Durant 166 ans, Le Vaurouy fut une entité administrative indépendante. On était ici en Pays de Caux alors qu'à Duclair, c'était le Vexin. Petite histoire d'une commune aujourd'hui disparue...

On sait peu de chose du Vaurouy dans les temps les plus reculés. Sinon qu'il y eut là une briqueterie au néolithique.

Le fief du "Val Rouil" fut un temps propriété de Robert de Pouches, écuyer, capitaine de Tancarville en 1469. Ses habitants dépendaient alors de la paroisse de Sainte-Marguerite.


1499 : Jacques Boyvin, issu d'une famille de robe rouennaise, hérite de son père. Il est attesté comme sieur du Vaurouy et possède aussi les terres du Dompont et du Torcy relevant de la châtellenie du Trait et de Sainte-Marguerite.


Si la commune existait toujours, telles seraient ses armes : D'azur à la face d'or accompagnée de trois croisettes de même, deux en chef et une en pointe.
  La famille Boyvin sera aussi propriétaire du fief du Rouvray. Bref, un joli patrimoine au point que l'un de ses descendants aura l'idée de faire de son domaine une paroisse à part entière. Il suffira d'y adjoindre quelques hameaux circonvoisins pour l'étoffer...

Naissance d'une paroisse

1657 : Conseiller au parlement de Paris, Henri Boyvin acquiert encore 326 arpents de la forêt du Trait. Le 7 octobre, à sa demande, le curé de Sainte-Marguerite, Henri Hallais et les trésoriers de sa paroisse consentent à ce que les hameaux du Carouge, du Bocage et de Claquemeure soient distraits de leur territoire pour former paroisse avec les possessions du seigneur du Vaurouy.

1658 : par lettre patentes de Louis XIV datées de janvier, Henri Boyvin est autoristé à réunir ses différents fiefs sous le seul nom du Vaurouy. Il devra en revanche bâtir à ses frais une église paroissiale sous le vocable de la Vierge, un presbytère et réserver un revenu suffisant à l'entretien d'un curé. Notre-Dame-du-Vaurouy sera dotée de 300 livres par an.

1659 : La paroisse du Vaurouy est officiellement constituée par un décret daté du 23 décembre. Son histoire commence...

Un curé, un bailli

1660 : Jean Allain est le tout premier curé du Vaurouy le 13 janvier. Il était vicaire de Saint-Paër.

1663 : établissement d'une haute justice au Vaurouy. Le bailli se devra de comparaître une fois l'an au parlement de Rouen. Les archives de cette juridiction vont de 1672 à 1743 et portent la cote 108 BP 1-3.
Cette même année 1663, les habitants du Vaurouy se manifestent en demandant des tarifs abordables au passage d'eau de La Mailleraye.


Le Vaurouy vu par Pierre Delavigne, arpenteur à Jumièges, en 1665.

1665: Jean Allain est nommé, le 13 août, chanoine de Saint-Candé-le-Vieux, à Rouen. Charles Mottet, doyen de Saint-Georges, lui succède. A ce titre, il fut appelé à visiter la chapelle établie par Alexandre Deschamps en son manoir de Mesnil-Varin, à Saint-Paër. On lui prête pour successeur Robert Leroux.

1679 : parmi les rares paroissiens aisés du Vaurouy, Félix Quevilly, laboureur, mon ancêtre direct, époux en seconde noce de Madeleine Baville.

1687 :
Robert Michault est alors le curé du Vaurouy. Il est mort le 17 décembre 1709.
 

1710 :
Guillaume Robert Davoult est le curé au plus court sacerdoce. Nommé le 26 février, il meurt le 13 mai. Il est remplacé par Pierre Galley.

1711 :
Le curé bénit la cloche de l'église. Elle est baptisée Marie du Vaurouy.

L'arrivée des Berruyer


1717 : Une dynastie s'en va. Une autre s'installe. Le 3 août, Antoine Jérôme Boyvin, docteur en Sorbonne, vend la seigneurie du Vaurouy à Georges-Jean Berruyer.

1722 :
un inventaire de l'église dénombre 35 pots de faïences, bons et mauvais, servant à mettre des bouquets.

