Un baron de Duclair était aux côtés de Guillaume le Conquérant à la bataille d'Hastings. Une information répétée de loin en loin lorsque l'on évoque Duclair. Qui était ce personnage ? Regardons-y de plus près...


Voyons d'abord ce texte de Charles Juste Houël, Annales des Cauchois, 1847. Nous sommes à Hastings, le 14 octobre 1066:


"Guillaume, ne pouvant pas venir à bout de débusquer Harold, entouré de palissades, imagine d'ordonner une retraite; on va jusqu'à faire courir le bruit que le duc de Normandie est blessé à mort; un simulacre de désordre s'opère. On conçoit que de présence d'esprit il faut pour être maître d'un pareil mouvement ! Harold descend dans la plaine ; c'est alors que Guillaume, la tête découverte, parcourt les rangs, appelant tous les chefs par leur nom, montre son bouclier, et fait remarquer qu'il n'est que légèrement blessé. On revient avec furie; vingt Normands ont résolu de marcher serrés vers Harold. Celui-ci est frappé-au front d'une sagette; il a l'œil droit crevé; puis il est blessé à la cuisse et tombe à terre. Toustain du Bec-Crespin, Guillaume Mallet de Meynières, le baron de Duclair, s'élancent la visière baissée, et entraînent l'arrière-garde vers les deux frères de Harold, Léofwin et Gurth, qui veulent le dégager. Léofwin même pensait déjà à jouer le rôle de roi à la place de Harold; le baron de Duclair le perce de sa lance.


Reprenons le texte de Houël: " Toustain du Bec-Crespin, Guillaume Mallet de Meynières, le baron de Duclair, s'élancent la visière baissée..." On croit compter trois personnages distincts. Reste que ce fameux baron de Duclair joue ici un rôle capital dans l'issue de la bataille en tuant celui qui allait prendre la succession d'Harold.

Ecoutons maintenant Léon de Duranville, trois ans plus tard, dans la Revue de Rouen et de Normandie, 1850:


 " Un chevalier, seigneur des Mygnières, et auquel appartient la baronnie de Duclair, porte un coup mortel à Gurth en le transperçant d'outre en outre ; c'est un avantage considérable pour les Normands ; c'est un point important de la victoire. Nous sommes heureux de pouvoir, au bout de huit siècles, écrire en l'honneur de ce baron de Duclair quelques lignes, écho bien faible des louanges qui lui furent décernées de son vivant, et probablement par le Conquérant lui-même, cet homme si habile à récompenser. »

Guillaume paya largement les services qu'on lui avait rendus, et fit participer tous ses barons à ses triomphes. Que ne dut-il pas faire pour le baron de Duclair ! Ce que le roi d'Angleterre et duc de Normandie put faire pour le baron, les habitants actuels de Duclair ne sauraient le redire aujourd'hui; tant de faits se sont passés depuis le siècle de Guillaume.
»

Ici, Guillaume Mallet de Meynières et le baron de Duclair forment un seul et même personnage. Mais ce n'est pas Léofwin qu'il tue. C'est Gurth. Duranville ajoute en bas de page:

« Toustain porta le gonfanon du duc près de Hérault (Harold), et là fut Guerth occis d'ung chevalier qui estoit seigneur des Mygnières, lequel lui passa d'une lance plus d'un pié oultre le corps. » ( Les croniques de Normendie, lesquelles ont été de nouveau corrigées à la vérité, édition de Richard Nase.)

Duranville pouruit :

"Il existe une commune des Minières, située dans le département de l'Eure, canton de Damville. « Et firent tant Normans » lisons-nous encore, « par la proesse du dessus dict seigneur qu'ils ostèrent le gonfanon de l'étendart de Hérault et mirent celuy du duc Guillaume. Quand les couars Anglois virent ce, se retrayrent; et les hardis se combatoyent vaillamment. Je ne scay si le roi Hérault d'Angleterre ce fut occis en fuyant : mais il fut trouvé mort loing de la bataille par les gens du seigneur des Mignières, et appartenoit à iceluy seigneur la baronnie de Duclair, qui puis a esté omosnée à l'abbaye de Jumiéges. »

Effectivement, il y eut bien des seigneurs des Minières, près Boissy-sur-Damville, évêché d'Evreux. Mais quel lien avec Duclair ?

