Jadis, Notre-Dame de Bliquituit passait pour une terre de centenaires. Nous allons suivre l'une d'entre elles, Marie Léveillard, la mémoire du pays...

90 ans ! Le curé de Bliquetuit allait sur ses 90 ans ! Mais si l'air des bords de Seine lui réussissait à merveille, Messire Jean Brossard de Marsilly ne célébrait plus aucune cérémonie. Il déléguait la chose à son vicaire, Charles-François Le Lièvre. Aussi c'est cet auxilliaire zélé qui allait administrer le baptème à Marie Léveillard. Elle naquit le 25 mai 1774, quinze jours à peine après la mort de Louis XV, dit le Bien Aimé, un monarque qu'en réalité tout le monde détestait.

Jean Léveillard, le père de Marie, exerçait avec peine le métier de cordier. Quant à sa mère, Marie Lemaitre, elle était profondément croyante pour compenser le manque de fortune. 

Marie fut baptisée le lendemain de sa naissance dans l'église Notre-Dame de Bliquetuit qui ressemble tant à celle d'Yainville. Penchés sur la vieille cuve arrondie, ses parrains furent Jacques Léveillard, laboureur à Guerbaville et Catherine Lemaître, l'épouse du sabotier Monnier. 

Cette petite Marie qui vient de naître, nous allons la suivre. Et elle va nous faire traverser un siècle...

Naissance d'une nouvelle paroisse

Voilà des lustres que les paroissiens du hameau de Saint-Nicolas, partie du village située au nord, face à Caudebec, demandaient l'érection d'une paroisse autour de leur chapelle. Celle-ci était dessservie par un vicaire qui n'y célébrait que des messes basses. Mais elle avait sa trésorerie et sa confrérie de charité. Il y eut requêtes sur requêtes, enquêtes et avis des archevêques. Mais il fallut attendre un décret daté du 31 mars 1779 et des lettres patentes du Roi pour voir la cure enfin autorisée. Châtelaine de La Mailleraye, patronne de la chapelle,Adélaïde Louise Duhamel de Mellemont, épouse du marquis de Nagu, y présenta aussitôt François-Charles Le Lièvre, le vicaire qui avait baptisé Marie. C'est que le marquisat de La Mailleraye reignait ici en maître. Il y avait même au château pas moins de deux chapalains, les sieurs De Francy et Dieul qui intervenaient parfois à l'église. Quant au régisseur, c'était un certain Pillet.

Marie avait maintenant cinq ans et, autour d'elle, on ne parlait que de "ça". Et ce "ça", c'était ce nourrisson que l'on avait retrouvé dans un puits, près de la porte de la masure du sieur Duvrac occupée par Thomas Marais. La justice de Pont-Audemer avait délivré le permis d'inhumer...

Mais il restait maintenant à inaugurer la nouvelle paroisse. Curé de Guerbaville, Messire Dumesnil, vint en bénir le cimetière. Quant à Lelièvre, promu curé, il étrenna le tout premier registre de Saint-Nicolas de Bliquetuit le 26 mars 1780. Il le tiendra onze ans.

La scission étant maintenant consommée, Marie Léveillard allait rester attachée à son ancienne église, celle de Notre-Dame et son confrérie du Saint-Scapulaire. Son vieux curé, Messire de Marcilly, était mort voici peu dans sa 93e année et reposait dans le chœur de l'église. On lui avait bientôt trouvé un successeur : Le Jay de Massuère, issu d'une vieille famille de l'Orléanais... 

Les pèlerinages à Jumièges

Enfant, Marie entendit maintes fois ses aïeux lui parler du Roi Soleil, venu un jour à La Mailleraye ou encore des fées et des géants qui apparaissaient près de la pierre du Wuy, là où s'élevait un orme vieux de mille ans pensait-on. Ce qui, sur l'échelle des valeurs normandes, correspond sensiblement à la moitié. Marie accompagnait chaque lundi de Pentecôte les Bliquetuitais qui, dès six heures le matin, toutes bannières dehors, allaient en pélerinage à Jumièges demander "du temps à volonté" à saint Valentin. Ils étaient conduits par l'abbé Le Jay de Massuère, le nouveau curé. Ce rite existait depuis des temps immémoriaux. La peste avait ravagé au XIe siècle les deux-tiers du village et les survivants avaient alors fait venir de l'abbaye de Jumièges les reliques de saint Valentin. Qui bien sûr avait opéré ici des miracles. Depuis, on perpétuait la procession qui avait marqué le retour des restes saints à l'abbaye.