Les curés du Vaurouy

Jean Allain
Charles Mottet
Robert Leroux
Robert Michault
Guillaume Davoult
Pierre Galley
René de Bosc Robert
Denis Bocquet
Nicolas Foutrel
Antonin Papillon
Jean-Joseph-Amable Martin
Forhomme
Desaulty

Le curé météorologiste


1728 : René de Bosc Robert est nommé curé mais résigne aussitôt pour la cure d'Isneauville. En mourant, la dame de Berruyer avait déjà désigné son successeur.
Le 14 novembre, Denis Bocquet, curé d'Hénouville, est alors appelé à la cure par Georges-Philippe Berruyer. Il n'entra à l'église du Vaurouy qu'à la Noël et y trouva un prêtre du nom d'André Le Viderel qui assurait l'intérim.
On doit à Bocquet un journal où il notera essentiellement des observations météorologiques. Bocquet est le personnage le plus célèbre du Vaurouy. Il est né le 29 août 1696 à Croixmare.

1729 : La confrérie de Saint-Joseph, établie en l'église Notre-Dame du Vaurouy, dépose ses statuts.



1735 : Denis Bocquet fait une fondation en faveur de l'église. A sa mort, il entend que la fabrique vers 10 livres par an  aux plus indigents. Le versement se fera aux vêpres du dimanche suivant l'anniversaire de son décès. Mais Bocquet a encore le temps de tenir son journal. Il ne mourra qu'en février 1768.

1743 : Nous sommes en guerre avec l'Allemagne et des soldats apparaissent tout le long de la Seine. Le Vaurouy en accueille une compagnie. Elle en part le 14 avril pour monter au front.

L'arrivée des Cottart


1748 : En février, Abraham Cottart, écuyer de Rouen, visite la terre du Vaurouy . Il revient en mars avec son épouse. Après bien des débats avec les Berruyer, il achète leur seigneurie. Ceux-ci vont rester cependant sur la paroisse, dans une maison de maître, et se pareront du titre de marquis. Les Cottart ne prirent possession de leur terre que le 20 mai 1749. On les salua comme les nouveaux seigneurs à la Pentecôte. Quant aux Berruyer, ils continueront de porter le titre de Du Vaurouy.


1752 : échanges de terrains entre la seigneurie du Vaurouy et l'abbaye de Jumièges.


1768 : Nicolas Foutrel, vicaire de Saint-Paër, est nommé curé du Vaurouy le 1er mars. Il mourra le 21 juin 1777. Sous son ministère, le Vaurouy est composé de trois hameaux. On y compte 150 paroissiens. Sur 43 maisons, 40 sont habitées par de pauvres journaliers. La paroisse s'étend sur 90 acres de terres en labour. Elle compte aussi une forêt appelée la Belle côte. Sur ce patrimoine foncier, le curé de Sainte-Marguerite perçoit un tiers de la "dixième", les deux autres vont à l'abbesse d'Evreux.

Seigneurie à vendre

1776 : Cottart revend la seigneurie du Vaurouy. Voici l'annonce qui parut dans la presse le 24 mai.

A vendre la terre & seigneurie du Vaurouy, à 4 lieues & demie de Rouen, près Duclair, sur la rivière de Seine, elle est composée de tris fiefs réunis qui forment un plein fief de haubert relevant du roi. Le seigneur est patron présentateur à la cure. Il a droit de haute justice sur tous ses vassaux, dont les appels ressortissent nument au Parlement de Normandie. Il y a tout autres droits dont une terre puisse être décorée. Les château est vaste, construit en pierre de taille, tous les appartements sont distribués à la moderne & bien lambrissés. Il y a un jardin on ne peut plus fertiles, contenant deux acres, les espaliers sont nombreux, beaux et du plus grand produit. Le colombier & tous les bâtiments en général, tant des fermes que de ceux de maître, sont dans le meilleur état, il y a aussi beaucoup de hauts bois et avenues et des bois taillis etc. S'adresser à MM. Vittecoq et Verdière, notaires.

Nicolas Louis Cabeuil se porta aussitôt acquéreur. Ancien colon de Fort-Dauphin, il émancipera son esclave, Casimir, ramené de Saint-Domingue.

