Par Laurent QUEVILLY.

Dernier épisode

Sous la IIIe République

Après avoir usé sept régimes politiques, la France retrouve la République et hésite encore à enterrer la monarchie. Mais l'heure est au social, aux symboles patriotiques. A La Mailleraye, derniers lancements de grands voiliers, déclin des chantiers...


1871 : sur les quais, c'est la guerre

La guerre de 1870-1871 n'affecta pas outre mesure la construction navale à La Mailleraye.  "'Le général de Mecklembourg,  raconte Georges Dubosc, fit renforcer le barrage établi à Duclair par une ligne de torpilles placées à hauteur de Guerbaville-la-Mailleraye. Le major du génie Vincenz, avec un détachement de pionniers, exécuta cette opération, protégé par des petits postes de cavalerie et par deux compagnies établies à Guerbaville-la-Mailleraye et à Saint-Wandrille." En effet, des navires anglais avaient été coulés à La Fontaine pour empêcher des incurions de la flotte française venue du Havre. On dit parfois que le barrage de torpilles qui renforçait donc cet obstacle à la navigaton était établi à Yainville.  Toujours est-il qu'il y eut quelques escarmouches entre nos canonnières et les Prussiens. Le 28 janvier 1831, raconte Albert Le Roy, elles remontèrent le fleuve jusqu'à Guerbaville, où elles trouvèrent les pionniers prussiens en train de procéder à l'immersion de leurs torpilles. L'Oriflamme leur envoya quelques coups de canon qui tuèrent ou blessèrent sept ou huit hommes et firent prestement jouer des jambes au reste du détachement. Puisles deux canonnières reprirent le chemin du Havre . Le lendemain elles revinrent à la rescousse. Mais elles trouvèrent Caudebec occupé en force et leur arrivée fut saluée par un feu très vif. L'Alerte dont le pont était découvert, revint sur Quillebeuf, mais l'Oriflamme passa sous le feu et remonta encore jusqu'à Guerbaville, où elle constata que l'ennemi avait enfin accompli sa besogne. En redescendant le fleuve, elle essuya encore une vive fusillade qui tua un marin et en blessa deux. Les tirailleurs ennemis étaient embusqués dans les maisons qui bordent le quai et tiraient par les fenêtres. Quelques coups de la puissante pièce de canon dont la canonnière était armée à l'avant auraient eu vile raison de ces Prussiens. Mais le commandant ne croyant pas devoir endommager les maisons françaises avec du canon français, passa outre. A cette heure, la guerre touchait à son terme

En juin, Charles Corniquet est élu maire.

Les grands lancements

Le Parfait, 47 tonneaux. pour Hardel Frères, de Dieppedalle. L'Administration est très imprécise sur la suite. Le navire serait passé à Renis, entrepreneur de Villequier puis Requier, 22, rue de l'hôpital à Rouen. On le donne en 1896 avec une jauge réduite à 25 tonneaux et appartenant à Renier, entrepreneur à Villequier. Nos scribes donnent deux hypothèses sur sa fin : démoli après un dernier voyage en 1910, revendu le 18 janvier 1918 à Lhardy, de Yainville. Rayé des registres en 1926.

Le Saint-Louis, sloop de 20 tonneaux, Navigue toujours au bornage en 1889 sous le commandement de Martin Levitre, de Norville. Transporteur, Levitre avait eu auparavant le Marie-Fanny pour navire. Aizier fut de 1863 à 1865 son port d'attache. Il y déchargera des barres de fer, des meubles, des fûts de vin et d’eau de vie, des pains de sucre, du café et souvent du  rhum.  Il  semble  avoir  arrêté  son  entreprise  de  transport  en  1890. (Source : Madeleine Jotte).

L'Alexandrine, bateau de 19 tonneaux, pour le compte Sosthène Sabatier, à Yainville (on dit aussi Saint-Denis, à Heurteauville). Le navire passe ensuite à Bénard, d'Heurteauville. En 1880, il navigue au bornage avec Sabatier pour patron. Vendu à Elbeuf, le 20 décembre 1881, à Silvestre, le carrier d'Yainville. L'Alexandrine  aura alors Agrest pour patron. Deux versions sur la fin du navire. 
Un : dépecé à Rouen le 4 janvier 1882. 
Deux : continue de naviguer avec Agrest jusqu'en 1885, passe en navigation intérieure, revendu à Guilbert en 1897 avec les carrières de Claquevent. Circule encore en 1907. Rayé des registres en 1926.

"Voilà le bateau à papa", est-il écrit sur cette carte postale. Au port de La mailleraye, l'un de ces gribanes qui fit la réputation des chantiers...

Les Andelys, bateau de 18 tonneaux pour Alphonse Sabatier, de La Mailleraye. Dépecé en 1880. 

La Marie-Augustine, bachot de 17 tonneaux. Inscrit le 29 septembre par Lematelot, de La Mailleraye.
Au passage d'Yainville, le navire appartiendra à Delphin Agnes, né en 1836 à Villequier. A bord : François Deshayes, de Jumièges, Victor Agnès, Alfred Marcotte, né à Guerbaville, Alphonse Lechevallier, né à Yville. 
Acheté par les carrières Silvestre, il est
commandé en janvier 1894 par Ernest Tranquille Mauger, matelot Alphonse Chevalier, né à Yville. Idem en 1895. En février 1897, le bachot est propriété de Mauger. Il a pour matelots Victrice Mauger et Alphonse Lechevalier. En 1898, les deux frères Mauger sont avec André Leveillard, matelot, né à Guerbaville en 1859. En 1899, ils sont avec Lechevalier. En 1900, c'est la veuve Mauger qui reste propriétaire du navire pour le transport de marchandises sur la Seine. Lechevalier devient le patron avec pour matelots Léveillard, Bonté, Alfred Cavé, né à Estouteville en 1873, Edmond Gontier, né à Bliquetuit en 1883.
En 1902, François Vautier est le patron, né à Guerbaville en 1868, second patron : Louis Lecomte, né en 1851 à Guerbaville, matelots Gontier, Louis Arsène Mauger. En 1903, le patron est Louis Arsène Mauger, matelots : Gontier, Louis Poullain, né en 1882 à Sainte-Marie-des-Champs, Octave Saintsaulieu, né à Heurteauville en 1883. En 1904, le patron est soit Mauger, soit Lechevalier. Il fut en tout cas rayé le 14 janvier 1905 par suite de démolition.

La Charlotte, chaland de 13 tonneaux, appartient à Silvestre en 1884 puis à Guibert. On le voit en circulation jusqu'en 1900. Puis rayé au motif qu'il appartient à la batterie fluviale.

Petites unités

La Cheminée-Tournante, deux tonneaux, à Pierre Richer, de Norville, en 1880. Démoli en 1890.
Les Quatre-Frères
, un tonneau pour Cyrille Goujon, de Criquebeuf. Désarme en 1881. Dépecé en 82. Les registres donnent un navire homonyme lancé la même année ici pour Félix Persil, de Villequier. Perdu en 1875 au cours d'une campagne de pêche. Enfin, une chaloupe de ce nom, un tonneau fut construite à une date indéterminée à La Mailleraye. Elle appartenait en 1897-98 à Léon Lefèbvre, de La Mailleraye, une première inscription pour une seule campagne à la petite pêche. Ce qui laisse supposer un lancement fin 1896. Elle fut ensuite démolie
Le Thomas, un tonneau, à Thomas Thuillier, de Berville, en 1880. Démoli après 1893.

1872 : une belle gribane...

Echo d’Yvetot, mars. Vers neuf heures et quart, à l’arrivée du flot, très fort depuis quelques jours, l'Armand, du port de Rouen, 50 tonneaux, est pris par les éteulcs et chavire. Le chargement, plus de 80 barriques d’huile, à destination de M. Duzuel, négociant à Rouen, est emporté par les vagues. Le bateau est entraîné par le courant dans la direction de Guerbaville. Le patron, Pierre Toutain, et trois mariniers qui se trouvaient sur le pont, ont été précipités dans la Seine. Trois hommes ont été sauvés par le bateau à vapeur la Seine, des Ponts-et-chaussées, et par une péniche de Guerbaville ; le quatrième, qui avait pu saisir un aviron, s’est sauvé à la nage. La perte du bateau est évaluée à 7,000 francs; le chargement à une cinquantaine de mille francs ; les barriques d'huile ayant surnagé, on est parvenu à en sauver la plus grande partie.

Un grand lancement

La Marguerite-Alfred, gribane de 45 tonneaux, appartient à l'entrepreneur Pigache, de Varengeville, en 1908. Rayée en juillet 1916 ayant coulé en Seine et en partie démolie.

Les petites unités

L'Espérance, deux tonneaux, appartenant en 1880 à Pierre Leroux, de Berville, vendue en 1897 à Lechevallier, d'Anneville. Circule tujours en 1912.
Le Charles
, un tonneau, pour Charles Tranquille Guérin, de La Mailleraye. Vendu en mai 1874 à Fréret, de Berville, puis Chervillé, aussi de Berville, en mars 1877. Immatriculé alors à Honfleur. 
Le Joseph, un tonneau, pour Pierre Théodule Jouanne, Bardouville. A l'intérieur en 1880. O trouve un navire homonyme :
Le Joseph, deux tonneaux, appartenant à Joseph Siméon, de Berville, en 1880. Vendu en 1892 à Bénard, Berville, puis à Prunier, fabricant, à Saint-Pierre-de-Manneville. Circule encore en 1910. Rayé en 1926.
Le Saint-Joseph
un tonneau. 
Le Saint-Pierre, un tonneau, pour Julien Duquesne, du Mesnil. Donné aussi lancé en 75. Fut vendu Ferdinand Merre, Mesnil qui le commande comme patron le 7 mai 1890. Arme à la pêche en décembre 92. Circule encore en 94.
L'Indépendant, un tonneau, appartient à Auguste Fournier, du Mesnil, en 1880. Plusieurs unités de ce nom ont été lancées par le passé, d'où une certaine confusion. Celle-ci fut dépecée en 1882.
La Louise, un tonneau, à Pierre Baron, Duclair. On le dit dépecé en 1883. Or, un
C La Louise, à Pierre Baron, du Mesnil, circule encore et arme à la pêche en septembre 1886. Enfin un bachot de ce nom lancé aussi en 1872 appartient à Félix Mazé, de Bardouville, en 1890. Circule encore en 1906. Rayé en 26.
Le Félix, un tonneau, à Barnabé, d'Heurteauville, en 1880. Démoli après novembre 1891.
Le Saint-Jacques, un tonneau, appartenant à Jacques Pigache, du Mesnil, en 1880. Démoli en 1885.
L'Alphonsine, bachot de un tonneau, à Alphonse Vestu, Heurteauville, en 1880. Démoli vers 1895.

1873 : Un trois-mâts...


Duclair et Quillebeuf sont dotés à leur tour de bacs à vapeur. Deux réalisations des chantiers Le Mire, de Rouen. 
Le 18 octobre, à Mudgee, Nouvelles-Galles du Sud, Australie, meurt un Français de 59 ans. C'est Louis-Casimir Saillanfaits, petit fils du fondateur des chantiers de La Mailleraye, né à Bliquetuit en 1814. L'Administration garde en mémoire un bachot de 19 tonneaux, l'Eole, construit à Yainville en 1873 et appartenant aux carrière Silvestre. Il fut démoli en 1895. Est-ce une réalisation de Lefranc ?...

Les grands lancements

La Neustrie, trois-mâts de 737 tonneaux. Propriétaire Auger aîné, du Havre. En 1877 par ex., fait le voyage de Valaparaiso avec le capitaine Joseph Hulot, natif de l'île de Batz avec 15 hommes d'équipage. Il fut indemnisé par les assureurs pour le surcroit de fatigue occasionné par une voie d'eau.

Le bac de Jumièges, 12 tonneaux, pour le compte des Ponts-et-Chaussées. L'Administration  le donne aussi lancé en 1872... voire en 1892 ! Arme le 14 septembre 73 avec Tabouret pour premier patron. Mauger le commande de 1882 à 1886. Le même bateau est reporté à la matricule de 1893 sous le nom de Courrier de Duclair. Il appartient alors à Hébert, constructeur à Duclair. Arme de juillet 94 à juin 95. Deux versions de l'Admininistration : Démoli en 1896. Circule encore en 1926 quand il est rayé.

L'Emile 1, pour les carrières Silvestre, 15 tonneaux. En février 1891, Ernest Tranquille Mauger en est le patron avec Pierre Albert Parésy pour matelot. Vendu en 1897 à Guilbert, nouveau carrier d'Yainville. Rayé en 1926. Mais on donne un autre Emile 1 de 19 tonneaux, lancé la même année et qui navigue en circulation jusqu'en juillet 1899. 

Petites unités

Le canot de l'Emile 3, gribane appartenant aux carrières Silvestre fut construit sur place en 1873 avec Le Vigreux pour premier patron et armé à la pêche jusqu'en 1879. Le registre de la navigation intérieure le donne construit en 1878, du port de un tonneau, en activité en 1880 puis démoli.
Le Charles, deux tonneaux, à Charles Caron, Anneville, en 1880. Circule encore 1890. Démoli.

