Si la guerre de 70 est un conflit oublié, alors que dire de l'occupation prussienne de 1815 ! Pourtant, notre canton fut bien sous la botte. Et ce, avec la bénédiction d'une noblesse revenue aux rênes du pays. Le point dans chacune des communes du canton...

Et les revoilà avec leurs bas de soie et leurs airs supérieurs. Les revoilà en force les ultra-royalistes, avides de retrouver leurs privilèges. Quoi ! Cette révolution sanglante, cette boucherie impériale n'auront donc servi qu'à ça : rendre le pouvoir au frère de Louis XVI ? En 1815, Napoléon a raté son coup. Battu à Waterloo, il laisse une France à genoux devant une coalition faite de têtes couronnées bien décidées à tuer dans l'œuf toute idée révolutionnaire en Europe. S'ouvre en France l'ère de la Terreur blanche, des exécutions sommaires, de l'épuration, des procès politiques. Et de l'occupation étrangère. Mais je laisse la parole au lieutenant-colonel Kahn, commandant du dépôt de Lisieux, qui a si bien décrit cette période glauque de notre histoire en Normandie.







Gebhard Leberecht von Blücher, prince de Wahlstatt, vainqueur de Napoléon à Waterloo. On reverra ici sa croix de fer...


" Après Waterloo, les Alliés (Prussiens, Autrichiens, Russes), entraînant dans leur suite le roi Louis XVIII le replacèrent sur le trône de France, mais afin d’assurer la reprise de son pouvoir, ils décidèrent de stationner chez nous.
L’armée prussienne, sous le commandement du maréchal Blücher, choisit les contrées les plus riches pour y restaurer ses hommes et remonter sa cavalerie. La Normandie devenait pendant des mois le grenier d’abondance de ce peuple oppresseur.
Malgré les ordonnances royales promettant de la part des Prussiens une occupation des plus douces, malgré les émissaires du roi – anciens émigrés accrédités auprès de l’ennemi – affirmant les bonnes intentions du roi de Prusse, la terreur précéda de beaucoup l’arrivée de l’armée de Blücher dans nos régions.
"


En octobre 1815, le préfet de la Seine-Inférieure attend de pied ferme le Premier corps de l'armée prussienne. Quant il lui faut gérer aussi l'arrivée imprévue du 6e corps commandé par le général et comte Von Tauentzien.
Ancien chambellan de Napoléon et comte d'Empire, astrologue à ses heures, lce préfet s'appelle Joseph François René Marie Pierre de Kergariou. Un Breton qui a embrassé sans état d'âme et la première et la seconde Restauration.
Le 17 octobre, dans le Journal de Rouen, Kergariou informe les habitants qu'ils auront à nourrir ces militaires moyennant une indemnité de 2F par jour et par homme venant en déduction des impôts. Ceux-ci vont du reste augmenter à titre exceptionnel pour faire face à la situation. D'autant que la coalition étrangère réclamera à la France une dette colossale.
Après le départ des troupes, les logeurs réquisitionnés devront donc se présenter chez leur maire pour obtenir des bons d'indemnité à remettre au percepteur. En attendant, des magasins approvisionnés en fourrage et en avoine sont créés dans chaque chef-lieu de canton. Là, des commissaires désignés parmi les principaux propriétaires en surveilleront le bon fonctionnement. Ce qui, bien sûr, est totalement illusoire dans un pays nommé la France...

A Duclair, ce fut d'abord la panique

  Dès le 14 octobre 1815, Claude François Petit, le maire de Duclair, écrit au sous-préfet :
"Un détachement de Prussiens est venu hier dans cette commune sans ordres émanés de l'autorité supérieure. J'ai cru seconder ses intentions en restant en permanence à la mairie de ce lieu et disposer les troupes qui nous viennent aujourd'hui dans différentes communes de ce canton, mais toujours sans ordres, encore a-t-il fallu requérir violemment les malheureux cultivateurs de cette commune pour fournir foin, paille et avoine pour la nourriture de leurs chevaux. Veuillez bien, Monsieur le sous-préfet, me tracer par le même courrier la conduite que je dois tenir dans ces circonstances pénibles."

15 octobre
: la confusion

"La confusion a été si grande lors de la distribution des fourrages qu'en peu de temps la troupe destinée pour Duclair a enlevé l'avoine destinée pour le jour de leur arrivée au nombre de neuf hectolitres... Ce qui me fait réclamer de votre autorité pour nous faire expédier par les voitures frappées de la réquisition extraordinaire le plus promptement possible la quantité d'avoine portée au dos que les deux commissaires délégués par nous sont porteurs..."


18 octobre,
: "les Prussiens se conduisent bien"

"J'ai l'honneur de vous donner avis que les troupes cantonnées dans ma commune se conduisent avec tout le calme possible, que qu'alarmiste un jour avant, leur arrivée avait porté dans les administrés une peur panique. Mais par un ordre sûr que j'ai consigné et publié, tout le monde a resté ferme à son poste pour recevoir chacun de ces militaires qui leur étaient assignés et tout un chacun se porte à seconder vos intentions pour leur procurer au delà de ce que l'ordonnance prescrit pour la nourriture tant des hommes que des chevaux. Nous avons aussi à nous louer de Messieurs les chefs qui leur font observer une sévère discipline. Monsieur le colonel, principalement, a soin de s'informer si l'on a point de plainte à porter de ses militaires."



