien. Peschard s'y est donc opposé. Et Martin s'est encore retrouvé en prison après avoir vertement protesté.

28 septembre 1909: Martin se rend un soir chez Peschard. Le notaire est à l'étage avec son clerc. On ne le reçoit pas. Fort marri d'être ainsi éconduit, Martin se rend au café voisin, chez Ameline, où il exhibe son revolver, profère des menaces de mort. Apprenant cela, Peschard porte plainte. Enquête de gendarmerie. Martin est condamnée par Henry Lefebvre, juge de paix du canton de Duclair, à 11F d'amende. Forcément, la rumeur populaire déformera cette affaire. Martin aurait menacé directement Peschard de son revolver. Il allait tirer quand il fut désarmé. Pur fantasme. Mais bientôt une réalité...

Car la haine que nourrit Martin pour Peschard atteint son paroxysme. Sa sœur a épousé quelque dix ans plus tôt un sieur Barbey. Or un membre de cette famille, rentier
de son état, vient de mourir à Jumièges en laissant plusieurs héritiers. L'un deux habite dans l'Eure. Martin lui a rachèté sa part d'héritage pour 2.000F et s'est présenté à la succession. Seulement, feu Barbey avait des dettes et ses créanciers font opposition. Résultat : au lieu de toucher son lot Martin doit de l'argent !...

L'incendie de trop

28 mars 1910. Ce lundi de Pâques, vers 10 h et demie du soir, l'épicerie que tient Jules Martin aux Sablons, est la proie des flammes. Martin fait alerter les pompiers qui, arrivés à la hâte, demeurent impuissants. Le puits qui se situe à proximité ne suffit pas à enrayer le sinistre. Le bâtiment de 20 mètres sur 5 est totalement détruit. La cause de cet incendie reste inexpliquée. La gendarmerie de Duclair viendra sur place pour enquêter. Martin est assuré. Mais les créanciers de Barbey ordonnent à Peschard de mettre un arrêt sur la prime d'assurance. Il ne touchera donc aucune indemnité pour son sinistre et intente aussitôt un procès au notaire qui, à ses yeux, est l'ennemi à abattre.

Les derniers jours de Peschard

Le 31 mai 1910, Mme Lepel-Cointet reçoit à l'abbaye la société française d’archéologie qui achevait là deux jours d'excursion. Prosper Peschard se fait sans doute un plaisir de saluer cet aréopage de barbes blanches.

Le 21 juin, le conseil se réunit. Sont présents autour du maire: Lamy, Lefebvre, Delametterie, Gruley, Renaut, Glatigny, Gossey, Duparc... L'ordre du jour est mince. On doit de l'argent à Andrieu, de Duclair, pour l'habillement des pompiers. Une subvention est demandée au préfet. Ce sera le tout dernier conseil présidé par Peschard...

Début juillet 1910, ami de Peschard, le restaurateur Henry Denise, devenu maire de Duclair, est investi par le comité républicain pour succéder au Dr Maillard qui ne se représente pas au conseil général. Cette semaine-là, l'huissier de Duclair fut appelé à saisir à Jumièges les meubles d'un parent de Jules Martin. L'homme en question cadenasse sa porte et menace l'officier ministériel. Comme le veut l'usage en pareil cas, l'huissier va demander l'assistance du maire de Jumièges. Me Peschard se refuse à lui prêter main forte: «Je ne tiens pas à me mettre à dos un membre de la famille Martin !»

L'incident se sait. Le mardi suivant, 12 juillet, sur le marché de Duclair, Henri Denise se moque amicalement de Peschard qui réplique, excédé :

— J'ai assez de Jules Martin pour me poursuivre de sa haine. Il me menace et je ne suis pas tranquille.

— Rassurez-vous, réplique Henri Denise, il crie comme ça. Mais n'osera jamais vous toucher.

Le lendemain soir, une ombre est aperçue devant la maison Peschard. Puis le jour se lève sur le 14 Juillet. Martin n'osera jamais toucher Peschard ? Si. Aujourd'hui...


Un coup de feu claque

14 juillet 1910, il est environ 10h et demie. Voici quelques minutes, Prosper Peschard est sorti de sa belle maison, située à deux pas de la mairie, sur la place centrale du village. Il s'est dirigé vers le bas du bourg de Jumièges pour aller discuter avec son ami, M. Lalesse, un cultivateur. Le notaire est coiffé de son traditionnel chapeau de feutre à larges bords. Le voilà qui remonte maintenant vers sa demeure. Et serre la main de ses administrés, à droite et à gauche. Aujourd'hui, jour de fête nationale, les rues de Jumièges sont animées. 
La maison Peschard en 1949. (Collection: Famille Peschard).

A 11h doit avoir lieu devant la maison commune la traditionnelle revue des sapeurs-pompiers, commandés par Eléonore Lambert. Pour l'heure, les pompiers sont encore occupés à leur exercice annuel de tir. On n'attend plus que leur venue pour débuter la cérémonie.  Cet exercice touche d'ailleurs à sa fin. Car plusieurs pompiers en reviennent, causant amicalement par petits groupes. Peschard croise Lambert et lui donne les dernières recommandations pour la cérémonie de tout à l'heure. Quatre hommes approchent : Gustave Lesueur, Ybert, Legareux et... Jules Martin, 


«On me tue! A moi! A moi!...»

Brusquement. Martin se détache de son groupe pour se camper devant Peschar. Il lui prend la main droite avec sa main gauche. Et de l'autre, à bout portant, lui tire un coup de revolver dans l'abdomen en criant: «Ah! le v'la c't'ami que j'voulais voir !»
Une détonation a claqué. Mais à part les protagonistes du drame, personne ne bronche sur la place. Un stand de tir est tenu par un forain à deux pas de là. Alors, on pense à un coup de carabine. Mais bientôt Peschard s'écrie: «On me tue ! A moi ! A moi !...»
Surexcité, Martin braque toujours son arme en direction de Peschard. Qui a réussi par lui saisir les poignets et tente de détourner un nouveau coup avec le peu de forces qui lui reste. C'est alors que le tenancier du stand, Victor Orhant, se rue sur Martin. 
«Y'a une balle pour toi si tu m'touches !" crie Martin. Orhant ne se laisse pas démonter. La lutte entre les deux hommes est terrible.
D'un coup sur le bras du meurtrier, Orhant détourne le canon braqué vers lui. A temps. Une balle part trouer la tenture du stand. Orhant a pris le dessus. Il étrangle Martin, le terrasse à terre, aidé d'Eugène Sursin, un valet de chambre de Mme Lepel-Cointet accouru sur les lieux. D'autres témoins interviennent. Maintenu à terre, Martin est désarmé. Il ne pourra plus nuire.


Martin est enfermé

Alors, il est remis au garde-champêtre, Duthas. Duthas à qui Martin n'oppose aucune résistance: «Mets-moi les menottes, si tu veux. Je te suivrai là où tu voudras.  A Duclair, s'il le faut. T'as rien à craindre de moi...»

Duthas, le garde-champêtre de Jumièges, photographié ici l'année suivante...

On conduit Martin dans une salle l'hôtel Vauquelin. Encore très excité mais sans tenter de fuir, il y attendra l'arrivée des gendarmes que Morand, garçon boulanger, part prévenir à bicyclette.


Une plaie béante

Tandis qu'on maîtrisait ainsi le meurtrier, on s'affaire autour du maire. Il n'a pas perdu conscience et pousse des hurlements de douleur. Bourriot, son clerc principal depuis des années, Ameline, le restaurateur voisin et Sursin l'aident à regagner sa maison, toute proche. On le fait monter à sa chambre où il est aussitôt déshabillé. Là, à hauteur de l'estomac et au côté de gauche, un trou béant crache des flots de sang. Les témoins sont atterrés. Vite, il faut un médecin.

 Le chauffeur de Peschard fonce à Duclair et par bonheur trouve rapidement le Dr Chatel. Un quart d'heure plus tard, Chatel est au chevet du blessé. Le médecin juge immédiatement de la gravité de la situation. Il faut une intervention chirurgicale de toute urgence. Chatel renvoit son automobile à Duclair chercher de la glace et des médicaments. Peschard s'affaiblit de plus en plus. Il lui faut dans l'immédiat des piqûres de caféine.

Le chirurgien le plus proche, il est à Rouen. On télégraphie au Dr François Hue. Réponse: Monsieur Hue est en villégiature pour 24 heures à Etretat. Immédiatement, Mme Lepel-Cointet ordonne à son chauffeur de s'y rendre. Il est 13h30 quand l'auto s'élance à la recherche de l'éminent chirurgien.

Plusieurs protagonistes du drame figurent sur cette photo prise un an auparavant. A l'arrière, M. Ameline, le restaurateur de la place qui aida à transporter la victime à sa maison. Assis à l'extrême-gauche, Léon Lamy qui rédigera l'acte de décès. 4e à partir de la gauche, Jules Ibert, le forgeron, accompagnait Jules Martin quand celui-ci fit soudain feu sur le maire. Enfin, à l'extrême-droite, Baptiste Fradet est le chauffeur de Mme Lepel-Cointet qui partit à la recherche du Dr Hue et le ramena d'Etretat.


Martin raconte...

Revenons à Martin, enfermé dans une salle de l'hôtel Vauquelin. A peine a-t-il commis son crime qu'un reporter du Journal de Rouen est déjà à ses côtés et peut s'entretenir librement avec lui. Le journaliste a devant lui «un grand gars, bien découplé, au teint basané.» Il interroge Martin sur son geste. Sa réponse est un long monologue qu'il débite d'une seule traite.

«Je ne regrette rien de ce que j'ai fait. Ou plutôt si ! Je regrette d'avoir manqué mon coup. Peschard m'a poussé à bout. On était en procès pour des comptes d'argent. Y me réclamait des sommes que je lui devais pas. Et c'était injuste de sa part...»