L'Alice et Marie, un tonneau, à Marcel Bardel, de Guerbaville, en 1880. En 1885, à Duparc, de Jumièges. Démolie après 1906.
La Laurentine, un tonneau, à Patrice Costé, d'Yainville, en 1880. Cessa de naviguer en 1895 "pour réparations" mais fut en fait démoli.
La Léontine, un tonneau, à Frédéric Hue, de Barneville, en 1880 puis Eugène Lannier, id.,
Edmond Petit, Yville. Démolie vers 1894.
La Jeune-Alphonsine, bachot de un tonneau, à Deconihout, d'Heurteauville, en 1880, à Eugène Hamel, cultivateur à Jumièges, en 1892, à Albert Martin, Jumièges, en 1897. Circule encore en 1900 avant d'être démoli.

1874 : Lefranc joue les bateliers

Lefranc se rend adjudicataire du passage de La Mailleraye. Il est vite rappelé à l'ordre pour "que le grand bac reste toujours à la disposition des voyageurs, ne fassse que le service de cale à cale et ne soit pas détourné de sa destination." On l'accuse en effet de se servir des embarcations pour transporter du bois. (Source :  Jean-Pierre Derouard,)

Lefranc est un expert commis par les assureurs lors de fortunes de mer. C'est ainsi qu'il intervient au nom de la Compagnie générale d'assurances après le naufrage du chaland Dock de Saint-Ouen n°2 au Havre, le 31 octobre 1874.

En 1874 encore est construite aux carrières d'Yainville une gribane du port de 37 tonneaux, la Béatrix. Il est permis de penser que des charpentiers de Lefranc vinrent sur place. Elle fut vendue par la veuve Sylvestre en  en 1897 à Guilbert puis revendue le 1er janvier 1908 à MM Voisembert-Laubeuf et Cie avec quelques-uns des navires survivants de l'armement Silvestre. Le 4 janvier 1898, elle a Chouquet pour patron. Rebaptisée le Raymond N° 1, la gribane naviguait encore en 1919. A moins qu'elle ait été démolie après 1908, autre version de notre très infaillible Administration.
Voisembert et Laubeuf furent notamment adjudicataires de travaux d'aménagement du port de Rouen. Leur siège était à Biessard, en face de Grand-Quevilly. Là étaient exploitéesd'importantes carrières figurant dans la série de cartes postales "A bord du Félix-Faure". Il y avait aussi un appontement où accostait le Quevilly et un dépôt de prisonniers de guerre durant 14-18.

1874 fut l'année où mourut Marie Léveillard, une curiosité dans le pays, car elle avait cent ans. Marie étaient donc née avec les premier navires lancés à La Mailleraye. Elle avait suivi de loin toute l'épopée des chantiers.

En décembre, le maire, Charles Corniquet, céda son écharpe.

Les lancements

Le Frédéric, bateau de 49 tonneaux qui reste la propriété de Lefranc, le constructeur, pour l'affecter au passage. Effectue sa première traversée le 10 mars avec Agnès pour patron. En 1880 Troudé était à la barre. Le dernier fut Persil en 83. Dépecé en 1884.

La Félicie, norvégienne de un tonneau pour Théodore Anquetil, de Caudebec. Vendue en 1881 au sieur Ravin, entrepreneur de dragage, pour servir de canot à une drague.
L'Eugénie, un tonneau, pour Louis Lebourgeois, La Mailleraye, qui désarme le 10 juillet 1883 et le revend au sieur Blin, entrepreneur de travaux publics de la Basse-Seine à Villequier. Annexée comme embarcation de service au chaland Le Pirate, rayé le 12 juin 1884.
L'Alise, un tonneau, à "Cerille" Pilon, du Landin, en 1880, vendue en 1884 à Savary, d'Heurteauville, annexé au borneur Louis-Marie, en 1885, syndicat de Duclair. Puis démoli.
Le Zut, un tonneau, à Edouard Thuillier, en 1880, démoli après le 15 juillet 1891.


1875



En janvier 1875, le maire de Guerbaville est un ancien capitaine au long cours, Adrien Vollet, natif de Guerbaville. Il fera don à l'église d'un vitrail en forme d'ex voto. Le 3 février 1875, veuf de Virginie Prunier, Jean Baptiste Augustin Saillanfaits, descendant du fondateur de nos chantiers, se remaria à 53 ans avec Rose Tuvache. Il était toujours charpentier de navire mais il se dit qu'il termina ses jours comme épicier. Edouard Lefranc est parmi les témoins, comme Antoine Mauger, capitaine de navire à Guerbaville. Ce Saillanfaits avait eu de son premier lit six filles.

Dans la nuit du 8 au 9 mars14875, un abordage eut lieu près de La Mailleraye entre le bateau borneur Pierre-Constance, qui louvoyait pour remonter le fleuve, et le steamer anglais Marie-Stuart.

Les grands lancements

L'Avenir, sloop de 70 tonneaux, immatriculé au Havre. En 1882, on le voit commandé au cabotage par Léon Levigoureux, natif d'Isigny. En 1889, il désarme au Havre sous le commandement de
Emmanuel Léon Pichard.

La Jeune France, galiote de 47 tonneaux, pour Frédéric Tissier, du Conquet, qui l'inscrit en Bretagne en décembre 1879 après un détour par Dunkerque. Dans quelques années, un autre navire des chantiers Lefranc ira au Conquet, entouré de prestige... 

La Stéphanie-Clémence, du port de 46 tonneaux, lancé pour les carrières Silvestre. Arme pour la première fois le 26 octobre 1875. Ar au bornage en 1882, patron Lefebvre, désarme le 9 août 1885, patron Crestey. Au bornage en octobre 1888, patron Landrin. Appartient à Guibert en 1904, patron Méter. L'Administration donne deux hypothèses. Un : dépecée en 1905. Deux : vendue le 1er janvier 1909 à Voisembert et Laubeuf. Elle devient le Guy N° 9. Circule encore en 1919. Cette deuxième proposition semble plus vraisemblable.

Petite pêche

La Jeune-Eugénie, un tonneau, pour Albert Desmarest de Villequier. Passe au quartier d'Honfleur en 1892. Les noms de bateaux indiquant "jeune" devant un prénom sont alors très à la mode...
La Jeune-Sophie, un tonneau, pour le sieur Aimable Feuillye.
Le Jeune-Emile, bachot de un tonneau, pour Pierre puis Sever Thirel, d'Heurteauville. Dépecé en 1883.
Le Jeune-Constant, canot de un tonneau, à Constant Chion, de Guerbaville, en 1880. Démoli après cette date.
L'Auguste et Lucie,non ponté de un tonneau, pour Lucien Mauchrétien, de Villequier, inscrit à la plaisance en 1896, l'Administration le dit en circulation en 1915 et rayé en 1926. Ailleurs, vendu à Sabatier, du Trait, en 1906 et démoli le 1er août 1910...
Le Piston, pour Joseph Mauchrétien, de Villequier. Passe au sieur Lormier en 1882. Cesse de naviguer en 1887.
La Marie, un tonneau, pour Félix Persil, Villequier. En 1906, il le lègue à son fils. Navigue encore à la plaisance en 1922. Rayé en 26. Un homonyme :
La Marie, bateau riverain de un tonneau, appartenant à Anfry Thuillier, Mesnil, en 1880.
Démoli après 1894.
L'Astrolabe, un tonneau, pour Séraphin Lenormand, Duclair. Vendu le 5 mai 1882 au pilote Chauvel, de Villequier. Démoli en novembre 1883.
L'Augustin, un tonneau, pour Louis Testu, Duclair, circule encore en 1893. Démoli.
L'Antoine n° 1, un tonneau, à Grosmenil, du Val-de-la-Haye en 1892. Vendu à Auguste Giel, Grand-Couronne, 1er janvier 1904, puis Louis Horlaville, id. en avril, patron Cotelle en mai. Démoli.

1876


Mise en chantier d'un bac à une entrée pour La Mailleraye chez Lefranc qui rachète celui de 1870, inadapté au passage. Il s'en servira pour ses transports. On lui reproche par ailleurs d'employer au bac "de trop jeunes gens ou des hommes inexpérimentés." (Source :  Derouard,).

Le 5 juin, le bac amène rive gauche l'archevêque de Rouen qui confirme 150 enfants. Le soir, il se recueille devant les tombeaux de la chapelle du château puis s'en va visiter l'église de Notre-Dame-de-Bliquetuit.

Les adjudicatons sont lancées pour la construction de quatre appontements en charpente, d'un perré et d'une cale d'embarquement au port de la Mailleraye. Dans son livre De Rouen à la mer, Jules Adeline jette un regard désolé sur les quais : Guerbaville-la-Mailleraye que dessert un bac faisant le service entre les deux rives ne se présente plus que  comme un très maigre village et ne possède plus qu'une petite église du XVIe siècle (...) Mais la plus grande curiosité de la Mailleraye a complètement disparu. Autrefois — il y a trente ans  environ — le parc de ce château était un but de promenade, on se rendait en voiture de Rouen à la Mailleraye, c'était une excursion que l'on faisait volontiers, de même que pendant l'été le parc du château de Radepont, un des recoins les plus pittoresques de la vallée de l'Andelle, était aussi fréquenté qu'il est délaissé actuellement. Le château de la Mailleraye datait du temps de Louis XII et de Louis  XIV, il s'élevait sur une terrasse bordée de balustres, dominant la Seine. Il fut la demeure des de Moy, des Fabert, des Harcourt, des Nagu et des Mortemart, il reçut plusieurs fois les visites des princes et des rois, et fut démoli en 1857. Avec lui disparut le parc de Le Nôtre avec ses arbres séculaires et ses superbes parterre s. De toute cette splendeur il ne reste plus qu'un maigre village et la chapelle du château, édifice sans caractère datant de 1589, mais renfermant encore quelques verrières du XVe et XVIe siècle et des tablettes de marbre, rappelant entre  autres noms, celui de F. de Harcourt,Gouverneur de Normandie, décédé en 1705...

Les lancements

La Barre-y-Va, bateau de 2 tonneaux pour Alfred Grandin, de Villequier, navigue trois ans et est dépecé en 1880. 
Le Jeune Albert,
un tonneau, pour Hippolyte Fleury, dit de Duclair. puis du Trait. Dépecé en juin 1885.
Le Gustave 2, un tonneau, pour Louis Flambard, de Villequier.
Dépecé en 1883. Un homonyme :
Le Gustave, barque de un tonneau, à Auguste Cautrel, de Triquerville, en circulation en 1883. Vendue à Hippolyte Lenoir en 1888 et armée à la pêche. Circule encore en juillet 1913 et passe dans le quartier d'Honfleur.
Le Matinal, un tonneau, pour Romain Cariel, de Duclair, à la pêche. Inactif de 1885. 
La Rose 2, bateau de un tonneau pour Charles Bucquet, d'Yville. On la pensait dépecée en 1883. Un Rose 2 navigue encore comme bâtiment de mer en 1903, appartenant à Albert Aicret, Bardouville. On le crédite de trois tonneaux et le scribe raye La Mailleraye pour Val-de-la-Haye.
Le Kléber, canot d'un tonneau, pour Lefranc, constructeur. Au régates du 18 août 1878, à Quillebeuf, Lefranc remporta le premier prix dans la catégorie "embarcations à deux avirons". Il était le seul concurrent ! Du coup, il renouvelle cet exploit avec le même navire dans la catégorie quatre avirons. Troudé mène une campagne de pêche à bord de 82 à 83. On le dit dépecé en 1883. Pourtant, il circule encore en 1886 avant d'être démoli.
La Mélanie, norvégienne de un tonneau,
à Adolphe Lequesne, de Barneville, en 1880, passe à Guyot aîné en 1897. Circule encore en 1904. Rayée en 1926.
La Normandie, barque de un tonneau, à Emile Burgos, de La Mailleraye, circule en 1887. Démolie. 
Le Glaneur n° 2, bachot de deux tonneaux, à Jean-Baptiste Decaux, de Bardouville, en 1896. C'est une première inscription... 20 ans après son lancement. Etonnant. Circule jusqu'en1902. Puis démoli. 
La Giralda, canot de un tonneau, plaisance, appartient à Léon Bailleul, percepteur de Caudebec, en 1892. 
La mention vendue au sieur Persil en 1897 est biffée. On voit le navire naviguer encore en 1918 à la plaisance. 
Dans un autre registre, le nom Giralda est remplacé par La Jeanne. Le canot est dit provenir de la plaisance et appartenir à Achille et Ernest Persil, de Villequier, en 1897, et armé à la pêche. On le dit naviguer jusqu'en 1908 avant d'être démoli. On peut penser que la Giralda et la Jeanne sont deux embarcations différentes.

1877

Les noms débutant par "Ville de" sont alors de mode. 

Les grands lancements

La Ville de Caudebec, sloop de 48 tonneaux pour Bertin, négocient de Rouen. Vendu dix ans plus tard à Pétigny et Bizet.

La Ville de Duclair, 35 tonneaux, pour Bertin, de Rouen. Vendu à Pétigny et Bizet. Le navire appartient en 1893 à Ducellier, père et fils, de Villequier. Démoli ensuite.

Le bac n° 2, cinq tonneaux, pour Auguste Sabatier, de Yainville. Il ne navigue qu'un an à compter du 2 janvier 1878. Perdu en Seine en 1879.