Défilé des troupes prussiennes d'occupation

20 octobre : la nourriture vient à manquer

Le maire, écrit en parlant de lui à la troisième personne :  "ne pouvant à peine alimenter les hommes et les chevaux qui se trouvent cantonnés dans sa commune, n'ayant aucun ordre pour former des magasins pour nourrir d'autres troupes, il ne peut se dessaisir du fourrage qu'il a dans ce moment obtenu de ses réquisitions partielles puisqu'il n'a, jusqu'alors, tiré du magasin de Rouen en avoine que la subsistance des chevaux que pour six jours."

20 novembre : les Anglais compliquent la situation

Mais il n'y a pas que les Prussiens a poser des problèmes. Les Anglais aussi. Le bureau militaire de la sous-préfecture écrit à M. le comte le 20 novembre.


"Je viens d'être informé par M. le maire de Duclair et je m'empresse de vous en donner avis que beaucoup d'Anglais, dont le corps stationné à Caudebec, s'arrêtent à Duclair et y exigent le logement et la nourriture, soit qu'ils se rendent de Caudebec à Rouen, soit que de Rouen, ils se rendent à Caudebec.

Le maire réclame contre cette charge fort onéreuse pour ses administrés pour la fréquence du passage de ces militaires.
Je vous prie en conséquence, Monsieur le Comte, de me faire savoir s'ils sont autorisés à s'arrêter dans la commune de Duclair et dans ce cas si les habitants chez qui ils sont  (envoyés) en logement sont tenus de leur fournir les vivres."

Le même jour, le maire de Duclair s'adresse encore au sous-préfet

"Les fournitures en foin, avoine, paille ont été fournies sur mes réquisitions depuis le 13 octobre jusqu'au 25, les rations fournies dont les bons ont été remis à Monsieur Pourtaler, associé de Monsieur Maizière le 28 octobre montant à 996 d,  ce qui ne peut faire face à la quantité de fourniture délivrée par les cultivateurs de cette commune qui se composent en :

1° en trèfle et foin botte de 13 à 14 1984 bottes
2° en paille de 12 à 13 la botte 944
3° en avoine hectolitre 106 hect 1/4

Vous verrez donc Monsieur que le service de Monsieur Maizière n'a commencé régulièrement que le 26 octobre pour fournir les rations nécessaires pour la nourriture des chevaux prussiens ; à ce moyen, le surcroit de dépenses faute par les entrepreneurs d'avoir suivi le mouvement des troupes prussiennes doit leur tomber à charge.

La rivière de Seine de Rouen à Duclair faciliterait beaucoup pour fournir et alimenter les magasins de Duclair et à ce moyen éviter les réquisitions de voitures et priver le cultivateur d'ensemencer son champ pour faire le service militaire, à défaut, ces entrepreneurs, je pense, doivent aussi supporter les frais de transports pour les voitures que leur inaction m'a forcé de mettre en réquisition."

Félicité par l'Occupant

"Au reste, les supérieurs de la troupe prussienne m'ont marqué leur reconnaissance pour le zèle que moi et mes administrés ont mis à satisfaire à leur nourriture.
Vous recevrez ci joint, Monsieur le préfet, l'état contenant la quantité des fourrages et avoines que je leur ai fait délivrer pour vous faire voir l'excédent des fournitures que la commune a fait pour la nourriture des chevaux prussiens..."

Von Tauetzien, général en chef du 6e corps d'armée. Il est arrivé de Bretagne en Normandie à la surprise générale. Tauetzien a aujourd'hui sa rue à Berlin.






Il ne logeait qu'un Prussien... et une femme !


Voici venu le temps des remboursements. L'an 1816, "le conseil municipal assemblé extraordinairement à la maison commune en vertu de l'autorisation de Monsieur le préfet en date du 8 juillet 1816 pour délibérer sur deux questions séparément, ayant pour but deux différentes demandes faites par le sieur Le Breton, ex maire, le premier chef de demande et un bon d'indemnité pour logement et nourriture de quatre cuirassiers prussiens que le dit Le Breton prétend avoir été logés et nourris par lui au mois d'octobre dernier lors de leur cantonnement dans cette commune.

Communication a été prise 1° de la note de Monsieur le préfet du 8 juillet dernier portant injonction de prendre de nouveaux renseignements sur la dite demande, 2° du rapport de Monsieur le maire sur cette affaire qui n'a point été originairement soumis à ce conseil, duquel rapport il résulte quand dans le courant du moins de décembre dernier, Monsieur le maire a rendu compte à l'administration de la demande de Monsieur Le Breton, en a dressé procès-verbal et l'a envoyé à Monsieur le procureur du Roi suivant l'avis qui lui en fut donné par l'administration 3° enfin de trois déclarations l'une du sieur Masse, l'autre du sieur Hulin et la troisième sur sieur Rondel portant que le sieur Le Breton, leur voisin, n'a réellement logé qu'un cuirassier et une femme.
Considérant que les déclarations de ces trois individus ne laissent aucun doute sur leur sincérité et sont d'ailleurs appuyées par le recensement exact fait par Monsieur le maire du contrôle des logements..."

Bref, la demande est rejetée par les sieurs Leblond, Richer, Hamelet, Saval, Lecouteux, Thuillier, Lemaître, Berteau et Léguillon et Petit, le maire.


