Par Laurent QUEVILLY.

Il s'appelait Amable Parfait Delouard. Amable, assurément. Parfait, prénom usurpé pour ce prêtre convaincu de pédophilie et qui indigna la France de 1841.


L'homme était né en 1799 et avait d'abord exercé son ministère comme aumônier de la maison d'arrêt de Clairvaux. On le retrouve ensuite desservant de la paroisse de Saint-Pierre de Franqueville. Chacune de ses deux nominations lui vaudra déjà un renvoi pour, selon la formule consacrée, "des actes que la morale réprouve..." Ce qui fera dire bientôt au Journal des débats : «C'est là encore un nouvel exemple du déplorable abus que commettent les supérieurs ecclésiastiques alors qu'au lieu de chasser du sanctuaire et de priver de toutes fonctions un mauvais prêtre, ils se bornent à le changer de résidence.»

Soupçonné, il s'enfuit

En 1835, le voilà curé de Duclair. Bientôt, la rumeur enfle... enfle... Delouard a des gestes déplacés envers ses clergeots, les petits garçons du catéchisme. Qui, en janvier 1841, finissent par parler. Renversés, leurs parents s'indignent, menacent ouvertement le prêtre de poursuites. Delouard voit bien qu'il n'y échappera pas. Alors, il prend la poudre d'escampette.

Journal de Rouen du 31 janvier: « Depuis quelques jours, il n'est bruit que de la disparition du curé de Duclair. La voix publique accuse hautement cet ecclésiastique de faits scandaleux sur lesquels une instruction judiciaire est, dit-on, commencée. »
Saisi, le parquet de Rouen lance en effet un mandat d'amener contre lui. M. de Stabenrath, juge d'instruction issu d'une grande famille rouennaise, se rend à Duclair pour enquêter sur le terrain. Le magistrat ne tarde pas à se faire une petite idée...
Le 2 février, le Journal de Rouen imprime à la hâte une dernière minute :
« Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que le sieur Delouard, curé de Duclair, a été arrêté à Boos».
Rectificatif et précisions le lendemain : 
« Ce n'est pas à Boos mais à Franqueville, commune voisine de Boos, que l'abbé Delouard, curé de Duclair, a été arrêté. On savait que Delouard avait été desservant à Franqueville où il avait, à ce qu'il paraît; laissé de fâcheux souvenirs et les recherces ont dû naturellement se porter de ce côté.

Caché par des Franquevillais

On n'est, du reste, parvenu à se saisir de ce prêtre qu'après les plus minutieuses recherches. Les habitants de la maison dans laquelle Delouard avait cherché un refuge niaient qu'ils l'eussent reçu chez eux et on l'a trouvé couché à plat ventre dans un grenier poudreux.
Delouard, qui est âgé de plus de 40 ans, est accusé de nombreux attentats à la pudeur commis sur la personne de jeunes garçons.
»

 Interpellé, il est aussitôt conduit et écroué à la maison d'arrêt de Rouen.


Un procès très suivi

Trois mois de détention. Trois mois difficiles pour Delouard. Les taulards n'apprécient guère ce genre de co-détenu. Et le procès s'ouvrit le 7 mai sous la présidence de M.... Lévesque ! La presse du lendemain n'est pas tendre :  Pierre Jean Baptiste Lévesque est magistrat depuis 1819. D'abord substitut, la Révolution de 1830 l'éloigne du Palais. Il y revient comme conseiller. Collectionneur de livres et de tableaux, il présidera l'Académie de Rouen et collaborera au Journal des Savants. Il est mort dans sa propriété de Gonfreville-Caillot, près Goderville, le 4 octobre 1865 à 75 ans.
« La Cour d'assises s'est occupée hier jusqu'à onze heures du soir de l'affaire du sieur Delouard, curé de Duclair, accusé d'attentat à la pudeur. Il résulte de l'acte d'accusation, qui a été lu en présence d'un très nombreux auditoire, que Delouard se serait rendu coupable d'actes nombreux de violence sur la personne des jeunes garçons qui lui étaient confiés, soit pour l'éducation religieuse de la première communion soit pour le service de l'office divin, comme enfants de chœur.
« Pendant cette lecture l'accusé est resté calme et dans l'attitude d'un homme étranger à ce qui se passait autour de lui.