Petites unités

L'Aurore, un tonneau, pour Charles Coignard, de Duclair. Dernière campagne de pêche en 1880. "L'armateur ayant été nommé garde maritime à Conihout de Jumièges, cette embarcation lui sert pour son service."
La Georgine
, chaloupe de un tonneau, chaloupe destinée pour Laurent Linnocent, de Villequier. Passe au quartier d'Honfleur en juillet 1884.
Le Léon, pour Léon Delamétérie, du Trait, passeur de La Mailleraye. Le syndic de La Mailleraye le dit dépecé en 1882 après une campagne de pêche. L'Administration le classe parmi les bateaux de plaisance. Il aurait été vendu le 5 septembre 1882 par Mme Delamétérie à M. Paine, cultivateur à Berville. On le dit dépecé en 1892 mais il semble encore circuler avec Paine de 92 à 1915, année où il fut dépecé à Berville.

Le Courrier n° 2, un tonneau, appartient à Lafosse, de La Mailleraye, en 1879. Arme encore en 1881 alors que Lafosse est dit à Jumièges. Dépecé en 1882. 
L'Anita, pirogue de un tonneau, à Amant Poultier, de Villequier, en 1880. Démolie ensuite.
La Louise-Désirée, barque de un tonneau pour Louis-Sieurin, Guerbaville. Rayé en 1826.
La Jeune-Ambroisine, un tonneau, date mal définie, appartient à Charles Lassire, du Landin, en 1880, vendue à Auguste Sabatier, id, puis au sieur "Guéraud" (sic), d'Heurteauville, le 16 juin 1885, vendue en août 1887 à Marius Maréchal, Heurteauville, Saussez, en 1895, Lefebvre en 1897 qui la rebaptise Aimée-Célestine. Circule toujours en 1900. Démolie. 
Le Marceau, canot de un tonneau appartenant à Edouard Lefranc. Au régates de Quillbeuf, en août 1878, Lefrancs se classa premier dans la catégorie des bateaux de service sous voile Le 2e prix alla au patron Testu, de La Mailleraye, sur le Garde-Maritime. Le Marceau fut démoli en 1886.
L'Eugénie, un tonneau, à Eugène Bardel, Heurteauville, en 1880, Lucien Lefebvre, Yainville, en 1893, prenant alors le nom d'Albertine, vendue à Louis Vigier puis Arthur Gallien, d'Heurteauville, en avril 1908. Circule encore en 1910. Rayée en 1926. 
La Jeanne-d'Arc N° 2, canot de 1,80 tonneau, pour Flambard, de Villequier, incrit la première fois le 15 août 1888 à la plaisance. Circule jusqu'en 1897. Rayé pour avoir quitté le quartier. 
La Sophie, norvégienne de 0,76 tonneaux pour Thuillier, de Duclair, première inscription en août 88 à la plaisance. Attestée jusqu'en 1891 puis quitte le quartier.

1878 : le second bac de Caudebec

En janvier 1878, Adrien Vollet, le maire, cède son siège à Charles Collet, ancien premier magistrat de la commune. Le 16 juin commença le service des bateaux  de la Basse-Seine  par  le steamer Furet, du Havre à Rouen et vice versa, touchant à Honfleur, Quillebeuf,  Villequier, Caudebec, La Mailleraye, Jumiéges et Duclair. Les départs se poursuivirent  jusqu'au 30  septembre. 

Les lancements

L'Union, bac à vapeur, 31 tonneaux, coque bois, détenu par La Société anonyme du passage de Caudebec. Arme le 18 juillet, patron Jacques Désiré Carré. Mauger le prend en main le 8 août 1882 puis cède la barre à Jean le 9 août 83. Guillemette prend la relève en octobre 1890 jusqu'en 1904. Après quoi il est patronné par Tocqueville jusqu'au 21 janvier 1909 et Legendre fait la dernière saison du navire qui désarme le 16 septembre 1909. Démoli aussitôt et remplacé par L'Union des deux rives, appartenant à M. Bobos. On voudrait que l'Union ait été détruite par le mascaret.

La Jeune Marguerite, gribane dite aussi "barguette" de 13 tonneaux, pour Lequesne, de Caumont. Dernier armement le 6 décembre 1880. "Coulé en Seine et relevé en morceaux. Dépecé."

La Marie-Augustine, trois tonneaux, appartenant "au Sr Deisnitroul" (sic) à Boscherville, en 1880. Vendu à la veuve Platel en 96 puis Arsène Groult. Prend alors le nom de Passager de Saint-Georges. En 1891, les registres le disent lancé en 1869 et appartenant à Henri Groult, de Bardouville. Il sera vendu à Henry Jouen, de Bardouville et reporté sous le nom de Courrier de Beaulieu. Navigue encore en 1894 puis fut démoli.

Petites unités


Le Comme-Vous,
deux tonneaux, appartenant à Louis Groult, du Mesnil, en 1903. Circule encore en 1905
Le Pierre,
deux tonneaux, appartenant à Laurent Testu, de Berville, en 1880. Vendu en 1891 à Julien Chapellière, de Duclair, à Pigache, entrepreneur de Varengeville en 1895 et à Jules Chapellière la même année. En circulation jusqu'en avril 1898. Puis démoli.
L'André, deux tonneaux, à Hippolyte Montel, d'Anneville, vendu à Cassé en septembre 85
. Démoli après 1900. (Le nom du navire est rayé par le scribe fantaisiste qui sévit alors). 
La
Grâce de Dieu, pour Louis Guérin, de La Mailleraye. Vendu à Rossy, de Villequier, passe à l'intérieur en 1884.
L'Alphonsine,
un tonneau, pour Stanislas Deconihout, de La Mailleraye. On la dit dépecée en 1882. Or une barque de ce nom, même année, appartenant à Modeste Deconihout, circule toujours en 1906 et fut rayée en 1926.
L'Hortense
,
un tonneau, pour Claude Levillain, de Vieux-Port. Au quartier d'Honfleur en juillet 1884.
La Languette, un tonneau, pour Jacques Tabouret, de Duclair. Dépecé en juillet 1886. 
La Rosine, barque de un tonneau, pour Félix Fréret, du Landin, vendue à Stanislas Gosse, id., en décembre 1881. A sa mort, passe à son fils. Vendue en 1894 à Louis Fleury, Jumièges. Circule encore en 1909.
Le Théodore, un tonneau, à Anfry Gueudry, de Jumièges, en 1880. Vendu en 1899 à Leconte, d'Heurteauville. Démoli après mars 1900.
Le Saint-Antoine, un tonneau, appartenant à Marcel Poulain, La Mailleraye, en 1903, vendu en 1907 à Baillemont, La Mailleraye. Dépecé en 1908.
La Sainte-Marie, appartenant à Jules Ridel, du Mesnil, en 1905. Circule encore en 1908.

1879

Pêcheries françaises n° 16. 38 tonneaux, vendu aux enchères le 26 mai 1884 à La Rochelle.

Avril. Un magnifique saumon, pesant 21 kilos, et ayant une longueur de 1,40m , a été péché la semaine dernière dans la Seine en face de la Mailleraye, par M. Delametterie, maire du Trait. De mémoire d'homme, on ne se rappelle pas en avoir vu d'un pareil poids. Les plus gros ne pèsent ordinairement que 15 kilos, et encore sont-ils très rares.

15 décembre : la goélette anglaise Héros, de Swansea, allant de Rouen à Newcastle avec un chargement de craie, a été si fortement pressée par les glaces qui l'entouraient, qu'elle a coulé sur place entre la Mailleraye et Caudebec. L'équipage a pu être sauvé.

Petites unités

Le Soleil, bateau riverain, deux tonneaux, appartenant à Charles Bérenger, Anneville, en 1880, vendu en 1895 à Honoré Chatel, Anneville, en 1900 à Hulin. Circule encore en 1905. Rayé en 1926.
L'Auguste, deux tonneaux, à Pierre Longuemare, Yville, en 1880. Vendu en 1883 à Deconihout, "ami à Lapiche". Vendu le 15 août 1915 à Aimable Duparc, Jumièges. Prend le nom de Frère et Sœurs. Circule encore en 19. Rayé en 26.
Le Castelli,
deux tonneaux, à Alponse Caron, Anneville, en 1880. Vendu en 1895 à M. Paine, Anneville, coulé et disparu en Seine le 17 octobre 1896.
L'Alphonsine
, barque, un tonneau pour Modeste Deconihout, de Jumièges.

L'Amédée, un tonneau, pour Léon Delamettérie, Le Trait, passager de La Mailleraye. En 1880, il a Crevel pour patron qui mène plusieurs campagne de pêche. Différentes versions quant à la fin de ce navire. Dans un premier temps, l'Administration pense qu'il fut démoli après 1887. Puis qu'il fut vendu en 1889 aux Ponts & Chaussées et remplacé par un autre bateau du même nom construit à Duclair et jaugeant 2,10 tonneaux.  Enfin qu'il fut vendu en 1891 à un habitant des environs de Duclair. Crevel mena à une campagne de pêche juqu'au 2 janvier 1892.
La Victoria-Alice, un tonneau, pour Auguste Levasseur, Duclair. Dépecée le 12 mars 1882.
Le Célestin, bateau riverain de un tonneau, appartenant à Célestin Hubert, Anneville, en 1880. Circule jusqu'en 1899 avant d'être démoli.

1880 : un courrier pour les îles

Il est évident que nos relevés ne concernent pas les réparations ou les destructions de navires construits ailleurs et opérés par les chantiers maillochiens. En 1880, par exemple, Etienne Danger, de La Mailleraye, fit dépecer son bateau de un tonneau, l'Aigle, construit en 1876 à Rouen. 

 Le 17 (mars), à deux  heures du matin, le  sloop Augustine-Léontine, patron  L.  Guillon,  chargé  de  charbon à destination de Caudebec, se trouvant par le travers des bâtiments de la fabrique des argiles de Villequier, a été surpris par une  folle brise de vent, au  moment de virer de bord. Ce bateau étant alors près de la digue de la rive gauche, s'est échoué  par l'avant  sur celle  digue, et, la mer baissant  tout  à coup,  il n'a  pu  se  retirer  par  ses  propres moyens de cette fâcheuse position. A l'arrivée  du  flot, vers onze heures  du matin, le sloop  s'étant  déjà  incliné, a pris  l'eau par son arrière  et  a sombré  par 5 à  6 mètres d'eau. Le patron du sloop a  fait alors demander à  La  Mailleraye,  aux chantiers  de  M. Lefranc, de l'aide pour relever ce bateau. Celle  opération  a été conduite  avec  la plus  grande  diligence, et, le dimanche  suivant, le  sauvetage était  accompli. Un peu de retard, et l'Augustine-Léontine était totalement perdu, ainsi que tout le  chargement, dont  les deux tiers environ ont pu être sauvés avant  la forte marée. 

Lancement du Deux-Frères, un tonneau, pêche,  appartenant à Pierre Leclerc, pilote de Villequier qui le vend à un confrère Hippolyte Pouttier, en 1885, vendu à Rossy de Caudebec en 1889.

A La Mailleraye, on restera fidèle à la marine en bois, même avec les derniers navires mixtes, à voile et à vapeur....

Les lancements


La Louise 23 tonneaux. Elle assura le service des îles Molène et Ouessant en tirant avantage de sa coque bois pour les échouages et de son jeu de voiles en cas de panne de machine de 16 cv.

La Louise, courrier des îles Molène et Ouessant, à voile et à vapeur, fut le dernier navire mythique  lancé aux chantiers de La Mailleraye en 1880. Elle assura le service, au départ du Conquet, jusqu'à la première guerre mondiale.


En 1879, Faustin Rigollet, maire du Conquet, avait conçu, pour communiquer avec les îles, un bateau poste. Le premier vapeur, car les îles étaient desservies jusque là par des voiliers qui avaient régulièrement le mauvais goût de faire naufrage. Le Louise, prénom de Mme Rigollet, fut baptisé le 20 juin par Paul Deschanel, alors sous-préfet à Brest. Divers armements l'exploitent : Peugeot & Cie, Pennhors Simon, les Vapeurs brestois. Le capitaine sera Jean-Louis. Miniou durant plus d'un quart de siècle. Dans La Dépêche de Brest du mardi 17 mai 1938, il parle de son navire "Il n’avait peut-être pas grand air, mais c’était un bateau marin. Il était bas sur l’eau souvent balayé par les lames, cependant il tenait le coup et continuait sa route, lui, tandis que d’autres viraient de bord. Je l’ai commandé pendant 25 ans." Avec lui, il a aussi accompli des miracles :
"En 1887 ou 1888 par brume épaisse, je découvrais dans le sud du Fromveur, un navire qui coulait. C’était la Couronne Royale de Londres. J’ai réussi à sauver tous ceux qui s’y trouvaient : 48 hommes, deux femmes, trois enfants que j’ai ramenés sur la Louise.
Lorsque le
Drumont-Castle s’est perdu dans le même endroit, mon attention a été attirée par les épaves, j’ai fait des recherches, puis j’ai donné l’alarme, car on ignorait tout du naufrage à ce moment.
En 1906, par tempête par tempête du N-E, j’ai rencontré près de la jument le sloop
Le Commissionnaire qui faisait le service entre Brest et Ouessant, complètement désemparé. J’ai pu le sauver avec ses quatre hommes d’équipage et ses neuf passagers.
Le sloop
N-D de Lourdes coulait dans le Fromveur, toutes voiles dessus, quand je suis arrivé avec la Louise, j’ai pu recueillir 10 personnes. Trois autres s’étaient noyées."