A Sainte-Marguerite, on est trop pauvre

Le 23 octobre, Thiéffray, maire, écrit au préfet :

"Expose le maire de la commune de Sainte-Marguerite-sur-Duclair qu'il lui est d'autant plus douloureux de voir sa commune occupée par un fort détachement de troupes alliées que cette même commune n'offre presque point de ressources, elle est à la vérité populeuse mais sa situation proche les bois et la Seine qui l'avoisinent fait des trois quarts et demi de cette même population autant de malheureux qui, loin de pouvoir fournir le nécessaire aux militaires qu'on est nécessité de leur envoyer, ont à peine de quoi fournir à leur besoins ainsi que ceux de leurs enfants. Pourquoi les exposants vous sollicitent de bien vouloir faire décharger cette malheureuse commune et ose se flatter que vous voudrez bien prendre en considération la juste réclamation qu'il a l'honneur de vous adresser.


PS L'exposant a l'honneur de vous observer que sans prétendre rendre service à quelques communes avoisinantes et sans avoir l'intention de se décharger à leur dépend, les communes de Jumièges, de Yainville et du Trait seraient susceptibles de loger un contingent qui pourrait rendre moins onéreuse la position de la commune de Sainte-Marguerite...

Thiéffray.
Finalement, on accueille 160 soldats

Les propriétaires et habitants de la commune de Ste-Marguerite


Exposent


"Qu'ils ont logé pendant que les troupes prussiennes ont été stationnées dans ce département 160 et quelques cuirassiers et autant de chevaux, qu'ils ont nourri l'espace de 21 jours.

Des ménages de 10 à 15 acres de terre en logeaient jusqu'à six tandis que dans les communes voisines, des cultivateurs de 80 à 100 n'en avaient que deux et au plus quatre. Malgré cette grande gêne, ils auraient encore gardé le silence si l'entrepreneur des vivres les avait remboursé du prix des rations de fourrage qu'ils ont fourni aux chevaux de ces cuirassiers à une valeur convenable. Mais ce fournisseur ne leur a tenu compte... que d'une modique somme de vingt sols pour chaque ration de fourrage. Cette somme beaucoup inférieure à celle qu'il a reçue du gouvernement..."

On demande donc que Maizière rembourse la différence.  Les signataires ? Martin Cappelle, Miot, Louis Bigot, Pecot, Jean-Baptiste Frémont, Jean-Baptiste Filleul, Denis Binard, Louis Ma...  Pierre Dieul, Romain Dabancourt, Pascal Dieul, Thomas Boulan, Louis Lami, Blouet, Jean-Baptiste Savale.

Une main écrit en marge de cette pétition : "Je déclare au nom des signataires de la présente pétition que d'après des arrangements faits avec M. Le maire de Ste-Marguerite, il ne doit y être donné aucune suite. Rouen, le 16 mars 1816."


Des incidents à Boscherville

Le 27 octobre 1815, c'est le percepteur de l'arrondissement de Saint-Martin de Boscherville qui interpelle le préfet.

"Nous voilà à la fin du mois sans que j'aie pu m'occuper un instant du recouvrement des contributions exigibles pour le 10e mois de 1815 à cause des Prussiens logés chez moi depuis le 17. J'ai été obligé de laisser tout mon local à leur disposition, mon secrétaire, tous mes registres et papiers sont dans le lieu même qu'ils habitent, n'ayant pas d'autre endroit pour les placer.

Je n'ai cependant éprouvé rien de désagréable de leur part. Ils se comportent toujours avec beaucoup de politesse. Mais comment pourrais-je faire une recette dont je suis responsable dans un local qui est à la disposition de personnes étrangères et inconnues. J'ai sollicité de Monsieur le receveur général une suspension jusqu'après leur départ. Sa réponse a été qu'il veillera à ce que les recouvrements n'éprouvent aucun retard. Je vous prie donc, Monsieur, d'avoir la bonté d'écrire à Monsieur le maire pour qu'il fasse rendre libre de suite mon domicile ou que je sois déchargé de toute responsabilité."

4 novembre :
ils partent... en ordre dispersé

"Conformément à votre arrêté du 2 présent mois a moi remis le lendemain 3, j'ai écrit à MM. les maires de Hénouville, Anneville, Saint-Martin-de-Boscherville, Bardouville, Saint-Pierre-de-Manneville, Yville, Sahurs et Hautot. Monsieur de Torcy a eu l'obligeance d'envoyer lui même à Berville la lettre que j'adressais à M. le maire de Berville.
J'ai donné à tous ces messieurs connaissance de votre susdit arrêté au moyen de plantons habitant du village que j'ai eu à ma disposition pendant tout le temps du cantonnement des troupes prussiennes à Saint-Martin-de-Boscherville.
J'ai fixé à chacun de Messieurs les maires la quantité de voitures nécessaires à la commune que chacun de celles qui n'avaient pas eu de Prussiens à leur charge devait desservir ainsi que vous me les aviez désignées. A trois heures après midi, mes plantons étaient revenus et m'ont remis de suite l'accusé de réception de mes lettres.
J'ai l'honneur de vous observer que conformément à l'heure du départ fixé par les chefs de la troupe à 4h du matin du 3 au 4, j'en avais fait part à chaque maire  remplaçant et remplacé. J'invitais même les remplaçants à venir coucher à Saint-Martin-de-Boscherville, Quevillon et, hier vendredi 3, afin que le service ne manqua pas, avais même fait veiller à cet effet le garde-champêtre.
Quelle a été ma surprise, aujourd'hui, à 6h du matin, de voir arriver chez moi le quartier-maître de la troupe se permettant des gestes et des menaces insultants, j'avoue que j'ai été fortement tenté de le réprimer, ce qui m'eut été facile, heureusement, j'ai senti les suite dangereuses d'un pareil éclat et au fond le quartier-maître avait des raisons de se plaindre mais de mon côté je n'avais pas de tort.
J'avais, comme vous le voyez, prix les précautions nécessaire pour l'exactitude du service, mais le quartier-maître qui comptait sur les voitures pour partir à 4h du matin n'en voyant aucune d'arrivée même à 6h était furieux. Enfin, à 9h, sont arrivées deux voitures de Bardouville et j'en avais demandé à M. le maire de cette commune trois attelées de trois chevaux chacune.
Le quartier-maître s'est porté à des excès dignes d'un Prussien sans éducation. Il est allée dans une ferme, chez le sieur Allain, cultivateur, il a pris de vive force une voiture du sieur Allain. Ce dernier n'ayant qu'un cheval, pour le moment, en a pris un autre pour un joindre chez un autre particulier. On a fait descendre les chevaux par un chemin très rapide et sous les coups au risque de briser la voiture et d'estropier les chevaux.


