Veuve depuis bien des années, cette dame avait toujours eu dans la commune la meilleure réputation. Aussi, c'est à la surprise générale qu'on la vit un jour entretenir une liaison avec un homme du pays. Bientôt, un bruit se mit à courir : elle était enceinte. Effectivement, un changement notable dans son état le laissait supposer. Seulement, les semaines passant, on ne vit point d'enfant paraître. Alors, les mauvaises langues se mirent à parler d'accouchement mystérieux. En mars 1843, alertés par cette rumeur, M. Censier, le substitut du procureur du Roi, Boné, le juge d'instruction et le docteur Béchet vinrent à Hénouville pour en avoir le cœur net. La veuve s'enferma d'abord dans un système de dénégation. Mais, pressée de questions et enfin vaincue par les constations du médecin, elle avoua avoir accouché dans un bois, non loin de sa maison. On s'y rendit aussitôt mais les recherches demeurèrent vaines. Alors, nos enquêteurs revinrent au domicile de l'inculpée pour une fouille minutieuse. Et là, près du lit de la veuve, on s'aperçut que le sol en terre battue avait été fraichement remué. Quelques coups de pelle permirent d'exhumer le corps d'une fillette. En l'examinant attentivement, le médecin fut formel : elle était née viable. Cet enfant n'eut jamais d'existence légale. Pas même sur le papier. La découverte de ce corps aura sans doute été portée sur les registres d'état-civil. Mais ceux de cette période ont disparu. Quant aux registres de catholicité du curé, ils n'en parlent pas.
La mère fut donc arrêtée pour crime d'infanticide. De son mariage, elle laissait derrière elle deux garçons de 14 et 15 ans.