Après sa dernière rotation, en 1909, le vapeur construit à La Mailleraye devint un ponton-vivier à Brest. Louise sera suivie des Contentin, Travailleur, l'île d'Ouessant puis, Enez-Eussa, ancien yacht de Ferdinand de Bulgarie. Quant à Miniou, mille fois décoré, il aura sa Légion d'Honneur.

Si, à cette époque, ce navire fut le plus emblématique, car figurant sur foule de cartes postales, ce ne fut pas le dernier des chantiers Lefranc. Ils fonctionnèrent encore une bonne dizaine d'années. 

L'équipage de la Louise autour de son patron. Il parraina la grand-mère de mon copain ouessantin, Martin Miniou. Le monde est petit...

Les autres lancements

La Grâce de Dieu, bachot de deux tonneaux pour Rossy, entrepreneur à La Mailleraye. Démoli après 1888.
L
a Jeune Clotilde, un tonneau, pour Martin Aubert, Port-Jumièges. Vendu en 91 à Prunier, Barneville, en 98 à Georges Aubert, Barneville. Prendra le nom de Georgette-Louise. Démoli après 99.
La Bonne intention, un tonneau, pour mon bisaïeul, Pierre-Delphin Chéron. Son propre père avait eu successivement deux navires portant ce nom. Il l'arma encore en 1881 et 1882, année où Augustin Pierre Deconihout, de Jumièges, lui vendit le Jeune Pierre, un tonneau, construit la même année à La Mailleraye. Pierre-Delphin Chéron fit dépecer La Bonne intention en octobre 1882
Les Deux-Frères, un tonneau, pour Pierre Leclerc, pilote à Villequier. Vendu en 85 à Hippolyte Poultier, son confrère. Vendu en 89 à Rossy, de Caudebec, et armé en circulation. Navigue encore en 1891 avant d'être démoli.
La Normandie, pour Louis Delamare, La Mailleraye. Dépecé le 25 juin 1887.
L'Alphonsine et Berthe, un tonneau, pour François Prévost, d'Aizier. On le dit perdu en Seine en 1884. Pourtant, il est porté en circulation jusqu'en 1895 avant d'être démoli.
La Marie, un tonneau, pour Sénateur Testu, Le Trait. Vendu à Philippe Lecomte le 11 août 1881. Dernier armement avril 1885. 
La Marie, bachot de un tonneau, d'abord à Auguste Lenouvel, d'Anneville, pour sa propriété, passé à Emile Vincent, Heurteauville en 1894, classé en plaisance en 95 et 96 puis radié.
Le Terpsichore, un tonneau, pour Stanislas Deconihout, Jumièges, vendu à Léon Barate, dit de Rouen mais aussi de Jumièges, en mai 1883. Le patron est alors Varin qui arme encore le 1er février 1897. L'embarcation fut démolie le 1er novembre.
La Louise, yole de un tonneau, est signalée d'une main tremblante en 1880 sans date de lancement et appartenant à Augustin Chuau (?) d'Heurteauville puis démolie. 
Le Joséphin, yole de un tonneau, à Vincent, La Mailleraye, en 1880. Démoli.
L'Augustine, 1,41 tonneau, pour Charles Deshayes, de Barneville, démolie après le 15 juillet 1896. 
L'Henriette, un tonneau, s'est appelé d'abord la Languette, appartenant à la dame du même nom, La Vacquerie, pour une navigation à la plaisance. Vendu
à Clément Languette, du Landin, en 1904. Démoli après 1906.
Le Georges, bachot de deux tonneaux, appartenant à Georges Richer, d'Anneville, en 1905. Circule encore en 1910.

1881 : les tribulations de l'ancien marin

Guerbaville dispose d'un ambassadeur, ancien marin qui dans les pays circonvoisins fait régulièrement parler de lui. C'est Joseph-Cêleslin Rivière, maintenant âgé de  56  ans. A Bayeux, il écope encore de 6 mois de prion pour rupture  de  ban,  vagabondage el tentative  d'évasion.

En juillet, on apprend que deux grands chalands couverts sont encore en construction à La Mailleraye pour le compte de la société Seine et Tamise, de M. Dammartin. leur nom n'est pas indiqué.

Les lancements

La Jeanne, gribane de 45 tonneaux, à Péqueur, de Petit-Quevilly, 1910, puis à Pigache, Varengeville et Hautat, entrepreneur de travaux à Duclair, le 1er mai 1917.

Le Pierre, quatre tonneaux, à Pierre Pigache, d'Anneville. Employé à "l'exploitation de propriétés rurales". Vendu en 1900 à Adolphe Durdent, Duclair. Puis démoli.

Petites unités

La Mathilde, un tonneau, pour Théodore Anquetil, de Villequier. Navigue jusqu'en 1908. Démolie.
Le Ragot, barque de un tonneau, on la dit aussi construite à Rouen, pour Emile Renault, Jumièges. Vendue le 1er mai 1883 à Chéron fils, Yville. Démolie après 1885.
La Jeune-Amélie, un tonneau, à Narcisse Prunier, du Mesnil, en 1880, vendue à Decaux, puis à Auguste Deshayes en 1903, elle prend alors le nom de Marie. Circule encore en 1912. Rayée en 1926.
Le Louis-Félix, yole de un tonneau, à Louis Louciy (?) de Caudebec (patron Hue, est-il écrit ailleurs). Démoli après 1883.
La Calypso, yole de un tonneau, à Hautot, La Mailleraye. Arme pour la pêche en 1893-94, appartenant à Deconihout, de Villequier. Inactive, elle est dépecée.
La Jeune-Rosine, barque de un tonneau, Félix Fréret, du Landin. Une seule inscription. Démolie. 
Le Séverin-Victorice (sic), canot de un tonneau, à Julien Pelletier, Caudebec. Deux inscriptions. Démoli.
Le Marcel, un tonneau, pour Edouard Clépoint, Bardouville, "exploitation de sa propriété", vendu en 1886 à Lecouturier, Saint-Pierre-de-Manneville, en 1888 à Lamand, Caumont. Démoli après 1892.

1882

Un signe ? Cette année-là, le nouveau bac du Mesnil, du port de 12 tonneaux, est construit à Duclair pour l'administration des Pont-et-Chaussées. On le verrra en service jusqu'en 1917. Reste que trois belles unités sont lancées au chantier Lefranc ainsi qu'une kyrielle de petites unités...

En février 1882, le Dr Stanislas Pasquier entame 25 ans de mandat.

Les lancements

Le Louis-Joseph, sloop de 59 tonneaux, appartient à Lamy, Caumont, en 1892, vendu à Laubeuf en 1917, prend le nom d'Odette n° 10. Circule encore en 1919.

L'Eole, bachot de 51 tonneaux, à Ernest Toutain, Caumont. Au bornage en 1891. 

Le Georges et Valentine, bachot de 17,91 tonneaux, pour Auguste Sabatier,du Trait avec Leroux et Deconihout pour patrons. L'Administration donne ailleurs le bachot construit à Yainville en 1881 pour Sabatier. Désarme en juillet 1887.

Petites unités

Le Kléber, bachot de 2,53 tonneaux pour Ernest Savary, d'Anneville, vendu à Louis Saumon, cultivateur, en 1888 puis à Louis Neveu en 1908.
Le Malfaisant,
deux tonneaux, pour Pierre Lechevalier, du Mesnil. C'est un navire destiné à la navigation intérieure avec faculté de oêche, art. 2 et 3 de la loi du 20 juillet 1897. Vendu à Gausse, de Duclair. Circule encore en 1923. Rayé en 1926.
Le Courageux,
deux tonneaux, pour Jean-Baptiste Guillemain, Berville. Démoli en 1903.
Le Jeune Pierre
,
un tonneau, pour
Augustin Pierre Deconihout, de Jumièges. Qui le revend à Pierre-Delphin Chéron. Congé de douane délivré à La Mailleraye le 20 octobre 1882. Pêche jusqu'en 1886. N'a pas réarmé par la suite.
La Jeune Rosine, un tonneau, à Louis Fréret, du Landin. Vendu en 1886 à "Aubert". Un achot de ce nom, lancé la même année, appartient à Albert Huley, du Landin, en 1886. Circule encore en 1904. Rayé en 1926.
La Jeanne, un tonneau, pour Joseph Mauchrétien, pilote de Villequier. Désarme en avril 86.
La Suzanne, un tonneau, pour Lis et Céphas, Villequier. Remonte en Haute-Seine en 1884.
La Maria-Louise, canot de un tonneau, à Jean Duval, d'Heurteauville, démolie en mars 1888.
Le Rouget de l'Isle, canot de un tonneau, pour Edouard Lefranc. Passé en plaisance le 1er juin 1895 sous le nom d'Hélène-Marguerite, avec pour patron Charles Lefranc, avenue du Mont-Riboudet, à Rouen. Arme une dernière fois le 1er juin 1896 puis le navire est radié quelques années plus tard au motif que ses propriétaires ont quitté le quartier.

Le Pierre n° 2, pour Pierre Hulin, Anneville, vendu le 5 avril 1895, à Emile Turban, dont le navire prend le nom. Circule toujours en 1903. Rayé en 1926.
L'Alice-Marie, barque de un tonneau, à Marcel Bardel, Guerbaville. Vendue en 1896 à Auguste Adacard, Landin.
Désarme le 12 juillet 1898. Démolie ensuite. Mais, en 1898, on retrouve une barque de ce nom, même année de lancement, entre les mains d'Alphonse Saussey, Heurteauville. Elle circulait encore en 1911. Rayée en 1926.
Les Quatre-Girouettes, un tonneau, pour Darcel, Anneville. Arme à la plaisance à partir de 1885. On le retrouve entre les mains de Quesne, Anneville, de 1892 à 1896. Démoli.
La Suzanne, chaloupe de un tonneau, pour Rossy, entrepreneur à Caudebec. Inactive en 1887, démolie.
Le Charles-Sever, un tonneau, pour Lefebvre, La Mailleraye. Arme une dernière fois en 1909 puis est démoli. 
Le Charles, un tonneau, appartient à Charles Deshayes, d'Yville, en 1905. Vendu en 1906 à Alfred Hulin et prend le nom d'Utilité. Circule encore en 1911.
Le Victor N° 2, un tonneau, à Guillots, Petit-Couronne, en 1911. Rayé en 1926. 

Le Georges
, canot de un tonneau, première inscription en 1906 par Bidault, de La Mailleraye, à la plaisance. Une seule campagne connue. Rayé en 1926.

1883 : salutaire endiguement

Après le naufrage du steamer l'Indus, non loin du Havre, on dresse ce constat : les  accidents maritimes n'ont  plus lieu  dans  la partie canalisée, autrement sur les 37 kilomètres qui vont de Berville à La Mailleraye tandis que dans les  vingt années qui ont précédé l'endiguement, 140 navires se sont  totalement  perdus entre  ces deux communes.

 Le  1er  juin,  les paquebots à vapeur de M. Louis Berlin reprennent comme chaque année leur service quotidien entre Rouen et le Havre. Les steamers Eclair  et  Chamois  touchent à Duclair,  Jumièges,  la  Mailleraye,  Caudebec, Villequier, Qnillebeuf. On  part  de Rouen dans  la matinée, on déjeune  copieusement à bord et l'on dîne  le soir à Honfleur ou au Havre après  avoir vu se dérouler sous ses yeux un panorama naturel qui laisse bien loin derrière, ceux à la mode aujourd'hui, Une  chose charmante à faire et qui se fait beaucoup aussi, c'est de louer à M. Louis Berlin, quand on est en nombreuse famille ou en bande joyeuse,  le petit yacht  L'Ecureuil qui vient vous prendre à un point  convenu  du parcours   si riant de la Seine et vous mèneà la destination de votre choix. 

Mais la construction navale à Guerbaville n'est plus qu'un sujet de feuilleton à la une du journal Paris. Voilà qui paraît sous le titre Un coin de Province et les signatures de Pierre Cœur et Robert de la Villehervée. Extrait :

Dans ce bourg de la Mailleraye, que baigne la Seine aux eaux glauques, elle dévorait son ambition inemployée et promenait, avec ses regrets de fille déjà vieillissante, ses vaniteuses songeries. Comme elle avait refusé tous les partis qui s étaient présentés, le bonhomme Ménetret, son père, s’inquiétait peu de ce qu'elle pouvait souffrir. Ses chantiers de construction l'intéressaient beaucoup plus que sa « demoiselle ». Ses bricks, ses goélettes et ses lougres le captivaient tout entier ; il ne sortait pas des calculs relatifs aux fonds de râblure de l'étrave et de l'étambot, des recommandations indispensables pour obtenir, dans l'exécution des couples, des contacts rigoureux entre les différrentes parties, tant au plan de gabariage qu'aux extrémités des empattures, — et il n avait pas assez de temps, dessinant les plans, dirigeant les ouvriers, révisant les livres, pour s’occuper de ces fadaises sentimentales."