Dans leur Géographie de la Seine-Inférieure, Bunel et Tougard avance: "Le baron de Duclair est cité parmi les guerriers d'Hastings, en 1066". Aucune référence à Minières dans leur historique de la paroisse. D'autres personnages du voisinage sont cités par les mêmes auteurs pour avoir participé à la bataille d'Hastings: les seigneurs d'Ambourville, d'Heurteauville et de Mauny.
Ajoutons-y Guillaume Clarel, de Jumièges.

La baronnie de Duclair a bien existé. Mais dans tous les historiques de l'abbaye, les moines en ont été les titulaires. Jamais cette baronnie n'est présentée comme une dépendance des seigneurs des Minières.

ANNEXE


Café du Web: Un article paru dans la revue The Historian remet en cause la théorie selon laquelle le roi d'Angleterre, Harold Godwinson (1022-1066), serait mort après avoir reçu une flèche dans l'œil à la fameuse bataille d'Hastings, en 1066, à l'issue de laquelle Guillaume le Conquérant (1027-1087) s'empara de la couronne d'Angleterre. Selon Chris Dennis de l'Université de Cardiff, Harold II aurait en fait été attaqué par un groupe de chevaliers conduit par son compétiteur, le duc de Normandie.


La mort du roi Harold II, représentée sur la célèbre tapisserie de Bayeux, est devenue une sorte d'image d'Épinal. La scène montre clairement Harold Godwinson, sous l'inscription « Hic Harold rex interfectus est » (Ici le roi Harold est tué) la tête penchée en arrière et serrant une flèche d'or qui sort de son visage. Elle a été décrite dans les chroniques médiévales dès 1080. Bien que cette version de l'histoire se soit largement diffusée, des spécialistes comme Sir Frank Stenton et David Douglas restent sceptiques. Les historiens Henry Loyn et Frank Barlow, quant à eux, réfutent totalement la « légende de la flèche dans l'œil ».

La controverse est née de ambiguïté des sources. Les chroniqueurs Guillaume de Jumièges et Guillaume de Poitiers sont bizarrement peu loquaces sur le sujet. Le premier écrit qu'Harold a été tué, lors de la première attaque, « transpercé» de blessures mortelles. Le second note simplement que de nombreux nobles ont péris, parmi lesquels le roi Harold et ses frères. En revanche, l'évêque Guy d'Amiens (dans sa Chanson de la bataille d'Hastings rédigée en 1067) et le poète Normand Wace racontent comment, au cœur de la bataille, Guillaume a rassemblé plusieurs chevaliers avant de charger le roi Anglo-saxon et de le frapper de leurs épées jusqu'à ce que mort s'en suive.

Selon Chris Dennis, « l'histoire de la flèche d'or » a été délibérément répandue, au sein de la cour royale, par Guillaume le Conquérant et ses proches. Cette version de la mort du roi Harold était plus commode, puisque la flèche fatale pouvait être attribuée à la volonté divine. Guillaume ne pouvait en effet se permettre de saper sa légitimité en admettant avoir contribué à l'assassinat d'un souverain sacré et béni par l'Église.

Source: Medieval News :

A recent article is challenging the notion that the Anglo-Saxon King Harold Godwinson was killed by an arrow to the eye during the famous Battle of Hastings. The battle, fought in 1066, was a pivotal moment in England's history, ushering in an era of Norman rule.

In an article for The Historian, a publication by the Historical Association, Chris Dennis argues that Harold Godwinson was actually hacked to death by a group of knights that may have included William the Conqueror.

The traditional view is that Harold was killed by an arrow that struck his face or eye. The scene is part of the Bayeux Tapestry, and is found in chronicle accounts as early as 1080.

But Dennis points to other works, such as Bishop Guy of Amiens' Song of the Battle of Hastings, written one year after the battle, and a 12th century work by a historian named Wace, which state that during the critical part of the battle, William assembled several knights and charged at the Anglo-Saxon king.  When they reached Harold, they hacked him to death.

Dennis explains that the story of the arrow in the eye may actually have been deliberate propaganda put out by King William's court: "For Duke William, it was a convenient way for the king to have met his end. If Harold had been killed by a fateful arrow, his death could be directly attributed to the will of God."

Furthermore, because Harold had been crowned and anointed in a church ceremony, his reign had the officially blessing of the Catholic church and the Papacy, so their were legal problems over whether or not William was a legitimate ruler. "The new king did want to be implicated in Harold's violent end," writes Dennis, "nor could he afford to undermine the legitimacy of his own accession by admitting responsibility for an anointed king's death."

Chris Dennis is currently completing his PhD at Cardiff University.


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