Un autre titre ajoute: «L'accusé paraissait fatigué et abattu, il avait les mains jointes et l'attitude d'un prêtre en prière. On a remarqué même qu'en ce moment il avait les yeux fixés sur un livre qu'il tenait, ouvert dans ses mains. Delouard paraît âgé de quarante ans. Sa figure large et pleine, son état d'embonpoint très prononcé, sa physionomie et son maintien contrastent singulièrement avec les habitudes d'immoralité qui lui sont reprochées.

Des faits que le Courrier de Rouen qualifie de "coupables vêpres..."

Mais voici le compte-rendu complet du Journal de Rouen :

De bonne heure, la foule assiégeait les avenues de la salle des assises, aussi, les portes n'ont pas été plus tôt ouvertes que le vaste auditoire a été entièrement rempli.
L'abbé Delouard, qui est au banc des accusés, est un homme d'une haute stature et d'une très forte corpulence. Il ne paraît nullement intimidé à l'aspect de cette immense multitude avide de considérer ses trait. Sa figure ne décèle pas la moindre émotion. Il a dans les mains un petit livre et fait des prières. Sur le banc du barreau, près de Me Gambu, on aperçoit un vieillard aveugle : c'est le frère de Delouard.
Interrogé sur ses noms et qualités, l'accusé répond qu'il se nomme Amable-Parfait Delouard, né à la Motte-en-Sauterre, (Somme), âgé de 42 ans et ex-curé de Duclair.

Le jury de jugement étant constitué, le greffier donne lecture de l'arrêt de renvoi et de l'acte d'accusation dressé par le procureur général. Il en résulte que, vers 1830, l'abbé Delouard quitta la maison centrale de Clairvaux où il remplissait les fonctions d'aumônier, qu'il vint dans le diocèse de Rouen qu'il fut d'abord desservant à Saint-Pierre-de-Franqueville, puis curé de Duclair et que, partout, il aurait tenu une conduite indigne de son ministère.
Ici, M. le procureur général fait successivement connaître tous les actes d'immoralité qu'aurait révélés l'instruction. Il nous est impossible d'en publier les épouvantables détails, nous nous bornerons à reproduire les détails de l'acte d'accusation.

Dix chefs d'accusation !

L'abbé Delouard est accusé :

1°) D'avoir, il y a moins de dix ans, en 1832 et 1833, à deux reprises différentes, commis un attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence, sur le jeune ***, alors âgé de moins de 15 ans, à Franqueville, et d'avoir commis ledit attentat lorsqu'il était ministre d'un culte,

2° D'avoir, vers la même époque, commis un attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence, sur le jeune ***, âgé alors de moins 15 ans, à Franqueville, et d'avoir commis ledit attentat alors qu'il était ministre d'un culte.

3°) D'avoir, vers la même époque, commis plusieurs fois le crime d'attentat à la pudeur consommé ou tenté sancs violence, sur le même ***, alors âgé de moins de 11 ans, et d'avoir commis lesdits attentats lorsqu'il était ministre d'un culte.

4)) D'avoir, dans les premiers mois de l'année 1831, à deux reprises différentes, commis des attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur le jeune ***, alors âgé de moins de 11 ans, à Franqueville, et d'avoir commis lesdits attentats lorsqu'il était ministre d'un culte.
5) D'avoir, il y a environ dix-huit mois, à Duclair, commis, à différentes reprises, le crime d'attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence, sur le jeune ***, alors âgé de moins de 15 ans, et d'avoir commis lesdits attentats lorsqu'il était ministre d'un culte.

6°) D'avoir, il y a environ 3 ans, à Duclair, commis un attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence, sur le jeune ***; alors âgé de moins de 15 ans, et d'avoir commis ledit attentat lorsqu'il était ministre d'un culte.