Un grand lancement

Le Raymond-Louise, chaland de 50 tonneaux, à Toutain, de Caumont, en 1887, Lamy en 1892. On la donne parfois lancé en 1880 sous forme de gribane ou encore de sloop. Navigue encore en 1912 avant d'être démoli.

Chez Lamy, à Caumont, deux gribanes lancées chez Lefranc. Le Raymond-Louis au premier plan, le Saint-Louis au second.

Les petites unités

Le Saint-Lubin, bachot de trois tonneaux, pour Narcisse Lebourgeois, Anneville. Circule encore en 1912, rayé en 1914 étant dépecé.
La Marie
, barque un tonneau, inscrite le 1er juin pour Renault de Jumièges puis Chéron du Mesnil, ces deux noms barrés ensuite pour ne laisser que Cassé, du Mesnil. En circulation jusqu'en 1900 puis démolie.
La Françoise, un tonneau, pour Léopold Renault, de Barneville. Circule encore en 1922.
L'Ernestine, barque de un tonneau, pour Félix Freret, circule jusqu'en 1888. L'admnistration la dit démolie... construite cette année-là. Fréret semble avoir armé à la pêche jusqu'en 1898. Et c'est seulement ensuite que l'embarcation fut démolie.
La Louise, norvégienne de un tonneau, pour Letailleur, du Landin. Vendue à Louis Prunier, du Mesnil, le 2 novembre 1887, Georges Quemin le 19 mai 1907, Ernest Quemin, le 22 juin 1913, Auguste Benoît le 25 mars 1917. Circule encore en 1922. Rayée en 1926.

1884

On construit encore à Duclair, voire même Heurteauville ou Saint-Georges. Là, une barque, le Roger, est mise à l'eau pour M. Roger, de Bardouville. Il la vendra le 9 septembre 1897 à Louis Groult, de Saint-Georges, qui s'en servira d'annexe pour le passage. Chez Lefranc, les grosses unités commencent à se faire rares...


Un seul gros lancement

Le Jean-Jacques, 60 tonneaux, construit à La Mailleraye en 1884 pour Rossy, Caudebec, acheté par Silvestre. Porté à la matricule des navires de mer le 6 septembre 1888 puis repasse en navigation intérieure. Toujours armé en circulation le 15 novembre 1895.

Petites unités

L'Actif, barque de trois tonneaux, pour Guillaume Quesnel, d'Anneville. Démoli le 29 septembre 1912.
Le Formidable, deux tonneaux, appartient à Groult, de Bardouville, en 1904. Circule encore en 1910.
La Berthe, bachot de un tonneau pour Frédéric Hue, de Berneville, vendu à Anfry Prunier, Jumièges, en 1902, puis Lamy, du Mesnil. Circule encore en 1909. Rayée en 1926.
Le Jeune Henri
, barque de un tonneau, pour Edouard Lefranc, vendue en 1885 à Girard, entrepreneur à La Mailleraye, comme annexe de l'un de ses bateaux. 
L'Edmond, pirogue de un tonneau pour Louis Savalle, de Vatteville, armé à la petite pêche. On le voit naviguer en plaisance de 88 à 92 avant de passer à la matricule des bâtiments de mer. Désarme le 21 octobre 1895. Dépecé en 1896.
La Stéphanie, bachot de un tonneau, pour Jules Fournier, du Mesnil, vendue en 1896 à Auguste Longuemare, d'Yville, en 1900 à Georges Aubert, de Barneville, à Armand Lemarié, du Mesnil.
Circule encore en 1906. Rayée en 1906. 
Le Louis-Félix, un tonneau, pour Théodore Hue, de Barneville. En 1910, appartient à Eléonore Lambert, de Jumièges.

1885 : le corps du vieux pilote...


29 avril.  Un pêcheur  a retiré de la  Seine, vers   Yainville, le corps  du  sieur Gustave  Galien,  ancien  pilote  retraité, demeurant à  Villequier,  lequel  avait  disparu  depuis le   14 mars dernier. Le corps ne portait aucune trace de violence et  l'on  suppose  que Galien  se sera  noyé  accidentellement.

L'Alexandre, bachot de 57, 75 tonneaux pour Edouard Lefranc, le constructeur. Armé en 85 et 86, année où il est commandé par mon grand-oncle Gustave Mauger. On le dit démoli mais un navire de ce nom, même tonnage, lancé en 86 fut propriété de Boucher, entrepreneur de travaux publics, rue du Champ-de-Foire à Rouen, en 1884 et rebaptisé Aubin. Vendu en 1893 à Lamy, Caumont il passe sur la matricule des bâtiments armés avec le nom de Saint-Louis. Circule encore en 1910.

Le Bérenger, bachot de un tonneau, pour Frédéric Chéron, du Mesnil, prendra le nom de "Comme tu voudras". Circule encore en 1900.

1886

En 1886 parut une publicité un peu partout dans la presse : "50 jours de traitement à trois centimes par jours, et quel résultat ! La Mailleraye (Seine-Inférieure), le 11 mai. J'avais de grandes douleurs du côté du foie, avec crampes d'estomac et vomissements ; j'avais aussi des rhumatismes qui m'empêchaient de marcher. Depuis que je prends régulièrement une Pilule Suisse tous les soirs, tous mes maux ont presque disparus. Veuve Saillenfaits (signature légalisée)."

En 1886 est construit aux carrière d'Yainville La Suzanne, bachot de 53 tonneaux. En novembre 1887, il a pour patron Ernest Tranquille qui réembarque avec  Gustave Alfred Mauger pour second patron, matelot : Louis Albert Sénateur Mauger. Vendue à Guibert en 1897. Il fut ensuite soit démoli, soit vendu à Voisembert et Cie en 1909.

Le Charles-Edouard, appartenant à Lefranc, du port de 60 tonneaux, patron Louis Arsène Mauger, mon arrière-grand-oncle. Equipage : Pierre Toutain, Antoine Troudé, Louis Couture, Ernest Landrin, Emile Poittevin... Passe à Boucher, entrepreneur rouennais, sous le nom de Victorine. Vendu en 1893 à Lamy, de Caumont et prend le nom d'Honorine. Circule encore en 1915. Rayé en 26.

Le Charles-Edouard, rebaptisé Victorine, en réparation à Caumont.

L'Alexandre, norvégienne de un tonnneau pour Edouard Lefranc. Circule en 88 puis est démolie.  
La Sophie, un tonneau, pour Burgot, La Mailleraye. Circule encore en 1896. Démolie.

1887 : de gros chantiers ailleurs...

Le passeur de La Mailleraye a l'idée, un beau soir de réclamer a un voyageur 50 centimes au lieu des 20 prévus au tarif. Le client proteste mais est bien mal placé pour soutenir un débat avec ce batelier qui le tient à discrétion dans sa barque. Seulement, le Normand sait être rancunier au point de ne pas reculer devant un procès pour 30 centimes. Voilà le passeur devant le juge de Paix de Caudebec qui, faisant application de l'article 52 de la loi du 6 frimaire de l'an VII, condamne le déliquant à restituer la somme indûment perçue, verser une  amende de la valeur d'une journée de travail, subir une journée de prison, imprimer et afficher à ses frais le jugement dont un exemplaire sera placardé à la mairie de Guerbaville. Enfin, il est condamné aux dépens. La loi de l'an VII lui épargna cependant la guillotine.

Faut-il y voir les charpentiers de Lefranc ? En 1887, voire 1893, selon les fantaisies de l'Administration, les carrières Silvestre firent construire à Yainville le Victor, chaland d'une quarantaine de tonneaux, ce fut le dernier gros investissement du carrier dans un navire. Emile Silvestre est mort en 1894. Quand l'Administration ne donne pas le Victor démoli à cette époque, elle l'annonce vendu en 1897 par la veuve Silvestre à Guibert, puis le 1er janvier 1909 à Voisembert et Lambeuf. Il prend alors le nom de Paulo. Circule encore en 1919. Rayé en 1926, étant bâtiment fluvial.

En 1887, La Madeleine, un bachot de 31 tonneaux, fut également construit à Yainville et francisé à Caudebec le 31 novembre 1887. Vendu en 1897 à Guibert. Navigue encore en 1904. Rayé, étant bâtiment fluvial, en 1926.

En 1887, toujours à Yainville, Silvestre fait construire le Rôdeur, chaland de 40 tonneaux. Circule en 1888 mais demeure inactif et est démoli.

L'événément de l'année a lieu en septembre. On avait prévenu :  le flot entre Quillebeuf  et Duclair parcourra un kilomètre par dix minutes six secondes. Si les vents se maintiennent,  le phénomène du mascaret sera excessivement imposant. En remorque, venant de la Nouvelle-Orléans avec 32 hommes, un steamer anglais, le Roméo, s'échoue sur un banc de sable à la Vacquerie. La première lame du mascaret couche le navire, la seconde le met quille en l’air. Beaucoup seront sont noyés. Il restera de cet événement un abri à bestiaux construite avec des débris de l'épave...

Des quais de La Mailleraye, le mascaret fut observé par Flammarion qui descendait chaque année à l'hôtel de la Marine.

En novembre, ici ou là, les incendies se multiplient. Le Siècle :  " un sinistre s'est déclaré dans la commune de Guerbaville ; la maison de Mme Valois, épicière, a été détruite ainsi qu'une grange, un hangar et autres bâtiments. Les pertes atteignent 13,000 f. Ces incendies sont dus évidemment à des mains criminelles. Mais les coupables restent introuvables. Une véritable terreur règne parmi les propriétaires et les fermiers, menacés de voir brûler leurs immeubles et leurs récoltes."

Petites unités

L'Armand-Joseph, bachot de 0,73 tonneau, pour Alphonse Groult, de Barneville. Démoli par le flot en novembre 1888. 
La Rosette, un tonneau, pour François Eliot, Heurteauville, circule jusqu'en 1894, puis dit inactif en 1896, car en mauvais état puis démoli.

1888


On construisit une norvégienne à Yainville pour Jean Duval, d'Heurteauville, La Maria Louisa, qui était à Louis Morel en 1898. Qui étaient ces charpentiers itinérants ? En cette fin de siècle, Duclair reste un lieu très actif dans la construction de petites unités.
C'est à La Bouille que Ernest Mauger, alors habitant du Trait, fait construire L'Emile, bachot de un tonneau pour son usage personnel.  Il l'inscrira le 15 septembre 1891, l'armera encore en circulation en 1892 avant de le faire démolir.

Petites unités

La Marie-Hortense, bachot de deux tonneaux, pour Charles Testu, de Duclair. Circule encore en 1911. Rayé en 1926.
Le Raymond, bachot de un tonneau, pour " Veuve Pillon Cyrille épouse Languette" , cédé, ajoute le scribe, à "Cirille Pillon demeurant au Landin, vendu à M. Fleury à Jumièges". Circule encore en 1924. Rayé en 26. 
Le Guetteur, norvégienne de un tonneau, pour Louis Delépine, La Mailleraye, vendue à Cuffel, d'Heurteauville, circule encore en 1896. Démoli. 
Le Victor, un tonneau, appartient à Agnès, La Mailleraye, en 1892.
Inactif après le 3 août 1893. Démoli.
L'Ernestine, un tonneau, appartenant à Louis Fréret, d'Heurteauville, en 1899. Démoli.
L'Alphonsine, bachot de un tonneau, appartenant à Doirié, Saint-Pierre-de-Manneville, en 1888, circule en 1915.
La Georgette, barque de un tonneau pour Alleaume, Guerbaville. Inscrite à la plaisance le 1er juin. Circule jusqu'en 1890 puis quitte le quartier.

1889

A Duclair fut construit un côtre de 15 tonneaux pour les Ponts & Chaussées, le SH, patronné par Laby. Ce sera un bateau sondeur sous voile menant des campagnes annuelles jusqu'en 1911...

La Clémentine, bachot de 58,67 tx , appartenant à M. Lefranc. Les patrons sont Pierre Leroux et Gustave Mauger en 1889. Le patron en 1890 est Gustave Mauger, né en 1858 à Jumièges, frère des précédents. Mousse : Gustave Chéron, fils du capitaine du bac d'Yainville, autres patrons à la part : Antoine Troudé, né en 1834 à Guerbaville, Louis Boucachard, né en 1864, à Saint-Pierre-de-Manneville, Hippolite Chouquet, né en 1854 à Honfleur, novices : Victor Baillemont, né en 1874 à Guerbaville, Pacifique Perdrix, né en 1875 à Caumont, matelot : Albert Auber, né au Trait en 1872.
Circule en 1893 avec Bouche et Baron, 7, rue Flaubert à Rouen, pour propriétaires, puis Lamy, de Caumont, en 1906, patron Lecœur. Démoli en 1915.