Martin crie, gesticule, veut faire de grands gestes qui sont écourtés par les menottes. Il poursuit:

« A Pâques dernier, l'épicerie que je tenais aux Sablons à brûlé. J'étais assuré. Ma compagnie a décidé de m'allouer une indemnité de 1.500 francs. Quand je me suis présenté pour toucher, on m'a dit que M. Peschard avait mis arrêt sur ma prime.  Arrêt ? Pourquoi ! J'ai voulu lui demander. Il a pas daigné me donner d'explication. Alors, je lui ai fait un procès. Ce procès se plaidait à Rouen. V'là deux mois qu'y dure mais il est toujours remis de la faute de Peschard qui est un madré.

"Hier encore, je m'suis rendu au tribunal, à Rouen. Mon avoué m'a paru plus froid que d'habitude. Y m'a dit que le jugement était remis encore une fois. C'était de trop. J'étais à bout, acculé à la misère. Y fallait en finir...

«Voilà quinze jours de ça, j'ai acheté 25F un revolver chez un armurier de Rouen dont je me souviens pas le nom. J'étais décidé à tuer Peschard quand, c'matin, je suis parti de la maison.

«Comme je suis conseiller municipal depuis vingt ans, j'ai été longtemps un ami politique de M. Peschard et la dernière fois encore, j'ai voté pour lui, comme maire. Je m'étais fait inscrire le premier au banquet des pompiers. Je l'aurais pas rencontré avant que mon intention était de le tuer au banquet...

«Dire ce qui s'est passé quand j'ai tiré, je m'en souviens plus bien. Lorsque j'ai aperçu mon ennemi, j'ai vu rouge... Oui, oui je voulais le tuer... On ne poursuit pas un homme comme il m'a poursuivi, on ne l'accule pas à la misère comme il m'a acculé sans que cette homme cherche à se venger. Je m'suis vengé !...»

Aucun regret, aucune parole de pitié pour la victime qui agonise. «C'est un homme empoigné et aveuglé par la haine, note le journaliste, une de ces haines de village, exacerbées par les contacts permanents avec celui qui en est l'objet, à tort ou a raison...»

L'hôtel Vauquelin où est enfermé Martin.

Notaire réputé, Peschard a-t-il pris des mesures arbitraires contre Martin pour le seul plaisir de s'en faire un ennemi? D'autant qu'on le sait rancunier, voire méchant. Quels sont au juste les démêlés entre Peschard et Martin. Le reporter Est curieux de nature. Il questionne autour de lui. Commence à cerner les affaires opposant les deux acteurs du drame...

Dans le bourg de Jumièges, frappé de stupeur, il n'y aura pas les fêtes prévues cet après-midi devant la maison de la victime. On remet à plus tard le feu d'artifice. Seul le banquet des pompiers se déroule et toutes les conversations roulent sur la question. On ne chantera pas à la fin du repas. Un maire a forcément des ennemis. Ce jour-là, tout le monde blâme le geste de Jules Martin. Mais voilà qu'arrivent le juge de paix de Duclair et les gendarmes Brunet et Bougnoux, deux hommes placés sous les ordres du maréchal des logis Robert. L'enquête officielle commence...

Les langues se délient

L'enquête parallèle, celle de notre journaliste, est déjà bien avancée. Le reporter du Journal de Rouen tient déjà un papier bien charpenté. Il pousse son zèle professionnel jusqu'à interroger Delamétairie, élu proche de Peschard qui demeure au-dessus de l'église. «C'était il y a longtemps. Martin m'avait promis de me faire mon affaire. Il croyait que je l'avais dénoncé aux gendarmes alors qu'il chassait sans permis. Il était entré chez moi, son fusil à la main.» Delametairie soupire: «Me Peschard avait alors ri de mes craintes. Il a pu se rendre compte que cet individu était des plus dangereux.» Conseiller très en vue, Delamettérie songe-t-il que si son maire meurt, il peut être appelé à lui succéder ? Le rédacteur en est persuadé.

Un autre Jumiégeois, Aimable Duparc, se confie au journaliste. Duparc contre qui Martin avait intenté un procès et qui fut lui aussi menacé d'un coup de fusil. Combien d'autres encore, s'interroge le rédacteur. Au culot, il allonge maintenant le pas vers la maison de Martin...


Mme Martin témoigne

Il y a là les ruines de l'épicerie. Au fond de la cour, nous rencontrons la femme de Martin qui jouit dans le pays d'une excellente réputation. Mais que l'on plaint, la pauvre. Car elle n'a n'a pas toujours été une épouse heureuse.
Alors que son homme est enfermé à quelques centaines de mètres, dans un sordide bâtiment, elle berce sa petite-fille, un bébé de 6 mois dont le père effectue son service militaire. Mme Martin est triste. Elle a des sanglots dans la voix:

«Mon mari est parti ce matin sans me dire qu'y voulait tirer sur M. Peschard. J'savais même pas qu'il avait acheté un revolver à Rouen. Sans ça, je m'y serais opposée de toutes mes forces.

«On est sans maison depuis notre incendie. Alors, on loge dans le cellier. Le boulanger nous connaît et nous a fait crédit. Heureusement. Sans quoi, où qu'on s'rait en ce moment !

«C'que Jules a fait est mal, certainement ! Mais quand on saura ce qu'il a souffert !...»

Nous quittons Mme Martin sur ces paroles. On sent qu'elle aussi partage envers Peschard le ressentiment qui a conduit son mari au crime.


Le parquet débarque

17h: le parquet de Rouen débarque à Jumièges.
Hôtel Vauquelin, il y a là Célice, procureur de la République et Le Moine, juge d'instruction accompagnés de Baguet, commissaire-greffier.
Martin va répéter aux magistrats qu'il a prémédité son crime. «Je reconnais tout. J'ai aucun regret.» L'affaire sera donc vite entendue.


L'arrivée du chirurgien

17h30: en quatre heures, l'auto de Mme Lepel-Cointet nous a amené le chirurgien tant espéré. Du premier coup d'œil, Hue mesure la gravité de la blessure et apprécie les premiers soins palliatifs portés par son confrère de Duclair. La balle, en pénétrant sous la dernière côte, a traversé l'estomac et la rate et est allée se perdre dans la région dorsale. Hue la sent parfaitement sous la pression du doigt.Opérer sur place ? Impossible.

18h: Jules Martin vient de quitter Jumièges, encadré par les deux gendarmes. Sur son passage se massent des curieux. L'assassin les toise d'un regard insolent, cigarette au bec. Il dormira ce soir à Duclair. Les magistrats regagnent Rouen.

A 20h, dans une voiture spéciale envoyée de la capitale normande par la maison Drancé, on transporte le blessé, accompagné de son clerc et du médecin de Duclair. Lentement, le convoi arrive à la Compassion à 23h30. On télégraphie à Paris pour prévenir le fils Peschard...

Dans la nuit, un gigantesque orage ajoute au climat dramatique qui règne dans la presqu’île. Un orage qui va secouer la région durant trois jours. De Duclair, Martin sera conduit le lendemain à Bonne-Nouvelle. Et l’on ne donne pas cher de sa tête. 

15, 16 juillet. Toute la presse parle de Jumièges. Le Journal de Rouen livre un joli travail d'investigation. En revanche, la presse nationale n'a pas le même talent...


L'alcoolique du Petit Journal

Ouvrons d'abord le Petit journal et soulignons-en les erreurs. Que nous apprend-il ? Martin, 45 ans, alcoolique invétéré, a intenté plusieurs procès contre ses collègues. Mais il en veut surtout à Peschard qui a exercé des poursuites contre lui. Alors, il parle sans cesse de se venger. Comprenant dans la même animosité ses collègues du conseil. Mais personne ne prête attention à ses menaces. "En raison de son excitation alcoolique perpétuelle..."
Seulement, ce 14 juillet, Martin a fait de copieuses libations. Ses menaces se font plus violentes. il montre un revolver et affirme à plusieurs reprises qu'il va bien se faire justice. Peschard sort de la mairie. Martin s'avance. Sans un mot, il tire un coup de revolver. Un seul. Peschard s'effondre comme une masse. Le maire est grièvement blessé. Intestins perforés. Un chirurgien est appelé de Rouen pour opérer.  Le meurtrier, quant à lui, est conduit dans la soirée à Duclair où se transporte le parquet de Rouen. "Le conseiller ne regrette rien..."

A la une de l'Huma

La veille, le drame fait déjà la une de l'Humanité. Le compte-rendu est plus sérieux.

UN CONSEILLER TENTE DE TUER SON MAIRE

« Rouen, 14 juillet - M. Peschard, maire de Jumièges, a été victime ce matin d'une tentative d'assassinat de la part d'un cultivateur, Jules Martin, conseiller municipal depuis 25 ans dans cette commune, avec lequel il avait des discussions d'intérêt.
S'approchant, sur la place de la commune, du maire qui allait passer en revue les pompiers, Martin lui a tiré un coup de revolver à bout portant. Un deuxième coup de feu a éclaté pendant une lutte terrible qui s'était engagée entre le meurtrier et un témoin, mais la balle s'est perdue dans les tentures d'un tir.
M. Peschard, qui a eu les intestins perforés, est dans un état extrêmement grave. Un médecin de Rouen a été appelé pour l'opérer.
Le parquet de Rouen s'est rendu à Jumièges et a arrêté le meurtrier qui a exprimé le regret de ne pas avoir tué le maire.»

Monsieur Jaurès tient bien sa rédaction. Pas question d'alcool dans cet article. Mais d'un mobile: "des discussions d'intérêt..." Pas question d'un seul coup de revolver. Mais de deux, d'une lutte violente avec un témoin. Le parquet de Rouen ne se rend pas à Duclair, mais à Jumièges. Jules Martin est conseiller depuis 25 ans, nous dit l'Huma. Il a 45 ans nous avait soufflé le Petit journal. Martin a donc été élu à 20 ans. Long mandat pour une terreur de la population en conflit permanent avec ses collègues. 



