Si on ne vous y voit pas, c'est que vous n'êtes pas bien vézillant. Le marché de Duclair se tient chaque mardi depuis un temps où la Normandie n'était pas encore française. C'est vous dire si ça date...


DEPUIS 1198 !


Richard Cœur de Lion ! C'est alors notre héros national. Il a fait des prouesses aux croisades, tenu le roi de France en échec. Captif, les Normands comme les Anglais ont tout fait pour le libérer. Le 16 mai 1198, à Vernon, il tient en échec Philippe Auguste. Et le voilà, le 7 juin 1198, à l'abbaye de Jumièges où il passe les fêtes de la Pentecôte. Manifestement ravi de l'accueil, notre duc accorde aux religieux, seigneurs de Duclair, l'établissement d'un marché dans ce bourg le mardi de chaque semaine. Ils auront tous les privilèges et coutumes usités dans les marchés de Normandie. A eux  d'entretenir la halle et les bateaux de ce lieu et de payer les gages des officiers. Le 28 août suivant, parti de nous sus aux Français, Richard confirmait son geste en signant une charte aux Andelys.  Quelques mois plus tard, Jean Sans Terre, nouveau roi d'Anglerre, devient aussi duc de Normandie.



Ruiné par les Anglais

Très vite, le marché de Duclair prit une grande importance. Le 24 juin 1204, Philippe Auguste fait une entrée triomphale à Rouen. Nous voilà maintenant français.
Puis, un siècle et demi plus tard, nous voilà de nouveaux Anglais. Ce qui va causer un tort considérable au marché de Duclair.

En 1361, les droits de coutumes furent affermés 1.200 livres pour un an à un certain Guillaume Petit, de Rouen. Somme colossale. Il les tenait depuis deux mois quand arrivent les Anglais. Le pays est occupé. Plus personne n'ose franchir la Seine pour venir au marché. Ruinés, Petit et ses associés sont même emprisonnés deux années et demi, au péril de leur vie. Du coup, le fermier ne peut payer les 400 livres restant à verser. Du fond de sa geole, il demande au Roi d'intervenir auprès de ses créanciers...

En 1425 nous sommes toujours sous l'occupation anglaise. Un spectaculaire incident va se dérouler sur le marché de Duclair. LIRE  

Le renouveau du marché

Après le départ des Anglais, le marché de Duclair reconquit peu à peu son importance perdue et redevint le grand entrepôt commercial de la contrée.
Aussi la police n'y fut-elle pas des plus faciles et les officiers de l'abbaye durent-ils souvent avoir recours à sa haute autorité pour obtenir des marchands qu'ils se soumissent aux coutumes en vigueur.



Les plaintes d'ailleurs, à ce sujet, étaient continuelles de la part des habitants fréquentant le marché. Les marchands savaient déjà s'entendre parfaitement pour faire, au besoin, monter le prix de toutes choses.
Ainsi aux pleds du 7 juillet 1483, les habitants de Duclair se plaignaient du prix exorbitant auquel on vendait sur le marché la bière et la cervoise relativement au prix de l'orge et de l'avoine. Une sentence de Guillaume Hardeley, lieutenant-général, et de Jehan Gruel, seigneur de Pontrebosc, sénéchal des arrêts, défendit aux marchands et vassaux de l'abbaye de vendre le hombour de bière plus de 15 sous et le baril de cervoise plus de 20 sous. Ces prix d'ailleurs seraient modifiés suivant la valeur des grains.


En vertu des privilèges qui leur avaient été accordés par les rois de France, entre autres Philippe-Auguste en 1207, les citoyens de Rouen avaient le droit de commercer librement et sans être astreints au droit de coutume dans toute l'étendue du domaine royal. Après les troubles de la  Harelle qui avaient nui considérablement au commerce de Rouen, on chercha de toute part à profiter du désarroi produit par l'émeute pour enlever aux bourgeois de la ville leurs privilèges commerciaux. Philippe le Hardi, comte de Flandres, donna l'exemple en 1384. Il fut bientôt suivi par le duc d'Orléans, puis par les abbés du Bec et de Saint-Wandrille.


