Le calvaire de Bardouville fut inauguré en novembre 1894 à l'issue d'une mission. Le compte-rendu de la presse diocésaine...



Une Mission, la première du siècle, vient d'être donnée à Bardouville par le R. P.  Frédéric, Franciscain. Elle a duré quinze jours, du 4 au 18 novembre. Le terrain était, hélas! assez ingrat, et on aurait pu douter du succès. Mais l'affabilité, la parole ardente, le langage franc et persuasif du zélé missionnaire a captivé les habitants dès la première entrevue. Aussi, la petite église paroissiale, ornée avec goût pour la circonstance, fut-elle souvent trop petite pour contenir la foule des assistants. Rien , d'ailleurs, ne fut négligé pour attirer les sympathies de la population. Toutes les formes du zèle apostolique ont été employées : ainsi, pour les défunts, procession et discours au cimetière; pour les enfants, Messe spéciale, pain bénit, distribution de médailles; pour les jeunes gens, consécration à saint Joseph ; pour les jeunes personnes réunies au nombre de plus de quatre-vingts, consécration à la sainte Vierge ; pour tous, cérémonie de l'amende honorable au saint Sacrement ; enfin, illuminations admirables, renouvelées tous les soirs.
Aujourd'hui, si la transformation de la paroisse n'est pas complète, le missionnaire a l'incomparable satisfaction d'avoir rapproché de Dieu et rattaché à leur devoir des âmes, des familles qui vivront désormais plus chrétiennement. C'est, on peut le dire, le rétablissement d'un courant religieux disparu depuis longtemps. Si les hésitants sont encore nombreux, le zèle du pasteur resté au milieu du troupeau achèvera de vaincre les derniers obstacles; car, nous avons tout lieu de l'espérer, la bonne volonté et l'enthousiasme qui se sont manifestés pendant ces jours de la mission sont le gage assuré d'un accroissement dans le bien.

L'érection d'un Calvaire a dignement couronné cette mission le dimanche 18 novembre. Favorisée par un soleil splendide, la procession s'est développée sur un parcours de plus de cinq cents mètres. Le Christ exposé, pendant les Vêpres, sur un lit d'honneur, fut porté successivement, par monsieur le maire et les hommes qui avaient communié le matin : les jeunes gens portant des oriflammes faisaient escorte. Arrivés au pied de la nouvelle croix, les assistants chantèrent un cantique de circonstance, pendant que l'on procédait à la pose du Christ; et lorsqu'il a été élevé en croix, il s'est produit un silence solennel, que la plume ne peut rendre. Le digne missionnaire a complété cette impression par une pieuse allocution. Ensuite M. le Doyen de Duclair, ayant à ses côtés MM. les curés de Bardouville, d'Anneville, d'Yville et de Sainte-Marguerite-sur- Duclair, procéda à la bénédiction solennelle du Calvaire.

Maintenant les habitants sont heureux de voir la croix élevée au milieu du pays pour être la gardienne de leurs foyers. Ce Calvaire est placé sur un terrain offert par M. Jules Keittinger, maire; la croix, haute de sept mètres , a été faite avec un beau chêne, donné par M. Henry Pinel ; le Christ est un don anonyme de plusieurs âmes pieuses.

Au retour de la procession à l'église, la journée s'est terminée par le Salut solennel, les adieux du Père, qui firent couler bien des larmes de joie et de regret, et les remerciements de M. le curé, interprète des sentiments de la paroisse reconnaissante.

Tous, emportant un petit souvenir de mission, se séparèrent le cœur rempli des plus suaves émotions, et regrettant que l'homme de Dieu, qui les avait si fort intéressés, n'ait pu prolonger son séjour au milieu d'eux.