Dans le Figaro

L'adversaire politique de l'Huma n'est pas en reste et titre :

Quatorze Juillet tragique

 « Ce matin, à Jumièges, au moment au Me Peschard, notaire et maire du pays, se disposait à passer la revue des pompiers, un cultivateur, le nommé Jules Martin, s'est avancé vers lui et lui a tiré,  à bout portant, deux coups de revolver.
Une balle a grièvement atteint M. Peschard à l'abdomen, l'autre est allée se perdre dans les tentures d'une baraque foraine.
Des pompiers ont désarmé le meurtrier qui leur a opposé une résistance énergique. Ils ont pu néanmoins le remettre aux gendarmes.
Martin a déclaré être venu à la revue avec l'intention bien arrêtée de tuer le maire auquel il reproche de l'avoir ruiné.
Quant à Monsieur Peschard, il a été transporté à Rouen dans un état très grave.»

Là non plus pas d'alcool. Mais un mobile encore plus précis. Martin reproche à Peschard de l'avoir ruiné. Pas de lutte avec un témoin. Ce sont les pompiers qui désarment le meurtrier. Et le remettent aux gendarmes. On ne voit pas le parquet. On ne voit pas de chirurgien sur place. 


Nécrologie précipitée

 Datée du 15 juillet 1910, une lettre du procureur général au garde des Sceaux annonce prématurément la mort de Prosper Peschard.

PARQUET
de la
COUR D'APPEL

Rouen, le 15 juillet 1910
DIRECTION
Affaires criminelles
1er bureau


Le Procureur général
à Monsieur le Garde des Sceaux

J'ai l'honneur de vous informer que Me Peschard, notaire à Jumièges et maire de cette commune, a été assassiné hier par un Sr Jules Martin, conseiller municipal, avec lequel il était depuis longtemps en conflit d'intérêts pécuniaires.

Martin a tiré un coup de revolver à bout portant sur le notaire. La blessure a perforé l'intestin et je viens d'être informé du décès de Me Peschard, survenu cet après-midi. Martin a été placé sous mandat de dépôt et incarcéré à la maison d'arrêt de Rouen.

Le procureur général
L. Célice

«Il est à Bonne-Nouvelle !»


Incarcéré dès le 15 juillet à Bonne-Nouvelle, Jules Martin plonge dans un univers carcéral qui n'est encore rien à côté de ce qui l'attend. Pour le moment, Peschard est encore en vie.



L'acte d'écrou de Jules Martin numérisé aux archives départementales de la Seine-Maritime par Josiane Marchand

 La voiture cellulaire a déposé Martin rue de la Motte. C'est un bâtiment relativement récent de 120 mètres de façade vers lequel convergent en éventail trois autres constructions de même importance. La branche du milieu est réservée aux enfants. Une centaine. Tout est cerné par un mur de 28 pieds. L'ensemble tire son nom de la place Bonne-Nouvelle, à deux pas.

A son arrivée, Martin fut accueilli par le gardien chef à qui le type de la voiture cellulaire tendit un dossier. L'homme en casquette établit longuement les formalités administratives. État civil, données pénales. Un numéro d'écrou tiendra désormais lieu d'identité au conseiller de Jumièges. On le toise, le pèse, l'observe. Comme au conseil de révision. On fait aussi l'inventaire de ses vêtements, son argent de poche, ses éventuels bijoux. Puis vient le bain-douche. Longtemps médecin-chef de la prison, le Dr Merry-Delbost fut un hygiéniste militant. C'est lui qui a imposé ici ces installations en avance sur leur temps. Pas un germe ne doit entrer dans la prison.

Visite médicale. Revêtu de sa tenue de détenu, nanti de son bardas avec la cuiller en fer, la gamelle, le gobelet, bref, tous les objets usuels, Martin est happé par un univers où résonnent voix et clés. Et puis il y a cette odeur âcre qui vous prend à la gorge. Poisseuse. Une odeur de renfermé.  Pour Martin, sa première pitance du soir se résuma à quelques pommes de terre ou légumes et du pain à discrétion. Le lendemain midi fut plus roboratif: soupe, légumes variés ou, deux fois par semaine, de la viande. Du pain toujours à volonté. Et puis, en guise de boisson, une tisane répondant à une formule hygiénique comme les aimait Merry-Delabost.


L'agonie du maire

A Rouen, deux jours après le drame, le docteur François Hue parviendra bien à extraire la balle. Mais le blessé a perdu beaucoup de sang. ce samedi, vers midi, le chirurgien se réjouit d'un état stationnaire. Pas de fièvre. Pas de complications. Vers 18h, il constate même une certaine amélioration. Mais Hue reste réservé. Très réservé...

Dans la nuit, la péritonite redoutée se déclare. Le dimanche, vers 10h du matin, Hue va tenter  l'opération de la dernière chance. Peschard est resté conscient. Résigné à mourir depuis l'attentat. Il souffre cruellement. Il voit son fils qui, nous dit le Journal de Rouen, vient, «non sans difficulté, d'arriver de Jumièges.» On le croyait à Paris.  

L'opération permet l'écoulement du liquide qui était brusquement passé de l'estomac dans l'abdomen. Mais le blessé, dont la faiblesse était très grande, ne tarda pas à succomber. Il était 11h et demie, ce dimanche 17 juillet. Prosper Peschard avait 63 ans. 


L'autopsie

François Hue fit remplir le certificat de décès par Célice, procureur de la République. Le lundi, vers 10h, le Dr Didier, médecin légiste, pratiqua une autopsie qui allait confirmer que l'estomac avait été aussi perforé. Tout ceci allait alimenter le procès d'assises qui s'annonçait. Le Journal de Rouen conclue son papier du 18 juillet par ces lignes:

«Dans ces circonstances profondément douloureuses, nous exprimons à M. Peschard fils et à Mlle Peschard l'expression de nos profondes condoléances. Leur père a reçu, tant à Jumièges qu'à la Compassion de Rouen, les soins les plus éclairés et les plus dévoués. S'il n'a pas été sauvé, l'impossible a été tenté.»

Pourquoi ne parle-t-on pas du second fils de Prosper Peschard ?...

Le président du tribunal civil de Rouen rendit une ordonnance nommant Me Ozanne, notaire à Rouen, administrateur de l'étude Peschard. Il se rendit à Jumièges le mardi suivant le décès pour prendre ses fonctions et assister à la levée des scellés apposés sur les minutes du défunt.

Les obsèques

Le jeudi, une foule imposante assiste aux obsèques. Les commerçants de Jumièges ont baissé leur rideau, les artisans cessé le travail. Dès 9h et demie du matin, la population se rassemble sur la place de la mairie, lieu du drame. On note la présence de nombre de notaires venus de tout l'arrondissement de Rouen, des clients, des amis. Tout ce monde débarque de minute en minute de luxueuses limousines, de taxis, de breaks, de charrettes de campagne. L'entrée de l'étude a été transformée en chapelle ardente qui se couvre de couronnes, de gerbes, de bouquets.

A 10h, le clergé procède à la levée du corps. L'abbé Lequy et ses chantres sont entourés par les frères de charité qui brandissent leurs bannières bariolées, agitent leurs clochettes, parés de leurs étoles. En tête du cortège avancent les enfants des écoles portant deux couronnes, l'une offerte par les garçons, l'autre par les filles. Les charitons portent celles du conseil municipal ou encore des clercs de l'étude.

Le deuil est conduit par Robert, Marcel et Georgette Peschard.

La chambre des notaires suit la famille. Elle aussi a offert sa couronne.
Derrière marchent la plupart des conseillers municipaux avec Lamy en tête, l'adjoint de Peschard. Puis viennent de nombreux élus de la région.

Dans l'église Saint-Valentin tendue de noir débute la grand messe. Avant que le doyen de Duclair ne donne l'absoute, le curé de Jumièges prend la parole d'une voix cassée :

"Votre présence à cette heure est pour la famille de M. Peschard la seule consolation qu'elle puiss recevoir dans l'affreux malheur qui la frappe. Cette présence montre combien toutes vos sympathies vont à ces enfants privés de leur père, à ces frères et sœur séparés de celui qu'ils aimaient.
"Naguère encore, il était au milieu de nous, prêt à se dévouer aux intérêts de sa commune. Aujourd'hui, toute cette énergie, tout ce dévouement sont là, anéantis dans ce cercueil. C'est le cœur brisé que j'adresse ce dernier adieu à celui qui, pendant vingt-cinq ans, fut pour moi l'ami de tous les jours.


Les élus présents aux obsèques

Quillebeuf, député de la 4e circonscription de Rouen, Maillard, conseiller général, Denise, conseiller d'arrondissement du canton de Duclair, Panthou, maire de Duclair, Duclos, maire de Saint-Paër, Leroy, maire d'Yainville, Poulain, maire de Mauny, Chéron, maire du Mesnil-sous-Jumièges, de Malartic, maire d'Yville...

D'autres personnalités

Thérou, avoué honoraire, Renard, Marc et Lebray, Verneuil, ancien avoué à Rouen, Lefebvre, juge de paix du canton de Duclair, MM Goimbault, Allard, Lechevallier, Dubosc, Deln, Roussel, conseillers municipaux, Picgache, de Saint-Pierre-de-Varengeville, Lattelais, de Saint-Paër, Lambert, lieutenant des pompiers de Jumièges...