Au mois d'août 1394, tous les commerçants rouennais qui refusèrent de payer les droits de coutume aux marchés de Bourgtheroulde, Routot et Bourg-Achard furent arrêtés et jetés en prison il en fut de même à Vernon et à Harfleur. Bientôt ce fut une levée générale de boucliers les fermiers de la reine Blanche aux Andelys, de la coutume de Caen, de l'aunage de Fécamp se refusèrent à toute concession aux habitants de Rouen.

Dans cette lutte contre les privilèges de la cité, l'abbé de Jumièges, à qui appartenaient d'importants marchés dans la contrée, ne pouvait manquer de faire cause commune avec les abbés du Bec et de Saint-Wandrille, et prétendit percevoir un droit de coutume ou péage sur tous les marchands de Rouen commerçant au marché de Duclair.

Mais déjà le conseil de ville avait pris parti pour les bourgeois menacés dans leurs libertés, et le procureur de la cité était envoyé dans la plupart de ces marchés pour y « garder les franchises de la ville. » Le 25 avril 1396, des conclusions furent prises contre l'abbé de Jumièges relativement au marché de Duclair. On plaida devant l'Echiquier. Le 27 mai, le conseil de ville décidait que « l'on yroit au Mesnil de Jumièges devers Monsr de Bayeux  où là où il sera pour recommander la ville à lui relativement à ce procès, qui allait pourtant traîner en longueur. Enfin en 1404, un arrêt de l'Echiquier défendit aux moines d'entraver le commerce des bourgeois et marchands de Rouen et les contraignit à reconnaître leurs franchises.

Il en fut d'ailleurs de même pour tous les autres procès, et les bourgeois de Rouen étaient enfin reconnus francs et exempts de toutes coutumes, subsides, péages ou travers dans l'étendue du domaine royal. 


Privilèges et coutumes

 

Dans le dénombrement des biens de l'abbaye rendu au roi le 8 mars 1526, les privilèges et coutumes du nouveau marché sont ainsi spécifiés
:

« Nous, les religieux, avons droit de marché, une fois la semaine, au jour de mardi, une foire le jour de Saint-Denis, halle et profits d'iceux la connaissance et visitation de toute marchandises et métiers, de poids et mesures, aulnage, jaugeage, étalage, fenêtrage, arrêt de visitation des caves et celliers, prix aux boissons et de chacun poinçon de vin vendu au détail, un pot d'afeurage, et les coutumes qui ensuivent.

« Pour un cheval vendu, 2 deniers de coutume pour achapture, autant
pour chaque vache, porc, brebis noire 1 d. de coutume; idem pour achat
pour une brebis blanche 1 obole autant pour l'achat
pour une chèvre vendue 8 d.
pour une âne 16 d. autant pour l'achat.


« Pour un boissel, mine ou somme de blé, de grains, pois, vesce, 1 denier de coutume.

Tout marchant vendant ou achetant au marché, 2 deniers par étal et 2 deniers de coutume
pour le cent de peaux de brebis 14 deniers, le quateron 3 deniers, et pour une peau 1 d.

Pour un carque de hareng 2 d.
pour chaque queue de vin déchargée par marchand forain au quai de Duclair 2 d., et s'il est vendu après 2 d. de coutume.
Chaque tavernier doit par semaine pour pain et cuisine qu'il vend en sa maison 2 d. de coutume.

Tous les hommes de Duclair nous doivent coutume de ce qu'ils vendent en notre ville de Duclair, et de ce qu'ils achètent ne doivent rien.
Chaque boulanger de Duclair doit d, par semaine, et s'il ne vend le mardi il ne doit que 1 d.
Tous les boulangers du dehors doivent chacun 1 d. de coutume, et s'ils vendent à couvert ils en doivent 2.
Tous les brasseurs de Duclair nous doivent, pour chaque baril de cervoise qu'ils vendent, 2 d.
et au marché aux  femmes, chacune qui vend lin, chanvre, fil, linge, fromages, œufs, pommes, etc. doivent par chacune somme ou fardel 1 d. de coutume chacun vendant pots de cidre, par place, 3 d. pour somme de poisson  2 d. pour vendre laine 4 d. »


D'autre part dans un Etat des Coustumes dues et l'abbaye rédigé au dix-septième siècle, figurent certains droits non mentionnés dans l'acte de dénombrement. Ainsi il est dit que :

« Tous les hommes d'Yainville, de Jumièges et du Mesnil doivent porter au vicomte de Jumièges la coustume de tout ce qu'ils vendent au marché de Ducler.