Le docteur Bairies

En ces années 1776 et 1777, établi à Duclair, le docteur Bairies intervient aussi dans la paroisse. Voici ce qu'il note dans un mémoire :

Fait l'opération d'un cancer situé sur l'omoplate au nommé Dorléans, du Vaurouy, la tumeur pesant trois livres et demie, conduit la maladie jusqu'à parfaite guérison après quatre vingt jours de traitement.
La fille Blanchard, du Vaurouy, traitée jusqu'à parfaite guérison d'une gangrène humide à la suite d'un dépôt dans l'articulation de la jambe avec le pied et ce pendant deux mois de traitement et pansement.

Le château du Cat-Rouge est la deuxième gentilhommière du Vaurouy.

Sa cheminée porte la date de 1776. Les sculptures des frontons proviendraient du château de Belbeuf.


1777 : Antonin Papillon est nommé curé du Vaurouy. C'est un membre de la famille Cabeuil.
Son vicaire sera Michel-Bernard Lemarchand, né au Havre le 28 Septembre 1749. Lui, il connaîtra un destin tragique.

1780 : Cabeuil acquiert les terres du Carouge à la mort du dernier des Fréville, présents depuis 1680. Auparavant, le domaine appartenait en 1575 à Charles Récusson puis aux Pontif.


1784 : un procès oppose Cabeuil à l'abbaye de Jumièges au sujet des limites de sa seigneurie. Il va durer deux ans.

1785 : Antonin Papillon étant nommé à la cure d'Héberville. Il publiera en 1820, chez Faure, éditeur du Havre, Quelques réflexion relatives à l'église actuelle de France. Il mourra en Angleterre en prêchant vers 1826.
Jean Joseph Amable Martin, né le 26 septembre 1753, est nommé curé le 3 novembre 1785. Auparavant, c'était un habitué de Saint-Laurent de Rouen. Lemarchand reste son vicaire. Martin figurera au tableau des pensionnaires ecclésiastiques du 19 pluviôse an 4 avec une pension trimestrielle de 200 francs.

1789 : un huissier résidait alors au Vaurouy, c'était M. Gorin. Durant la période révolutionnaire, Sainte-Marguerite demandera à annexer Le Vaurouy et Epinay. Sainte-Marguerite était elle-même menacée de fusion avec Duclair.

1790 : un représentant du Vaurouy est parmi les quinze députés qui ratifient, le 15 octobre, la création du canton de Duclair.


1793 : Dénoncé comme réfractaire par la municipalité de Caudebec, le vicaire Lemarchand est interné à Rouen en Avril 1793, déporté le 12 Mars 1794. Embarqué sur Les Deux-Associés. Mort le 15 Juillet 1794 âgé de 44 ans à La Rochelle. Inhumé à l’île d’Aix. Il sera béatifié en 1995. Je pense que c'est ce même Lemarchand qui, une nuit, s'en alla à Jumièges pour entraîner dans la fuite le curé Adam, sa mère et ses deux sœurs. Mais Adam prit peur et resta dans son presbytère.

Les maires du Vaurouy


Nicolas Vincent
Antoine Légal
Jean Auguste de Berruyer
L. Domin
Chéron, faisant fonction

Pierre Antoine Lemarchand est officier publique et tient les premiers registres.

Le 2 octobre fut dressé l'inventaire de la commune à la demande de Neufville, administrateur du district de Caudebec. Il est signé Nicolas Vincent, maire, et Martin Gr.
La commune compte 237 habitants dont 62 électeurs dans les assemblées primaires. Le plus gros foyer est celui de François Cabeuil qui accueille 17 personnes sous son toit. 7 jeunes gens de 18 à 25 ans sont en âge de porter les armes : Jacques Le Vallois, 18 ans, François Gontrai, 21, François Cormier, 18, Jean-Baptiste Le Villain, 20, Jean Cornu, 19, Antoine Sécard, 21 et Guillaume Le Boulenger, 24.
Deux citoyens ont servi : Antoine Legal père, 71 ans et Martin Roger, 57.
Quatre habitants ont une arme de calibre : la veuve Cormier, Jean-Baptiste Pécot, Jean-Baptiste Durdent, Jean-Baptiste Lefebvre fils. Onze ont un fusil de chasse : François Delaville, Nicolas Vincent, Nicolas Fillatre, Jean Sécard fils, Robert Boulanger, Philippe Roger, Etienne Delaporte, Antoine Légal père, Pierre Simon, Nicolas Coignard et François Pogniant.
Il n'y a pas dans la commune de chevaux de luxe ou de selle utiles à l'agriculture. L'église compte deux cloches, l'une de 300 livres, l'autre de 200. La fabrique n'a d'argenterie que calice, civoire et soleil. La confrérie n'en a aucune.