De la presqu'île de Jumièges était justement originaire un gros paysan établi de fraîche date à Bliquetuit : Pierre Philbert Marescot. Et celui-ci allait bientôt occuper une fonction inédite : maire...

Messes clandestines

Marie avait quinze ans quand éclata la Révolution. Alors que régnait la famine, celle-ci fut accueillie avec enthousiasme par une population de forestiers et de pauvres paysans aux terres ravagées par les bêtes fauves et les lapins. Les conflits avec la marquise de la Mailleraye étaient légion, notamment au sujet de la commune du Mor. Dépendance du marquisat, le château de la Fieffe, juché sur un mamelon, affirmait sa suprématie sur la contrée. Mais Bliquetuit avait aussi une maison noble en bordure de Seine, la ferme de la Coste, ancien domaine des De La Haye, aujourd'hui siège du parc de Brotonne... 

Avec 1789, les procès s'enchaînèrent de plus belle avec la vieille marquise de Nagu, accrochée à ses privilèges. Avec sa fille et sa petite-fille, elle allait tâter un temps de la prison d'Yvetot. Ce qui arracha des pleurs et quelques cheveux chez nombre de bigotes qui considéraient la marquise comme leur mère. Et puis le carillon de l'église allait voler en éclats. Aux fêtes religieuses succédèrent les cérémonies patriotiques orchestrées par la Convention. Marie Léveillard restait alors cloîtrée en sa maison. Mais quand venait le samedi soir, elle quittait à la dérobée le foyer familial pour courir avec sa mère à travers bois. Au cœur de la forêt de Brotonne, sur le coup de minuit, un prêtre réfractaire célébrait la messe. Puis elles accomplissaient toutes deux les six lieues du retour avant l'aube pour ne pas donner l'éveil... C'est que l'abbé Lelièvre servait le nouveau régime avec le même zèle dont il avait fait montre à l'égard de la marquise. Après avoir été onze ans curé de Saint-Nicolas de Bliquetuit, il en était devenu le maire de 1790 à 1791 avant de retrouver la cure de Notre-Dame et exercer les fonctions d'officier public puis d'adjoint. On l'avait vu présider des assemblées patriotiques à Caudebec. En revanche, Le Jay de Massuère avait été "déprêtrisé" par le maire, Philbert Marescot, le 26 juillet 1791. Sa destitution fut cosignée par les officiers municipaux Cacheux, Freret, François Gaudin, Ambroise Caron, Eloy Foyne... Le vicaire, Jean-François de Malleville, fut quant à lui embarqué à Dieppe avec foule d'insermentés en 1792. Quant à l'abbé Dumesnil, curé de Guerbaville, il allait connaître par deux fois la prison.

La Montagne s'écroule

Les privilèges étaient maintenant abolis. Maître Lintot, le meunier, s'enrichissait sur le dos des Bliquetuitais en leur vendant fort cher leur farine. Quand, en juillet 1793, Marat fut assassiné par Charlotte Corday, on organisa partout des cérémonies à la mémoire du martyr. Paris se couvrit d'arcs de triomphe et de mausolées tandis que des bustes furent adressés dans toutes les communes de France pour y être vénérés par les citoyens. Marie assista à l'une de ces commémorations et ses souvenirs furent retranscrits ainsi.  " Comme alors la Montagne était sur le pinacle, les Jacobins de Routot élevèrent sur la place du marché une espèce de montagne sur le haut de laquelle fut placée l'image du martyr. Alors commença une procession qui devait faire le tour du buste de Marat. A la tête du cortège marchèrent les organisateurs de la fête. Arrivée en haut, la montagne improvisée fit entendre un bruit, effrayant, s'écroula et les entraîna dans sa chute. Beaucoup de blessés et quelques morts cédèrent leur place aux pauvres du pays, qui, sans nul regret de l'accident, s'assirent à la table du festin et y firent grandement honneur. "

Mariage tardif

La marquise de La Mailleraye mourut en 1795... à 90 ans et le domaine revint à sa fille, Adélaïde Marie Céleste de Nagu, épouse de Victurnien Bonaventure de Rochechouart, marquis de Mortemart. D'abord député de la Seine-Inférieure, ce militaire avait émigré et combattait le nouveau régime. Marie Léveillard, elle, vivait maintenant dans un autre monde : canton de Caudebec, district d'Yvetot, département de la Seine-Inférieure... Mais cette même année 95, son église fut rouverte au culte.

