Le 25 avril 1396, c'est pour résister à l'abbé de Jumièges qui voulait assujettir les Rouennais aux coutumes du marché de Duclair que les conseillers municipaux de Rouen décidèrent de saisir la justice royale.



PETITE HISTOIRE DU MARCHE DE DUCLAIR À LA FIN DU XIVe SIÈCLE

D'APRÈS UN BROUILLON CONSERVÉ AUX ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DE LA SEINE-MARITIME

Isabelle THEILLER

Assis sur les bords de Seine, à une vingtaine de kilomètres de la capitale normande, Duclair est un petit port fluvial situé en vicomté de l'Eau de Rouen, au-delà du port de Seine de Caudebec-en-Caux qui servait de frontière entre la mer et la juridiction rouennaise 1

À la fois port, passage et travers de Seine postés sur les routes fluviales et terrestres du commerce rouennais et parisien 2, Duclair relève au Moyen Âge des moyenne et basse justices de l'Abbaye Saint-Pierre de Jumièges, qui disposait du droit d'y réunir un marché chaque semaine et une foire chaque année. Aucun document contemporain n'atteste cette concession effectuée lors de sa fondation au VIIe siècle, dont la mémoire est pourtant conservée par la tradition. Ce n'est qu'en 1198, qu'une charte de Richard Cœur de Lion porte mention de la concession d'un droit de marché dans cette localité chaque mardi 3

Attesté au XVe siècle par deux aveux et dénombrements datés du 10 décembre 1400 et du 18 juillet 1419 4, ce marché semble avoir réuni les habitants des méandres de la Seine sans discontinuer jusqu'à la fin du Moyen Âge. Un document extrait d'une procédure intentée par les religieux de Saint-Pierre de Jumièges contre des marchands de Rouen témoigne pourtant du contraire et dévoile quelques bribes de l'histoire tourmentée du marché de Duclair.

Non daté, le manuscrit prend la forme d'un rôle de papier friable recouvert d'une écriture régulière du XIVe siècle. Inachevé, maculé de tâches et de ratures, portant des ajouts en interlignes, le document se présente comme un brouillon rédigé par un auteur anonyme afin de justifier des droits de l'abbaye en justice. L'établissement du texte indique que la première partie a sans doute été réalisée à l'aide du cartulaire de l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges puisque le scribe commence par énoncer les droits et privilèges que les religieux possédaient dans la ville et baronnie de Duclair, ainsi que les nombreuses confirmations dont ils ont fait l'objet, depuis la fondation royale de l'abbaye en 646. 

Puis, une fois ces précautions prises, il entame alors le récit de l'histoire du marché de Duclair. L'intention est claire : attester que ce dernier, dont les religieux ont « joy paisiblement [...] jusque a présente année l'an 96 » (1395-1396 ) 5, appartient bien à l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges. Ce seul élément permet d'envisager que l'auteur du texte est le procureur auquel les religieux ont fait appel, afin de défendre leurs biens en justice. Le propos est clair, argumenté et démontre que les religieux « ont esté en bonne saisine et possession » durant « VIe [ans] 6 » des droits du marché usurpés par les marchands de Rouen.

Le droit de réunir un marché à Duclair, chaque mardi, et une foire à la saint Denis (9 octobre) faisait partie de la dotation accordée à l'abbaye lors de sa fondation. Ce droit, les religieux de Jumièges l'ont exercé, mais à partir du XIIIe siècle, sans que l'on puisse en expliquer les causes, le texte nous indique que le rassemblement commercial a lentement périclité avant d'être «fuy en cas de marchandises ». L'expression laisse supposer que le marché n'a peut-être pas été totalement délaissé par ses usagers, mais uniquement par les marchands qui font « fait de faire marchandise » et ne sont « pas quittes de la marchandise qu' Ilz achatent pour revendre
7 »

Le marché se serait alors transformé, entre le XIIIe siècle et la fin du XIVe siècle, en un marché d'estorement, sur lequel les usagers pouvaient effectuer leur ravitaillement alimentaire et de première nécessité sans payer aucune taxe. Quoiqu'il en soit de l'interprétation de cette expression, il n'en demeure pas moins qu'au XIVe siècle, le marché de Duclair semble être peu actif ou sur le point de disparaître.