Il faut punir Bardouville !

Vous conviendrez, Monsieur le sous-préfet, que si la commune de Bardouville eût été exacte, tous ces désagréments, toutes ces scènes n'auraient point eu lieu, que si Bardouville eût envoyé les trois voitures demandées, on n'aurait pas été forcé d'en prendre à Boscherville, commune malheureuse, pauvre et écrasée par le séjour des Prussiens chez elle à la quelle vous vouliez un peu subvenir par votre arrêté.
Je crois, Monsieur le sous-préfet, que l'article trois de l'arrêté susdit est applicable à la commune de Bardouville au profit de Boscherville et j'ajoute que telles sont mes conclusions. Si on ne punit pas la négligence, même la désobéissance, les ordres émanés de l'autorité supérieure transmis par les maires ne sont pas exécutés. Ce qui entrainerait des suites innommables, surtout dans les circonstances actuelles.
Trouvez bon que je vous demande justice. J'ai quelque raison de soupçonner que le service dans d'autres communes que celle de St-Martin-de-Boscherville ou plutôt de Bardouville, n'a pas été bien fait. Mais tant que ne serai pas instruit officiellement je n'ai rien à dire de plus.

Et c'est signé De St Ouen.

 La détresse du Vaurouy


L. Domin, maire : "J'ai l'honneur de vous écrire pour vous exposer la pauvre situation des habitants de ma commune. Les voilà dans la plus triste détresse. Il manque de subsistances ayant 33 militaires dont 2 officiers et leurs domestiques, 3 sergents, un trompette et 25 cuirassiers, je suis obliger de les laisser toujours chez les mêmes habitants, n'ayant que trois fermes dans la commune, la plus grande n'a que 25 hectares de terre en culture et deux habitations de maître, M. de Berruyer (1) est resté seul dans la commune, M. de la Houssaye est parti faire sa demeure dans le département de l'Eure, il a laissé son château ouvert et plus rien dedans (2).

Son pauvre fermier est resté avec huit cuirassiers à sa charge sans pouvoir le décharger. Le peu de cultivateurs que j'ai m'ont forcé d'en mettre deux chez un garde forestier et deux chez un autre garde aussi forestier qui leur font plus de dépense qu'ils n'ont d'appointements. Ils ne cessent tous les jours d'être à la mairie pour me faire leurs réclamations et je ne puis les soulager.

Les trois cultivateurs sont obligés d'aller tous les jours avec leurs chevaux, leurs charrettes à la rivière pour fournir de l'eau aux cuirassiers qui en dépensent moitié plus qu'il ne leur en faut sans pouvoir en diminuer.
Les terres vont rester sans être ensemencées et en conséquence point de récoltes pour l'année prochaine.
Je ne puis assez m'exprimer pour vous peindre la misère dans laquelle nous sommes réduits.
J'ai l'honneur de vous observer qu'il y a trois communes voisines de la nôtre qui n'ont aucune charge de militaires qui sont Le Trait, Jumièges et Yainville qui seraient dans e cas d'en supporter chacun un cent, ayant toutes conditions pour cet effet.
Je vous supplie très humblement, Monsieur le sous préfet de prendre en considération l'exposé que j'ai l'honneur de vous faire et vous rendrez une grande justice.

(1) Jean Auguste Marin Marie de Berruyer de Torcy vit de ses revenus au Vaurouy et a quatre enfants de Rose Blanche de la Bunodière. L'aîné, militaire, sera le dernier marquis de Berruyer et conservera le château. Il mourra en 1875 à Rouen.
(2) En 1814, La Houssaye est séparé d'avec sa femme. L'un de ses créanciers a mis le château en vente par expropriation.

Réquisition au Mesnil

"Nous maire de la commune du Mesnil-sous-Jumièges, arrondissement de Rouen, reconnaissons qu'il nous a été remis par M. Le foffre, sergent de ville une circulaire de M. Le sous-préfet constant réquisition de 15 voitures et chevaux. A la mairie du Mesnil, ce 3 novembre 18715."
 
Jean Baptiste Duparc, maire.

Le 12 mars 1816, Duparc écrit au préfet
:

"En réponse à l'honorée vôtre du 5 de ce mois, qui se plaint que l'envoi de l'état des bons d'indemnité pour la nourriture des troupes prussiennes n'a point été fait, conformément à la demande insérée dans la correspondance administrative du 12 février,

Aucun des habitants de ma commune n'a logé de militaires prussiens, en conséquence, je n'ai cru devoir vous faire aucune réponse sur cet objet, croyant que pour mon silence vous passeriez outre à vos opérations.
L'intérêt de mes administrés ne se trouve point compromis dans cette partie, mais bien dans la fourniture des voitures pour le transport des bagages prussiens, majeure partie y ont été compris, ce qui les a occasionnés à beaucoup de dépenses dont ils réclameront votre autorité pour leur faire obtenir, s'il y avait lieu, quelque indemnité,
Votre amour pour les habitants du département leur font espérer quelque succès, c'est ce qu'ils attendent de votre justice et équité."