« Tous ceux qui vendent à fenestre doivent par an de coustume 18 deniers à la Saint-Valentin, et s'ils portent denrée vendre à Ducler ils doivent demi-coustume.

« Pour chaque véel (veau) vendu entre la Saint-Jean et Noël 1 d. entre Noël et la Saint-Jean il ne doibt rien.

« Pour la chair d'un mouton il ne doibt rien.

« Sy un homme vend pommes. ou poyres en grenyer il en doibt de coutume 4 d. Et l'achapteur, s'il est de dehors, il doibt 8 d.
« Sy un homme de la ville vend une queue de vin ou de sydre il doibt de coutume 2 d. si l'achapteur est de dehors il en doibt 4 d.

« Sy un homme fait porter ses vins hors la ville pour vendre il ne doibt rien.

« Sy un brasseur fait brasser un brassin de cervoise et vend tout à sa maison il doibt 2 d., et s'il vend aux hommes de la ville il ne doibt rien.
« Chaque boucher doit pour son étal par semaine 2 d. tous ceux de Ducler ne doibvent point de coutume en cette ville la cause est parce qu'il paie au vicomte de cette terre 1 d.

« Les boulangers, candeliers paient par an de coutume de tout ce qu'ils vendent en leurs maisons 18 d. et s'il vendent en halle ils doivent pour chaque semaine 2 d.

Et Cardin Capperon fut pendu
Jusqu'au milieu du seizième siècle les religieux de Jumièges jouirent paisiblement de tous les droits attachés au marché de Duclair, et entre autres du droit de mesurage à raison de 1 denier par boisseau. Mais, au mois de janvier 1570, des plaintes vinrent à se produire contre Jean Pasquin et Cardin Cappron, commis au mesurage, accusés d'abus et de malversations. Un arrêt
du 14 février prescrivit une enquête d'office en même temps qu'une information sur le salaire des mesureurs de grains à Rouen, Caudebec, Pavilly, etc. à la suite desquelles intervint une sentence du 31 janvier 1572 limitant le droit de mesurage à 1 denier par mine de grains, et, dans le cas où le mesurage se ferait par boisseau, à 3 deniers pour 2 mines sur les vendeurs seulement.



Les religieux de Jumièges furent loin de se montrer satisfaits de cette décision, et estimèrent que, dans ces conditions, leur droit de marché ne leur serait plus rémunérateur, mais onéreux et infructueux, et qu'il suffirait à peine à la quatrième partie des charges qu'il leur fallait supporter pour l'entretien des halles, ponts, bateaux et le paiement des officiers, d'autant qu'il se trouvait peu ou point de personnes pouvant apporter au marché de Duclair 3 mines de grains à la fois. D'après eux, à chaque marché il n'y avait pas 20 marchands apportant des grains par mines, mais bien de pauvres paysans les uns avec un boisseau, les autres avec deux ou trois au plus la plupart même avec un demi boisseau qu'ils vendaient pour subvenir à leurs nécessités et sur lesquels les religieux ou leurs fermiers ne pourraient rien prétendre. D'ailleurs la mine n'était pas une mesure employée généralement à Duclair.


Comme conclusion, les moines demandaient à être autorisés, comme ils le faisaient anciennement, à percevoir les droits par boisseau, demi-boisseau et autres petites mesures, et non plus à la mine.


Le 30 novembre 1577, des lettres-patentes du roi leur accordaient ce qu'ils désiraient, mais à diverses conditions, entre autres la charge des réparations et de l'entretien des halles, ponts et chaussées de Duclair et, comme toujours, le paiement des officiers.

Dans le même temps, les religieux étaient en différend avec le vicomte de Rouen relativement au droit de visitation que ce dernier prétendait devoir exercer sur le marché de Duclair. Une sentence de l'année 1571 donna mainlevée aux religieux de l'opposition faite par le vicomte de Rouen et leur permit de jouir librement de leur droit. Toutefois les officiers de Rouen ne se montrèrent pas disposés à abandonner ainsi toute idée de juridiction sur ce marché de nombreux différends survinrent encore à ce sujet, et le 12 octobre 1617 nous voyons le bailli de Rouen ordonnant la confiscation et la saisie des balances et des poids du fermier du marché de Duclair.