Petites unités

La Christiane, norvégienne de un tonneau, à Alphonse Guéroult, de Barneville, rebaptisée semble-t-il le Léon, à moins que ce ne soit son nom d'origine. Circule encore en 1918. Rayé en 26.
Le Renier n°1, canot de deux tonneaux fut construit à La Mailleraye pour l'entrepreneur du même nom à Quillebeuf, sans date de lancement mais francisé le 7 juin 1790 à Caudebec. Circule jusqu'en 1894 avant d'être démoli.
L'Eugène, barque de un tonneau, pour Eugène Cauchois, Bliquetuit. sans date de lancement mais son congé date de août 1890 à La Mailleraye. Démoli après 1891.
Le Maurice, barque de un tonneau, inscrite à la plaisance par M. Julien La Bouille, vendue à Mme veuve Toutain, Caumont, vendue en 1894 à Jules Cadot, de Sahurs. Attestée jusqu'en 1897 puis rayée pour avoir quitté le quartier.

1890 : un bac à rames pour Duclair

Un décret présidentiel,  du 22 septembre déclare d'utilité publique la constructions, sur la  rive droite, d'une digue de trois kilomètres destinée à fermer les  deux trous dits du Trait et du  Malaquis et à protéger contre les érosions la berge de la rive droite entre Le Trait et  La Mailleraye.Une mesure attendue depuis longtemps dans l'intérêt des riverains et de la navigation.

29 novembre : Jeudi après-midi, le sloop Hélène-Marguerite, capitaine Agnès, venant de La Mailleraye avec un chargement de cotrets, descendant trop tard en baie, s'est échoué sur le banc d'Amfard. Après  avoir  fait des signaux  pour demander un remorqueur qui ne put partir, à cause  de  la basse mer, les  trois hommes de l'équipage se rendirent au Havre, dans le canot du bord et déclarèrent à M. Suzanne, directeur des signaux et du sauvetage, que les  ferrures du gouvernail de leur bateau étaient brisées. Hier matin uneAbeille a renfloué le sloop et  l'a rentré au Havre.

A cette époque, les yachtmans parisiens se rendant aux régates du Havre ne manquent pas de faire escale chez Le Monnier, leur compatriote qui tient l'hôtel de la Marine. Il est dit parfois que 1890 fut l'année du lancement de la dernière gribane à La Mailleraye. Des chiffres invérifiables sont aussi lancés. Ainsi, de 1750 à 1902, 224 gribanes auraient été construites dans les chantiers de la Seine, essentiellement à Dieppedalle (65 lancements) et Guerbaville (64). Admirez la précision quans les registres des Affaires maritimes sont si mal tenus. A La Mailleraye, plusieurs d'entre elles y ont conservé leur armateur jusque dans les années 20, finissant démâtées, remorquées sous le nom de caillouteux pour achever l'endiguement du fleuve. Pour l'année 1890, nous n'avons trouvé qu'un lancement d'importance :

Le Désiré n° 2, bac à rames de 10 tonneaux pour Albert Frébourg, de Duclair. Inscrit en décembre 1905. Appartient ensuite à la veuve Frébourg. En 1909, inscrit à la plaisance. On le dit dépecé en 1910. Mais il semble circuler encore en 1915 avant d'être dépecé à Duclair en septembre 1916.

Petite unité

L'Yvonne Louise, deux tonneaux, appartient à Lhuissier, de Berville, en 1906, vendu en 1907 à Emile Bataille et prend le nom de d'Emile Jeanne. Circule encore en 1910.

1891 : travaux à La Mailleraye

Un nouveau capitaine des Douanes, M. Piere, nous vient de l'île de Ré. 

Les carrières Silvestre remportent par adjudication la construction d'une digue formant le trou du Malaquis, en amont de La Mailleraye. 

Le 22 octobre, une tempête s'abat sur la région. Au Havre, le steamer Messager qui devait rallier La Mailleraye, doit rebrousser chemin.

En septembre, Guerbaville croit en son avenir. Lors d'une journée où les maisons sont pavoisiées et le banquet appétissant, le soust-préfet d'Yvetot va reconnaître rive droite le site de la future-gare qui remplacera la halte devenue obsolète avec l'inauguration prochaine du nouveau bac à vapeur.

Les lancements

L'Hélène-Marguerite, canot de un tonneau, pour Lefranc, La Mailleraye. Il l'inscrit pour la première fois le 10 août 1898. Navigue deux ans avant d'être démoli.
L'annexe du Villequier, canot de un tonneau, pour Pierre Soligny, vendu au pilote Rollin. Circule encore en 1908. Rayé en 1926.
L'Augustine, pirogue de un tonneau, à Hulin, Guerbaville, vendue à Eugène Hamel, du Mesnil. Armée en plaisance jusqu'en 1912, rayée en 26.
Le Pétrel, un tonneau, pour le syndic de Villequier, M. Bernable. Circule encore en 1915. Rayé en 26.

1892 : une "année sans"


En 1892, on inaugure le bac à vapeur de La Mailleraye. Mais il a été construit à Rouen. L'équipage comprend quatre hommes dont deux membres de ma famille : Ernest Mauger, patron, et Louis Arsène Mauger, matelot . Louis Caron, mécanicien et Victor Baillemont, mousse, complètent l'équipage. C'est l'année où l'on voit le vicaire, Edouard Benet, natif de Duclair, devenir curé.

1893 : un marin en bordée

27 mai. Nous lisons  dans le Réveil d'Yvetot « Charles Maillard, un Mathurin de Honfleur,  dont le bateau était amarré en face de Guerbaville-la-Mailleraye, descendit à terre et, avec  quelques camarades, entra dimanche dans le tir du sieur Camille Lachartre. On peut dire  que  le marin a mis dans le mille, maispas comme il l'espérait. La partie s'est  mal terminée pour lui et, après avoir couché au violon, il a vu fermer sur lui les portes de la prison d'Yvetot. « Pour une bordée,  voilà  une bordée ! » Que le Mathurin  ait voulu  rosser le guet, cela va sans dire : c'est dans la tradition quand on, descend sur le plancher des vaches. Malheureusement pour Maillard, il a eu maille à partir avec les gendarmes à la suite d'un fait  qui aggrave singulièrement son cas. 
Après avoir tiré quelques cartons avec ses camarades, Maillard avait subitement quitté  le stand,  faussant compagnie à  ses  amis  sans  crier gare ! On pensa qu'il  était  allé  boire  un coup, mais  le  propriétaire  du  tir s'aperçut  qu'en même  temps que le marin, une carabine  avait  disparu.  La chose lui parut  louche, et  quand, vingt  minutes plus  tard, le marin  revint,  il  l'accusa  tout  net de lui  avoir  dérobé  l'arme. Maillard entra  dans  une  colère  bleue  que  son état d'ivresse  ne contribua pas peu à exaspérer.  Quand les gendarmes  vinrent  pour l'interroger, il les reçut  de la belle  façon. Injures, menaces,   rien  ne  manqua. Aujourd'hui,  comme nous  venons de le dire, Maillard est sous les  verrous.  Quant  à  la  carabine, on la  retrouva .le lendemain  sous  une pile de bois, en face  de l'endroit  où était  amarré le bateau de notre  marin. »

Le 12 juin 1893, l'épouse du dernier des Saillanfaits, Rose Clémentine Tuvache, qui exerçait le métier d'épicière à Notre-Dame-de-Bliquetuit, disparut de son domicile. On ne la retrouva que le 30 du même mois, à Sept heures du matin, dans un fossé de la harelle située près d'Heurteauville. Deux gendarmes firent la déclaration en mairie de Guerbaville. Saillanfaits n'allait guère survivre à ce drame. A Bliquetuit, le 5 mars 1894, Saillanfaits Jean Baptiste Augustin Saillanfaits mourut à l'âge de 72 ans. 

Le dernier des Saillanfaits ? Pas tout à fait. Un mois plus tard, le 2 avril, mourut à Notre-Dame-de-Bliquetuit, un scieur de long célibataire, âgé de 43 ans. C'était François Jean Saillanfaits, né à Liverpool de Louis Casimir Saillanfaits et Mary Shepherd. François Mallet, son neveu, témoigna en mairie.

Marin, Louis Casimir Saillenfaits eut un destin original. Il s'était marié une première fois à Liverpool, en 1835, avec Mary Sheherd qui lui avait donné quatre enfants. Après la mort prématurée de leur mère, deux d'entre eux se sont établis en Normandie. Louis Casimir se remaria en Australie en 1853 à Mary Ann Holmes qui, elle, accoucha huit fois. Les enfants prirent le nom de Casimir, et non de Saillenfaits. Louis Casimir Saillenfaits est mort rue Nicholson, à Mudgee, en 1873. (Source : Colette Anquetil)

En septembre, le  steamer Calvados,  capitaine Le Normand, rentrait  au  Havre, venant  de  La Mailleraye, quand,  dans  les  jetées,  une  terrible détonation se fit entendre. Un mort, un grand brûlé...

Une seule mise à l'eau

La Julienne, un tonneau, à Cléret, Heurteauville, plaisance en 1903, commerce en 1906. Navigue jusqu'en 1909. Dépecé en 1910.

1894 : création des chantiers de Normandie

La création des chantiers de Normandie en 1894 à Grand-Quevilly, la disparition progressive de la construction en bois, les difficultés de transport et surtout la pénurie de calfats amenèrent la fermeture, d'un des derniers témoins d'une époque révolue : les chantiers Lefranc. Pierre Abbat, des chantiers du Trait, citait la date de 1895. Il semble qu'il y ait eu encore quelques constructions de navires à La Mailleraye par la suite. 

Un événement dans la vie du village. A la rentrée,  de filles est laïcisée. "Cette décision, dit le Patriote de Normandie, est d'autant plus regrettable que le local dans lequel se faisaient les classes avait été donné par le vénérable abbé Dumesnil à la condition que l'instruction serait dirigée par des religieuses. » Mais respecter la volonté des donateurs, estime l'Univers, est le moindre souci des sectaires acharnés à l'œuvre de la laïoisatiôn. "Un droit reste aux héritiers de M. l'abbé Dumesnil: revendiquer l'immeuble qui reçoit une autre destination que celle. indiquée par le testament. 

Un lancement

La Sainte-Marie, canot de un tonneau, pour Le Marchand, de Saint-Pierre-de-Manneville, vendu à Neveu en 1909, Malherbe, d'Aizier, en 1916.

1895

En 1895, un bac pour piéton entre La Mailleraye et Le Trait appartenait à Noël Petit, l'entrepreneur de voitures publiques qui possède un cabaret près de la gare. Construit à Yainville en 1885, ce Passager du Trait fut manœuvré par Lesage, Julien et Savary avant d'être dépecé en 1906.

La Lucie, norvégienne de un tonneau, appartenant à Vaté, de Hauville, en 1909 et inscrit à la plaisance.

1896 : les bateliers voleurs...

Le 5 mars 1896, au tribunal de Pont-Audemer, on juge notamment deux marins connus aux carrières d'Yainville et naviguant sur des navires Lefranc : Clovis-Henri Mutel, 33 ans, batelier à Yainville et Onésime-Arsène Leféez , 37 ans, batelier  au Trait. Ce sont des amis de mon grand-père maternel. A la barre encore, deux journaliers de Jumièges : Jules-Stanislas Lepareux, 39 ans et Pierre-Florentin Delahays, 26. Mais c'est surtout Louis-Jules Morin, 23 ans, terrassier  à Aizier, qui intéresse les juges.
Morin est  inculpé d'avoir commis  deux  vols à Aizier, l'un  début janvier. De nuit, il  aurait pénétré dans l'atelier du sieur Bratot par escalade et effraction et se serait emparé d'outils estimés 50  francs. Dans la nuit  du  21 au  22 janvier,  il se  serait  introduit dans la cour des époux Cabot, aurait fracturé le poulailler et emporté six volailles. Celles-ci furent mangées à bord d'un bateau amarré en face d'Aizier, en compagnie de Lepareux, Mutel, Leféez et Delahays. Inculpés de complicité de vol par recel, ils jurent qu'ils ignoraient la provenance des volailles, mais le maréchal des logis chargé de l'enquête affirme qu'ils lui ont avoué le contraire. Le tribunal condamne Morin à 4 mois d'emprisonnement, Lepareux à 25 F d'amende et les trois autres à chacun 16 F avec bénéfice de la  loi Bérenger. Morin avait déjà subi une condamnation et Lepareux trois.

14 octobre, Honfleur.  Lundi dernier, vers  dix heures du soir, la police de notre ville a dressé  procès-verbal pour  tapage nocturne contre trois mathurins de la  Seine-Inférieure. Ce sont les nommés Larcanson Eugène, 21 ans, marin à Yainville, Delahaye Pierre-Florentin, 27 ans, marin à Jumièges, Brument Paul, 29 ans, batelier au même lieu.

Louis Pouchin, fils du grand constructeur de La Mailleraye, décéda en 1896 à La Mailleraye. Cette année-là, Joseph Martin, entrepreneur à Villequier, entretenait une imposante flottille. Ses navires sont sans date et lieu de lancement et ne semblent pas provenir des chantiers Lefranc. 

Toujours en 1896, la veuve Silvestre, aux carrières d'Yainville, fait construire un bachot de 53 tonneaux appelé le Robert. Vendu en 1897 à Guibert, patron Brument. Il fera l'objet d'un fait-divers en 1903. Les reigstres de l'Administration offrent deux options :soit il fut ensuite démoli, soit fut vendu à Voisembert et Cie pour les travaux de la Basse-Seine. Dans ce dernier cas, circulait encore en 1919. Rayé en 1926. Qui, à part des charpentiers voisins, a pu mener ce chantier sur le site de Claquevent ? D'autant que l'on voit encore des navires construits à La Mailleraye...