Hénouville : le maire n'en peu plus

22 octobre 1815, Collet du Bellai se plaint : "Malgré l'extrême attention de MM le major capitaine et officiers de l'escadron de cuirassiers du 6e corps de l'armée prussienne en cantonnement dans la commune d'Hénouville à n'exiger ce qu'ils ont besoin, la charge d'un escadron entier de cavalerie est trop forte pour ses habitants peu aisés.
Mes facultés morales et physiques s'affaiblissent à un point qu'il ne m'est plus possible de faire face aux ordres réitérés de tous côtés.
Ne vous serait-il point possible, Monsieur le sous-préfet, d'alléger ce fardeau (148 chevaux), il ne paraît pas y a voir de proportion dans les contingents assignés aux trois communes d'Hénouville, Boscherville et Quevillon en raison de leur population.
S'il y avait lieu d'obtenir un adoucissement à cette charge, je vous en aurait, Monsieur le sous-préfet, à mon particulier, la plus grand et la plus vive reconnaissance..."

La morgue du marquis de Mauny


Mauny 22 octobre. C'est le marquis d'Estampes qui, d'une écriture lascive, voire illisible, répond avec morgue.


Louis Félicité Omer d'Estampes, (1763-1833). Emigré à la Révolution, Monsieur le marquis fut maire de Mauny de 1814 jusqu'à sa mort.

Je reçois à l'instant votre lettre du 22. J'ai sur le champ donné les ordres à ceux des cultivateurs ayant chevaux et voitures, ils sont quatre et tous les quatre désignés. J'envois chez eux et leur enjoins de se rendre à votre réquisition.

Je regrette Monsieur que vous ne vous soyez pas informé plus particulièrement des ressources de cette commune, ou le peu de chevaux de somme qui y existent sont exclusivement consacrés à l'exploitation des bois.

Vous sauriez alors, Monsieur, que j'ai fait l'impossible, ne pouvant rien vous répondre sur l'heure ... de l'exécution d'un ordre qui m'est transmis bien tard..."

  Le 11 mars 1816, c'est l'adjoint délégué du maire qui écrit cette fois au préfet


"En réponse à l'honneur de votre lettre datée du 5 courant, laquelle ne m'est parvenue que hier, relative aux bons d'indemnité pour la nourriture des troupes prussiennes.
Les habitants de la commune de Mauny qui ont logé et nourri des troupes prussiennes lors de leur passage ne réclament aucune indemnité pour la nourriture des hommes. Ils en font l'abandon (...) au profit du trésor royal. Il réclament seulement les rations des chevaux qui ont été fournies pour ces mêmes troupes, lesquelles bons ont été présentés au bureau présenté pour cela par votre même lettre, Monsieur, vous me demandez aussi l'état des armes et effets militaires qui pourraient exister dans notre commune. Il n'est point, à ma connaissance, qu'il en ait aucune."
C'est signé Renoult.

Quevillon : prise de bec entre hobereaux

Quevillon, 13 octobre 1815. Maire, Dumoncel de Torcy a présidé le canton sous l'Empire. Dans sa correspondance, il en profite pour éreinter son homologue de Boscherville, Saint-Ouen et pour dénoncer un paysan récalcitrant.

"Je viens de recevoir, Monsieur, votre lettre de ce jour par laquelle vous m'annoncez qu'un détachement de cavalerie anglaise fait de quarante soldats doit prendre son cantonnement dans la commune de Quevillon. J'ai donc été fort étonné de voir des Prussiens qui se sont d'abord partagés ma maison pour leur état-major ainsi que mes écuries pour leurs chevaux.

"D'après l'usage des militaires, les officiers de l'état-major sont logés avec le gros de leur troupe, j'ai donc lieu de croire que c'est à l'instigation de M. le maire de Boscherville que ces messieurs se sont établis chez moi puisque c'est de chez lui qu'ils sont venus en disant que la commune de Boscherville n'avait pas de logements convenables pour des officiers. En cela, M. de Saint-Ouen s'est ménagé comme à son ordinaire soyez assez bon que ne vous prie pour me mander si c'est vous qui avez envoyé ces messieurs, ainsi qu'un officier a bien voulu me le dire et, dans le cas contraire, je réclamerai votre obligeance pour m'en décharger dans une autre circonstance, malgré mes réclamations, je n'ai pu rien obtenir, il faut que je déménage mes chevaux.

"L'officier qui est venu ici prétend que lui seul a le droit de délivrer un bon pour les fourrages, comme d'après votre lettre je ne le crois pas suffisamment autorisé, j'en ai délivré un à l'adjoint que j'ai chargé de vous le présenter. Il vous priera, Monsieur, de vouloir bien lui indiquer la marche qu'il faut suivre. Je vous en serai fort obligé et vous prie de nouveau de ménager la commune de Quevillon qui est fort malheureuse..."