Cliquez pour télécharger

1794 : Le 9 pluviose de l'an II, on dresse l'inventaire des meubles et effets de l'église conformément au décret de la convention du 13 brumaire qui déclare propriété national tout l'actif affecté aux fabriques.

1°) Argenterie. Trouvé deux calices, un soleil, un ciboire, une custode et les vases des huites bénites.
2°) Cuivre jaune. Trois grands chandeliers, six autres petits chandeliers, une lampe, un encensoir et la navette, un petit sceau, deux croix, une autre petite croix, cinq plats.
3°) Etain. Une petite fontaine.
4°) Ornements : neuf chasubles simples avec leurs étoffes, manipues et voiles, sixw chappes simples, les pentes du dais en damassé, un drap mortuaire garni mais on ne sait si le galon est en argent ou non, 12 chaperons à fond blanc, une tunique de bedeau, 5 devants d'autel simples.
5°) Linge. Sept aubes, 7 amicts, 10 nappes tant grandes que petits, 8 essuie-mains, 5 corporaux, 8 manuterges, 12 purificatoires, 4 rideaux vers en serge de Caen dont 2 grands et 2 petits, 2 rideaux de croisée en damassé, 4 petites soutanes rouges et 4 surplis d'enfant.
6°) livres. Deux mauvais missels, un erutiphinier, un livre de chant de lutrin, 4 processiaunaux,
7°) Rentes. La fabrique a deux rentes sur la nation, la première de 50 livres, la seconde est de 48 livres.

L'église a environ soixante pieds de long sur environ 30 pieds de large, elle n'est propre que pour servir au culte.
Le cimentière contient environ une vergée.
La maison presbytérale est à l'usage du ministre et ne pourrait servir que de logement particulier. Les bâtiments qui en dépendent sont un bûcher, un four et un hangard.
Le terrain dépendant du dit presbytère, en jardin et basse-cour, est d'environ une acre.

Signent Nicolas Vincent, maire, Pierre Simon, officier, Sécard, officier, Le François, agent et Martin Gr.

La Révolte des bigotes

1795 : A l'instar de Sainte-Marguerite ou Jumièges, plusieurs révoltes éclatent en faveur du culte catholique. C'est le cas ici...

Du registre des délibérations de la municipalité du Vaurouy extrait ce qui suit.
Ce jourd’huy, dix huit germinal an 3e de la république française une et indivisible (7 avril 1795) nous conseil général de la municipalité du Vaurouy assemblé au lieu de notre séance certifions que hier, sur les 6 à 7 heures du soir, étant assemblés en notre maison commune furent survenus la femme de Jacques Lefebvre, celle de Pierre Edde et Pierre Rouas et autres en plus grand nombre, lesquelles auraient demandé la messe et en outre l’église pour en faire le culte et par la municipalité a été faire réponse qu’elle ne refusait point la messe mais que pour l’église qu’elle ne lui appartenait point et que nous ne pouvions en disposer d’après les expression de la loi.
Les sus dénommées auraient dit ensuite qu’elles allaient couper l’arbre de la liberté et auraient pris au cou l’agent en lui disant qu’il fallait qu’il vienne les accompagner, à quoi il a fait résistance.
S’étant retirées, elles auraient accompli leur dessin et effectivement coupé le dit arbre de la liberté et les outils pour cette opération fournis par la femme de Nicolas Richer.
La première qui aurait porté le premier coup est la femme de Guillaume Boulanger, ensuite celle du nommé Carpentier, celle de Pierre Edde et celle de Pierre Rouas, tous de cette commune et comme cela ne tend à rien moins qu’à occasionner un trouble dans la commune et que tous les jours les mêmes personnes menacent les membres de la municipalité de leur couper le cou.
Sur ce l’agent de notre commune entendu le conseil délibère que les personnes ci dessus dénommées seront regardées comme suspectes et punies suivant le règlement des lois et le présent sera fait triple dont un sera à la diligence de l’agent national porté à l’administration du district, l’autre au département et le 3e au comité de sûreté générale, le tout sous le délai de vingt quatre heures
Ce que nous avons signé après lecture faite les jours et ans que dessus ont signé Nicolas Vincent, maire, Secard, officier, Le François, agent, Jean-Baptiste Pécot, Le Marchand, Gland et la marque rustique de François Pogniant, Martin Gr


1796 : Antoine Légal, est alors agent municipal. Le 7 avril est nommé le premier garde-chapêtre du Vaurouy : Etienne Delaporte.