Le Louis, canot de un tonneau, pour Mme Poulain, Guerbaville. Passe à la plaisance en 1902. puis est démoli.
La Louise, canot de un tonneau pour Louis Caron, La Mailleraye, désarme le 8 septembre 1898. Dépecé en 1908.
Le Saint-Louis
, un tonneau, pour Louis Deconihout, La Mailleraye, désarme le 8 juillet 1901, dépecé en 1911.

Les Quatre-Frères, un tonneau. Une chaloupe de ce nom fut construite à une date indéterminée. Peut-être en 1896 car elle appartenait en 1897-98 à Léon Lefèbvre, de La Mailleraye, et c'était sa première inscription. Elle fut démolie après une seule campagne de pêche.

1897 : le Hazard...

La tenue des registres de l'Inscription laissa parfois perplexe. Ratures, écriture tremblante, fautes d'orthographe, celui de 1880-1895 est particulièrement mal tenu. Si l'on se fie au scribe, le Hazard, deux tonneaux, fut lancé à La Mailleraye en 1868. Mais cette date est rayée et remplacée par celle de 1897. On nous montre pourtant ce navire naviguer dans les années 80 et appartenant à Désiré Lesage, de Berville. Il est donc possible qu'un second navire du même nom ait été lancé à La Mailleraye en 1897. Ce bateau fut en tout cas vendu en 1918 à M. Pecquer, entrepreneur de travaux publics à Petit-Quevilly. Enfin, il fut rayé en 1926 à titre de bâtiment fluvial. Le problème, c'est que ce Hazard n'est répertorié dans aucun autre registre. Un bateau fantôme. Comme beaucoup d'autres, du reste. C'est par exemple le cas d'un Saint-Côme, porté sans date, sans lieu de lancement et appartenant en 1880 à Mme Paine, de Berville, qui le revendit en 1883 à Duclos, d'Yville. Ce navire est dit armer le 24 juin 1880. Or, il n'apparaît pas dans les répertoires de cette date. Bref, cette confusion est regrettable et nous ne saurons pas si le Hazard fut parmi les derniers navires lancés chez Lefranc, voire à naviguer.

Les registres font état d'une gribane de 31 tonneaux, L'Emile N° 1, construite à Yainville en 1897 et appartenant à Guibert en 1904. Vendue à Voisembert et Cie, elle prend alors le nom de Henry N° 7. Circule encore en 1919.

28 août 1897 : Un malheureux accident s’est produit samedi, vers trois heures et demie de l'après-midi, a la Mailleraye. Un nommé Arsène Cabot, âgé de vingt ans, demeurant à Aizier, était occupé à charger du bois à bord du bateau Saint-Louis, capitaine Salin. quand par suite d’un faux mouvement il est tombé à l’eau. Des témoins de l’accident se sont portés à son secours et l’ont ramené sur la berge, mais hélas, il était déjà trop tard, car malgré tous les soins qui lui ont été prodigués, le pauvre garçon n’a pu être rappelé a la vie.

1898 : naufrage du Calvados

En février, le steamer  Calvados, capitaine  Lenormand,  parti de  la Mailleraye avec un plein  chargement  de coterets, bois en grume et foin, s'échoua sur le banc de Saint-Sauveur. L'équipage dut abandonner le navire qui sombra.

En 1898, le bac de Bardouville, du port de neuf tonneaux, est construit là-bas, au pays du Corset Rouge. Baptisé Le Débardeur, il appartient à Duperron. Et qui construit encore l'Eugénie-Suzanne, bachot de un tonneau, à Heurteauville, pour le sieur Cuffel ? A La Mailleraye, en tout cas, on ne recense qu'un seul lancement :

L'Emile, bachot de deux tonneaux, pour Emile Guéroult, du Landin. Vendu à Henri Lafrançois, du Mesnil, puis à l'entrepreneur Pigache, de Varengeville. Circule encore en 1913, rayé en 26.

1899 : une noyade, un abordage

Propriétaire au Landin, Cyrille Pillon, 41 ans, se noya en février. Il avait accosté à Yainville en barque, pris le train de Caudebec pour aller au marché. C'est lors de la traversée du retour que la barque chavira. Pillon fut noyé et son compagnon, Lécuyer, de Hauville, sauvé par un douanier.

En 1899, deux petites unités sont encore construites à Yainville pour Guibert, le Saint-Pierre et le Jean-Jacques, circulant en 1901 et rapidement démolies. A Duclair, on construit le bac n° 4,  2,75 tonneaux, pour la Société gérante des bacs de Duclair. Il sera dépecé en 21.

 Le Petit Journal, 13 novembre : Le vapeur Sainte-Isabelle, de la Compagnie de transport La Fluviale, est entré hier dans notre port avec ses tôles arrière défoncées et déchirées, avaries occasionnées dans la nuit du 8 par le steamer Henry-Fisher. L'abordage a eu lieu par tribord arrière, au-dessus de la ligne de flottaison et pendant que la Sainte-Isabelle était à l'ancre près de la Mailleraye. Le choc fut si violent que le mécanicien faillit être tué par les débris dé bois et de fer qui volèrent de tous côtés.

1900 : plongée dans l'obscurantisme

3 janvier, toute la presse reprend une information du Réveil de l'Eure. Tout un coin de Brothonne est terrorisé par des fantômes qui, prétend-on, apparaissent à la Mailleraye, le pays du  loup vert ; Tantôt on aperçoit, à la lisière du bois un cerf gigantesque, à la ramure élevée, qui reste quelques instants immobile, puis, au moindre bruit, s'évanouit comme par enchantement. Tantôt, d'énormes boules de feu roulent en tous sens dans une cour de ferme, lançant des lueurs fulgurantes et sinistres.
On aperçoit encore de blancs fantômes et une chevauchée d'hommes fans tête qui coureut avec une vitesse prodigiense. Quelques hardis citoyens, qui n'ont pas froid aux yeux, ont organisé des battues et tiré quelques coups de fusils sur ces apparitions, mais sans résultat.
On a remarqué cependant, à la place où le cerf fantastique avait été vu, l'empreinte de pas humains. La gendarmerie, avertie de cet faits, a dû commencer une enquête.

1901 : la mort du fils

Fils d'Edouard Désiré et Clémentine Renault, Edouard Eugène Lefranc est mort à Guerbaville le 30 avril 1901. A 47 ans. On le dit toujours charpentier de navire. Ses frères sont les témoins de son décès : Charles Constant, lui aussi charpentier de navire mais demeurant à Rouen, Frédéric Guillaume, ingénieur aux chantiers Augustin-Normand du Havre.

En 1901, un bachot de un tonneau, l'Emilienne, est encore construit à Yainville pour Lefebvre, d'Heurteauville. Duclair produit toujours quelques embarcations, y compris pour un Maillochien. Un comble. 

Le   12  avril  1901 a lieu à la préfecture de Caen l'adjudication de fournitures de blocs et bétonnages pour le port de Honfleur. Guilbert, carrier de Yainville, est déclaré  adjudicataire. "On nous affirme, écrit le journal local, que le rabais est de 16%.  Le  devis  s'élevait à  179,040 fr."

Près de 2 000 personnes tirent encore leur subsistance de la forêt de Brotonne, du bûcheron au charbonnier en passant par le sabotier. Sans compter les scieurs de long venant d'Auvergne en hiver. Le bois reste un matériaud précieux. En avril 96, trois dosses  sont volées en forêt au  préjudice de  Boucachard,  marchant  de  bois  à  Guerbaville,  par  Albert Etienne Pillon, journalier à Hauville. Mais ce bois ne fait plus le bonheur des charpentiers de navire bientôt réduits à néant. La maison du syndicat de la Marine continue cependant à avoir fière allure avec son drapeau en façade. C'est le siège du syndic secondé par les gardes maritimes et qui règne sur une demi-douzaine de communes riveraines. Sur les quais, au niveau de la chapelle du château, se trouve le poste et la guérite des douaniers. L'un de ses occupants s'est fait un nom : Léon Fallue, membre de nos sociétés savantes...

10 avril 1901 : Dans la nuit  de jeudi à vendredi, vers 10 heures, le nommé Pelage, demeurant à La Mailleraye, qui était en état d'ivresse, est venu frapper à la demeure de son locataire, M. Guéroult, lui disant que, s'il ne lui ouvrait pas, il allait enfoncer la porte ; Guéroult, pris de peur, se leva et se cacha tout nu sous son lit ; Pelage n'obtenant pas de réponse, décrocha la porte à l'aide d'une pince dite burin, entra dans la maison puis il brisa le mobilier. Dans la cour, il renversa tout ce qui s'y trouvait, notamment neuf ruches  d'abeilles, qui sont en partie perdues. En  présence d'un pareil vacarme, Guéroult sortit de sa cachette et alla prévenir les voisins et le garde-champêtre qui, avec M. Aubert, essayèrent de calmer ce forcené, mais sans pouvoir  y parvenir. Le tapage dura ainsi jusqu'à deux heures du matin. Pelage aurait  ainsi  agi sous le prétexte  qu'il n'était pas payé de son  loyer. La gendarmerie, prévenue, a ouvert une enquête.

Un lancement

Le Frédéric-Gaston, un tonneau, pour Eugène Douyère, d'Heurteauville. Circule en 1902. Puis démoli.

1902 : le remorqueur s'échoue

La Lanterne, 4 juillet : des nomades ont tenté d'enlever une petite fille de quatre ans, la jeune Desnaud. Les cris de la fillette attirèrent les parents, qui poursuivirent les ravisseurs. Ceux-ci jetèrent alors l'enfant dans un champ bordant la route et disparurent.

8 novembre 1902 : Dans la  nuit  de jeudi  à vendredi  le remorqueur Tancarville  descendait la Seine pour venir à Honfleur  chercher un ponton-grue de la Chambre de com­merc. ePar suite du choc contre un pieu à la Mailleraye, il eut une  tôle défoncée à la ligne de  flottaison  et  coula  bas. Les  hommes du  bord ont passé la nuit à aveugler cette voie d’eau.

Si l'on se fie à l'Administation, Duclair produit de temps à autres de grosses unités. Ce serait le cas du Georges-André, gribane de 21,75 tonneaux, pour le carrier Cauvin, du Trait, où travailla mon grand-père, Emile Mainberte. Arme le 13 juillet 1904 avec Savalle pour patron. Arme le 5 mars 1909, patron Chéron. 5 mars 1910 : patron Baillemon. En circulation jusqu'en 1919. Rayée en 26. On note cependant un lancement à La Mailleraye :

Le Tiou, bachot de un tonneau, pour Mlle Kinceler, de Jumièges. Permis le 17 septembre. On le dit ensuite démoli.

1903 : encore un Pouchin...

(De notre correspondant particulier. Rouen, 31 janvier.)
Je viens d'apprendre qu'un bateau à voiles chargé de côtrets, a chaviré, au moment du flot, à Guerbaville-la-Meilleraye. Une femme et un enfant qui se trouvaient à bord, se sont noyés. Je n'ai pu recueillir ici d'autres détails sur ce triste événement. Je me rends sur les  lieux pour vous renseigner d'une manière plus complète.
(Le Petit Parisien)

Le 2 février, Le Journal de Rouen rapporte un sinistre en Seine : Le bateau à voile Roberte-Jeanne, appartenant à M. Sabatier, de Rouen, et chargé de bois de cotrets, se rendait samedi matin de Caudebec à Dieppedalle. Il était monté par le patron Desnoyers ; il y avait en outre, à bord, le matelot Caron ainsi qu'une fille Duval, âgée de vingt-cinq ans, et son enfant âgé de trois ans et demi. Arrivé en face le phare des Meules, le bateau reçut un fort coup de vent qui le fit chavirer ; la fille Duval et son enfant, qui trouvaient en ce moment dans la cabine, ont été noyés. Le bateau a pu être ramené à quai avec l'aide du bac à vapeur. A marée basse, on a fait des recherches pour retrouver les deux cadavres, mais elles sont restées infructueuses. Le chargement, qui appartenait à M. Bardel, de Caudebec, est en partie perdu.
Le lendemain : Après avoir travaillé une partie de la nuit de samedi à dimanche au déchargement du Roberte-Jeanne, le matelot Caron et M. Victor Léveillard, lieurs de cotterets, sont parvenus à descendre dans le logement du bateau et en ont retiré les cadavres de la fille Duval et de son enfant. L'inhumation des deux corps a eu lieu à deux heures. (Rapporté par Jean-Yves Marchand).

Un autre fait divers affecte la flottille des carrières d'Yainville

Quillebeuf. Jeudi soir, vers sept heures, le feu s'est déclaré à bord de la grribanne Robert, appartenant à M. Guibert, entrepreneur de travaux publics à Yainville. L'équipage qui était parti faire des provisions à terre ne voulut d'abord pas croire au sinistre, mais quelques minutes après, il fut obligé de se rendre à l'évidence. Le feu était à l'intérieur du bateau, communiqué sans doute par une poêle resté allumé. Après un travail assez long et malheureusement infructeux au début, le bateau put être sabordé et coulé vers onze heures. La coque doit être sérieusement endommagée intérieurement. En plus du grave préjudic occasionné à M.  Guibert, armateur, les mariniers ont perdu leurs effets et jusqu'àç leurs cartouches de chasse qui, pendant quelques instants, ont fourni aux spectateurs une pétarade nourrie.