Le 23 octobre 1815, le maire balance un paysan récalcitrant


Je suis désolé, Monsieur, d'être obligé de vous ennuyer encore d'une affaire de subsistance. Dans la crainte d'être obligé de fournir aux Prussiens au moment de leur départ des rations de vesses et de fourrages j'ai requis des habitants qui ne logent pas de militaires de leur prêter une certaine quantité d'avoine en proportion de leur occupation en leur observant qu'ils ne la fourniraient que dans le cas où on ne pourrait s'en dispenser et qu'il leur en serait tenu compte sur un fonds commun qui sera fait dans la commune. Presque tous y ont consenti, à l'exception d'un individu qui s'est même permis des propos très déplacés et dangereux.

Dans la crainte que son exemple n'altère la bonne volonté des autres, ce qui est très probable, je vous prie de me dire ce qu'il faudrait faire dans le cas où il persiste dans son refus. Je crois que la sagesse exige que l'on prenne la précaution, pour assurer la tranquillité au départ de ces messieurs, cet homme est très entêté et peut faire beaucoup de mal s'il n'est pas puni. Je n'ai pas voulu avoir recours à l'autorité prussienne qui s'en serait mêlé avec plaisir dans la crainte que le châtiment ne soit trop sévère. Il est tout à fait contraire à mon caractère d'employer des moyens de sévérité mais dans les circonstances où nous sommes, un exemple est nécessaire. Vous me rendez, j'espère, assez de justice pour croire qu'il m'est bien pénible de le solliciter...


A Yville, on balance les réfractaires


Marquis, Monsieur le maire est souvent absent de son château. Hulin, son adjoint, le remplace en mairie...


Le 1er novembre 1815, un certain Quevilly adresse une lettre à l'administration. A quel titre ? En l'absence du maire, le marquis de Gasville, l'adjoint d'Yville est Désiré Hulin. Le signataire de cette missive est sans doute Jacques Quevilly, l'ancien homme d'affaire de l'abbaye de Jumièges reconverti en juge de Paix :

 "En exécution de vos ordres en date du 22 octobre dernier, l'adjoint, en l'absence de M. le maire, a commandé les 15 voitures dont cette commune était taxée et a réparti cette charge publique avec la sagesse qui devait le diriger en faisant fournir une charrette et deux chevaux à ceux qui en avaient la possibilité et un cheval avec un autre pour ceux qui pouvaient faire autrement. 14 des personnes commandées ont fourni entre elles huit voitures et se sont en partie acquittées en payant une somme mais les autres n'ont point obéi sous différents prétextes dont plusieurs ont été reconnus faux.
"Ceux qui ont obéi aux ordres de l'adjoint se plaignent de ce que les autres n'ont pas fourni leur contingent et se promettent de ne pas obéir à l'avenir, puisque ceux qui ne l'ont pas fait n'ont rien payé et qui ne sont pas inquiétés pour leur désobéissance.
"Ce refus d'obéir est une exemple funeste dans une commune. Il n'a pas tenu à ces refusants que nous eussions une garnison prussienne dans celle d'Yville et Dieu sait quand nous aurions pu nous en débarrasser.
"Je crois qu'il serait de votre justice, Monsieur, d'obliger les refusants de payer, à raison de 25 francs par chaque voiture qui n'a pas été fournie, et que cette somme soit répartie entre ceux qui en ont fourni pour les indemniser en partie des frais, pertes et mauvais traitements qu'ils ont essuyés en route.
Voici les noms de ceux qui n'ont pas obéi : Nicolas D'Orléans, Pierre Nicolas Testu, Augustin Buquet, Louis Leblond, Pre Delarue, Michel Perdrix, Pierre Elie de la Mettairie et Pierre Decaux.
Si on ne leur donne pas un exemple, il est à craindre qu'on ne veuille plus obéir aux ordres des maires et adjoint, quelque pressante et de quelle importance qu'ils soient.
Mais de grâce, punissez les par leur bourse en non par l'envoi de garnisons prussiennes, car il en résulterait plus de maux que d'avantage.

PS. Monsieur de Gasville, maire, qui est à Paris, est instruit de la démarche que je prends la liberté de faire auprès des vous, Monsieur, à ce sujet, non comme dénonciateur, mais par la nécessité de faire observer l'obéissance aux autorités pour ne pas être exposé, à l'avenir, à des disgrâces que les administrateurs de cette commune ne méritent pas.

Saint-Paër : les bons ont disparu !

A Saint-Paër, trois bons d'indemnité furent délivrés par le maire pour la nourriture des militaires alliés. Bénéficiaires : Baudet fils, fermier du prince de Montmorency (1)
Guillaume Binard et Jacques Perdu.  Fin novembre 1815, on les déposa à l'administration afin qu'une compensation leur soit consentie sur leurs contributions en guise de remboursement. Lefebvre écrit au préfet le 28 février 1817
"Ces bons d'indemnité, Monsieur le comte, se sont trouvés égarés dans le bureau militaire où l'on prétend qu'ils ont dû être renvoyés au maire qui ne les a pas reçus et qui en a délivré des duplicata, que le percepteur a admis en compensation sur les 10 cent. et les contributions de 1816.
Quoi qu'il soit bien constant par les certificats du maire et du percepteur qu'il n'y a pas et ne peut avoir de double emploi à craindre pour la comptabilité, M. le receveur général a refusé d'admettre dans le compte de ce percepteur les duplicata dont il s'agit à moins d'y être autorisé par vous.
J'espère, Monsieur le compte, quand je vous atteste que c'est moi même qui a déposé les originaux des bons dont il s'agit dans votre bureau militaire en attendant que le mode et les moyens de remboursement fussent indiqués que vous aurez la bonté de donner les ordres nécessaires pour l'admission des duplicata (...) joints à la présente, sans quoi je me trouverais obligé à en remettre le montant (objet total de 28f) aux parties qui m'ont confié les originaux." Le problème fut arrangé.