Ce droit de police que le vicomte de Rouen prétendait devoir exercer sur le marché de Duclair avait été déjà d'ailleurs l'occasion de nombreux conflits.
Le 27 août 1574, une sentence du bailliage de Rouen sur l'appel des religieux maintenait ceux-ci en leur droit de juridiction et réservait à leur sénéchal seul la connaissance des cas en résultant.
Les officiers du vicomte de Rouen n'en continuèrent pas moins toutes sortes de vexations à l'égard des religieux qui en l'année 1578 s'en plaignirent à nouveau.

Le marché de Duclair, disaient-ils, est fort célèbre par la fréquence du « grand nombre de marchands et de peuple qui s'y trouvent et donnent occasion aux bouchers et boulangers et autres métiers du voisinage d'y exposer en vente. Les boulangers et bouchers avaient pris l'habitude de résider continuellement au bourg, afin de subvenir à l'étranger qui y a affaire. D'autant qu'il n'était pas raisonnable que les dits métiers ne fussent mis en discussion par la police, ils avaient élu, il y a cent à cent-vingt ans, et même de temps immémorial, tous les ans, et chacun des dits métiers, des gardes pour faire la Visitation; après avoir prêté serment ils constataient ainsi toutes les fautes établies.


« Les religieux sont en possession de temps immémorial de jouir des droitures et franchises de cette garde, et ils en ont fait apparoir au procureur du roi par plusieurs sentences fort anciennes et même par acte donné aux pieds de leur baronnie excédant la mémoire des hommes.

« Néanmoins, les gardes des métiers, par une nouvelle entreprise préjudiciable non seulement aux religieux mais encore au public, essayent qu'il n'y ait pour l'avenir aucune garde ni maîtrise à Duclair sans qu'ils fissent serment devant le vicomte de Rouen et que, par conséquent, les procès fussent plaidés devant le bailli de Rouen et non ailleurs. »

Cette fois encore les religieux se virent maintenus dans leurs anciennes prérogatives. Toutefois ils n'étaient pas au bout de leurs peines. Bientôt les différents corps de métiers fréquentant le marché de Duclair essayèrent de s'affranchir de la tutelle et de la juridiction de l'abbaye. Il fallut encore plaider. Les moines justifièrent que « de tout temps ils ont été en possession de la basse et moyenne justice avec sénéchal et sous-sénéchal, procureur, greffier, avocats, prévôt, droit à l'établissement des gardes jurandes et maîtrises des métiers, droit de marché, coutume, poids et mesures, de visitation, et par la garde desdits métiers se fait la visitation tous les quinze jours avec droiture de toutes les amendes sur les délinquants. »

Les boulangers se refusaient à comparaître devant les juges de l'abbaye prétendant ne relever que de leurs juges et de leurs pieds, les bouchers les avaient suivis, et on était allé ainsi devant le vicomte de Rouen. Mais une sentence du 20 octobre I593 fit rentrer tout dans l'ordre et l'abbaye resta en possession de la police des boulangers et des autres corps de métiers avec tous les droits de juridiction dans l'étendue de la baronnie; le poids et le prix du pain devaient être basés suivant le règlement de la ville de Rouen.



Les boulangers avaient dû éprouver un grand mécontentement de cette sentence et concevoir une- vive irritation contre le vicomte de Rouen, qui l'avait rendue, car, en 1621, ils refusent de se soumettre aux ordres de cet officier relativement au poids du pain. Des désordres assez graves éclatent. Le vicomte de Rouen et le procureur général de la vicomté traduisent les perturbateurs devant la justice et obtiennent condamnation contre eux. C'est alors qu'on vit les religieux prendre parti pour les boulangers et assigner à leur tour devant la Cour le vicomte et le procureur général.
Cependant, dans la crainte de nouveaux troubles, et en attendant une solution définitive, les boulangers furent autorisés à vendre leur pain comme par le passé (2 octobre 1621).