En 1802, le conseil municipal favorisa l'instruction publique en prenant le relais de l'Eglise. L'instituteur retenu allait prendre en charge les enfants des deux communes. 1802 marqua encore le retour en France du marquis de Mortemart mais aussi la fin du ministère de l'abbé Massuère qui, depuis la Révolution, avait retrouvé sa cure de Bliquetuit et fait élever un nouveau presbytère. Marie n'avait connu que ce saint homme pour émerveiller ses pensées. Le temps passait et elle n'avait toujours pas d'époux...

Fileuse de profession, comme beaucoup de femmes ici, Marie avait maintenant 36 ans et c'est sous Napoléon, le 24 juillet 1810, qu'elle convola enfin avec Jacques Delaune, un paysan de onze ans son cadet et originaire de Vatteville. Le père de la mariée était mort en l'an 12. Il y avait là nombre de témoins : Jean-Baptiste Durand, Nicolas Richard, Thomas Léveillard, frère aîné de Marie, tailleur d'habits à Guerbarville et Philippe Alexandre Léveillard, son plus jeune frère, tourneur à Bliquetuit.

Si la mariée était déjà bien mûre, elle eut cependant deux enfants. D'abord un fils, en 1812. Les oncles de l'enfant, Thomas Leveillard et Philippe Alexandre, signèrent l'acte en mairie. Puis vint une fille, en 1818. Marie avait déjà 44 ans. Cette fois, ce furent Jacques Messier et Alexandre Leveillard qui furent les témoins de ce prodige. La gamine reçut les deux prénoms de sa mère : Marie Catherine.

En 1823, on apprit la mort subite du marquis de La Mailleraye à Paris. Son corps fut ramené en grande pompe à la chapelle du château. Depuis son retour en France, il avait retrouvé des fonctions au conseil général de la Seine-Inférieure jusqu'au retour de la Monarchie. Après quoi, Louis XVIII l'avait fait lieutenant général de ses armées et pair de France. Il avait voté pour la mort de Ney. Avec ingratitude car sa belle-fille avait été admise dans la suite de l'impératrice Marie-Louise et Napoléon la citait souvent en exemple...

Veuvage prématuré

Le mariage de Marie Léveillard, hélas, ne dura que vingt ans. Jacques Delaune mourut à 45 ans au hameau du Mor, non loin du moulin des Bruyères où il était cultivateur. On retrouve les frères de Marie pour témoins. L'année 1830, qui vit Delaune disparaître, marqua la fin des processions des gens de Bliquetuit à Jumièges. Elles duraient depuis sept siècles ! Désormais, Marie allait prier Valentin devant l'image du saint exposée dans l'église. En revanche, on allait bientôt voir renaître la confrérie du Saint-Scapulaire, dissoute depuis la Révolution.

Nous étions sous la Restauration et la noblesse avait repris ses couleurs. Mme de Mortemart, née de Nagu entretint de 1834 à 1841 un procès contre les deux communes de Bliquetuit. La marquise était propriétaire de l’allée dite de Villequier. Cette longue avenue, prolongement de celle du parc du château, traversait les deux communes et rejoignait la ferme des Hauts-Arbres au hameau du Fayel. Or Mme de Mortemart voulait interdire aux habitants des deux communes le passage sur cette grande avenue flanquée de deux contre-avenues.
Nos élus étaient également en conflit avec la marquise au sujet du moulin des Bruyères dont le domaine s'était agrandi par l'appropriation de terrains communaux.

Le 9 décembre 1840 la foule se pressa sur la berge pour voir passer les cendres de Napoléon.

Le 14 novembre 1843, Marie conduisit sa fille à l'église où elle épousa Baptiste Vallois, un tisserand de Routot. C'est chez eux qu'elle irait finir ses jours.