La situation aurait pu en rester là, si en février 1382, la Harelle, émeute d'origine fiscale, n'avait éclaté à Rouen. La « commotion » relatée dans la Chronique de Pierre Cochon résulte de l'augmentation des aides prélevées par le roi en Normandie sur les marchandises (essentiellement le vin et les draps), ainsi que par une conjoncture générale défavorable. Menés par des « dignans, drapiers et gens de poure estofle (qui) avoit avec euz d'aucunz gros marcheanz et vinetiers couvertement qui les soustenoient », les émeutiers investissent la ville, pillent les maisons de riches bourgeois, séquestrent d'anciens maires de Rouen et obligent le chapitre cathédral et l'abbaye Saint-Ouen de Rouen à renoncer à certaines de leurs rentes. 

Malgré un second soubresaut, quelques mois plus tard, l'émeute est réprimée et sanctionnée par l'autorité royale. Celle-ci prive Rouen de ses institutions communales, soit en d'autres termes de son autonomie, et lui inflige une amende de « C milles livres dont le roy en pardonna XL mille » 8. De nombreux rouennais voulant échapper à cette sanction, qui pesait surtout sur les transactions commerciales, quittèrent alors la ville pour trouver refuge dans des localités épargnées par la condamnation. 

Selon le rôle de 1396, les marchands de Rouen ayant connaissance d'un marché à Duclair qui avait été «fuy en cas de marchandises (...) par l'espace de XL ans, L ans, C ans et plus », se sont alors dirigés vers ce havre commercial situé en juridiction rouennaise, mais épargné par la pénalité royale. Ils y ont transporté leur commerce et ont fait usage du droit légal d'y réunir un marché une fois par semaine (le mardi), mais sans tenir compte des anciens droits, privilèges et redevances de l'Abbaye Saint-Pierre de Jumièges. 

L'accusation formulée à leur encontre est claire. En 1396, les « marchans de beste », les « marchans de draps et de laine » et les « autres marchans » de Rouen n'y payent plus, depuis plusieurs années, les coutumes et acquits de « la marchandise qu' ilz achatent pour revendre ». Cela à la différence de ce qu'ils pratiquent « es villes et marchiés qui sont et appartiennent as seigneurs du pays qui auroient leurs seigneuries, foires et marchiés, par avant le privilege donné a ceulx de Rouen comme a Caudebec, a Saint Vandrille, a Paveilli, au Bourtheroude 14, a Rouetot 15, au Pont Saint Pierre 16, a la Pommeraye 17, a Clere 18 et en plusieurs autres marchiés environ la ville de Rouen 19 ».

En poursuivant les contrevenants en justice, afin de faire valoir les droits anciens de leur marché redevenu actif et profitable, l'abbaye met en exergue un principe fondateur du marché hebdomadaire. D'un point de vue institutionnel, l'existence d'un marché a une origine datable mais n'a pas de terminus ad quem. Il existe, dès lors qu'il est institué dans le respect d'une procédure de création faisant intervenir le duc ou le roi, puis à partir du XIIIe siècle, les institutions royales 20

Concédé sous la forme d'un droit autorisant le seigneur d'un lieu à rassembler un marché un jour donné, il est irrévocable dès lors qu'il a rempli les exigences légales (coutumières) de cette procédure institutionnelle. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle de nombreux droits de marché sont énumérés dans des aveux et dénombrements, alors même qu'ils ne sont plus exercés depuis des années. Dans les faits, un marché légalement concédé peut donc cesser de fonctionner et se mettre en veille. Le droit de marché est alors inusité, mais pas annulé. Ainsi les conditions nécessaires à son rassemblement redeviennent favorables, le marché peut reprendre une activité et son détenteur réclamer les droits et privilèges qui y sont associés (coutumes, étalage, mesurage, passage, pontage, péage, etc.). Cela indépendamment des éventuels changements opérés à la tête de la seigneurie et sans qu'il soit nécessaire d'en réitérer la demande auprès du duc ou du roi. En atteste le marché de Duclair, mais aussi les refondations de marché qui sont une sorte de duplicata de la fondation initiale, généralement motivées par la perte des lettres originales 21