La chambre des notaires est représentée par son président, Me Robert Ysnel, de Rouen, son syndic, Me Eudier, de Buchy, son rapporteur, Me Deshcamps, de Rouen, son trésorier, Me Tesnière, d'Elbeuf, son secrétaire, Me Guérin, de Rouen et deux membres, Mes Toutain et Ozanne, de Rouen. Parmi les autres notaires présents : Mmes Desrez, Routrolle, Defougy, Gomart et Gence, de Rouen, Dacheux, de Clères, Beizaux et Noyelle, d'Elbeuf, Follot, de Boos, Bonnechère, de Cailly, Rungeard, de Déville, Le Bertres, de Mesnil-Esnard, Garrigues, de Duclair, Allinne, de Ry, Legrix, de Fréville, James, de Caudebec, Legrand, d'Yvetot, Andrieu, d'Yerville, Beuriot, de Saint-Valry, Mandrin, de Bourg-Achard, Girardeau, de La Mailleraye, Duchamp, notaire honoraire, Lecourtois, ancien notaire à Saint-Valery...


  "Mais ci comme ami mes regrets sont immenses, comme prêtre, j'ai eu la douce émotion de recueillir de ses lèvres d'agonisant de si touchants sentiments religieux et de si sublimes paroles de pardon qu'elles me laissent au cœur un souvenir précieux et d'éternelles espérances. Au revoir, ami, dans le sein de Dieu !"

L'abbé Lequy multiplie alors les remerciements. Au nom de la famille, du conseil municipal, du conseil paroissial, du bureau de bienfaisance, de l'instituteur, de l'institutrice, des répartiteurs, oui, on remercie tous ceux qui ont assisté à ces obsèques. La messe est dite. La famille fait procéder à une distribution de pain pour les pauvres.


Un drame dans le drame

Le  corps de Prosper Peschard fut conduit dans l'après-midi à la chapelle familale de Malaunay où fut posée cette plaque qui ne fait aucune allusion au drame.



Plaque dans la chapelle familiale de Malaunay (Cliché: Martial Grain)

Toujours dans l'après-midi, Me Ysnel procéda aux lieu et place de Peschard à la vente judiciaire des biens provenant de la succession dont Martin avait acheté une part. "On sait que c'est le règlement de cette succession qui brouilla le vieux notaire avait celui qui devait être son assassin", écrira le Journal de Rouen.
Dans le même temps se déroula un drame dans le drame. Deux avocats de Rouen, Veyssière et Bennetot qui assistaient aux obsèques rentrent dans la capitale normande, conduits par Charles Straheli. Parvenus près du vélodrome, leur taxi renverse une jeune fille de 20 ans, Blanche Pigache. Elle est transportée à l'Hôtel-Dieu et succombe peu après.


L'acte de décès de Peschard

En août, à Jumièges, Léon Lamy porta l'acte de décès de Prosper Peschard dans le registre des décès.
N° 31 Décès de Peschard Prosper Jean Baptiste Raphaël le 9 août 1910. Décédé le 17 juillet 1910 (Transcription).
L'an mil neuf cent dix, le neuvième jour du mois d'août a neuf heures du matin, nous adjoint au maire, officier de l'état civil de la commune de Jumièges avons transcrit l'acte de décès dont la teneur suit:  
La succession de Peschard

Le dimanche 7 août 1910, on procéda à l'élection complémentaire de deux conseillers. Inscrits : 292, votants : 225. Boutard obtint122 voix et Duparc 114.
Le mercredi 17 août, à 17h, le conseil élit Delamettérie maire par 10 voix sur 11.
 Du dix-huit juillet mil neuf cent dix a deux heures après midi (heure légale) acte de décès de Prosper Jean Batiste Raphaël Peschard Notaire, Maire de Jumièges (Seine Inférieure) y domicilié, décédé hier a onze heures et demie du matin à Rouen, rue d’Écosse,10, âgé de soixante trois ans, né à Fresnes (Orne) le seize septembre mil huit cent quarante six, fils de feu Jean Prosper et de feu Marie Caroline Anastasie Bazin, veuf de de Marie Léonide Peschard avec laquelle il avait contracté mariage a Malaunay (Seine Inférieure) le six juin mil huit cent soixante seize. Constaté par nous, conseiller municipaux de Rouen, officiel de l’état civil délégué sur la déclaration de Georges Guettier, âgé de quarante et un ans employé en cette ville, rue Besnoit, 39 et de Ovide Richard, âgé de trente trois ans, employé en cette même ville place de la Calende 40, auquel acte fait double, les déclarants ont signé avec nous lecture faite. Le registre dûment signé pour copie conforme délivrée conformément à l’article 80 de code civil pour être transcrite sur les registres de la commune de Jumièges, lieu du dernier domicile de la personne décédée. En l’Hôtel de ville le quatre août mil neuf cent dix pour le maire de Rouen, l’officiel de l’état civil délégué, signé : Lemarchand. Vu pour législation de la signature de M Lemarchand, adjoint au maire de Rouen apposé d’autre part. Rouen, le 8 août 1910. 
Pour le préfet le conseiller de préfecture 
illisible.
 

Pour copie conforme
Léon Lamy




Avec la mort de Peschard, les choses se gâtent pour Martin, Durant sa détention, il sera encore entendu par le juge d'instruction. Il s'est trouvé un avocat en la personne de Me Métayer, homme de gauche, futur maire de Rouen. Et développe alors un autre système de défense: le coup de revolver est parti par accident. C'est Peschard qui, apeuré par l'arme, s'est rué sur lui. Martin regrette, oui, il regrette ce qui s'est passé...


Le procès s'ouvre

Octobre 1910. Quatre mois après le drame, Marie-Georgette Peschard épouse le clerc de son défunt père, Edmond Rousée. Ce même mois, 27 octobre 1910, la chambre des mises en accusation de la cour d'appel de Rouen décide le renvoi devant la cour d'assises de Jules Martin, accusé d'assassinat. Le procès s'ouvre le 18 novembre. Grosse affluence au palais de Justice de Rouen. « Tout Jumièges est là, observe le journal de Rouen, et c'est avec une vive émotion que les concitoyens de M. Peschard  suivent les péripéties de ces graves débats au bout desquels on peut entendre prononcer la peine de mort !»

La cour d'assises est présidée par le conseiller Mourral entouré de ses assesseurs, Robillard et Molinié.


L'acte d'accusation

Lu par le greffier Legrain, l'acte d'accusation rappelle que "Tranquille Martin", 46 ans, propriétaire à Duclair, était d'abord épicier et que ses première relations avec sa future victimes n'annonçaient rien de belliqueux. Seulement, voici deux ans, ces relations se rompent. Martin quitte l'étude Peschard. Le notaire lui réclame alors le montant de diverses avances. Des procès s'engagent. Martin qui est en  difficultés financières en éprouvent alors de vifs ressentiments.

En septembre 1909, il se livre devant la maison du notaire à une manifestation qui donne lieu à enquête de la gendarmerie. On l'entend proférer des menaces à diverses reprises.

Et l'acte d'accusation en vient enfin au 14 Juillet dernier. Cette fois, on parle de deux coups de revolver à bout portant. «Martin reconnut qu'il avait tiré dans l'intention de donner la mort et qu'il avait prémédité son crime. Plus tard, il a essayé de soutenir que la mort était le résultat d'un accident. Tous les éléments de l'information contredisent cette allégation tardive.»


L'appel des témoins

Les parties civiles
1) Robert Raphaël Peschard, intéressé de commerce, 17, rue des Petites-Écuries, Paris.
2) Marie Georgette Peschard, épouse Édouard Rousée, Jumièges.
3) Édouard Rousée, successeur désigné de feu Me Peschard, Jumièges.
4) Ferdinand Peschard, commerçant, 21, faubourg Saint-Antoine, tuteur  datif du mineur Marcel Peschard.

Vient l'appel des témoins. A ce moment, Me Bennetot, avocat, assisté de Me Bréant, avoué à la Cour d'appel de Rouen, déclare qu'au nom  des héritiers Peschard, il se porte partie civile.

Dont acte.

L'avocat général sera M. Destable. Me Métayer est au banc de la défense. Et Métayer va s'arracher les cheveux. "L'accusé Martin, observera la presse, est grand et fort, encore jeune et se tenant droit, il se défend avec animation, il interrompt, rétorque, il objecte, il se démène dans tous les sens et avec un luxe inusité de gestes. Il veut raconter ses procès, reprendre les procédures. On sent que cet homme est possédé de la manie de plaider et de chicaner pour des riens; tout de même un peu Normand, quoique gesticulant, il embrouille volontiers les dates et les faits; enfin il se donne comme un persécuté.»


L'interrogatoire de l'accusé

Le président Mourral interroge longuement Martin :

— Vous êtes marié, vous avez un enfant; vous étiez épicier débitant. Vous avez subi plusieurs condamnations, cinq si je ne me trompe...

— Trois condamnations !

— En 1876
(N.D.L.R il s'agit d'une erreur du Journal de Rouen), deux condamnations se confondant, 20 jours de prison. En 1897, trois jours de prison pour coups. En 1909, pour menaces de mort, 100 francs d'amende. Est-ce ça ?

— Une bagatelle ! J'avais fait voir mon revolver et c'est tout, je le portais toujours.

— Enfin, pour dénonciation calomnieuse, à deux mois de prison; c'est la dernière...

— Pour avoir fait écrire une lettre au Garde des sceaux, voilà-t-il pas ?

— Vous-vous êtes d'abord livré au commerce des fruits, puis vous avez voulu vous lancer dans la politique ?

— Oh ! un homme qui ne sait ni lire et écrire ! J'ai été seulement du conseil municipal !

— Le maire, M. Boutard, ayant rendu un arrêté retardant l'ouverture des pâturages communaux, vous-vous êtes insurgé contre cette mesure, vous avez mené vos bêtes sur ses terres, les gendarmes ont dû vous expulser de force et, l'année suivante, en vous présentant au conseil municipal, vous choisissiez comme tremplin de votre candidature l'incident des pâturages où vous étiez dans votre tort ?

