Par Paul Bonmartel

Les plus anciens d'entre nous en gardent un souvenir ému. L'abbé Coupel fut le curé de la presqu'île de Jumièges de 1939 à 1964. Paul Bonmartel nous livre ici deux truculentes anecdotes qui donnent tout le sel du personnage...


Il avait décidé de repeindre la voûte de l'église... Si vous demandez à un vieux Jumiégeois de raconter une anecdote locale, bien souvent il parlera de ce curé. C'est le cas avec Jean Agnès L'étang situé dans le parc paysagé du Trait porte son nom. Il fut des années président de la Belle Gaule. Ce pêcheur... était autrefois bedeau. Il se souvient :

— J'avais 15 ou 16 ans et l'abbé Coupel c'était une figure ! Nous étions en 1942, au temps de l'Occupation, l'époque de la misère, malgré toutes les restrictions, il avait décidé de repeindre et de tracer des fausses pierres sur la voûte de l'église Saint-Valentin.

Pas question de monter un échaffaudage. Réquisitionné par l'abbé, je l'aidais dans ses travaux. Il avait enlevé le fond d'une fûtaille, elle lui servait de nacelle. Je le hissais, lui et son matériel, au faîte de la voûte. J'amarrais la corde à un pilier. Je retournais chez mon père travailler à l'atelier tout proche, là ou vous l'avez connu : devant l'église. Toutes les heures, je changeais le curé de place. De nos jours, cette installation semble bien irresponsable. Mais qui aurait osé le dire à l'abbé Coupel ? Les travaux avançaient. Voila qu'un soir, dans mon lit... Merde ! J'ai oublié le curé ! Eh oui ! Il était resté perché là-haut. Quand je suis arrivé à toute vitesse, il n'a pas protesté, pas un mot. J'ai su par la suite qu'à force d'appeler, il avait une extinction de voix. Une fois en bas, j'ai reçu un de ces coups de pied aux fesses !

Le dimanche suivant, plus de messe pour moi, l'abbé Coupel avait embauché un autre bedeau.


La pouquette de l'abbé Coupel

Moi aussi je peux vous en parler de cet abbé. Ce n'était pas un tendre, me disait Francis Houssaye, charpentier à Jumièges. Il retapait la charpente de ma chaumière des Sablons. Durant une pause-café, il m'a raconté :

— J'étais enfant de chœur, ça ne date pas d'hier. A la fin de la messe, les quêteuses me ramenaient les oboles, jamais de billets, que des pièces. J'ouvrais la pouquette, un petit sac en toile qui fermait par un ruban, et le produit de la quête tombait dedans, puis je posais la pouquette sur l'autel. A l'époque, il était dans le fond de l'église, contre le mur. Mon service était terminé, je n'avais plus qu'à filer. L'abbé me rappelle et me demande :

— Ou t'as mis la pouquette ? Elle n'est pas à sa place.
— Sur l'autel, comme d'habitude.

Nous cherchons, elle reste introuvable.

— Tu l'as volée, tu l'as volée !

J'ai beau jurer, rien n'y fait, il ne me croit pas. Et on ne retrouve pas la pouquette.

— Je vais t'emmener aux gendarmes de Duclair  !

Et nous voilà partis à pied en passant par la forêt. A la  chapelle de la Mère-de-Dieu, on s'arrête :

— Devant la Vierge, tu vas avouer ?

Et on repart. Arrivés à Duclair, devant la gendarmerie qui se situait au bord de la Seine :

— Si t'avoues pas, je te jette dans l'eau !

Je ne cède pas. Pourtant, devant les gendarmes, j'ai dit : oui, c'est moi !

— Je le savais ! clame l'abbé.

Le lendemain, je me suis rétracté. Seule, ma mère croyait en mon innocence. Pour tous, j'étais coupable. Des mois plus tard, ces bonnes dames patronesses en faisant le ménage de Pâques ont retrouvé la pouquette et les pièces qu'elle contenait. Elle était tombée entre l'autel et le mur.
Vous pensez bien que je n'étais plus enfant de chœur.

Je pose la question : Etes-vous retourné à l'église ?

— Il fallait bien, pour l'enterrement d'un client. Mais je n'ai jamais donné un sou à la quête.

Paul BONMARTEL.


Sources


 Manuscrit inédit de Paul Bonmartel



Vous avez vous aussi des anecotes sur le personnage ? Un simple commentaire ? N'hésitez surtout pas...