D'un point de vue économique, la capacité qu'a le droit de marché de se mettre en veille n'est pas non plus sans intérêt. Elle offre la possibilité d'adapter le réseau des marchés à la conjoncture économique, politique ou sanitaire. Si celle-ci rend le rassemblement d'un marché impossible ou inutile, parce que non rentable, ce mécanisme permet de ne pas rompre les flux commerciaux. Comme cela s'est pratiqué en Normandie orientale durant la Guerre de Cent Ans, le marché interrompt son activité, tandis que ses marchands et usagers sont orientés, de manière temporaire, vers des rassemblements commerciaux plus sûrs. Une fois la situation revenue à la normale, le marché en sommeil reprend et les flux marchands retrouvent leur cours initial. 22

La petite histoire du marché de Duclair illustre cet aspect du marché hebdomadaire. Elle témoigne d'infrastructures économiques étroitement contrôlées par les pouvoirs publics, mais qui, dans le même temps, bénéficient d'un cadre institutionnel qui leur permet de s'adapter aux fluctuations de l'économie. Le rôle de l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges, inachevé, ne nous relate ni la fin de l'histoire du marché de Duclair, ni la suite donnée à la requête des religieux qui semblent avoir préservé l'ensemble de leurs droits jusqu'au XVIe siècle. Mais l'histoire du marché de Duclair va bien au-delà de l'existence même de l'abbaye puisqu'il est encore attesté en 1797 et en 1836 dans le recensement des marchés hebdomadaires de Seine-Maritime. Ce dernier nous précise qu'il se réunit chaque mardi, comme au Moyen Âge et comme aujourd'hui. Il fait ainsi partie des quelques marchés de Normandie Orientale (31 %) dont l'existence est confirmée du Moyen Âge au XXIe siècle 23.

Édition du document

Brouillon des déclarations des religieux de l'Abbaye de Jumièges ayant été rédigé dans le cadre d'une procédure judiciaire intentée par les religieux contre les marchands de Rouen accusés d'avoir usurpé leurs franchises et droits en foires et marchés de Duclair .

[non daté, 1395-1396]

 Original, AD 76, 9H551, abbaye de Jumièges, baronnie de Duclair. Non daté, fin XIVe siècle, sans doute 1395 ou 1396. Rôle papier très endommagé, nombreuses lacunes.

Texte

Cy ensuivent partie des raisons et declarations [...] il peut apparoir que aux religieux, abbé et couvent de Jumièges sont et appartiennent les coutumes, drois, acquis, estallag[es et] autres franchises en leurs marchiés et foires de leur ville et baronnie de Ducler et que a eulx appartiennent lesdites coutumes des personnes vendans et achetant esdits marchés et foires tant de ceulx  de la ville de Rouen que de ailleurs, et dont il ont esté et sont en bonne possession et saisine eulx et leurs prédécesseurs depuis le temps de la fondation et dottation au moins la restauration d'icelle église.

Premiere il est vray que ou temps du Roy [...] qui commencha a régner en l'an de grace VIe XLVI [...] Jumieges fu fondée de fondation royal et des lors leur fu donné entre autre chose la chastel[lenie] de Ducler avecques toutes les appartenances et appendances d'icelles sans rien retenir ne exepter [...] privilieger et tronq  tronquer de ladite église et valeurs apparoir.

Item depuis icellui temps les religieux et leurs prédécesseurs ont tenu ladite terre de Ducler par baronnie en basse et moyenne justice et aussi en [...] et ainsi sont baillé au Roy par dénombrement quant le cas escheu, ont jouy et usé de ladite baronnie de Ducler, et ont eut chacune sepmaine en la ville de Ducler marchié a jour de mardi et une foire en l'an au jour de la saint Denis par chascun an et toutes justices       toutes coustumes, travers, queages, heurtages et autres droitures [...]. 