La liste électorale de 1903 fait apparaître deux charpentiers à Guerbaville : Victor Pouchain, 52 ans et Amand Dumesnil. Ils prennent place auprès de nombreux professionnels du bois : menuisiers, lieurs de cotrets, facteurs de bois... Edouard Lefranc est présenté comme "ancien constructeur". Nous avons un contremaître natif de Quillebeuf, Victor Emile Salin, mais dans quelle spécialité ? Quant au syndic des gens de mer, c'est Henry Louis Devos.


1904 : une barque...


En 1904, c'est encore à Duclair qu'est conçu le Passager de Saint-Georges n° 2, un tonneau, pour les Ponts & Chaussées. Il sera vendu successivement à Aussy, de Duclair, Pierre Roger, de Bardouville, Louis Couturier, d'Yville, sous le nom de Limier 3. Démoli le 14 janvier 1919.

La Victorine, barque de moins d'un tonneau, pour Morin, de Croisset, quai Flaubert. Circule jusqu'en 1915 puis démolie.

1905

C'est à Duclair qu'est construit le bac n° 5, du port de 2,7 tonneaux. Vendu à M. Agasse en 1921. Rayé en 26.

La Simone-Madeleine, un tonneau, pour Salin, de La Mailleraye, en plaisance. On ne lui connaît qu'une seule inscription, aurait été rayé en 1926.

1906 : reconversion militaire

La construction navale étant réduite à si peu de choses, l'Armée annonça s'investir en ces lieux en louant une vaste prairie à défricher et une portion de forêt à abattre pour servir de camp d'entraînement  au 3e corps d'armée. Au presbytère, Oscar Bucaille, natif d'Ybleron, remplace l'abbé Benet, décédé le 9 avril. Nous sommes alors en pleine guerre de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Le maire démissionne en décembre.

1907

Mars. La petite Marie Estelle Delaunay, tombée dans un foyer allumé par un bûcheron dans la forêt de Brotonne, succombe à ses brûlures. En mars 1907, Julien Touzé est élu maire à 75 ans. C'est le fils du notaire, le petit-fils de Mathurin Tuvache.

La Louise-Juliette,
un tonneau, pour Poulain, La Mailleraye. Vendu à Louis Caron en 1912. S'appelle ensuite Les Trois-Frères puis le Léon en 1922.

Le Marcel, un tonneau. Une version : ce bachot appartient à E Dauphin, de La Mailleraye, qui l'inscrit pour la première fois le 10 mai 1907. Seconde version : cette norvégienne appartient en 1908 à Martin, de Villequier, puis à Dauphin, de La Mailleraye, puis André et Roger Lemoine, de Rouen, en 1918, enfin à Fréret, de Berville, en 1922. Désolante Administration !...

1908


En 1908, une gribane de 26 tonneaux, Le Père de famille, est construite au Trait pour Salin. On met à l'eau à Yainville, la René-Louise, une barque pour Lévesque, le passeur du bac. On ne connaît pas le constructeur. Le port de La Mailleraye, lui, reste avec trois appontements en béton armé ne permettant pas l'accostage de navires à fort tirant d'eau. Le 8 juin la commune reçut la visite de l'Archevêque de Rouen qui fut reçu au bac par son capitaine et par le curé.

En novembre 1908, Julien Touzé démissionne de son poste maire. Il est remplacé par Jules Nain.

Lancements

La Sainte-Isabelle, un tonneau, appartient en 1908 à Testu, Guerbaville.
Le Saint-Antoine, bachot de un tonneau, inscrit à la plaisance le 26 octobre 1908 par Victor Léveillard, de La Mailleraye. Vendu à Séhet, de Caudebec, en 1909. Circule encore en 1916 avec des droits de pêche. Démoli en 1917 suite à un incendie.

1909 : un naufrage

Le vapeur français Lutèce, capitaine Tissier, venant d'Angleterre avec un chargement de charbon à destination de Rouen, s'est échoué en Seine sur le banc des Meules, entre la Mailleraye et Caudebec. Un remorqueur est parti du Havre pour aller à son secours. Le Lutèce est un vapeur en acier d'une jauge brute de 1 346 tonneaux et nette de 739 tonneaux, construit à Sunderland en 1893. On craint que le navire ne soit totalement perdu.

1910 : une page se tourne encore


Le site des chantiers Lefranc appartient désormais au passé alors que d'autres lieux sont toujours bien vivants.
Une page d'histoire se tourna encore le 29 janvier 1910 lorsque la commune de Guerbaville prit le nom de son principal hameau : La Mailleraye.  L'historien Pierre Le Verdier aura appuyé cette démarche pour rendre hommage à la famille du même nom.

1911 : la mort du père

Le père Lefranc, veuf depuis 1908, est décédé le 30 mars 1911. On le dit alors "ancien charpentier de navire". Son fils Charles, lui, l'est toujours, mais à Petit-Couronne, chemin du halage. De l'autre côté de l'eau, signe des temps, on construit un avion biplan, la Mouette. Une entreprise commerciale vouée à l'échec.

Epilogue

En 1912, le bac n° 2 de La Mailleraye, barque de 1,5 tonneau, fut fabriqué à... Rouen. 

Le 5 juin 1913, nouveau signe du déclin, les syndicats de La Bouille et de La Mailleraye sont supprimés. Les communes qui dépendent de ces deux syndicats sont rattachées au syndicat de Duclair. La station de garde maritime de Berville-sur-Seine est transférée à La Mailleraye. Les gardes maritimes de La Mailleraye et de La Bouille sont habilités à inscrire sur les rôles d'équipage les mouvements d'embarquement et de débarquement.

Anecdote touchante, le 21 mai 1914. Un magnifique chevreuil de la forêt du Trait, incommodé par la chaleur, voulut prendre un bain en Seine, il nagea pendant quelques minutes, mais effrayé par des curieux .il voulut remonter sur la berge et regagner sa forêt. Malheureusement, l'endroit qu'il choisit pour sortir de l'eau avait été récemment empierré et la pauvre bête ne put parvenir à escalader  le quai. Elle avait les pattes et ls  genoux en sang.  Emu par ce spectacle, un pêcheur, Louis Caron, se porta au secours du chevreuil et avec beaucoup de peine, il le hissa dans sa barque. Malheureusement il était trop tard, le pauvre animal exténué expira dans la barque. Il a été vendu par le maire de La Mailleraye au profit des pauvres de la commune.

La guerre éclate, appelle à elle tous les hommes valides. Ce n'est pas la période la plus propice à un renouveau de la marine en bois. C'est tout de même à La Mailleraye que fut construite en 1915 la Simone, annexe du bac, un tonneau, pour le sieur Cointre, inscrite le 6 janvier 1919 et circulant encore en 1920. 
1915 marque encore la fondation rive droite, de ce que sera plus tard la Standard, l'usine phare de La Mailleraye, reconversion autrement plus solide que celle annoncée par l'Armée... En mai 1915 mourut par ailleurs l'abbé Lemonnier. Ancien curé-doyen de Caudebec, c'était le chapelain de La Mailleraye.

En 1917, Les Trois-Frères naviguaient encore. Cette année-là, le Journal de Rouen annonce un suicide survenu le 14 janvier 1917.  Samedi à midi, Mme Marie Lescarbotte, tenancière du bac, profitant de ce que sa mère l'avait laissée seule pendant quelques instants est allée se jeter à la Seine à l'appontement des pilotes. Mme Lescarbotte avait la tête fatiguée depuis la mort de on mari survenue tragiquement il y a un mois. Malgré les recherches qui ont été aites, son cadavre n'a pu encore être retrouvé. Les Annales du sauvetage indiquent que le brigadier Frémont et le préposé Sainsaulieu tentère de sauver Mlle Lescarbotteà l'aide d'une ligne Brunel.

En 1919, d'anciennes gribanes de chez Silvestre mouillaient à Biessard. Tenons-les arbitrairement pour les dernières grosses unités de La Mailleraye encore en service.

Le maire, Jules Nain, démissionne en juin 1918. Lui succède Hilaire Tertre qui mourra en fonction en janvier 40, sa voiture tombant dans la Seine à la cale du bac. Il aura été victime d'un malaise. Une fin paradoxale pour cet homme salué,  le 28 juin 1919, par le journal Le Pilote dans un article que nous communique Jean Pierre Derouard : 

M. Hilaire Tertre, 35 ans, marchand de bois, faisant fonction de maire à La Mailleraye a à son actif deux actes de sauvetage sur lesquels il convient de donner quelques détails :

Le 30 mars, vers 2 heures, un soldat anglais, passant devant la scierie, sur le bord de la Seine, tomba à l’eau profonde à cet endroit de trois mètres. M. Tertre s’aidant d’un cable fixé au quai se mit à l’eau, et fut assez heureux pour attraper au moment où il allait disparaître le soldat anglais, qui ne savait pas nager et qu’il ramena sans connaissance à terre. M. Tertre put également sauver des eaux le sac de courrier que portait ce soldat et destiné à ses camarades du camp de La Mailleraye auquel il appartenait.

Déjà en 1912, le 2 mars, M. Tertre avait pu sauver M. Henri Lefebvre, 41 ans, cultivateur à Heurteauville qui par une nuit sombre était tombé en Seine en regagnant son domicile. Ce sauvetage qui fut accompli dans des circonstances qui auraient pu être tragiques car M. Lefebvre était à peine tiré de l’eau que survenait le mascaret et qui eut inévitablement englouti sauveteur et sauvé.

Nos félicitations bien sincères à M. Tertre pour ces actes de courage.

En 1919 ciculait un sloop de 35 tonneaux, appartenant à Quertier de Rouen et portant fièrement le nom de La Mailleraye sans que nous sachions son lieu et sa date de lancement. C'est sans compter nombre d'embarcations de faible tonnage encore présentes dans les années 30. Après 53 années de navigation, le bateau les Deux-Amis fut démoli en janvier 1931. 

En 1920, à La Mailleraye, on constuisit encore pour des autochtones :

Le Lucien-Madeleine n° 1, canot de un tonneau pour Lucien Lefebvre,
L'Yvonne, canot de un tonneau pour Louis Mauger, vendu ensuite à Normand du Landin. 

En 21 :

Le Léon pour Louis Caron,
Freddo
,
bachot pour Termol, 
Les Deux-Frères, bachot de un tonneau, pour Laby, de La Bouille, à la plaisance. 

En novembre 21 est inscrit le bac de La Mailleraye n°3, bachot de 1 tonneau appartenant à Léost, de Caudebec, sans date ni lieu de construction. Anecdotique. Désormais, le bastion de la construction navale est en face, à quelques encablures, au Trait. Avec Eugène Lefranc, on avait enterré à La Mailleraye cinq siècles d'histoire.

Laurent QUEVILLY.

Les six épisodes ont déjà été modifiés depuis leur mise en ligne et sont appelé encore à évoluer. N'hésitez pas à nous aider par la moindre information ou illustration ayant trait au sujet.

Sources

Le Constitutionnel
Le Journal de Rouen
La Presse
Le Journal d'Honfleur
Cherbourg Eclair
Archives de l'Inscription maritime de la Seine-Inférieure
Jean Pierre Derouard, A rames ou a voile, bacs et passages d'eau de la Seine en aval de Rouen
Site Le Désarmement havrais
La Seine, mémoire d'un fleuve.
Etat des vaisseaux du port du Havre, transmis à Colbert en 1664, Ch de Beaurepaire.
Le Groënlandais, Thierry Vincent 1994. (Pour le Pie IX)
Discours de réception de Pierre Abbat, Académie de Rouen, 1942.
L'amirauté de Normandie, Darsel. Annales de Normandie, 1972.
Dossier Légion d'Honneur de Jean-Louis Miniou.
Site Histoire maritime de Bretagne nord
François Vivien, Quelques éléments sur la construction navale dans la Vallée de Seine
Pierre Le Verdier, Précis des travaux de l'Académie des sciences de Rouen, 1895, P. 263
Nathalie Quillet Bailey ‎-  Souvenirs de la Mailleraye sur Seine.
Caudebec et ses environs,  Cartophiles caudebecais.
Le Havre et la Seine-Inférieure pendant la guerre de 1870-1871 / Albert Le Roy, 1877.

Vos réactions

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Le Désarmement Havrais : Bravo pour cet article MERCI d'avoir fait référence sur notre site - entre 1764 et 1879 ce sont 161 navires qui sont construits à la Mailleraye et qui désarment au Havre. tonnage moyen 105Tx
http://desarmementshavrais.free.fr/chantiers.php?chantier=la+Mailleraye


Didier Fermé. Un excellent dossier, très riche qui aborde une activité connue mais sans réelle documentation sur la commune de La Mailleraye. Étant en charge de la communication et notamment du MAG d'Arelaune, me donneriez-vous l'utilisation pour une prochaine édition, de reproduire des extraits de ce dossier et précisant bien évidemment, la source à savoir "Le canard de Duclair". Bien cordialement,



 Jean-Claude. : Merci pour ce merveilleux récit.