Le four de Saint-Martin-de-Boscherville


Abbé, Cochet, Commission des Antiquités, 1868.

Dans les premiers jours du mois de juin, j'ai fait une exploration dans la forêt de Roumare, au triége du Chêne à Leu, sur la commune de Saint-Martin-de-Boscherville. Cette fouille a amené la découverte d'un four à tuiles du xive ou du xve siècle.

Ce four, enseveli sous plus d'un mètre de remblai, était parfaitement conservé dans ses parties inférieures. Il avait été construit avec de la tuile, la même absolument que celle qu'il était destiné à produire. Large de 2 m 10, il avait 1 m 40 de profondeur. Dans ces mesures ne sont pas compris les murs qui avaient environ 35 centimètres d'épaisseur. Vers le four, le mur se composait exclusivement de tuiles, comme nous l'avons déjà dit ; mais vers le sol, il était recouvert d'une chappe de gros moellons pris dans la contrée.

Ce four consistait en deux fourneaux ou ouvertures cintrées sous lesquelles on faisait le feu. Les tuiles à cuire se chargeaient sur un gril composé de cinq ouvertures par où s'échappait la fumée avec la chaleur. La hauteur du mur qui encaissait carrément la tuile à cuire n'était plus que d'un mètre 50 centimètres, mais elle avait été autrefois de 2 mètres au moins. Quant au fourneau et à son gril, il était dans un état de conservation tel, qu'il pourrait encore servir aujourd'hui.

 La tuile que l'on cuisait dans ce four avait 25 centimètres de long sur 18 de large; dans sa partie haute, elle était munie d'un crochet qu'accompagnaient à droite et à gauche deux trous disposés pour recevoir les clous d'attache.

Nous avons reconnu des tuiles semblables à la nôtre dans les cheminées du manoir d'Agnès Sorel au Mesnil-sous-Jumiéges. Le manoir de la dame de Beauté est une construction du XIVe siècle.


L'avant-four qui est moins bien conservé que le four lui-même, s'avançait, en se rétrécissant, d'un mètre 45 centimètres, au-devant du fourneau. Nous donnons ici le dessin de ce fourneau que nous avons déblayé en entier. Nous le reproduisons d'après M. de la Serre, attaché au service des forêts, qui a bien voulu le dessiner pour les archives de la Commission.

L'administration forestière de la Seine-Inférieure qui s'est prêtée à cette exploration avec une bienveillance extrême a jugé à propos d'entourer d'une baie ce curieux monument et elle conserve soigneusement cet échantillon de l'industrie céramique du Moyen-Age.

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