Les marchans de la ville de Rouen que autres et de ce sont et ont esté en bonne saisine et possession VIe [ans] avant que les habitans de la ville de Rouen eussent corps ne commune ou au mains eussent privileges aucun qui leur vaille [...] ceste matière et depuis aussi généralement en ont ainsi joy paisiblement par especial comme les dessusdits de Rouen jusque comme jusque a la dite année l'an     a présente année l'an IIIIX VI  le jour de       que aucuns de Rouen ont voulu contredire contre raison et que les habitans de la ville de Rouen ont [...] les-dits religieux, abbé et couvent dessusdits et mis en procès devant le bailliage de Rouen par vertu de petition ou lettres de Roy par eux empêtrées données l'an dessus dit le          jour.

Item il appert comme lesdits privileges et fondation par especial ladite baronnie terre de Ducler avec ses appartenances ont esté coustumes auxdits religieux tant Richart duc de Normandie 
par Guillaume [?] de Rouen duc de Normandie et le segond Richart duc de Normandie et Guillaume Roy d'Angleterre et duc de Normandie et Henry Roy d'Angleterre et duc de Normandie que autres et leurs successeurs donnèrent leurs terres a tenir biens et [?] franchement et honnorablement avec toutes leurs libertés et coutumes si comme par les privileges peut apparoir dont la teneur cy dessoubz ensuit. Et depuis ce temps lesdis religieux ont joy et usé de leur dite baronnie, foire, marchiez et autres droitures tant vers autres vendeurs et marchandans en leurs dites foires et marchiés. 

 Item lesdis priviliegés sont donnés, octroyés et confermés audits religieux grant temps avant que lesdits heritaiges de ladite ville de Rouen eussent leursdits privileges desquieux il se vantent en ceste partie et quant iceulx priviliegés leurs furent donnés, si furent réservés les drois du Roy et du duc et le droit de leurs églises fondées de fondation royale. Or estoit vray ladite église de Jumieges est de fondation royal et par avant lesdiz privileges de ladite ville de Rouen. Et des lors avoient lesdits religieux leursdites terres et baronnie de Ducler avecques toutes leurs appartenances. Et par ce peut plainement apparoir que lesdits religieux ont leur foire et marché, coustumes, travers tout et en tel estât comme donné leur avoit et que ils estoient en saisine et possession par avant les privileges de ladite ville de Rouen. Et ney doivent les habitants de Rouen aucunes franchises par la reservation dessusdite et par ce que le Roy ou duc ne [...] donne aucune quittance ou franchise fors en tant qu'il lui en appartient et grant temps audevant comme dit est auxdis religieux appartenant leursdites foires et marchiés de Ducler avecques toutes les appartenances, coutumes, acquis et autres droitures. Pourquoy etc.

Item il est vray que ladite terre et baronnie de Ducler est tenue noblement et par baronnie, et est et appartient auxdis religieux de Jumieges que il a marchié chacune sepmaine au jour de mardi et une foire chascun an au jour de la Saint Denis, et ils ont et premièrement toutes les coutumes et autres droitures dudit marchié et foire et en ont joy et usé paisiblement envers ceulx de Rouen et autres de tels et si lont temps qu'il n'est mémoire du contre.

Et en ont esté et sont en bonne possession et saisine paisible et sans contredit jusques au temps de present que aucun de Rouen se sont de nouvel efforchiez de ce contredire contre raison et heritages desditz religieux. Or nei a cause de leursdit marchié et foire, lesdits religieux sont en saisine et possession de prendre, cueillir et recevoir routes coustumes, droiz appartenantes a marchié et foire de tous marchans vendans audit marcié de Ducler et de toutes denrées qui doivent coustumes sans contredit ou empeschement de ceulx de Rouen ou d'autres.

