Le 10 août 1789, l'Assemblée nationale rendait un décret qui créait les gardes nationales de France. Citoyens des villes et des campagnes, tous devaient y concourir... 

Par ce décret, les gardes nationales étaient soumises aux municipalités; elles étaient réunies aux troupes de ligne et à la maréchaussée dans le cas où il serait nécessaire de poursuivre et d'arrêter les perturbateurs du repos public. Et ce, de quelqu'état qu'ils pussent être.

23 août 1789. Une milice bourgeoise se constitue à Duclair. L'avocat Caillouel en prend le commandement. C'est l'ennemi juré d'un confrère, syndic de la paroisse, Neufville avec qui il ridigea cependant la majeure partie du cahier de doléances.

A la même époque, des troupes stationnent nombreuses dans la région. La municipalité de Duclair se soucie de leur casernement. Le chef d'escadron Delamarre, du régiment Royal Champagne, vient assiter au serment prêté par toutes les garnisons. Mais la population se plaint des dragons, ces cavaliers royaux qui se déplacent à cheval et combattent à pied.

Le 7 septembre, la Garde nationale et les Volontaires patriotes déposent leurs statuts.

Durant ce mois de septembre Neufville se plaint du fait que le tambour refuse de battre la caisse pour appeler les Volontaires patriotes en prétendant que Callouel le lui interdit. Homme et instrument sont placés en fourrière.

27 septembre, la municipalité dissout les deux milices rivales. Deux jours plus tard, le 29 septembre, la milice bourgeoise se reconstitue.
Lundi 26 octobre. Il est 3h quand une bagarre, déclenchée par le citoyen Glicourt, éclate dans la milice. Elle dure jusqu'au lendemain, 10h, avec un mort sur le pavé. La municipalité ordonne une enquête qui va se heurter à un conflit de juridiction.  Elle menace en tout cas Neufville, syndic de la paroisse, impliqué dans cette affaire.
Au cours d'un débat, Caillouel et le curé Delanos élèvent des protestations et Neufville démissionne.

7 novembre 1789. Mémoire d'officiers municipaux de Duclair (Seine-Inférieure) exposant que le décret du 10 août, qui autorise les municipalités à armer une milice nationale, a eu pour résultat la formation à Duclair de deux milices, l'une populaire et l'autre bourgeoise et un coup de force contre la municipalité.

Au cours de ce mois de novembre, la municipalité de Duclair accordent toute les attributions militaires à la seule milice bourgeoise. L'armée, ainsi discréditée publiquement, reste cependant sur place.

6 décembre, Lafayette adresse une lettre sur la bagarre de la milice. Le héros de l'Indépendance amériaine est alors commandant de la Garde nationale à Paris.

7 janvier 1790. L'Assemblée place les gardes nationales sous la responsabilité des municipalités par les prestations de serments et l'obéissance aux réquisitions. Elles sont les garantes de la constitution. L'armée est confinée dans la défense contre les ennemis extérieur.

Février 1790. La milice est renforcée de nouveaux effectifs avec un état-major renouvelé. A compter de ce mois, elle devra effectuer des patrouilles dans les auberges chaque lundi, veille de marché.

Mars 1790 : le commandement de la Garde nationale passe de Leriche, tailleur, au Dr Bairies, chirurgien.

Mai 1790. L'huissier Tuvache est dénoncé pour des propos jugés trop verts envers la Garde. Toujours en mai, l'aubergiste Leclerc se plaint des officiers de dragons pour une location de chambres et d'écuries. Mais le plaignant refuser de présenter son bail.

15 juin 1790. L'Assemblée nationale décide la fusion de tous les groupes dans une seule Garde nationale composée des seuls électeurs ou citoyens actifs.

La fête fédérative de Rouen

29 juin 1790 : Caillouel est délégué à la fête fédérative des gardes nationales à Rouen. Toutes les gardes nationales de France furent invitées à s'y rendre, ou à envoyer leurs adhésions. La veille, le 28 juin, dans une séance qui eut lieu dans la grande salle des Consuls, le marquis d'Herbouville, commandant de la garde nationale de Rouen, fut à l'unanimité proclamé commandant général de l'armée fédérative.

Ce 29 juin, à 6h du matin, les troupes de ligne, cent douze détachements formant l'armée fédérative, au nombre de plus de dix mille hommes, se réunirent sur les places indiquées à chaque division. A 8h, l'armée se mit en marche sur quatre colonnes et se rendit au camp préparé sur les bruyères Saint-Julien, en suivant chacune une route différente. La marche des fédérés était ainsi combinée qu'au premier coup de canon, toutes les colonnes entrèrent ensemble dans le camp et offrirent le spectacle d'une armée rangée en bataille en un instant.

Le maire et le conseil municipal de Rouen, les maires et les officiers municipaux des communes du département et une grande quantité de notabilités se rendirent au camp à 10h, escortés par l'armée et la garde nationale. Après la cérémonie religieuse, le serment civique fut prêté; une salve d'artillerie l'annonça; il était ainsi conçu:

« Nous, membres de la Fédération rouennaïse, jurons sur l'autel de la patrie, en présence de l' Être-Suprême,de défendre de toutes nos forces la Constitution, et d'être toujours fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi; de nous réunir pour combattre tous ceux qui oseraient les attaquer, et de mourir plutôt que de cesser d'être libres. »

La fête fut magnifique: cent quatorze villes y envoyèrent des détachements de leurs gardes nationales; soixante-quatorze bourgs ou villes du département de la Seine Inférieure ou des détachements de leurs gardes nationales y fuient représentés par une députation de leurs officiers municipaux; cent dix villes de toutes les parties de la France y envoyèrent leur adhésion.

Plus tard des délégués vont élire à Caudebec un député pour nous représenter à la Fédération de Paris.