7° D'avoir, à la fin de l'année 1839, et dans le courant de 1840, commis plusieurs fois des attentats à la pudeur, consommés ou tentés avec violence, sur le jeune ***, alors âgé de moins de 15 ans, et d'avoir commis lesdits attentats lorsqu'il était ministre d'un culte.

 8°)D'avoir, il y a environ quatre ans, à Duclair, commis à différentes reprises le crime d'attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence, sur le jeune ****, alors âgé, de moins de 15 ans et d'avoir commis lesdits attentats lorsqu'il était ministre d'un culte ou du moins d'avoir, à la même époque, commis à différents reprises le crime d'attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence, sur ***; alors âgé de moins de 11 ans, et d'avoir commis lesdits attentats lorsqu'il était ministre d'un culte.

9°) D'avoir, en 1836, commis à différentes reprises, à Duclair, des attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur le jeune ***, alors âgé de moins de 11 ans, et d'avoir commis lesdits attentats alors qu'il était ministre d'un culte.

10°) D'avoir, depuis 1831 jusqu'en 1840 ; sans interruption et un grand nombre de fois, attenté aux mœurs en excitant, favorisant ou facilitant habituellement la débauche et la corruption de jeunes garçons au-dessous de l'âge de 21 ans.


Les paroissiens divisés

Après la lecture de l'acte d'accusation que Delouard a entendu avec la plus grande impassibilité, on fait l'appel des témoins. Le ministère public en a fait assigner 30. L'accusé près de 50 ! Parmi ceux de l'accusé, on remarque un grand nombre de femmes. Pendant cet appel, qui a été assez long, l'abbé Delouard reprend son livre et continue ses prières.

Un très court débat s'élève au sujet d'un témoin qui ne comparaît pas, Me Gambu expose à la cour qu'il a fait assigné, le 5 mai, un sieur Letellier, brigadier dans un régiment de cuirassiers en garnison à Rambouillet, que Letellier était prêt à venir, mais que son colonel s'est opposé à ce qu'il partit. Le défenseur soutient que ce témoignage était très important et il demande que M. le président, usant de son pouvoir discrétionnaire, fasse venir Letellier. Mais M. le président répond que le temps manquerait pour que ses ordres pussent être exécutés. Aucune conclusion n'étant, au surplus, déposée, il est passé outre.

M. Blanche, qui siège au banc du parquet, se lève alors et requiert que les débats aient lieu à huis-clos. La cour fait droit à ces réquisitions et M. le président donne l'ordre aux huissiers et factionnaires de faire évacuer la salle. Cet ordre ne s'exécute que très lentement. Chacun fait la sourde oreille et reste immobile le plus qu'il peut, ceux qui sont enfin obligés de sortir de la salle se retournent pour jeter un dernier regard de curiosité sur l'abbé Delouard qui lit toujours son bréviaire.

Le huis-clos ayant été ordonné, il nous est interdit de révéler ce qui s'est passé. Disons seulement que la séance, suspendue à 5h et demie, a été reprise dans la soirée et s'est prolongée jusqu'à 11h. Pendant tout ce temps, des groupes nombreux de curieux désappointés sont restés dans la cour du Palais de Justice et dans la salle des Pas-perdus.
La séance sera reprise ce matin à 9h. On dit que la liste des témoins à charge est épuisée...


Perpète !