Item et par especial sont et ont esté lesdis religieux et ladite église en bonne saisine et possession de tel et si lont temps qu'il n'est mémoire du contraire tant par eulx que par leurs gens et officiers d'avoir et percevoir pour eulx et en leurs noms toutes coustumes et acquis de toutes denrées vendues et acheteez en leursdits marché et foire par les gens et marchans demourant a Rouen et dont les noms de plusieurs marchans de Rouen ensuivent. C'est assavoir Ricart Cappelain, Colin Breart, Simon Astruies, Colin Labbé, Gautier Labbé, Robin Labbé et Colin Labbé, Jehan Le Barbier, Guillaume Le Cordonnier, Jehan Robache, Colin Hays, Estienne Le Portier, Colin Le Tort, marchans de bestes, Estienne Binet, Jehan et Guillaume dis Bines, Robin Ledelie et Binet Ledelie, Binet Le Défie, Pierres Gasvel, Richart de Jumieges, Elies Le Carbonnier, Robert de La Mare, Guillaume Buguerel, marchans de draps et de laines, Jehan Le Soudent, Jehan de Greiges, Michel des Vaulx, Raoul d'Eu, Colin Lalouyer, Robert Le Fevre, Robert de Harecourt, Pierres Le Guatier et Ricart As Bas, Jehan Sennon, Jehan de Hotre, Jehan L'Estenchier, Ricart Campion, Guillaume de La Mare et plusieurs autres marchans demourant a Rouen lesquelx et plusieurs autres au devant de eulx de ladite ville de Rouen ont reppairé et fuy en cas de marchandises le marcié et foire de Ducler par l'espace de XL ans, L ans, C ans et plus et ont payé paisiblement les coutumes desdis marchiés et foires et autres acquis sans alléger aucune franchise et privilege et sans contredit ou empeschement qui y ait esté mis jusques a la Saint Denis derrain passé 
Mil CCC IMXX XI que aucuns des dessus nommés l'ont contredit comme dit est.

Item semble que suppose que ceulx de Rouen eussent privileges si n'en devraient pas joir les deffendeurs car ils sont marchans publiquez et achatent audit marchié pour revendre ailleurs et aussi vendent oudit marchié ce que ils ont acheté ailleurs et usent de droicte marchandise ouquel cas les clercs ou gens de l'église ne seraient pas frans ce aultres personnes quelconques
pourquoy etc et ainsi par privilèges du Roy ilz ont se aucune franchise ou liberté eut se serait ce par avanture es marchés du Roy ou autres marchés fondés ou ordenés depuis ledit privilege si serait ce a entendre de ceux qui sont marchandans mes achatent pour leur estorement et leur vivre cotidienne ou vendent de leurs estoremens ou biens creus sur leurs propres lieux et heritages et nourretures de leurs manoirs nies quant aux marchez desdiz religieux ne peut ce estre estendu aucuenement.

Item il est vray et certain que dudit privilège les dessusdis ne quelconques autre marchant de Rouen mil CCC IIII XV 
35. 

En

n'en usèrent oncques l'église de Jumieges nies ont les dessusdis et autres marchans de Rouen quelconques du temps devant tousiours procuré paisiblement leurdite coutume sans aucun débat si comme les dessus dis meisures l'escryvent bien. Et est l'église de jumieges et a tousiours estre en possession paisible de ce pourquoy etc.

Item il est vray que les marchans de Rouen paient coustumes et acquis es villes et marchiés qui sont et appartiennent as seigneurs du pays qui auraient leurs seigneuries, foires et marchiés, par avant le privilege donné a ceulx de Rouen comme a Caudebec, a Saint Vandrille, a Paveilli, au Bourtheroude, a Rouetot, au Pont Saint Pierre, a la Pommeraye, a Clere et en plusieurs autres marchiés environ la ville de Rouen et ne sont ne ne doivent estre quictes a aucuns marchiés se ne sont aux marchiés appartenant au Roy ou a ceulx qui ont esté donnés par le Roy depuis ledit privilege donné auxdis de Rouen, et  de ce sont en saisine et possession les seigneurs a qui lesdiz marchiés et foirez appartiennent.