(1) Le prince de Montmorency, ancien émigré, fut élu à la mairie de Grand-Quevilly où il avait épousé la fille du marquis. Conseiller général de la Seine-Inférieure, parlementaire, il siégea bien sûr à droite. En 1830, ce Pair de France et maréchal de camp refusa de reconnaître Louis-Philippe et mourut à Munich.

Les Prussiens s'invitent à Varengeville

Du bureau militaire au préfet, le 14 octobre 1815:

"J'apprends à l'instant par des bons de fourrages qui me sont présentés que des fourriers établissent des logements à N.D. et Saint-Pierre de Varengeville, communes non comprises dans les cantonnements que j'ai désignés à l'état-major.
Je suppose qu'ils appartiennent au corps de cavalerie qui prend les cantonnements dans les communes d'Hénouville, St-Martin de Boscherville, Quevillon, Saint-Pierre et Sahurs.
J'ai cru devoir vous instruire sur le champ de cette circonstance afin que vous puis fussiez toujours parfaitement au courant de la situation des cantonnements.
Je crains que, en s'étendant ainsi sans consulter personne ces détachements ne troublent l'ordre des cantonnements. Je crois qu'il serait utile d'appeler sur cet inconvénient l'attention de l'état-major."




Les surnoms de Louis XVIII


Gros Louis (Louis Le Désiré souffre de la goutte. Cette caricature le représente mangeant et déféquant en circuit continu.)
Le gros cochon (Cité par Victor Hugo dans Les Misérables.)
Notre Père de Gand (il s'était réfugié en Belgique durant les Cent-Jours).

Mort sans descendance en 1824, son frère, le comte d'Artois, lui succède sous le nom de Charles X. Lui, c'est un ultra-royaliste.


19 octobre, le curé se plaint au préfet

"
J'ai cru devoir vous prévenir que messieurs les maires de St-Pierre et de Notre-Dame de Varengeville les deux églises ont jugé à propos de me donner deux hommes et deux chevaux en quartier chez moi. J'ai cru devoir ne pas refuser pour éviter toutes difficultés et ils y sont encore. Je voudrais même bien les confesser jusqu'à ce qu'ils partent et il est bon de vous observer que ne je n'ai aucun revenu, que je n'ai aucun faire-valoir, que les deux communes ne m'ont rien donné depuis treize ans que je les dessert, et que je n'ai d'autre revenu que la modique pension que me fait le gouvernement  qui ne m'a point été payée depuis neuf mois, et que je suis obliger de contracter des dettes pour subvenir à ma subsistance, je voudrais bien que vous obligiez les deux communes à quelques dédommagements à mon égard et vous feriez justice..."

20 octobre 1815. A M. Leroux, desservant de Varengeville-les-deux-Eglises

"J'ai reçu, M. le desservant, votre lettre d'hier relative aux militaires que l'on a placé chez vous. Je charge M. ... de faire donner de suite un autre logement à ces militaires et je vous préviens que si vous les avez nourris vous pourrez réclamer auprès de M. le maire de Varengeville l'indemnité de 2 F par homme et par jour fixée par mon arrêté du 15 de ce mois."

13 décembre 1815 : Foloppe ne veut pas payer le vin

Foloppe écrit à M. Le Soul, préfet d'arrondissement. "Expose très humblement le maire de la commune de N.-D.-de-Varengeville que d'après les ordres de M. le chef d'escadron des militaires prussiens logés à Varengeville St-Pierre et N.-D., j'ai donné ordre au Sr Drouet, marchand de fournir du vin aux militaires malades suivant ce que besoin serait, il se trouve que le mémoire se monte à 15 F et 40 centimes et le marchand ne connaît que moi pour lui payer cette somme. M'étant acquitté de la manière la plus convenable vers ceux qui ont logé chez moi, je ne crois pas être susceptible de payer cette somme pour des militaires logés dans les deux communes.
J'ai présenté le mémoire dont il s'agit à l'entrepreneur des fourrages il la rejette en disant qu'il ne payait les dépenses de cette nature.
Pour quoi, j'ai l'honneur de vous adresser la présente. Monsieur le sous-préfet, à ce que de droit il vous plaise allouer cette somme et donner mandat à prendre chez le percepteur."


16 avril 1816 :  on raye le nom de la baronne

"Le percepteur de cette commune m'écrit en m'adressant l'état et les bons d'indemnité pour nourriture des troupes prussiennes délivrés aux habitants de cette commune.
Il me dit qu'il lui a été ordonné à la recette générale de dresser un nouveau état et de faire disparaître le N° 1er sous le nom de Madame la baronne de Beaumetz et que je certifie et envoie de suite un nouveau état.
Ayant fait le travail que vous m'avez prescrit de faire et que j'ai eu l'honneur de vous adresser, vu l'état que renvoie M. le receveur général visé par vous le 22 mars, j'attends après votre autorisation pour m'occuper d'un nouveau travail et je n'en ferai rien sans vos ordres..."

Philippe, maire.

