En juin 1896, Mgr Sourrieu, archevêche de Rouen, effectua une visite du canton de Duclair. Compte-rendu de la Semaine religieuse...

Guillaume-Marie-Romain Sourrieu
est né le 27 février 1825 à Aspet. Après le séminaire de Toulouse, on le retrouve un temps chapelain du sanctuaire de Rocamadour et chanoine honoraire de la cathédrale de Cahors. Élu évêque de Châlons len 1882, il est promu archevêque de Rouen en 1894. Le voici dans le canton de Duclair deux ans plus tard...

A Sainte-Marguerite

Monseigneur, doucement ému, rentra à Saint-Wandrille. Le lendemain matin, il remercia les excellents religieux et prit le chemin de Sainte-Marguerite, avec toute sa suite, que les attraits de la vie monastique n'avaient suffisamment pu séduire. Un escadron d'élite, tenue parfaite, chevaux opulents, l'attendait sur la route. Ce serait difficile de décrire l'enthousiasme que souleva la visite de Monseigneur à Sainte-Marguerite. Pendant près d'un kilomètre, la route avait été bordée de sapins plantés là pour un jour : toutes les fenêtres étaient pavoisées et des arcs de triomphe reliés par des guirlandes de verdure traduisaient la joie et les vœux de tous. Plusieurs salves d'artillerie annoncèrent aux alentours que les cœurs étaient en fête. Pour achever la décoration, une chaire des plus gracieuses s'offrait à la bénédiction de Monseigneur. On ne saurait trop louer l'élan, la générosité, la foi vive de cette population si chrétienne ; et c'est assez dire ainsi les qualités supérieures du jeune Curé qui en est l'âme et la vie, qui, en quelques mois, a su s'attirer toutes les sympathies et toutes les affections.

A Duclair...


Monseigneur se rendit ensuite à Duclair et y reçut la plus douce hospitalité. Ceux qui ont pu apprécier la distinction et la simplicité charmante de M. le Doyen n'en seront nullement surpris. Sa Grandeur donna, le lendemain, la confirmation aux nombreux enfants de la paroisse et des paroisses voisines, dont quelques-unes avaient dû traverser l'eau pour se rendre à l'appel. Rien de plus pittoresque, pour le dire en passant, que ces processions d'enfants embarqués sur les planches vermoulues d'un vieux bac, et jetant aux échos du fleuve les notes d'argent de leurs cantiques.

A Jumièges

Puis, ce fut Jumièges, Jumièges Quel monde de souvenirs ce nom seul réveille ! Quels personnages illustres il rappelle à la mémoire, depuis Philibert, le saint, jusqu'à Laumesnil, le dernier abbé, témoin et héritier des antiques splendeurs! Il ne reste maintenant que des ruines, quelques arceaux grandioses et des tours qui semblent défier les siècles ! Et tout le reste a disparu ! Les herbes vivaces ont caché le tombeau des Énervés; un lierre indiscret et hardi a disjoint et effrité peu à peu la pierre qui abritait jadis le cœur d'Agnès Sorel !. Mais la vie, la vie en est absente. Seul, un essaim de jeunes abeilles quittant bruyamment un coin de corniche qui lui servait d'abri, la manifesta un instant ; on entendit vaguement le bourdonnement de leurs ailes, on entrevit les gracieux mouvements de leur valse effrénée, et puis plus rien sous le ciel bleu.
Jumièges, selon quelques-uns, vient de Gemitus, qui signifie : « gémissement, soupir », par conséquent, lieu de tristesse. Nous serions presque tentés d'adopter cette étymologie, probablement fantaisiste, si, sous la tour d'ouest, une main émue n'avait écrit : « Respect aux ruines ! » Oui, respect aux ruines ; paix à ceux qui élevèrent ces géants de pierre, paix à ceux qui, les derniers, les saluèrent et s'enfuirent en pleurant ! Ils ont conservé au moins la réputation d'avoir été jusqu'à la fin « aumônieux ». La tristesse causée par ces ruines s'augmente encore à la vue de l'église paroissiale, vrai monstre à jolie tête. sur un corps trapu et des jambes flageolantes. Mais qu'y faire ? C'est une tâche bien lourde et une source de grand mérite pour le vaillant Curé de tenir le tout en parfait état.

A Boscherville

Si l'abbaye de Boscherville, elle aussi, a disparu, l'église du moins est restée dans toute sa majesté de reine ; car elle est la reine du style roman en Normandie. L'aimable et vieux gardien qui la surveille d'un œil jaloux lui a mis au front cette couronne, et volontiers la proclamerait-il « reine des reines ». Il est vrai que sur les bords d'un autre fleuve le roi des fleuves ! un autre monument s'élève, d'un style aussi pur, haut, majestueux aussi, avec cinq nefs conduisant les pèlerins à une crypte sainte où saint Sernin repose, entouré des reliques de saints innombrables, mais ne soulevons pas une guerre imprudente : qui donc ici nous soutiendrait ! Le ciel est si haut et Toulouse si loin ! Monseigneur l'admira longuement et sans restrictions, après la cérémonie de confirmation : il félicita avec raison M. le Curé et le conseil de Fabrique de la tenir si brillante et si coquette, malgré ses vastes dimensions.

Créé cardinal-prêtre par Léon XIII lors du consistoire du 19 avril 1897, Mgr Sourrieu meurt le 16 juin 1899 à Rouen et est enterré dans la cathédrale.



SOURCES


La semaine religieuse