Laurent Quevilly-Mainberte

Signée E. Hyacinthe Langlois, la gravure de la procession du Loup Vert fut publiée en 1829 par Charles-Antoine Deshayes dans son histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges. Seuls les contours sont dessinés. L'abbaye est encore coiffée de ses charpentes. Le costume des hommes évoque celui de l'ancien régime.


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Langlois publia lui-même sa gravure en 1838 dans son essai sur les Enervés de Jumièges. Elle est en tous points semblable à la première. Mais cette fois, il a rajouté des aplats sombres...


Deux ans plus tard, en 1840, le Magasin pittoresque publie cette fois une autre version très édulcorée. Les ruines de l'abbaye n'apparaissent plus, l'image est inversée, moins nombreux, les personnages diffèrent.

Dessin paru en 1840. Les chasseurs sont cette fois relégués au secon plan et la procession est représentée sous un autre angle.

(Collection Laurent Quevilly)

Le 19 juin 1852, dans le n° 486 de l’Illustration,  fut publiée cette gravure de Best, Hotelin et Cie, d'après un dessin de Freeman. Elle illustre un tiers de page sur la procession du Loup Vert. Plus trapues, vues sous un angle différent, les ruines réapparaissent mais ont perdu leurs toits. On y a hissé un drapeau tricolore. Beaucoup plus nombreux, entourés d'une végétation plus luxuriante, les personnages masculins portent le costume de leur époque. Notamment la blouse. Celui des femmes n'a pas évolué.

Une autre version du dessin de Langlois à la une du Penny Magazine.



Un mot sur Langlois

Né le 3 août 1777 à Pont-de-l'Arche, Eustache Hyacinthe Langlois est le fils d'un garde des Eaux et Forêts, conseiller du roi. Son enfance est heureuse. Après ses études, il part s'installer à Rouen puis à Paris où il devient l'élève de David en 1793. Retour à Pont-de-l'Arche en 1805 où il se marie. Il aura sept enfants dont deux connaîtront la notoriété: Polyclès et Espérance.
Son travail permet à Langlois de tout juste subsister.
1817 :
Il publie en un livret intitulé Monuments de la Normandie où il a regroupé des vues des Andelys et de Bonport. 
1822 : recueil de dessins sur Saint-Georges-de-Boscherville. 
1828 : recueil sur Jumièges. 1838: essai sur les énervés. 

Ses contemporains apprécient sa personnalité et sa conversation brillante, des savants anglais se déplacent même pour solliciter ses conseils. On lui réserve des honneurs: il obtient la Légion d'Honneur en 1835 après avoir été admis à l'Académie de Rouen. En 1837, il prend la direction du musée des Antiquités de Rouen qu'il a créé et où il monte une grande exposition. Langlois est aussi connu pour ses talents de peintre, de graveur, d'archéologue, d'antiquaire. On lui doit la découverte de l'Aître Saint Maclou et on lui attribue l'expression "gothique flamboyant". Il a réalisé également une œuvre de styliste de mode puisqu'il a dessiné, à la demande de Joséphine de Beauharnais, les ornements d'une robe offerte à la reine d'Espagne.

Laurent QUEVILLY.