En 1845, le hameau du Mor fut terrorisé par une louve aux fréquentes apparitions. Un dimanche, vers 7 h du soir, Olympe Saffray se saisit d'une carabine et Cyrille Fretel d'un énorme bâton. Un coup de fusil abattit l'animal, un coup de bâton l'acheva. On alla exposer sa dépouille dans un hôtel d'Yvetot.

En 1852, Marie vit s'élever la mairie-école de N.-D.-de-Bliquetuit sur un terrain vendu par les héritiers Longuemare. Ce fut le terme d'un conflit de vingt ans avec la fabrique de la paroisse qui refusait d'être dépouillée d'une parcelle située dans le clos de l'église. 

Puis ce fut une page histoire qui se tourna en 1853 avec la mort de la marquise de Nagu, survenue, pour elle aussi, à un âge très avancé. Le château de La Mailleraye allait être vendu. Puis démantelé pierre par pierre par quelque bande noire... Il n'en subistera que la chapelle éclairée par des vitraux arrachés à l'abbaye de Jumièges mais aussi le château de la Fieffe assis en lisière de forêt de Brotonne...

En 1859 arriva à Notre-Dame un nouveau curé, Jean Louis Sénateur Tinel. Né à Ybleron, il nous venait de la cure de Cideville.

La vieille des Vieux...

Marie avançait en âge, confiante encore en son avenir. Car Notre-Dame-de-Bliquetuit, comme nous le verrons plus loin, passait déjà pour un terre de centenaires. Au printemps de 1863 mourut Mme Crepel, dite la Mère Louise. Elle avait souvent exprimé le souhait d'atteindre cent ans, rien que pour le plaisir de savoir son nom imprimé dans L'Abeille cauchoise. C'est du moins ce que prétend le journal La Presse. Vérification faite, la veuve Crépel, née Roisset, allait simplement sur ses 95 ans. Ce qui n'était déjà pas si mal. Et finalement logique. Elle avait vu le jour... aux Vieux. Mais Marie fera mieux.

Marie était maintenant la mémoire vivante de la commune. Des historiens s'intéressaient alors à son passé. Comme l'abbé Cochet qui, en 1865, découvrit dans l'église le cœur de plomb de Louis de Grimouville, seigneur de Bliquetuit, placé là en 1640. On avait trouvé aussi des squelettes sur les terres des Marescot. Avec le partage des bois communaux, la scission entre les deux Bliquetuit, entamée un siècle plus tôt, fut définitive en 1866. En 1869, on édifia à Notre-Dame-de-Bliquetuit une cale pour accueillir le bac à vapeur qui allait désormais faire la traversée vers Caudebec. La vapeur ! Depuis le 21 mars 1816, jour où l'Elan avait craché sa fumée devant Bliquetuit, nombre de bateaux en étaient dotés qui doublaient les gribanes sous voile. Ce fut l'une des manifestations du progrès qui impressionna Marie. Un progrès que l'on n'arrêtait pas au point qu'un projet de tunnel entre Bliquetuit et Caudebec avait germé dans quelque esprit en ébullition...

Les élections municipale de 1871 furent encore animées. Le sieur Marais les contesta. Notamment parce que deux candidats portaient le nom d'Alexandre Lefèvre. Or les bulletins de vote ne faisaient pas le distinguo entre les deux. Il fut reconnu que seul l'adjoint Alexandre Lefèvre était connu sous ce nom. L'autre sous celui de Lefèvre Léveillard. Oui, Léveillard comme Marie. Mais ces histoires là ne l'intéressaient guère...

Fileuse jusqu'au bout

Les conflits entre le clergé et les autorités n'en finissaient pas. En 1873, la fabrique acheta un calvaire neuf pour remplacer celui qui s'étiolait près de l'if du cimetière. La municipalité la devança dans son projet et nos paroissiens allèrent élever le leur sur la route de Guerbaville. Les processions des gens de Bliquetuit venaient de reprendre jusqu'à Jumièges mais Marie était maintenant trop âgée pour les suivre. C'est aussi en 1873 que fut démonté l'un des deux moulins de Notre-Dame de Bliquetuit : celui du Mont-Gobert.