Dans le même temps, les moines de Jumièges avaient à défendre leur droit de jauge et mesurage tant sur les eaux et terres que sur leurs vassaux et tenants suivant l'ancien étalon en usage à Duclair; et cela, sans préjudice des droits de visites appartenant aux jaugeurs royaux en l'étendue de la baronnie.
Un arrêt du même mois d'octobre 1621 défendit à quiconque de les troubler dans leur possession.
Le droit de police, qui tenait tant à coeur à chaque corporation, on en conçoit le motif, est alors de nouveau mis en question. Le 16 décembre 1628, les taverniers de Duclair demandaient aux religieux qu'ils le leur conférassent sur les boissons en même temps que l'autorisation de vendre le vin nouveau 12 sous le pot, le cidre 4 sols et le poiré 2 sols.; ils déclaraient que le tonneau de vin leur coûtait 66 écus et 50 1. de quatrième; le tonneau de cidre 60 1. et 15 1. de quatrième le poiré 30 1. et 10 1. de quatrième. Mais les religieux ne se montrèrent pas disposés à accéder aux désirs des taverniers et ne leur permirent de vendre le vin nouveau que 8 sols le pot, le cidre 2 sols 6 d., et le poiré 18 d., avec défense d'y contrevenir à peine de 20 l. d'amende.

Le 30 avril 1661, une sentence du sénéchal de l'abbaye défendait de vendre aucun pain dans l'étendue de la baronnie sans être juré ni passé maître.
A la même époque, le droit de galonnage donnait également lieu à de nombreux différends entre les religieux et les marchands de Duclair. Une sentence du 24 mars 1648 l'avait fixé à 4 deniers par poinçon. Le 31 octobre 16S1, une autre sentence du sénéchal condamnait les cabaretiers à payer au receveur vicomtal de Duclair le droit de galonnage avec défense de faire le métier de boulanger. Enfin, un arrêt du 10 octobre 1682, prescrivait aux mêmes cabaretiers d'avoir à payer aux religieux le droit de galonnage pour les boissons qu'ils vendaient à raison d'un pot par poinçon, soit vin, soit cervoise, soit poiré.



Au commencement de l'année 1662. des plaintes vinrent à se produire relativement aux heures d'ouverture du marché. Les bouchers de la halle s'installaient à leur bon plaisir et débitaient leur viande avant l'heure d'ouverture assignée de tout temps. Il en était de même pour les grains.

Certains marchands de Rouen achetaient, avant halle déliée, tous les grains y étant sans se soucier nullement du règlement le public se trouva dans l'impossibilité de se fournir et des désordres éclatèrent. Un règlement du 17 janvier de cette même année 1662 resta lettre morte. Une ordonnance du 28 mars parvint toutefois à rétablir l'ordre. La vente de l'avoine fut fixée à 9 heures; celle des pois et vesces à 10 heures celle du blé à 11 heures, la durée de vente pour chaque denrée à une heure. Défense fut faite aux marchands et blâtiers de faire aucun achat dans la halle avant cette heure écoulée, afin de permettre au consommateur de pouvoir se fournir des grains dont il avait besoin, et cela à moins de 30 l. d'amende pour le fermier des confiscations. Défense fut également faite de mettre en vente avant l'heure des grains de n'importe quelle espèce.

Pour les autres marchands boulangers, bouchers, etc. le marché commençait à 8 heures du matin de Pâques à Saint-Michel, et à 9 heures de Saint-Michel à Pâques.

Tous les droits de coutume du marché et de la foire de Duclair avec ceux de la vicomté et du passage étaient affermés moyennant un prix qui a varié suivant les temps. En 1668, il était de 700 l. plus 100 l. de vin et les charges.
En 1760, il s'élevait à 1600 l. en 1769, à 2000 l. le bail du 9 mars 1775, fait aux sieurs Maze et Planquette, le portait à 2200 l. plus les mêmes charges que nous trouvons mentionnées dans le bail de 1668 et dont voici le passage essentiel

« Les fermiers de la Cour du Mont des Moulins, de la ferme du Troncq, de Monthihard ne paient aucuns droits des choses provenant des dites fermes qu'ils vendent ou achètent au marché. Le fermier des coutumes paiera annuellement 65 sols pour l'office de cuisinier, 8 sols pour office du chantre de l'abbaye, à Saint-Michel; il devra tenir le bateau du passage en bon état ou payer la somme de 45 l. à laquelle il a été estimé bien entretenir le passage tant d'un côté que de l'autre, fournir et livrer chaque année 2000 tuiles pour être employées à la couverture de la halle et suivant le gré des religieux bien entretenir le marché et les étaux faire tenir les pieds pour les affaires du dit marché payer les gages du sénéchal, soit 10 l. et 60 sous au procureur fiscal en outre leur payer, à eux et leurs greffiers, leurs dépens et ceux de leurs chevaux toutes les fois qu'ils seront appelés aux pieds, ainsi qu'aux religieux lorsqu'ils seront appelés pour les affaires de police du marché, enfin le fermier des coutumes devra conduire tous les procès relatifs au marché; les appellations auront lieu devant le bailli de Rouen. Pour l'entretien du port il pourra prendre pierre et bloc aux carrières de Duclair appartenant aux religieux. » (1)