Légal sera par la suite maire. Son adjoint est un temps François Delaville, badestamier et marchand sur étal. C'est le seul commerçant de la commune et la plus basse patente de tout le canton avec une contribution de 1,10 livres.

1805 : Antoine André Delahoussaye de Beauchamp se porte acquéreur du château du Vaurouy. Il se comporte en seigneur et s'oppose au maire, Antoine Légal. André Panthou devient quant à lui propriétaire de la ferme du château. La commune compte alors 70 feux.

 
Le tampon de la mairie du "Vaux Rouy" sous l'Empire
1806 : Forthomme est curé à la demande auprès de l'archevêque du seigneur Delahoussaye. Ses relations avec le châtelain sont exécrables.

Notre page spéciale :

1808 : Desaulty, maire destitué de Jumièges, vient dire quelques messes au Vaurouy. Elles ne lui rapportent que quelques sous.

1811 : Jean Auguste Marin Marie de Berruyer est maire. La commune compte alors 261 habitants répartis dans 57 foyers. En importance, Le Vaurouy est encore devant Ambourville, Aulnay, Berville, Mauny, Les Vieux, Villers-Chambellan, Yainville.

L'occupation prussienne


1815 : Delahoussaye est la proie de ses créanciers. De procès en procès, son ex-femme devient la propriétaire légale du château. Qui sera bientôt mis en vente par décision de justice.
Avec la chute de Napoléon et le retour de la monarchie, c'est alors l'occupation des Prussiens, alliés des royalistes. L. Domin, le maire de l'époque, nous brosse un tableau du Vaurouy en écrivant au sous-préfet. :

"J'ai l'honneur de vous écrire pour vous exposer la pauvre situation des habitants de ma commune. Les voilà dans la plus triste détresse. Il manque de subsistances ayant 33 militaires dont 2 officiers et leurs domestiques, 3 sergents, un trompette et 25 cuirassiers, je suis obligé de les laisser toujours chez les mêmes habitants, n'ayant que trois fermes dans la commune, la plus grande n'a que 25 hectares de terre en culture et deux habitations de maître, M. de Berruyer (1) est resté seul dans la commune, M. de la Houssaye est parti faire sa demeure dans le département de l'Eure, il a laissé son château ouvert et plus rien dedans.
Son pauvre fermier est resté avec huit cuirassiers à sa charge sans pouvoir le décharger. Le peu de cultivateurs que j'ai m'ont forcé d'en mettre deux chez un garde forestier et deux chez un autre garde aussi forestier qui leur font plus de dépense qu'ils n'ont d'appointements. Ils ne cessent tous les jours d'être à la mairie pour me faire leurs réclamations et je ne puis les soulager.
Les trois cultivateurs sont obligés d'aller tous les jours avec leurs chevaux, leurs charrettes à la rivière pour fournir de l'eau aux cuirassiers qui en dépensent moitié plus qu'il ne leur en faut sans pouvoir en diminuer.
Les terres vont rester sans être ensemencées et en conséquence point de récoltes pour l'année prochaine.
Je ne puis assez m'exprimer pour vous peindre la misère dans laquelle nous sommes réduits.
J'ai l'honneur de vous observer qu'il y a trois communes voisines de la nôtre qui n'ont aucune charge de militaires qui sont Le Trait, Jumièges et Yainville qui seraient dans le cas d'en supporter chacun un cent, ayant toutes conditions pour cet effet.
Je vous supplie très humblement, Monsieur le sous préfet de prendre en considération l'exposé que j'ai l'honneur de vous faire et vous rendrez une grande justice."

(1) Jean Auguste Marin Marie de Berruyer de Torcy vit de ses revenus au Vaurouy et a quatre enfants de Rose Blanche de la Bunodière. L'aîné, militaire, chevalier de la Légion d'Honneur, sera le dernier marquis de Berruyer et conservera sa maison. Il mourra cependant à Rouen en 1875.