Item les dessus diz de Rouen n'ont aucun privilege qui leur puisse valoir contre les diz religieux en ceste partie et, se privilege aucun ont, se seroit ce de Henry qui fut Roy d'Angleterre et duc de Normandie et lequel dient estre confirmé par plusieurs roys de France qui ont depuis esté et ce ne leur peut valoir car.

Item II est vray comme il appert par ce que dit est que ladite église de Jumieges avoit a Ducler avec toutes ses appartenances tant en droit de marchié de Ducler et leur dite foire que de foire grant temps par avant lesdits privileges mettes et par espres diet qui dit leur avoit esté donné par ledit Henri donnés a ladite ville de Rouen et aussy quant le privilege de Rouen leur fu donné, le Roy leur donna en certaines marques et en son domaine et réserva le droit de lui et de ses églises. Parquoy la dite église de Jumieges qui estoit lors et est de fondation royal et leur dit marchié et foire de Ducler avecques toutes leurs appartenances n 'estaient en riens comprins oudit privileges. Pourquoy leurs dites coutumes, drois et appartenance sont et appartiennent aux dis religieux sur ceulx de Rouen et autres et ainsi en ont joy, et en sont en et usé en saisine et posession desdis religieux de tous temps.

Item les dessusdis ne usèrent onques dudit privileges contre ceux de Jumieges par especial oudit marché de Ducler ne onques ne s'en aidèrent, premièrement en ont payé sans contredit comme dit et impposé que aucun arrêt aucune foys allege ledit privileges ou franchise et ont ilz pa[yé] ce non obstant a present ce qu'ilz avoient en leur conseil et deliberation comme Thomas des Grèges bourgeois de Rouen et autres [escriputre].

Item an nul marchié quel qu'il soit ceux de la ville de Rouen pour faire fait de faire marchandise ne sont pas quittes de la marchandise qu'ilz achatent pour revendre nies prenoient coustumes et acquis esdis marchiez et suppose que en aucuns marchiez royaux et autres qui crées ont esté depuis ledit privilege donné a ladite ville de Rouen les bourgeois et habitans de la ville de Rouen fussent frans si seroit de ceux qui sont non marchandans qui achatent aucunes derrees pour leur estorement pour leur vivre et estât et aussi qu'ils vendent de leur estorements creus sur leurs heritages ou de la nourreture de leurs manoirs sont quitte de paier coustumes esdis marchiés et non pas lesdis marchans.

Item ensuivent partie des privileges des dis religieux pourquoy il peut plus a plain apparoir de leurs dites franchisez [texte inachevé]. 



1. Caudebec-en-Caux, Seine-Maritime, ch.-l. de c, arr. de Rouen. « Caudebec [...] Là finissait la mer, là commençait la juridiction de la vicomte de l'eau de Rouen. » M. mollat, Le Commerce Maritime Normand à la fin du Moyen Âge, Paris, Pion, 1952, p. 363-364. 

2. « ... et aussi sont francs quictes et exempts tous les hommes de la dicte sergenterie de paier passages ou acquits en tous pors, pasage ou travers de Ducler et de Jumièges », AN, P2771"2, n° 226, Chambre des Comptes de Paris, aveu et dénombrement de George de Clères, 14 août 1456. 

3. J.-J. Vernier (éd.), Recueil de fac-similés de chartes normandes, Rouen-Paris, Lestrin- gant-Picard, 1919 (Société de l'histoire de Normandie), p. 15 (planche xi) ; J.-J. Vernier (éd.), Chartes de l'abbaye de Jumièges (vers 825 à 1204) conservées aux archives de la Seine- Inférieure, Rouen-Paris, Lestringant-Picard, 1916 (Société de l'histoire de Normandie), vol. II, p. 123-14 ; R.H. Britnell, « King John's Early Grants of Markets and Fairs », The English Historical Review, vol. 94, n° 370, janvier 1979, p. 90-96. 