Malgré les beaux revenus que l'abbaye de Jumièges tirait des coutumes de son marché de Duclair elle était fort peu soucieuse du bon entretien des bâtiments y affectés les halles étaient presque constamment dans un état lamentable, les réparations mêmes auxquelles était assujetti le fermier n'étaient pas toujours faites. En 1722, l'état de ces bâtiments était tel qu'il fallut songer enfin à y remédier sous peine de les voir tomber en ruines.
On y fit pour 1455 l. de réparations ce qui ferait pour plus de 7000 fr. de notre monnaie actuelle.
D'après les devis dressés à cette époque, la grande halle au blé avait 130 pieds de long sur 34 de haut, avec un étage servant de salle de justice aux officiers de l'abbaye. La prison était tout à côlé et y attenant. Elle n'était pas d'ailleurs en meilleur état que les halles, car on constatait qu'elle aussi se trouvait en totale ruine; il fallut la reconstruire à neuf.

L
a petite halle au blé avait 42 pieds de long sur 14 de haut; la halle boucherie 105 de long sur 15 de haut, et la halle aux toiles 45 de long sur 15 également de haut.

Après la confiscation des biens du clergé, les halles, devenues propriété nationale, furent acquises par la commune de Duclair, qui perçut également à son profit les coutumes du marché établies sur de nouvelles bases. Pendant quelque temps la ville essaya à ce sujet le système de la régie, mais on y trouva bientôt de nombreux inconvénients, et en l'an IV on revenait au système d'affermage.

A la même époque l'ancienne salle de juridiction, située au-dessus de la grande halle, qui avait été jusqu'alors depuis la Révolution occupée par un bourrelier, était rendue à sa destination primitive et allait servir de salle d'audience à la justice de paix. *


Robert Béranger, boucher de Saint-Paër, a apporté au marché de Duclair 2 quartiers et 78 livres de bœuf, 5 quartiers et 12 livres de mouton, ainsi que 3 quartiers de porc. André Conihout, de Saint-Paër également, a garni son étal à Duclair de 2 quartiers et 68 livres de bœuf et de 5 quartiers de mouton. Ce ne sont pas là apports négligeables pour un seul jour de marché, d'autant plus qu'il faudrait pouvoir estimer le poids de la concurrence : il y a sûrement une part de vérité dans le propos de Jean Delafosse boucher de Duclair, alléguant que le nombre de bouchers résidant dans ce bourg ne lui permet pas de tuer un bovin par semaine et qu'il est obligé de s'associer avec un confrère qui est de moitié avec lui

P. DUCHEMIN

Anecdotes diverses


Dom Lanfranc Càtelier, prêtre profès et cellérier du monastère, dont le nécrologe fait ainsi l'oraison funèbre : « Tandis [sic) que l'abbaye de Jumiéges subsistera, les religieux « qui habiteront ce sanctuaire auront toujours sujet de regretter la « perte qu'ils ont faite dans la personne de dom Lanfranc Càtelier, « prêtre, religieux de la congrégation de Saint-Maur, profès et cel« lerier de ce monastère, à cause des grands services qu'il y a « rendus et qu'il étoit en disposition de lui rendre. Sa mort, qui « arriva le mardi 14 du mois de décembre de l'année 1688, fut attribuée « par les méchants à un principe fatal, et par les gens de bien à un « cheval ombrageux qu'il montoit, qui le tua en le jettant par terre, « un mardy, à la sortie du bourg de Ducler, où il avoit coutume « d'aller pour les affaires du monastère, après avoir offert à Dieu le « saint sacrifice de la messe et reçu la bénédiction de son supérieur ....

