Aveugle d’un œil. Et borgne de l’autre ! Il n’est pas gâté par la nature, le capitaine Duquesne. Son prénom est en tout cas prédestiné : Marin ! De Jumièges, il transporte du bois pour la République. Mais il se fait vieux. Et ses quatre fils sont tous embarqués loin de lui. Alors, le 1er mars 1796, il demande aux autorités le rapatriemennt de l’un d’eux pour l’aider à la tâche...


Liberté égalité

Aux citoyens administrateurs composant l’administration municipale du canton de Duclair,

Le citoyen Marin Duquesne, capitaine de navire demeurant dans la commune de Jumièges,

Expose qu’il est âgé de soixante sept ans, infirme d’une main et a eu aussi le malheur de perdre un œil il y a quelques mois et celui qui lui reste dont il n’en voit pas beaucoup, il a quatre enfants, tous au service de la République, dont trois sur quatre sont actuellement éloignés de lui, un est à l’Amérique, le second prisonnier en Angleterre et l’autre à Cherbourg et le quatrième au Havre nommé Valentin Duquesne.

N’ayant donc plus personne de confiance avec lui pour la conduite de son navire, il désirerait avoir son fils nommé Valentin Duqesne, actuellement au Havre, pour être avec lui pour conduire son navire puisqu’il est requis à porter des bois de la Reépublique et qu’il serait également pour le même service.

Dans ces circonstances, il a recours à votre justice, citoyens administrateurs à ce qu’il vous plaise ordonner au pied de la présente que le citoyen commissaire de la Marine résident au Havre eut à donner un congé au citoyen Valentin Duquesne son fils pour venir naviguer avec lui son père comme étant infirme et faisant le même service pour la République et vous ferez justice.

Présenté le 12 ventôse, 4e année républicaine. Marin Duquesne.

« Nous agent municipal et adjoint de la commune de Jumièges certifions que tous les faits mentionnés en la présente sont véritables sur tout leur contenu, attestons en outre que la réclamation que fait le dit pétitionnaire est juste, étant infirme et affligé par la vue, que le dit Valentin Duquesne, son fils, lui serait d’une grande utilité à bord de son navire pour y prendre ses intérêts puisque son navire en réquisition pour le transport des bois de la République en foy de quoi nous avons délivré led présent pour valoir et servir ce que de raison, à Jumièges, le onze ventôse quatrième année républicaine.
Desaulty, agent, Foutrel, adjoint.

Quatre ans plus tôt, le 3 septembre 1792, à 9h et demie du soi, le sloop Courrier du Nord avait quitté Rouen discrètement. A bord : 56 prêtres réfractaires ! 56 fugitifs en partance pour Ostende. Une expédition qui s’avéra un fiasco. Avec escale à Jumièges. L’écrivain Emile Savalle, enfant du pays, certifiait que le capitaine s’appelait Duquesne. Et était d'ici.
S'il dit vrai, le capitaine Duquesne était alors un des cinq marins évoqués plus haut. Ailleurs, nous verrons que l'un d'eux fut porté déserteur...

Marin Duquesne était fils de Jean et Anne Roussel. Il avait 25 ans et exerçait déjà la profession de batelier lorsqu'il se maria à Marie Anne Boutard, le 21 janvier 1755. Elle avait 19 ans et était fille de Pierre et Marie Anne Deconihout.

Marin eut plusieurs filles : Marie Rose, épouse Laurent Adrien Chrétien, Marie Anne, épouse Jean Thuillier, Marie Madeleine, épouse Nicolas Foutrel.

Il y eut avant lui un autre Marin Duquesne époux d'une autre Marie Boutard ! Leur fils Etienne était capitaine de Navire en 1773 et avait alors 59 ans. Il était veuf de Françoise Porgueroult et se remariait cette année-là avec... une autre Marie Anne Deconihout.


 


SOURCES

ADSM, cote L3247. Document numérisé par Jean-Yves et Josiane Marchand. Transcription : Laurent Quevilly.