— J'avais raison, vous le voyez bien, puisque j'ai été élu.

— Vous aviez des difficultés même avec votre fils. Vous l'avez chassé de chez vous.

— Il m'a mangé plus de 10.000 francs ! Il compromettait mon commerce...

— Vous l'avez chassé sans vêtements et vous lui avez refusé tous subsides, malgré le juge de Paix et le maire qui vous conseillaient le pardon.

— Ça me faisait mal au cœur qu'il m'ait dénoncé ! Je lui avais montré la bonne route, il n'avait qu'à me suivre !

— Vous étiez d'accord d'abord avec M. Peschard. Celui-ci est fréquemment intervenu pour vous mériter l'indulgence. Il donnait sur vous des renseignements favorables.

— Je ne dis pas non, ça, c'est des questions de notaire, je me suis brouillé à cause de mes comptes, des comptes où on n'y voyait rien !

— Vous réclamiez son concours pour des actes frisant les frontières du Code. Il a refusé. Témoin l'affaire Vauquelin. Vous lui en avez voulu ?

— Mais non!

— La preuve, c'est que vous avez changé de notaire. Alors, il a voulu régler vos comptes. En réalité, M. Peschard restait votre créancier, et il a fait saisie-arrêt pour régler.

— Je ne lui dois rien, c'est lui...

— La question n'est pas là ! Le tribunal civil est saisi. Vous deviez attendre la décision des tribunaux au lieu de vous faire justice vous-même !

— Je n'dis pas...

— Le 28 septembre 1909, au café Ameline, vous avez proféré des menaces contre Peschard. "Peschard, disiez-vous, m'a refusé sa porte; si je l'avais trouvé, il aurait eu son affaire !" Et vous montriez votre revolver ?

— M. Peschard était un rusé voleur ! C'est pas vrai !

— Vous entendrez M. Ameline.

— J'ai été à l'étude ce jour-là, je n'ai pas fait de sottises, demandez aux autres.

— Vous avez acheté un revolver. Pour quoi faire ?

— Il y a quatre ans que M. le préfet m'a autorisé à le porter spécialement. Ainsi !

— Mais non, il ne pouvait pas vous donner cette permission. Le revolver a été acheté en mai dernier, celui qui vous a servi au crime, bien entendu, je ne parle pas du premier.

— Le second remplaçait l'autre.

— Le 14 Juillet, vers 11h, vous rencontrez donc sur la place de la mairie le notaire qui venait à la mairie. Vous-vous approchez de lui en disant: "le voilà cet ami." Vous aviez votre revolver à la main. Vous tirez deux coups; un forain se jette sur vous et vous désarme. Mais M. Peschard était atteint à l'estomac. Il est mort trois jours après.

— Je sortais de la mairie, j'allais chez M. Littré. Je vis Peschard. Il a aperçu mon revolver. Alors, il s'est précipité sur moi en me prenant les bras. Alors, les coups sont partis malgré moi.

— Pourquoi portiez-vous un revolver ?

— Pour lui faire peur.

— Vous l'aviez sorti en l'apercevant ?

— Oui, pour lui réclamer mes pièces; c'est bien regrettable... Pour lui faire peur ! Il y avait six coup.

— Quand vous avez été arrêté...

— Je m'suis rendu !

— Quand vous avez été pris, vous n'avez eu à la bouche que ce simple mot: "Je ne l'ai pas raté. Je ne le regrette pas. Je souhaite qu'il n'en réchappe pas".

— C'est pas vrai, j'ai pas dit ça.

— Alors M. le juge d'instruction est un menteur ?! Continuons. Le 13 juillet au soir, M. Peschard était dans son jardin. Vous-vous êtes promené devant lui pour le guetter ?

— C'est pas vrai, on ne peut pas m'avoir vu ce jour-là. Quant au 14, c'est Peschard qui m'a attaqué le premier ! C'est pas moi qu'a commencé !

Me Metayer se lève alors :

— L'accusé a exprimé des regrets de la mort de M. Peschard dans un autre interrogatoire.


L'audition des témoins

Mme veuve Boulanger, ex-cuisinière de M. Peschard s'avance à la barre.

— Je connaissais Martin. Le jour du crime, je ne l'ai pas vu de face. Je l'ai vu surgir devant M. Peschard qui allait à la mairie. Martin a donc surgi. Il arrivait dessus. Il a pris la main gauche de M. Peschard et a tiré de la droite. Je voyais pas sa figure. On est accouru. M. Orhant l'a pris par le bras et désarmé. La veille, le 13 juillet, j'ai vu un homme monter la garde, allant et venant devant la maison Peschard. Il faisait noir. C'était suspect. Je ne peux dire si c'était Martin...

— Vous voyez bien que c'est pas moi !

— Peschard ne s'est pas jeté sur Martin, poursuit Mme Boulanger. Il a fait un geste pour repousser Martin quand le revolver était parti.

— Pouvez-vous nous dire, interroge le président, quelle était l'attitude précise de Martin ?

— C'est Martin qui, le premier, a tendu la main gauche à M. Peschard !


M. Lesueur, domestique à Jumièges :

— J'étais avec Martin au tir des pompiers, il a offert un verre ; en voyant Peschard, Martin a dit: "Voilà l'ami que je voulais voir" et il s'est jeté dessus. Il avait d'abord la main dans la poche, il nous a quittés pour aller à lui. Nous sommes revenus sur nos pas en entendant les coups de feu.

M. Lepareux, journalier :

— Le 14 Juillet, Martin faisait le tir des pompiers avec nous. Il a vu M. Peschard et il a dit: "Voilà notre ami!" Il a tiré. M. Peschard venait les deux bras battants. Quand les coups sont partis. L'homme du tir est accouru au secours. Ce n'est pas M. Peschard qui a pris Martin le premier. Quand il a dit "Voilà notre ami", il était à huit mètres de Peschard.

M. Laudrin, journalier :


— C'est bien une poignée de main que Martin a donné à M. Peschard en l'abordant. Je suis resté interloqué. M. Peschard était un brave homme et un bon maire.

M. Orhant, directeur de tir forain :

Le 14 Juillet, j'étais monté sur la place. Mes voitures étaient dans le bas du bourg. Je remontais donc vers 10h et j'arrivais à la place quand j'ai entendu un coup de pétard... C'était un revolver. On a crié: "A moi ! Au secours ! On me tue !" Je me suis lancé. Martin et Peschard luttaient ensemble. Martin m'a dit: "Que fais-tu là ? Il y en a un coup pour toi si tu bouges !" Je l'ai désarmé. Après avoir lutté avec un deuxième coup. J'ai réussi à détourner le coup. Sans moi, ce deuxième coup atteignait M. Peschard en pleine poitrine. Il a été se perdre dans une tente.

M. Sursin, valet de chambre :

— J'ai entendu un coup de feu. Je me suis avancé. C'est le premier coup qui a attiré mon attention. Le deuxième coup, je l'ai vu partir. Il a été paré par M. Orhant. Mais il était dirigé sur M. Peschard. J'ai ramené M. Peschard chez lui et je l'ai couché.

M. Rousseau, chauffeur, confirme :

— J'ai entendu M. Peschard crier, c'est ce qui m'a fait sortir; nous sommes allés à son secours.

M. Lambert, propriétaire, lieutenant des pompiers :

— Je me trouvai d'abord sur la place avec M. Peschard qui me donnait des instructions pour la revue des pompiers. Puis nous-nous séparâmes. Au bout de vingt mètres, j'ai entendu deux coups de feu. Au même instant, je vis une femme accourir parce qu'on venait de tuer le maire. Je courus... J'aperçus M. Peschard qu'on emmenait... Martin était seul. Il a même dit: "J'ai vu le moment où j'allais m'en aller seul à la prison !"

Je connais Martin depuis son enfance. Il était l'élu de Jumièges. Moi, je considère qu'il n'était pas estimé des personnes sensées et sages. Je n'ai jamais entendu Martin menacer M. Peschard. On le disait dans le public. Moi, personnellement, je n'en sais rien !

Au commencement, M. Peschard était bien avec Martin. Il l'invitait à dîner avec sa majorité. Puis sont venues les questions d'intérêt ! Celles-là, je les ignore. Martin a toujours été avec Peschard contre Boutard. Quand Peschard était élu, on manifestait, on banquetait, Martin s'en mêlait. Il devait être soutenu. La majorité Peschard devait le soutenir. Je le crois...


M. Beuriot, principal clerc de notaire. Il était à l'étude quand il entendu un coup de feu.

— M. Peschard criait "A moi ! Au secours ! Je suis mort !" J'allai à lui, je le ramenai à la maison. Je savais que Martin avait l'intention de tuer M. Peschard et moi-même, le 28 septembre, j'étais en haut avec M. Peschard. Martin demandait à nous voir. Nous ne pouvions le recevoir. Il est parti au café Ameline. Il a montré son revolver. Mme Beuriot m'a raconté qu'il a dit alors: "Je ne les ai pas eux aujourd'hui. Je les aurai un autre jour !"
Martin devait de l'argent à l'étude. Il a refusé de payer. Déjà, il y avait eu poursuite. Martin a été condamné. En ce moment, on est en compte devant le tribunal civil.
Martin a menacé bien des fois M. Peschard. C'était de notoriété publique. Il voulait le tuer et il disait qu'il le ferait.
J'ai fait personnellement un prêt hypothécaire à Martin. Il me l'a remboursé avec un autre emprunt hypothécaire. Je n'en dis pas plus...