4. « Et oultre sont lui et ses hommes frans de paier passage ou acquie aux pors de Jumièges, de Ducler et de Caudebec et semblablement est franc de vendre et d'acheter es foires et marchiés de Caudebec, de Jumièges et Ducler et de Routot (...) », AN, P2781"2'3, n° 298, Chambre des Comptes de Paris, aveu et dénombrement de messire Guillaume de Bertheaunis, seigneur du fief du Lendint, 10 décembre 1400 ; «... et audit lieu de Jumièges et de Ducler chascun lieu marché une foiz la sepmaine et deux foires l'an a Jumièges et une foire l'an à Ducler », AN., P2841"2, n° 1 19 et P305, n° 35, Chambre des Comptes de Paris, aveu et dénombrement de l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges, 18 juillet 1419.

5. AD 76, 9H551, cf. édition ci-après. Le texte mentionne, en interligne et rayé, une infraction commise par les marchands de Rouen en 1395, confirmant ainsi ce millésime. Les mois n'étant pas précisés, il est impossible de déterminer si le texte a été rédigé en 1395 ou 1396. 

6. AD 76, 9H55 1 , cf. édition ci-après. 

7. Ibid. 

8. P. Cochon, Chronique Normande, C. Robillard de Beaurepaire (éd.), Rouen, Le Brument, 1870, p. 162-169. 

9. AD 76, 9H55 1 , cf. édition ci-après. 

10. Ibid. 

11 . Caudebec-en-Caux, Seine-Maritime, chef-lieu de canton, arrondissement de Rouen. 

12. Saint Wandrille, à St-Wandrille-Rançon, Seine-Maritime, canton de Caudebec-en- Caux. 

13. Pavilly, Seine-Maritime, chef-lieu de canton, arrondissement de Rouen. 

14. Bourthéroulde, Eure, chef-lieu de canton, arrondissement de Bernay.

15. Routot, Eure, chef-lieu de canton.

16. Pont-Saint-Pierre, Eure, c. Fleury-sur-Andelle

17. La Pommeraye, à Morgny-la-Pommeraye, Seine-Maritime, canton de Buchy.

18. Clères, Seine-Maritime, chef-lieu de canton, arrondissement de Rouen.

19. AD 76, 9H551, cf. édition ci-après.

20. I. THEILLER, « La création des marchés hebdomadaires aux xive xve siècles : quatre documents pour l'histoire des marchés hebdomadaires normands » dans Histoire et Sociétés Rurales, n° 24, 2d semestre 2005, p. 105-121 ; 1. THEILLER, Les marchés hebdomadaires en Normandie Orientale (XIVe siècle-début xvf siècle), thèse de doctorat, histoire, G. Bois et M. Arnoux (dir.), Université Paris 7-Denis Diderot, juin 2004 (dactyl.).

21.1. THEILLER, Les marchés hebdomadaires en Normandie, op. cit., p. 105-152.


22. I. Theiller, Les marchés hebdomadaires en Normandie, op. cit., p. 472-485. 

23. I. theiller, Les marchés hebdomadaires en Normandie, op. cit., p. 154-159 ; « Circuits commerciaux, foires et marchés en Normandie », dans IXe Congrès des Sociétés Historiques et Ethnologiques de Normandie (Valognes, 1974), Rouen, CRDP, 1978, p. 155-163. 

24. Duclair, Seine-Maritime, chef-lieu de canton, arrondissement de Rouen. 

















Sources

Theiller Isabelle.  Universite de Touloulse II, Petite histoire du marché de Duclair à la fin du XIVe siècle d'après un brouillon conservé aux Archives départementales de la Seine-Maritime. In: Cahier des Annales de Normandie n°35, 2009. De part et d'autre de la Normandie médiévale. Recueil d'études en hommage à François Neveux. pp. 175-183 ; doi : 10.3406/annor.2009.2539

http://www.persee.fr/doc/annor_0570-1600_2009_hos_35_1_2539


 
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