1817 : Pierre Valentin de Maizières devient propriétaire du château. Un procès va l'opposer à André Panthou jusqu'en 1820.

Le glas de la commune

1823 : le dernier maire du Vaurouy est mort. Chéron, est son adjoint. Je ne sais quel est son prénom. Il s'agit de Jean-Baptiste ou Jean-François Chéron, l'un des mes arrière grands-oncles. Jean-François fut sous-lieutenant au 1er Corps d'Armée de Réserve du Centre du 20 août 1809 au 25 mars 1810. Durant cette période, il fut au camp de Boulogne. Notre Chéron implore en tout cas le préfet :

"J'ai l'honneur de réclamer de votre bienveillance, au nom de tous les habitants de la commune du Vaurouy, la cloche de l'ancienne église de cette dite commune, qui est de très peu de valeur, pour servir aux travaux journaliers de la culture et pour servir aussi en cas d'événement d'incendies dans cette campagne dont les habitations sont escarpées et presque toutes couvertes en chaume, ce qui peut être d'une très grande utilité dans un moment funeste.

Monsieur le préfet, l'église de cette commune, dont les matériaux viennent d'être vendus par adjudication publique le 27 avril dernier d'après votre autorisation et dont ont réserve une petite chapelle sur laquelle nous pourrions remettre cette petite cloche pour nous servir au besoin plutôt que de la laisser aller à la commune de Duclair qui en a déjà trois fortes.

Au nom des habitants de cette commune, Monsieur, le préfet, comme il n'existe point de maire puisqu'il est décédé et que je suis l'adjoint, je vous prie de nous accorder cette petite cloche qui servira en outre pour la sépulture des habitants. Je suis persuadé, M. le préfet, que réclamant votre indulgence, votre humanité et même toute votre clémence, vous voudrez bien nous accorder cette demande. Me disant avec le plus profond respect, Monsieur le préfet, votre très humble et très obéissant serviteur, Chéron, adjoint. Vaurouy, le 22 mai 1823."

1825 : une ordonnance royale en date du 1er septembre rattache Le Vaurouy à Duclair. Les régistres d'état-civil seront tenus jusqu'en décembre. Ainsi, le dernier né du Vaurouy fut François Hilaire Pécot, le 18. La famille la plus représentée portait le nom de Bellet.



A suivre : le Vaurouy après l'indépendance :

Notes

La femme de Jacques Lefebvre qui fait irruption dans la maison commune est mon aïeule au 6e degré. Elle s'appelait Marie Anne Levillain.
L'épouse de Pierre Edde avait pour nom Marie Anne Boulenger.
La femme de Pierre Rouas était Marie Catherine Laquerrière, ils s'étaient mariés à Quevillon en 1774.
La femme de Nicolas Richer est Marie Geneviève Guiot. Ils se sont mariés Anneville en 1768.
La femme de Guillaume Boulenger est Marie Anne Rouas.
L'épouse du dénommé Carpentier est vraisemblablement  Anne Lemarchand.
Nicolas Vincent est sans doute l'époux de Marie Catherine Lafosse.
Jean-Baptiste Pécot a pour femme Marie Anne Legal.
François Poignant, originaire du Trait, a épousé Marie Marguerite Levallois.

Les registres paroissiaux conservés aux archives ne débutent qu'en 1687 pour s'achever en 1792.

Les registres d'état civil sont complets de 1793 à 1802. Ceux de 1802 à 1825 ont disparu. Ne subsistent que les tables décennales. 

SOURCES

Arbre de la liberté : ADSM L 1597. La cloche du Vaurouy : 4V/128. Inventaire de la commune du Vaurouy, L1582
Inventaire de l'église du Vaurouy, 1QP721. Documents numérisés par Jean-Yves et Josiane Marchand. Transcription : Laurent Quevilly.
Jean-Pierre Hervieux, l'ancienne chapelle du Vaurouy, Le Pucheux, 2007.
Liste des curés du Vaurouy, abbé Maurice, 1 F 19.
Registres paroissiaux du Vaurouy.
Inventaire sommaire des archives de la Seine-Maritime.
Le Courrier Cauchois de 1962 et 1970.
De Clieu, les église et le clergé de la ville du Havre, 1851.


Vous avez des images, des documents concernant Le Vaurouy, nous sommes preneurs !