M. le Dr Didier, médecin légiste :

— Après la scène du 14 Juillet, M. Peschard fut transporté dans une maison de santé à Rouen. Une hémorragie interne s'était produite, puis la péritonite se généralisa. M. Peschard avait été atteint par une balle dans la région de l'épigastre, la balle a traversé l'estomac, la rate a éclaté. Cette balle fut extraite la veille de la mort... La mort est le résultat du coup de revolver tiré sur lui. Ce coup a été porté de haut en bas et de droite à gauche. Nous avons ensuite, M. le docteur Lallemant et moi, procédé à l'examen mental de l'accusé.

Nous avons vu Martin. Dans toutes nos conversations, il nous a paru surtout préoccupé par des questions d'intérêt. Ses démêlés avec les habitants de Jumièges semblaient sa préoccupation constante. Cet homme est bien constitué. Il n'a pas d'antécédents héréditaires.

Martin a une intelligence au-dessous de la moyenne. Cette intelligence, il l'a appliquée à la discussion de ses intérêts à l'égard desquels il manifestait des inquiétudes.
Cet accusé a un caractère emporté, difficile, entêté. Il emploie en parlant des formules agressives. Il ne porte pas la moindre trace d'affections morbides. Pas plus que de traces d'intoxication alcoolique. Il n'est pas atteint du délire de la persécution. Nous avons donc conclu que Martin était entièrement responsable de ses actes.


M. Ameline, cafetier à Jumièges :

Le 28 septembre, Martin est venu chez mois à 6h et a dit qu'il venait de l'étude Peschard. Il a ajouté qu'il ferait l'affaire au notaire et à son clerc en montrant son revolver...

— J'avais toujours mon revolver sur moi, s'écrie Martin.


M. Valin, armurier à Rouen, témoigne à son tour.

Il a vendu cette arme de fort calibre, présentée au jury, le 30 mai dernier. Ainsi que 25 cartouches.

M. Dutas,
le garde-champêtre de Jumièges, n'a rien vu de la scène du crime. Il a arrêté Martin qui lui a déclaré qu'il regrettait d'avoir manqué Peschard.

M. Lefebvre, juge de Paix à Duclair,
informé du crime, s'est transporté immédiatement à Jumièges où il a vu Peschard sans pouvoir l'interroger (pourquoi !). Lefebvre donne ensuite au président des renseignements généraux sur Martin. Un témoignage capital qui explique les rapports entre les deux hommes et le mécanisme du crime...

— Il a voulu faire figure dans le pays. Il s'est présenté au conseil. Il a résisté d'abord à un arrêté du conseil municipal en ameutant le pays à propos des pâturages. Après sa prison, il est rentré. Il en voulait à M. Vauquelin qui l'avait conduit à la prison sur réquisition. Il accusa Vauquelin de s'être fait l'organe de la rancune du maire. Il en voulait aussi à M. Oscar Glatigny. Toujours est-il que Vauquelin n'a pas été réélu au conseil. Et Martin a pris sa place !..

En 1908, Martin était déjà un peu discrédité. Il fut ballotté. Alors, il se mit sur la liste Peschard avec une profession de foi singulière contre "l'autocrate Boutard". Il a donc été renommé en 1908. Puis M. Peschard fut nommé maire. Ce fut le beau temps de Martin ! Cependant, à cette époque, il se plaignait de tout et de tous. Il a passé en police correctionnelle. Il ne voulait pas faire sa prison.

En 1909, la brouille avec M. Peschard se produisit à propos de l'achat d'une propriété Vauquelin sous condition de rente viagère. Martin déconseilla à la dame Vauquelin qui vendait de s'adresser à M. Peschard. Il offrait directement 359F de rentre à Mme Vauquelin. Or, la propriété valait le double. Le notaire ne voulait donc pas se prêter à passer un pareil acte. Martin se fâcha. Entre temps, le même immeuble fut vendu par adjudication 800F de rente viagère.

Après avoir fait un nouveau temps de prison, l'accusé est rentré encore au pays. Alors arrive l'incident Barbey ! Martin réussit à acheter à l'un des Barbey sa part successorale. A ce moment, il a changé d'étude et pris le notaire de Duclair en faisant revenir ses pièces chez celui-ci.

Peu à peu, Martin devenait donc l'adversaire déchaîné de Peschard. A la suite d'une vente mobilière, celui-ci lui réclama son compte. Et le poursuivit en paiement d'un effet, plus 600F pour la vente mobilière, plus encore une créance de 1,100F pour frais et honoraires.

Sa maison brûla. Martin ne put encaisser l'indemnité d'assurance parce que M. Mazot, créancier hypothécaire, fit opposition entre les mains de la compagnie. Martin sut que Mazot avait agi sur le conseil de M. Peschard. De là, une animosité de plus en plus vive.

Lefebvre rappelle enfin que Martin chassa de chez lui, sans vêtements, son propre fils.: "Il a brûlé les vêtements."



Un témoin à décharge

M. Catelier, agent d'affaires à Barentin, est entendu en vertu du pouvoir discrétionnaire et à la demande de la défense. Catelier ne prête pas serment. Martin était son client.

— En 1909, Martin m'envoya chez M. Peschard pour la justification de son compte. M. Peschard était très ennuyé de Martin. "Si j'en ai l'occasion, dit-il, je le mettrai sur la paille!" Je répondis: "Vous ne feriez pas ça ! Martin est un braillard. Mais ce n'est pas un méchant homme..."

— Je proteste, objecte l'avocat de la partie civile. M. Peschard n'était pas capable de tenir un pareil propos !

Il est 16h. L'audience reprend après une suspension de 20 minutes.



Les conclusions de la partie civile

La parole est à Me Bennetot qui exprime d'abord les sentiments des enfants Peschard qu'il représente devant le jury. Il reprend les faits et, montrant la culpabilité de Martin, justifie son intervention à l'audience. Enfin, Bennetot insiste sur les "calomnies dont on a essayé d'atteindre la mémoire  de M. Peschard dans ses rapports avec Martin. Ces calomnies étaient dénuées de fondement. Au contraire, la victime de Martin avait bien accueilli son futur assassin. Si ces relations ont cessé, c'est la faute de l'accusé qui s'est cru faussement lésé dans ses intérêts.

Le réquisitoire

Destable, l'avocat général, demande contre l'accusé une "condamnation sévère". Mais ne parle pas de peine de mort.

— Martin a essayé à l'audience de dénaturer la scène du 14 Juillet. Mais tous les témoins en précisent les détails. Martin a tiré sans que rien de la part de M. Peschard lui ait donné lieu de supposer que celui-ci ait voulu le provoquer. Il a regretté ensuite de ne pas lui avoir donné la mort. La préméditation est établie par le dossier et les débats. Enfin, la conduite antérieure de Martin démontre ses dispositions hostiles. Il n'y a donc aucun motif d'atténuation dans son passé..."


La plaidoirie

Me Métayer va faire le portrait de Martin et étudier sa vie avant ce fameux mois de juillet 1910.

— Cet accusé est plutôt la victime des circonstances. Illettré, peu intelligent, il joue un rôle d'homme politique dans un petit pays où les intérêts locaux ne marchent pas toujours du même pas. Il se ce croit un homme nécessaire. On le prend comme instrument de rancunes et il se laisse faire. Puis éclatent les dissensions entre l'accusé et M. Peschard....
Métayer entre alors dans le détail de ces relations pour montrer comment l'accusé a pu se croire lésé dans ce qu'il avait de plus cher. C'est-à-dire dans ses intérêts pécuniaires.

 En somme, il avait la manie de la persécution. Cependant, il est impossible de dire qu'il ait agit avec préméditation. La circonstance aggravante, au moins, doit disparaître. Les comptes lui ont tourné la tête. Il se croit traqué, mis aux abois comme débiteur. Et comme administré, c'est bien pis. Le maire veut le faire passer pour dangereux et ivrogne. On comprend son exaltation.

Enfin, sa maison brûle. Et par suite des oppositions des clients de l'étude, il ne peut toucher un sou d'indemnité. Dans cette débâcle, il perd la tête. Il tire comme un fou furieux. Le jury sera-t-il sévère pour un homme dont la responsabilité est à ce point diminuée? Aujourd'hui, le remords a pénétré dans son cœur. Ses juges lui en tiendront compte !


Le verdict

Il est 18h45. Le jury se retire pour délibérer. Il ne lui faudra pas une demie-heure pour condamner Martin. La cour rentre en séance à 19h15.  

A la question principale Martin a-t-il, le 14 juillet 1910, à Jumièges, volontairement donné la mort à Prosper Peschard, la réponse est oui.

A-t-il agi par préméditation, la réponse est... non! Martin vient de sauver sa tête.

L'accusé peut-il bénéficier de circonstances atténuantes, la réponse est non.

Avant que le président ne prononce la condamnation, Me Métayer dépose deux conclusions :

1) Plaise à la cour de donner acte à la défense qu'au cours de l'audition du premier témoin, un juré (le huitième) a, en posant une question à ce témoin, qualifié l'accusé de "meurtrier".

2) Plaise à la cour de donner acte à la défense de ce qu'au cours des débats, comme au cours de ses derniers interrogatoires chez le juge d'instruction, Jules Martin a constamment nié sa culpabilité en prétendant que c'était Me Peschard qui s'était jeté sur lui le premier.

Courte délibération de la cour. Elle donne acte à Me Métayer de ses premières conclusions. Mais elle rejette les secondes. Puis elle prononce enfin son jugement:


«Travaux forcés à perpétuité !»

Aucun incident dans la salle qui se vide. Reste le jugement civil. Oui, l'acte de Martin a causé un préjudice aux héritiers Peschard. Il est d'abord condamné au franc symbolique à titre de dommages intérêts. Il est en outre condamné à titre de supplément à tous les dépens "y compris ceux de Me Bréant, avoué, dont le ministère a été reconnu et qui ont été liquidés à quatre vingt francs  soixante dix centimes - Les dépens du trésor liquidé à quatre cent quatre vingt francs trente centimes." Martin, l'insolvable, est encore condamné à payer. Mais qu'importe: il vient de prendre perpète. Qu'importe ? Il lui reste une ultime chance de salut...