Toute sa vie, Marie Léveillard fila le lin et ne délaissa son rouet que quelques mois avant sa mort. A son grand regret. Et tandis que son existence s'écoulait linéaire à Bliquetuit, elle aura connu quatre révolutions, vu l'arrivée du train, l'apogée des chantiers navals de La Mailleraye, vécu sous treize gouvernements, ceux de quatre rois, deux empereurs, trois présidents de la République. Le dernier fut Mac-Mahon. La pieuse paroissienne avait aussi usé dix archevêques. Et lorsque je songe que mon propre grand-père était contemporain de cette vieille dame née sous Turgot, l'histoire me donne le vertige.

Les émules de Marie Léveillard


Marie Léveillard s'éteignit le 16 février 1874 à 15h au domicile de Baptiste Vallois après deux jours de maladie. Son gendre et son fils Jacques allèrent déclarer le décès au maire, M. Cauchois. L'abbé Tinel l'enterra le lendemain et cette mort fut signalée comme une curiosité par Le Nouvelliste de Rouen ou encore Le Journal des Débats, Le Courrier du Centre, L'Impartial dauphinois...


Batteuse à vapeur à Bliquetuit en 1896

Quelques décennies plus tard, Notre-Dame-de-Bliquetuit se taillera une belle réputation en matière de longévité. Le 22 mai 1932, L'Homme libre lui consacre cet article sous la plume de Jacques Barty :

Yvetot est véritablement un pays voué à l'immortalité. Bérenger l'avait déjà doté d'un roi qui malgré son modeste bonnet de coton, restera plus longtemps que bien des empereurs, dans la mémoire des hommes. Et voici que tout près d'Yvetot l'on a découvert un village où l'on ne meurt pas.

Son nom mérite de devenir célèbre : il s'appelle Notre-Dame de Bliquetuit. Jusqu'alors il ne s'y était rien passé d'anormal et, hors ses fonts baptismaux romans qui témoignent d'un assez vieux passé, le village heureux n'avait pas eu d'histoire, L'ombre bienfaisante de la forêt de Brotonne, toute proche, avait permis à ses générations successives de vivre cachées. Il paraît que cela leur a réussi et qu'elles ont comme certains arbres de la forêt dont les troncs de plus de six mètres de tour témoignent d'un âge vénérable. pris goût a la longévité.
Le dernier décès enregistré à Notre-Dame de Bliquetuit remonte... au 13 mai 1931. Plus d'un an ! Un an, entier, sans décès ! Et ce n'est pas tout : l'année d'avant on n'avait enterré que des vieillards de quatre-vingt seize et quatre-vingt dix-sept ans. Et le village en compte encore un certain nombre de plus de quatre-vingts: ans, les hommes et les femmes de soixante-dix et soixante-quinze ans y étant considérés comme d'âge mûr tout au plus.

Mais les enfants ? Evidemment, c'est par le nombre des gosses qu'un village prouve sa vitalité. Mais quand on n'a pas ce qu'on aime il faut aimer ce qu'on a — et c'est déjà très beau de trouver dans notre pays de France un village sain et tranquille dont le charme est fait de la belle existence de ses habitants.

A quoi doit-il cela ? Bon air ? Bon site ? Sapins, sol sablonneux et sec, hygiène alimentaire ? On ne saurait le préciser. Et pourtant c'est cela qui aurait de l'intérêt — puisqu'on pourrait, alors, ne pas se contenter de chanter les louanges du pays d'Yvetot mais le proposer en exemple — et l'imiter.


 "On ne meurt plus", renchérit le Paris-Soir du 20 juin 1932.

"En Normandie, il est une petite ville où dame la Mort n'a guère de succès. Une année vient de s'écouler dans un deuil. Le dernier décès remonte, paraît-il, au 13 mai 1931. Cet Eden est Notre-Dame-de-Bliquetuit, en Calvados (sic). On y rencontre fréquemment des vieillards de 96, 97 et 98 ans, ayant encore toutes leurs facultés et ne dédaignant pas un bon verre de cidre pétillant ou de ce calvados doré. Allons vivre à Notre-Dame-de-Bliquetuit..."

Excellente idée !

Laurent QUEVILLY.

SOURCES

La Semaine religieuse, février 1874.
Chartrier du marquisat de La Mailleraye