Comme nous l'avions dit hier, la cour a repris séance à 9h du matin. Les cinquante témoins, assignés à la requête de l'accusé, ont été entendus. Puis M. Blanche, substitut de M. le procureur général, a prononcé son réquisitoire et M. Gambu a présenté la défense de l'accusé. On dit que l'abbé Delouard a lu un petit discours.
Enfin, à 9h et demie du soir, les débats étaient clos et M. le président a donné l'ordre d'ouvrir les portes. Une foule immense a immédiatement envahi toutes les parties de la salle. L'abbé Delouard paraît avoir conservé l'impassibilité qu'on lui avait vue au commencement de la première audience.
A 11h moins un quart, le résumé était terminé et les questions ont été remises au jury. Ces questons sont la reproduction des différents chefs d'accusation que nous avons fait connaître dans notre numéro d'hier et qui étaient au nombre de dix.
La délibération a été longue. Ce n'est qu'à une heure et demi que le jury est revenu dans la salle. La déclaration est lue : l'abbé Delouard est reconnu coupable sur sept chefs.
On fait rentrer l'accusé. Il paraît qu'il sait déjà le résultat du verdict. Lui, si calme, si impassible, si ferme pendant les débats paraît comme anéanti. Deux gendarmes le soutiennent et il tombe plutôt qu'il ne s'assied sur le banc des accusés.
Le ministère public fait ses réquisitions. Delouard est toujours dans la même attitude. Il semble ne prendre plus aucune part à ce qui se passe autour de lui.
La cour se retire en la chambre du conseil et, quelques minutes après, M. le président prononce un arrêt qui condamne Amable-Parfait Delouard à la peine des travaux forcés à perpépétuité et ordonne qu'avant de subir sa peine, le condamné sera exposé sur la place publique de cette ville.
Delouard ne profère aucune parole et il quitte la salle comme il venait d'y entrer : soutenu par les gendarmes.
"


Une chanson satirique

Avant de partir "casser des cailloux", Delouard fut donc exposé une heure en place publique. Au dessus de sa tête: un écriteau portant son identité et les causes de sa condamnation.
L'année suivante, en 1842, on imprima à Toulouse une feuille volante intitulée "Détails intéressants au sujet de grands crimes et assassinats."  On y parle des affaires Suard et Dugard, deux criminels de Seine-Inférieure exécutés cette année-là. Mais c'est le curé Delouard qui fait la une de la page. On rappelle brièvement les faits, son attitude au procès avant de terminer sur ces strophes:


CHANSON NOUVELLE

Air: La faridondaine, la faridondon.

Ah! Le voilà enfin jugé
Cet homme hypocrite ;
Au travaux il est condamné
Pour sa vile conduite ;

Il lui fallait des p'tits garçons ,
La faridondaine, la faridondon.
On en parle dans le pays,
Biribi,
A la façon de Barbarie,
Mon ami.

Adieu pour lui les bons repas
Et la bonne cuisine,
Ah! Le voilà dans l'embarras,
Et faisant triste mine.

Il lui fallait, etc.


Dans les temps les plus reculés,
Il eût péri par les flammes,
Pour avoir ainsi péché
Des crimes les plus infâmes.

Il lui fallait
des p'tits garçons ,
La faridondaine, la faridondon.
On en parle dans le pays,
Biribi,
A la façon de Barbarie,
Mon ami
.


Bien entendu, la presse diocésaine passa cette affaire sous silence. Elle y fit simplement allusion à la mort du successeur de Delouard, en 1860 : "M. Auger, était un prêtre très respectable, qui, envoyé à Duclair dans des circonstances fort délicates, avait su mériter l'estime et la considération générales par sa dignité et sa vie tout ecclésiastique." Des circonstances fort délicates...


Notes


La peine d'exposition publique fut abolie en 1848




Annexe

Extrait de Le Pèlerinage, oeuvre semi-historique et politique en douze tableaux, par Florestan, 1844.