Martin fait appel !

Les Jumiégeois regagnent Jumièges. Martin rejoint sa cellule. Déjà décidé à faire appel.
C'est le 5 décembre 1910 que le procureur général du Parquet de Rouen décida du lieu de détention de Martin. Guyanne ? Nouvelle-Calédonie ? Ce sera la Guyanne.

Le 29 décembre, le cour criminelle de la cour de cassation se réunit en audience publique au palais de justice de Rouen. On écoute le rapport du conseiller Le Grix, les conclusions de l'avocat général Lénard. La procédure est déclarée régulière et la peine légale. Le pourvoi est rejeté. Martin est condamné aux frais de procédure.



Départ pour Cayenne

Le 18 février 1911, le gardien conducteur de la voiture cellulaire n° 4 conduit Martin à La Rochelle.

Il fut d'abord incarcéré en ville avec des détenus venus de toute la France. Puis transféré  à l'île de Ré. Là, Martin parcourut l'allée des Soupirs, jusqu'à la citadelle gardée par des militaires. N° d'écrou : 6961. En prison, il s'adonna à la confection de tapis. la conduite de Martin fut jugée bonne et son assiduité au travail satisfaisante. Le 14 mars, on le jugea apte à accomplir des travaux agricoles une fois parvenu en Guyanne. Le 27 avril, le Ministère des Colonies confirma qu'il serait dirigé sur la Guyanne. Le même jour, celui de la Justice le plaça dans la 3e classe.
 Et puis on améliora la nourriture et, un matin de  juillet 1911, à 4h, ce fut le branle-bas. Les quelque 700 condamnés furent triés, répartis en colonnes par quatre. Martin était parmi les "Transportés".
Il est possible que Martin figure sur cette carte postale qui circulait en 1912. Elle représente le transfert des forçats de l'île de Ré à bord du Loire, en partance pour Cayenne.

Tondus de la veille, portant couverture, sac et musette, encadrés par des militaires et bénis par le prêtre, les forçats marchèrent vers les quais. Il était alors 8h. Bonnet noir à pompon sur la tête, ils prirent place à bord du cargo Le Loire en partance pour Cayenne. Un navire -prison construit à Rouen et mis en service en 1902.

Le Loire a quitté La Pallice
Maintenant tout est bien fini.
On s’en va vers le Maroni
Où les requins font la police.


Trois coups de sirène. Après 15 jours de mer, ce fut le débarquement à Saint-Laurent-du-Maroni. Puis l'affectation aux îles du Salut. Pour Martin, l'enfer commençait. Pour les autres, il n'allait pas tarder. 1914 n'est pas loin...


Impliqué dans une bagarre

Transporté de 3e classe, Martin reçut le matricule n° 39461 et échoua bientôt au camp des Hattes, à l'embouchure du Maroni. Trois ans après son arrivée, les ennuis commencent. Le 18 août 1914, il écope de 20 nuits de prison "pour s'être battu dans la case avec son co détenu Perchet, n° 21435, au sujet des vivres." On ajouta : "A provoqué un de ses co détenus et a été cause qu'un intermédaire l'a frappé pour les séparer."

Le rapport du chef de camp nous en dit plus.

Le chef de camp des Hattes à Monsieur le surveillant principal, chef de centre.
Avec les trois livellé de punition ci-joints, j'ai l'honneur d'adresser à Monsieur le surveillant principal le résultat de l'nequête concernant cette rixe.
Déclaration du transporté Perchet. Le tranporté Perchet Jean, N° matricule 21435, déclare qu'en arrivant de faire sa tâche, il réclama sa ration de conserves au transporté Martin qui était de plat. Cala ne lui plaisait pas que je prenne la sauce dans laquelle j'avais mis un jus de citron. Il m'a arraché mon assiette des mains et comme il avait pris la boîte d'andaubage il me frappa sur la tête et me blessa.  Nous voyons en effet trois blessures que porte à la tête le transporté Perchert. Indépendamment de cela, il me serrait à la gorge et nous tombâmes à terre, bien entendu, étant dessous en raison de mon âge, il me bourrait et c'est de là que Ferrer, voyant cela, est arrivé pour me dégager et à lancé trois ou quatre coups de poings à Martin pour lui faire lâcher prise. Le fait s'est passé devant toute la case et tout le monde vous dira que dès le premier jour de son arrivée il s'est battu dans la case encore pour de l'andaubage.
Plus rien n'a déclaré et a signé Perchet.

Déclaration du transporté Martin Tranquille, N° matricule 39 461.
Dites-nous pour quelles raison vous avez cherché querelle au transporté Perchet, querelle qui a été la cause que vous avez été frappé par Ferrer ?
Quand Perchet est venu réclamer sa ration, je la lui ai donnée, quand il s'est servi, il n'avait pas son assiette. Il a gardé la boîte en disant que j'étais ervi et qu'il y avait encore 3 ou 4 rations dedans. Je voulais du bouillon, il n'a pas voulu m'en donner et c'est alors qu'il s'est jeté sur moi en disant que j'avais eu ma ration. A ce moment là, il me lança un coup de tête dans la poitrine et, le saisissant par les bras, je voulais l'empêcher de me frapper. En nous colletinant, nous sommes tombés à terre et c'est à ce moment là que Ferrer me lança des coups de pied dans le ventre et des coups de poing dans la figure. Le transporté Martin se présente devant nous avec la figure dans un triste état. Les yeux sont tuméfiés, l'œil droit surtout présente une enflure noire, les nez est écorché, la joue droite est écorchée, le côté droit de la tête a reçu plusieurs coups. enfin, l'intéressé se plaint surtout du côté droite où il paraît souffrir d'une lésion interne.
– A un moment donné, n'avez-vous pas frappé Perchet avec la boîte de conserve ?
– Je ne l'ai pas frappé du tout, s'il s'est blessé, c'est quand nous sommes  tombés à tere. Je ne voulais pas le frapper et je me relevais quand les autres sont arrivés. J'ai bien vu Ferrer me frapper et c'est absolument lui et pas d'autres que j'accuse.
Plus rien n'a déclaré et a signé. Martin.

Déclaration du transporté Ferrer, n° matricule 30 841.
– Dites nous pour quelles raisons vous avez frappé si brutalement le transporté Martin Tranquille ?
– Je l'ai frappé pour aucune raison. Je suis intervenu tout simplement pour séparer deux hommes qui se battaient.
– Pour quelles raisons se sont-ils battus tous deux ?
– Pour leurs ratons d'andaubage. Martin voulait manger la ration de Perchet, ils en sont venus aux mains. Lez vieux Perchet étant moins fort que l'autre était tombé dessous. Je suis intervenu pour les séparer et c'est dans cette circonstance que j'ai frappé Martin. Je n'ai pas voulu laisser frapper Perchet devant moi pour la bonne raison que c'est un vieux camarade...
Plus rien n'a déclaré et a signé. Ferrer.

Conclusion. De l'enquête à laquelle je me suis livré dans la case, tout le monde est unanime à accuser Martin qui a provoqué Perchet. Martin qi a la réputation d'un fort mangeur passe pour manger, quand il le peut, les rations d'andaubage de ses co détenus. Sans l'intervention du  transporté Ferrer, j'aurais pu punir les deux premiers de prison de nuit mais la brutalité de Ferrer qui, en la circonstance, n'avait rien à faire m'oblige de les présenter devant la commission disciplinaire où ils s'en expliqueront.
De plus, l'insolence de Ferrer auquel je reprochais sa brutalité au cours de l'enquête m'oblige de lui établir un libellé particulier.
Le chef de camp,
Lemonnier.




L'affaire du lingot d'or

Quatre ans après cet incident, une affaire bien plus grave implique Martin. Il est condamné pour le vol d'un lingot d'or. Ce dont il fait appel. Voici d'abord sa version :

Saint-Joseph, le 25 janvier 1818

Monsieur le Directeur,

Ayant été condamné le 3 octobre 1917 pour vol par suite d'une dénonciation calomnieuse du sieur Canino Georges, bijoutier à Saint-Laurent, qui a prétendu que je lui ait offert une pépite trouvée par moi sur le pénitencier de Saint-Laurent, ignorant d'ailleurs que c'était une pépite, je me suis adressé au transporté Taïfour, 41344, qui lui avait des relations dans Saint-Laurent pour me faire savoir ce que c'était. Le transporté ayant été voir le bijoutier Canino m'a répondu ceci c'est de l'or.
Ce transporté m'avait rapporté la pièce en question sur mon travail à 15 mètres environ de l'habitation du bijoutier et à ce moment le bijoutier Canino lui-même est venu me trouver pour que je lui dise où que j'avais trouvé cette pièce. A cette demande, le transporté a répondu que je l'avais trouvé sur le camp, ce qui est d'ailleurs vrai. A ce moment, le transporté Taïfour malgré la défense que je lui faisais.
Par suite d'un signe, le bijoutier Canino probablement est parti pour peser cette dite pièce. Je me suis approché de l'habitation derrière lui et à ce moment j'ai entendu distinctement le transporté qui disait que la pièce pesait 5 grammes et demi. Ensuite, ayant passé cette pièce à l'eau forte environ un quart d'heure après, Taïfour 41344 m'a dit que je pourrai retourner à mon travail mais je lui ai dit que j'attendais pour qu'il me la rende. Mon intention était de la remettre entre les mains de M. le maire, vu que c'était un objet trouvé.
A ce moment, le transporté Taïfour est venu avec une certaine somme d'argent qu'il tenait en main dont j'ignore la somme me l'offrir pour cette pièce en question. Je n'ai rien voulu accepter, je lui ai demandé simplement qu'il me remette la dite pièce, ne voulant pas me la donner, et comme il la tenait dans les mains, je lui ai enlevé de vive force, c'est à ce moment qu'il ma menacé de me conduire au commissaire. Je lui ai répondu ceci que je n'avais pas de conseil à recevoir de lui et que me mettrai entièrement à la disposition de M. le commissaire car la pièce que j'avais n'avait été nullement volée et 30 minutes environ après cette conversation un agent de police accompagné de Taïfour sont venus sur mon travail et m'ont fait la sommation de m'habiller pour une fouille.
J'ai demandé à M. l'agent ce qu'il cherchait alors je lui ai fait voir ce qu'il recherchait et que j'avais trouvé puis le transporté a répondu que c'était bien cela puis j'ai refusé de la remettre en lui disant que je la remettrai moi-même à M. le procureur. Que lui n'était pas qualifié pour recevoir cette pièce. Voyant qu'il s'était formé un attroupement, pour éviter tout scandale, je remis quand même cette pièce à l'agent.
 M. l'agent ayant fait disposition de cette pièce a demandé à un bijoutier qui se trouvait présent parmi la foule si c'était de l'or ou du cuivre. Le bijoutier a répondu que c'était bien de l'or qui avait été travaillé et à ce moment l'agent a demandé à faire peser cette pièce chez un autre bijoutier et l'ayant pesé a répondu qu'elle pesait 2 grammes et demi. Ce que je tiens à faire remarquer, c'est que la première fois cette pièce pesait par Taïfour 5 grammes et  puis que pour la deuxième fois 2 grammes et demi ce qui m'a paru bien bizarre.