14 juillet 1790 : fête patriotique avec bénédiction du drapeau. A Paris, c'est la fête de la Fédération. Au cours de ce mois de juillet, les grères Lefebvre, serruriers et gardes nationaaux, se traitent "d'aristocrates".

Octobre 1790. Les officiers de dragons sont convoqués par la municipalité pour des désordres dans la garnison. Dans le régiment Royal Champagne, des soldats se sont souvent retournés contre leurs officiers.

Avril 1791 : la municipalité réclame 40 à 50 fusils pour assurer la défense du bourg. Elle reçoit cette année-là du Département cent piques.

1er mai 1791. Demande de reconstitution de la Garde nationale.

23 juin 1791 : la population réclame des fusils et des munitions. Ce même mois, la Garde est réquisitionnée pour un service de nuit.  ce mois-là, la conscription de gardes nationaux volontaires est décrétées par l'Assemblée. Ces volontaires doivent servir d'appoint aux troupes de ligne, jugées peu sûres, en raison de la fuite du Roi. Les effectifs sont en augmentation. L'indépendance est donnée aux bataillons de volontaires. 

2 août 1791 : le district de Caudebec félicite la garde nationale de Duclair. Ce même mois, Tuvache, Neuville et Guéroult vont adresser une sommation visant à dissoudre la Garde. Entre temps, des gardes ont été suspendus ou, au contraire, rétablis dans leurs fonctions.

29 septembre et 14 octobre 1791. L'Assemblée nationale organise les Gardes nationales par cantons pour les citoyens actifs de 18 à 60 ans. C'est une police civique composée de bataillons divisés eux-mêmes en compagnies de fusiliers et de grenadiers.
Au mois de septembre a débuté le recrutement de ces volontaires. Il durera jusqu'en janvier suivant.

Novembre 1791. Glicourt est aide-major de la Garde.

17 janvier 1792. La municipalité défend aux citoyens de porter des armes.  Ce même mois, le 3e bataillon est constitué pour le canton. Le premier groupe de volontaires est composé de 13 hommes âgés de 17 à 26 ans dont deux se sont désistés entre temps. Les six premiers engagés sont Duclairois. Les cinq suivants sont venus d'Anneville, Berville et Caudebec. Trois sont journaliers, deux perruquiers, deux tailleurs et un boulanger, un domestique, un maréchal, un pêcheur et un tanneur. Ces volontaires, engagés pour seulement un an, doivent élire leurs officiers.

Février 1792. Jacques-Nicolas Neufville est commandant de la Garde locale. A cette date, la Garde inspecte les bateaux de passage et les bacs.

Mai 1792. Les différentes compagnies élisent leurs officiers pour un an.

La Patrie est en danger

11 juillet 1792 : la Patrie est déclarée en danger

1er août : le toscin est sonné et la mobilisation battue au tambour. La Garde est en état de réquisition permanente. Glicourt en est le capitaine des grenadiers. Il est toujours en procès avec la municipalité.

14 août. Départ de 13 volontaires pour la défense de la Patrie sous la conduite de Nicolas Lamant. Ce même mois, des troupes de gardes suisses et de volontaires sillonnent les routes.

27 août : 50 hommes à cheval gardent la halle par crainte de pillage.

18 septembre : Pierre Glicourt, commissaire au recrutement pour l'armée, fait un discours sur la place pendant le marché. 27 volontaires se présentent.

20 septembre : armement et habillement des volontaires par le curé Delanos et l'aubergiste Thorel.

Portrait d'un capitaine

Le 2 novembre 1798, on délivre un passeport à un capitaine de 54 ans, résidant à Duclair depuis sa naissance: Jean Martin Lefebvre, capitaine de la 10ème compagnie de la garde nationale du canton. Taille 5 pieds 3 pouces, cheveux et sourcils mêlés de gris, yeux gris, nez ordinaire, bouche moyenne, menton rond, front bas, visage ovale marqué de petite vérole, inscrit n° 635, pour aller à Rouen et Paris, signe: oui. 


Que devint la Garde nationale ?

L'ami de la Religion : Le dimanche 19 février 1832, on a béni un nouveau cimetière à Duclair, arrondissement et diocèse de Rouen. Les autorités et la garde nationale y ont assisté, et tout s'y est passé de la manière la plus convenable. M. l'abbé Biard, vicaire, a fait la cérémonie à la place de M. le curé, vieillard respectable, mais que son grand âge et ses infirmités empêchent de vaquer à ses fonctions. L'officiant a adressé aux nombreux assistans une courte allocution, où il leur a rappelé les idées graves et religieuses que devoit réveiller une pareille cérémonie. L'inévitable nécessité de la mort, le jugement qui doit la suivre, l'éternité qui doit être notre partage, de grandes vérités ont été exposées successivement dans les termes les plus propres à faire impression sur les auditeurs, dont plusieurs peut-être ne s'occupent point assez d'objets si important néanmoins pour tous. 

En 1838, le sieur Castagne, membre de la garde nationale, fut décoré d'une médaille d'argent par la compagnie d'assurance mutuelle de la Seine-Inférieure et de l'Eure pour avoir puissamment contribué à arrêter les progrès d'un incendie à Duclair.

1848

ETAT NOMINATIF des citoyens non portés sur les contrôles de la Garde nationale de Rouen, et qui se sont réunis à elle, à Paris, en juin 1848.

Castagne Joseph-André, sergent de la garde nationale de Duclair;

Bellanger Pierre, sergent de la garde nationale de Duclair.

1870
La garde nationale de Duclair est commandée par le maire de Berville, Charles Darcel, à l'arrivée des Prussiens. Ayant pris parti pour la Commune, les gardes nationales seront dissoutes.