Le 23 décembre 1816, le tribunal civil de Rouen condamen à trois mois de prison et 50 F d'amende Pierre Bonhomme, blatier demeurant à Saint-Paër pour vente de blé-méteil avec fausse mesure.

Le mardi 3 février 1818, au marché aux grains, un berger proféra des cris tendant à exciter le peuple à la révolte. Il fut condamné à 6 mois de prison et 25F d'amende.



Dictionnaire universel du commerce, 1744 : Les Haricots sont du nombre des légumes qui se vendent à Paris par les Marchands Epiciers & Grainetiers. Ils en tirent beaucoup de Picardie & de Normandie , particulièrement de Ducler près Rouen cependant ceux des environs de Paris sont estimés les meilleurs. Le négoce des Haricots est considérable en France, non seulement par rapport à la grande consommation qu'on en fait pendant le Carême, s mais encore parce qu'il s'en envoyé beaucoup dans les Ports de mer pour servir de nourriture aux équipages des vaisseaux, tant du Roi que des Armateurs particuliers.

Un certain Lemellais avait été traduit devant le tribunal de police du canton de Duclair, sur son refus de payer le droit de location d'une place par lui occupée, au marché do la commune de Duclair. —Le tribunal de police l'avait condamné au payement du droit envers les fermiers, et d'une amende de la valeur d'une journée de travail envers lo trésor public, par jugement du 9 pluv. an 15. — Pourvoi de Lemellais.— II présentait deux moyens : d'un côté, il prétendait qu'aucune loi n'autorisait le tribunal de police à le condamner à une amende; d'un autre, il soutenait que, dans tous les cas, le jugement était nul, parce qu il ne contenait point la transcription de la loi qui Autorisait cette peine. Il eut gain de cause et le jugement fut cassé.

Dictionnaire géographique universel 1830 : DUCLAIR ou DUCLER, bourg de France, dép. de la Seine-Inférieure, arrond. et à 3 l. 3/4 O. N. O. de Rouen, chef-lieu de cant. , sur la rive droite de la Seine. Il y a des fours à chaux. Il s'y tient des foires pour chevaux, bestiaux, cuirs, meubles, et quincaillerie, les mardis de Paques et de l'Octave de la Fête-Dieu, et le 1o octobre. 1,28o habitans.

Le 16 mars 1905, vers 2h de l'après-midi, un violent coup de vent renversa les étalages et dispersa les marchandises. Une commerçante fut poussée à 10 m avec sa baraque.





À Duclair, le marché hebdomadaire prend un nouveau départ
Paris-Normandie 26/02/2016

Devant la désaffection pour le marché hebdomadaire, la municipalité a décidé de le réorganiser pour soutenir son attractivité.
À Duclair, le marché hebdomadaire prend un nouveau départ
Le marché du mardi matin va être concentré sur la partie haute de la place du Général-de-Gaulle dès le 1er mars
Le marché de Duclair trouve ses origines en 1198, année où le duc de Normandie en confia la gestion à des religieux locaux en signe de remerciements. Depuis cette date, il a toujours existé et a vécu de nombreuses péripéties, notamment au cours des guerres de plusieurs seigneuries.
Aujourd’hui, la municipalité doit faire face à une diminution de fréquentation du marché du mardi matin, depuis quelque temps. C’est pourquoi les responsables ont envisagé une réorganisation pour soutenir son attractivité. Actuellement, trois emplacements différents sont consacrés aux marchands ambulants. À compter du 1er mars, une nouvelle configuration va être proposée.

Un accès facilité

« Pour soutenir l’activité du marché, nous avons fait le choix de le concentrer sur la partie haute de la place du Général-de-Gaulle, face à l’entrée de la mairie. Cela va lui donner une unité. Mais aussi permettre de libérer une partie complète de stationnement en zone bleue sur la place, côté salle des Hallettes et théâtre. L’accès à un plus grand nombre de chalands qui désirent s’y rendre sera facilité », précise Jean Delalandre, maire.
Cette nouvelle organisation devrait améliorer la qualité de vie des Duclairois et offrir un lieu de convivialité et d’échange aux promeneurs, comme aux habitués, venus profiter de la diversité des produits proposés par les commerçants.
La municipalité reste très attachée au marché du mardi qui anime la place et rythme la semaine. Elle souhaite que cette synergie lui permette de retrouver son activité d’antan et relance le commerce.





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