4 mai, réponse au maire


"D'après les renseignements que je me suis procurés, M. le maire sur l'objet de notre lettre du 16 avril dernier, j'ai reconnu que l'on avait porté par erreur Madame la baronne de Beaumetz sur l'état fourni par le percepteur de notre commune pour les habitants qui ont obtenu le remboursement de l'indemnité de nourriture des militaires prussiens qu'ils ont eu à loger puisque cette dame n'a pas encore touché la somme qui lui revient. En conséquence, il est nécessaire que l'on fournisse les deux états particuliers qui ont été demandés par M. le receveur général. Cependant, dans le cas où Madame de Beaumetz déclarait faire l'abandon au profit du trésor de la somme qui lui revient, il suffirait que le percepteur en informât M. le receveur général en lui renvoyant l'état dont il s'agit..."

Le maire au sous-préfet :


Comme il paraît que l'administration refuse d'entendre les observations faites sur les bons d'indemnité je vous prie de passer outre. Celle que j'ai faite sur l'état que j'ai eu l'honneur de vous adresser le premier de ce mois.
Je me suis entendu avec ceux qui ont logé. Le sieur Lemonnier a logé 3 militaires, le Sr Saillard (blanc).
Le changement fut fait d'un chez l'autre, ils ont fait cet accord. Lemonnier rendra à Saillard un quien sorti de chez Monnier pour aller chez Saillard.
De même que militaire logé chez moi et chez le sieur Maleuvre de St-Pierre Varengeville pendant les quinze jours quatre militaires sont portés sur mon bon et je paierai au dit Maleuvre les jours qu'il a été chez lui de manière qu'il ne reste plus d'observation pour personne...
Foloppe.


Un seul logeur au Trait

Le maire du Trait, Tiphagne, au préfet, le 14 mars 1816 :
"En réponse à l'honneur de votre lettre du 3 de ce mois, j'ai l'honneur de vous informer qu'il n'y a point eu de troupes prussienne dans cette commune si ce n'est un cultivateur qui est à l'extrémité de cette dite commune et qui borne celle de Duclair qui en a nourri sept pendant quelques jours mais qui a été remboursé de cette nourriture à raison de quarante sols par jour par chaque homme par le percepteur de cette dernière commune qui fait la perception des deux communes et a été porté sur le tableau de celle de Duclair comme si il en eut fait partie."


A Ambourville...

Le maire d'Ambourville au sous-préfet, le 22 octobre 1815.
"Je mets à exécution votre lettre en date du 22 de ce mois que je reçois à cinq heures et demie du soir.
J'ai l'honneur de vous observer, Monsieur, que la difficulté du passage nous rend dans l'impossibilité d'arriver à l'heure indiquée et qu'il n'existe pas dans notre commune dix cultivateurs et je vais faire tout ce qu'il dépendra de moi pour obtempérer à votre demande."
Jean-Baptiste Juclin ?


A Anneville...

D'Anneville, même jour, même rédacteur mais en qualité de maire d'Anneville.
"Je mets à exécution votre lettre en date du 22 de ce mois que je reçois à cinq heure et demie du soir chez Monsieur le maire d'Ambourville.  J'ai l'honneur de vous adresser, Monsieur, que la difficulté des passages nous rend dans l'impossibilité d'arriver à l'heure indiquée. Vous ne doutez pas, Monsieur, qu'il faut passer les voitures et les chevaux la Seine (sic) et je vais faite tout ce qu'il dépendra de moi pour obtempérer à votre demande."

14 mars 1816. Au comte de Kergariou,
Vous me demandez par votre lettre en date du cinq de ce mois l'état des bons d'indemnité pour nourriture des troupes prussiennes.
J'ai l'honneur de vous énoncer, Monsieur le comte, que nous n'avons point de bons, n'ayant pas logé de troupe.
Vous nous demandez par la même lettre l'état des armes et effets militaires.
J'ai aussi l'honneur de vous énoncer Monsieur le comte que nous n'avons aucune arme ni bagage militaire, n'ayant aucun militaire de rentré chez nous avec armes et bagage, que Jean-Jacques-Désiré Delacroix arrivant des prisons d'Angleterre depuis viron quinze jours avec habillements en très mauvais état.


A Jumièges...


On l'a vu, Jumièges fut épargné par l'occupation prussienne. A noter toute fois que le notaire du cru, qui n'a pas encore écrit sa fameuse histoire de l'abbaye, consentit à quelques sacrifices en faveur d'un gouvernement qu'il jugeait réparateur...

"M. Deshayes, notaire royal à Jumièges, canton de Duclair, a déclaré renoncer, pendant cinq ans, aux intérêts de son cautionnement. Monseigneur son Excellence le Garde des sceaux, qui a mis sous les yeux du Roi cet acte de dévouement, vient de charger Monsieur le procureur près le tribunal de l'arrondissement de Rouen de témoigner au sieur Deshayes la satisfaction de Sa Majesté pour le sacrifice que ce fonctionnaire vient de s'imposer dans les circonstances difficiles où se trouve l'État."

Seule la commune d'Yainville semble échapper à cet événement. il est vrai que, délabrée, son église venait d'être reconvertie en grange et sa petite population était sans le sou. Seuls les Lesain, propriétaires du manoir de l'église, auraient pu accueillir des troupes. Ils en furent exempts.

Finalement, les amis de
la droite française finirent par lever le camp après avoir commis quelques rapines, notamment à Moulineau. On tourna la page dans le Journal de Rouen qui exhortait ses lecteurs à avoir envers les occupants "les égards qui leur sont dus." Mais les Prussiens nous rendront encore visite en 70 puis en 40. Entre temps, la République aura été durablement établie, quel que soit le côté de l'hémicycle.

Source

Dossier 8R44 numérisé aux Archives départementales de la Seine-Maritime par Josiane et Jean-Yves Marchand. Rédaction : Laurent Quevilly.