"Si je remonte au dixième siècle, je trouve le pape Sergius III, amant de Marozie, dont il eut un fils qui fut pape comme son, père sous le nom de Jean XI. Plus tard, Alexandre VI, qui, de l'épouse du signor Arimano, eut cinq enfants adultérins au nombre desquels figure César Borgia, digne fils d'un tel père.
Archevêque de Rouen à 26 ans, François de Harley était aussi abbé de Jumièges.
C'est lui qui maria secrètement Louis XIV à Mme de Maintenon. Il aimait trop les femmes, nous dit Florestan. Mais il avait des principes : Mgr Harley refusa la sépulture chrétienne à Molière...
"Et pour ne parler que de nous, je citerai Jean de Montluc, évêque de Valence, marié secrètement à une demoiselle Anne Martin, dont il eut un fils qui, en 1594, devint maréchal de France ; François Harlay de Chanvallon, archevêque de Paris en 1671, connu de son temps pour trop aimer les femmes ; M. de Montazet, archevêque de Lyon, amant de la duchesse de Mazarin ; l'abbé Terrai, amant de la duchesse de la Garde et d'une dame de Clercy dont il eut une fille ;  Louis Roure, chanoine de Sainte Geneviève, accusé, en 1775, par le sieur la Godinière, avocat à Thouars, d'avoir un commerce adultérin avec sa femme; 
le jésuite Girard, qui fut pendu à Aix pour avoir abusé de sa pénitente ; et de nos jours, Molitor, Roubignac, de la Colonge, l'abbé Lecomte, chanoine et principal du collège de Saumur, traduit devant le tribunal d'Angers, en janvier 1841, pour avoir exercé des actes d'une profonde immoralité envers des enfants confiés à ses soins et Martin, curé des Grandes-Ventes, condamné pour violences exercées sur des femmes et des filles au-dessous de quinze ans.
"Tels sont ceux que le public accuse avec raison d'avoir compromis l'honneur et la dignité du sacerdoce. (...) Nous citerons ceux qui, de nos jours, sont les continuateurs de cette conduite impure : tels sont un sieur Delouard, curé de Duclair, près de Rouen, traduit en avril 1844 devant la cour d'assises, pour attentat à la pudeur sur plusieurs garçons âgés de moins de quinze ans ; un sieur Romagné, curé de la Chapelle-aux-Choux, condamné par la cour d'assises de la Sarthe à cinq ans d'emprisonnement pour avoir aidé et facilité l'avortement de la fille Lem..., avec laquelle il entretenait depuis quatre ans un commerce criminel ; et le nommé Jean-Henri Jenny, prêtre, condamné le 24 août 1858, par la cour d'assises du département de l'Oise, aux travaux forcés à perpétuité, pour attentat à la pudeur commis avec violences.
Le procès du curé Martin

Martin était curé des Grandes-Ventes, près de Dieppe. Il fut jugé
en août 1837 aux Assises de Rouen après l'instituteur de Torcy, Marc, poursuivi pour les mêmes raisons. Les victimes de Martin, Ismérie Goubert, Ismérie Sellier, Aglaé Gosse, Florentine Grébauval et Ismérie Carpentier témoignèrent à charge. Ce qui fit dire à l'avocat général  : "Toutes les jeunes filles vous ont déclaré que, quand le prêtre infâme attentait à leur pudeur, elles étaient attérées, il y avait lutte, lutte inégale, car elles étaient bientôt obligées de céder à une force musculaire, à une volonté supérieures à la leur...
"Martin disait aux jeunes filles qui ne cédaient pas : Tu ne feras pas ta première communion !"
Seule Ismérie Carpentier se rétracta, affirmant que sa première déposition avait été dictée par le Procureur du Roi. Le représentant du Ministère public n'y croit pas une seconde, persuadé que des notables favorables à Martin ont corrompu plusieurs témoins.
Me Calenge, défenseur de Martin, plaide la calomnie. 60 témoins ont déposé en faveur du curé. Un certificat de moralité a réuni 150 signatures. Martin, six ans auparavant, avait fait l'objet d'une enquête ecclésiastique. Qui l'avait innocenté...
Le jury écarta la circonstance aggravante d'actes accomplis par un ministre du culte et condamna Martin à dix ans de réclusion, lui épargnant ainsi les travaux forcés et l'exposition.

"Que conclure de ces tristes exemples? termine Florestan : Que le mariage des prêtres est une nécessité morale et 
religieuse."

Rappelons que ce texte date de 1844.

Que devient une jeune fille abusée dans une sacristie ? Ismérie Sellier, par exemple, est morte célibataire à 29 ans. Son père était journalier.
 







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