La Révolution républicaine de Juillet chasse Charles X et ses ordonnances despotiques, elle hésite, hésite et accepte finalement une nouvelle monarchie incarnée par Louis-Philippe. Comment fut vécu l'événement à Duclair ? Le 6 août, un témoin raconte...

Le drapeau tricolore flotte sur notre église depuis Ic 2 du mois. Cc n'est pas sans quelque hésitation que M. le maire, (Thuillier), à qui ce drapeau avait été adressé par la commission départementale, s'est décidé à le faire arborer ; mais enfin, il a cédé de bonne grâce au voeu public ; et, à la tête des habitants, il s'est transporté à l'église, M. le curé (Richer) estimable vieillard de 85 ans a reçu le cortège avec joie et il portait lui aussi la cocarde tricolore.

 Aussitôt que le drapeau fut arboré, tous les hommes âgés de vingt à soixante ans s'assemblèrent à la mairie pour former provisoirement une garde nationale sédentaire. Il fut décidé que tous les individus composant la garde éliraient leurs chefs à la majorité des voix au scrutin secret.

M. le maire composa son bureau provisoire, alors, on leur dit de voter pour le reversement ou la conservation de ce bureau et ces individus consultés pour la première fois dans la gestion de leurs affaires n'en sont point épouvantés, ils votent avec un ordre et une intelligence inconcevable, ils distinguent avec sagacité les membres du bureau provisoire qui leur présentent le plus de garanties constitutionnelles et ils le réélisent. Les chefs de la garde sont élus dans le même ordre et les citoyens qui ont eu le plus de suffrages sont proclmés au milieu des applaudissements.

Un individu, étonné de l'honneur qu'on lui faisait, prononça ces paroles remarquables : "Sous le régime nouveau, les paysans seront donc quelque chose !" Voilà ce peuple qu'on n'a pas jugé digne de nommer ses conseils municipaux.

Le mandat du sieur Thuillier...


Richard Denis Thuillier était maire depuis 1821. On lui doit l'année suivante le pavage de la rue allant du quai à la place du marché. Elle gardera le nom de rue Pavée.

En 1824. il avait accueilli avec déférence la duchesse de Berry à Duclair :

A l'entrée de Duclair, la princesse fut reçue par le maire et son conseil, le juge de Paix, le curé. Les habitants du bourg mais aussi des environs sont là.  Des acclamations retentissent et Mlle Thuillier, la fille du maire, remet des fleurs à Caroline en compagnie de vingt gamines. "La princesse est entrée dans le bourg au petit pas, a traversé le vaste marché au milieu duquel se trouvait suspendue une très belle couronne."  Ce jour-là, les pauvres ne furent pas oubliés. "A Duclair comme ailleurs, les habitants sont animés du meilleur esprit". Le soir, le maire fit donner un bal aux demoiselles.

En 1825, insulté par l'un des ses conseillers, Thuillier avait obtenu sa révocation. L'année suivante, il lançait une campagne de rénovation de l'église de Duclair. 1827 le voit acquérir la moitié d'une maison et dépendances sises place de la Poissonnerie du sieur Noël-Adrien Saulnier, ancien cafetier à Duclair.

Après les Trois glorieuses de 1830, il vit les tout derniers mois d'un mandat de dix ans. Et il est contesté :

J
ournal de Rouen jeudi 19 août 1830 :  Nous avons reçu de plusieurs habitants de Duclair l'invitation d'insérer dans notre journal un petit écrit publié il y a quelque jours sous le titre de Protestation contre l'administration de M. Thuillier, maire de la commune de Duclair. Cette pièce signale plusieurs faits qui, s'ils sont exacts, ne font point l'loge de M. Thuillier comme officier municipal. Nous ne pouvons les vérifier en détail et dans le doute, nous nous abstenons. mais en même temps, nous engageons les auteurs de la note à communiquer leurs griefs à M. le préfet. S'ils sont fondés, ce magistrat s'empressera sans doute d'y faire droit. Malheureusement, leurs plaintes sont celles de presque tous les habitants de France et MM. les préfets ne sauraient trop se hâter de réorganiser, dans les campagnes surtout, l'administration communale et de la mettre en harmonie avec les idées du jour. Trop longtemps elle fut dirigée uniquement dans des intérêts de côterie. Il est temps enfin qu'elle se souvienne qu'elle est instituée pour faire les affaire de la commune. Ces observations ne s'appliquent pas moins aux conseils municipaux qu'aux maires et adjoints.


 En 1831, Queval, le greffier de la Justice de Paix lui succédera .