Appel rejeté


Saint-Laurent, le 15 juin 1918.

Le commissaire rapporteur près le tribunal maritime spécial à Monsieur le Directeur de l'administration pénitentiaire.

Par note du 29 mai dernier, vous m'avez communiqué, pour renseignements,

Le 21 avril 1917, Martin, employé comme balayeur des rues à Saint-Laurent, proposait au sieur Canino, bijoutier établi à quelques pas de l'endroit où il travaillait, l'achat d'un morceau de métal jaune. Le bijoutier se refusa à ce marché avec un condamné.
Quelques instants après, le Sénégalais Taïfour, auxiliaire de la police, qui passait dans la même rue, se voyait faire la même proposition. Ce dernier entra chez Canino pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'un morceau d'or, constata même en le faisant peser que son poids était de deux grammes et demi et sur le champ invita Martin à l'accompagner au commissariat de police. Celui-ci, n'obtempéra pas et saisissant brutalement le bras de Taïfour, l'obligea à lui restituer la pièce à conviction. Alors, Taïfour alla signaler le fait et un agent de police fut envoyé pour procéder à l'arrestation de Martin.
Martin allégua qu'il avait ramassé le lingot dans la cour du pénitencier, mais même en admettant la véracité de cette assertion, il ne s'était pas moins rendu coupable, en gardant par devers lui et en tentant de vendre un objet trouvé, de complicité de vol pour recel, délit prévu et puni par les articles 379, 401, 59 et 62 du code pénal.

Il est important de mentionner qu'à l'instruction et même à l'audience, Martin avait soutenu un système de défense consistant à dénaturer les faits et à traiter tous les témoins d'imposteurs. Selon lui, il n'avait fait lui-même aucune proposition de vente à Canino. Il avait seulement confié le lingot à Taïfour en le chargeant de la montrer à un bijoutier qui en déterminerait la nature et la valeur. Par suite, seul Taïfour serait allé à deux reprises différentes le faire examiner par Canino. A son retour, Canino lui-même aurait appris qu'il pesait cinq grammes et demi et offert en échange une poignée de gros sous qu'il ne voulut pas accepter. C'est pour ce motif que Taïfour l'aurait dénoncé.
D'autre part, Taïfour avait aussi refusé de reconnaître le corps du délit qui lui était présenté, prétextant que l'objet saisi en sa possession était plus gros, plus long, plus bombé et pesait davantage.

Il résulte de cet exposé que Martin se borne à renouveler aujourd'hui, avec quelques variantes, les moyens de défense déjà soumis par lui-même au tribunal et qui ne valurent pas, devant l'évidence des charges et la concordance des dépositions. Il ne rapporte donc aucun fait nouveau, inconnu ou non apprécié au moment des débats susceptible par suite de détruire la présomption de culpabilité résultant de sa condamnation.
Dans ces conditions, j'estime qu'il n'existe aucun motif pour engager la procédure en révision.
Signé Michel


Martin fit encore appel au Ministre. Sa demande fut une nouvelle fois rejetée. Il meut quelques mois plus tard, le 19 octobre 1918, à 16h, par suite de cachexie. Il avait 54 ans.

L'an mil neuf cent dix huit, vingt octobre, huit heures, par devant nous, Mercier René, adjoint au commandant des îles du Salut, Guyanne française, y remplissant les fonctions d'officier de l'état civil, en vertu de l'arrêté du gouverneur de la colonie en date du vingt six avril mil huit cent cinquante deux, sont comparus les sieurs Mourgues Geston, âgé de vingt-trois ans, commis de 3e classe, Colombanie Paul, âgé de quarante et un ans, surveillant militaire, tous deux domiciliés aux Iles du salut, non parents du décédé, lesquels nous ont déclaré que Martin Tranquille Jules, âgé de cinquante quatre ans environ, ayant exercé la professon de débitant et marchand de fruits, domicilié à Jumièges, né à Jumièges, arrondissement de Rouen, département de la Seine-Inférieure, fils de Jules Alphonse et de Almédarine Fortunée Longuet, époux de marié, seuls renseignements que nous avons pu recueillir, est décédé le dix neuf octobre mil neuf cent dix huit (hier) aux îles du Salut. Duquel décès nous nous sommes assuré et nous avons dressé, par triplicata, le présent acte, que les témoins déclarants ont signé avec nous après lecture...

Son acte de décès fut transmis à la mairie de Jumièges le 25 février 1919. Martin a toujours des descendants dans la presqu'île. Ils peuvent témoigner du souvenir de leur ancêtre. Raoul, le fils de Jules Martin, se maria en effet en 1909 avec Geneviève Forcher. Divorcé, il épousa au Mesnil Albertine Godefroy en 1926.

La transcription de l'acte de décès de Jules Martin signée en mars 1919 par Jules Lefebvre. (Numérisation: Martial Grain)


                                            
Généalogie du maire de Jumièges


Chapelle familiale de Malaunay (Cliché: Martial Grain)

Les Peschard sont attestés à Tinchebray en 1575 puis à Fresnes, dans l'Orne. Prosper Jean Baptiste Raphaël , le maire et notaire de Jumièges, était fils de Jean Prosper et de Marie Caroline Anastasie Bazin.
Marie Léonide Peschard, son épouse, était née à Pavilly le 15 mai 1855.
Que sont devenus les enfants du couple? Robert Raphaël eut descendance. Il sera intéressé de commerce à Paris et au Brésil. Il fut deux fois marié. A Jeanne Leroux en 1913 puis à Louise Maillot. Deux unions contractées à Paris. Il est décédé le 15 septembre 1965 à Périgueux. Une plaque rappelle son souvenir dans la chapelle funéraire de Malaunay.
Marie Georgette, épouse de maître Rousée, née le 2 octobre 1885 eut également descendance. Son mari est le notaire de Jumièges qui vendit l'ancien manoir de Sacha Guitry.
Enfin Marcel,  né en 1898 à Veules-les-Roses, est décédé le 28 septembre 1966 à Périgueux.

On pense que ce petit garçon, ici à gauche, est Marcel, fils de Prosper Peschard. Cette photo a été prise vers 1905 au manoir d'Agnès Sorel. La petite fille à droite est Louise Lequesne, née en 1900 et dont les parents exploitaient alors la ferme.

Sources


Catherine Leprince, arrière-petite-fille du maire de Jumièges
Corinne Peschard, son arrière-arrière-petite-fille.
Recherches et numérisation aux archives départementales (Journal de Rouen,acte d'écrou, minutes) Josiane Marchand & fils.
Martial Grain, photos au cimetière de Malaunay, acte de décès de Jules Martin, registres des délibérations du conseil municipal de Jumièges, archives familiales.
Archives nationales de France (cote BB18/2423, 4 pièces), collection Laurent Quevilly.
Recherches de Gisèle Vestu dans les registres d'état civil
Le Petit Journal, numéro du samedi 16 juillet 1910, collection Laurent Quevilly.
L'Humanité, 15 juillet 1910.
Le Figaro, 15 et 22 juillet 1910.
La Presse, septembre 1877.
Journal des notaires et des avocats, 1878.
Relevs  aux archives nationales d'Outre-Mer effectués par Serge Dolle et communiqués à Martial Grain.



Notes


Prosper Peschard est mentionné comme membre de la Société normande de géographie en 1898. On le retrouve aussi dès 1900 et jusqu'à sa mort  dans l'annuaire de l'Association Normande.

Le Journal des notaires et des avocats fait mention de Peschard en 1900 dans un contrat de mariage à Jumièges entre des époux Burel.

François-Ferdinand Peschard, son beau-père, fut maire de Malaunay du  24 janvier 1865 au  26 juin 1867.


Delamétairie succéda à Prosper Peschard jusqu'au 13 mars 1911, date à laquelle Sever Boutard fils ramena la mairie dans le clan de sa famille. Il fut élu jusqu'en 1933.

QUIZ


Que contient le premier acte notarial connu de Me Peschard ?
Le tenancier du tir forain est orthographié tantôt Orhan, tantôt Haurang. Sans doute Orhant, nom attesté à Canteleu et connu chez les gens du voyage.Oui ?
A-t-on des photos de Jules Martin ? Des lettres ?
Quel était le prénom du garde-champêtre Dutas?


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