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l abat sa femme et retourne l'arme contre lui. En février 1876, un drame mit le bourg de Jumièges en émoi.

Propriétaire, 69 ans, Pierre Vital Ouin vivait séparé de sa femme, Virginie Olympiade Cabot. Cette dernière, raconte le Journal de Rouen, le savait malade et alla lui rendre visite le samedi 12 février 1876, sur le coup de 5h du soir. Parvenue au domicile conjugal, dans le quartier des Sablons, elle trouve son mari au lit. Bientôt, Ouin la renverse et la traîne par les cheveux. Avant de lui tirer quatre coups de révolver. Un seul atteignit Virginie au mollet mais il sectionna une artère et provoqua une abondante hémorragie. La mort fut "presque instantanée", précise le quotidien. Presque, en effet. Car cette femme de 60 ans eut encore la force de se traîner chez sa voisine, la femme Boucher, à environ 50 mètres de là.

Pendant ce temps, Pierre Vital Ouin se tirait deux coups de révolver. L'un dans la région du cœur et l'autre dans la bouche. Très fort, ce Ouin !

Au cris de la victime puis au bruit des détonations, les voisins s'étaient bien précipités vers l'habitation. Sans pouvoir toutefois y entrer. Armé d'un fusil, assure encore le Journal de Rouen, Ouin menaçait de tuer quiconque oserait s'introduire chez lui. "Ce n'est qu'à l'arrivée de la gendarmerie que l'on a pu pénétrer dans la maison mais, alors, Ouin était mort".

Le journaliste se trompe au moins sur la date du drame et l'âge des victimes... Ce n'est pas le 12 février que se déroula ce tragique événement. Mais le 7. En témoigne le registre d'état civil de la mairie de Jumièges qui, dès le lendemain matin, situe les deux décès à 4 h et demi du soir. Pierre-Vital Ouin est dit rentier et âgé de 67 ans. Il est né à Jumièges le 28 avril 1808 de Pierre Nicolas Ouin et Marie Rose Biller. Il avait épousé Viriginie Olympe Cabot à Duclair en juillet 1835.

La version du Nouvelliste


Dans son édition du 16 février, Le Nouvelliste de Rouen donne une version quelque peu différente :
« Un crime sur lequel plane encore un certain mystère a été commis il y a deux jours à Jumiéges.
Un propriétaire de cette commune, Pierre-Vital Ouin, a tué sa femme a coups de revolver. Il s'est fait justice quelques minutes plus tard en se déchargeant son arme dans la bouche. Il avait tout d'abord essayé de se tuer en se tirant un coup de revolver dans le cœur, mais la balle avait dévié et s'était aplatie sur une côte.
Lorsque les voisins sont entrés, Ouin et sa femme ne donnaient plus signe de vie. Cette dernière avait reçu quatre balles dans la tête et dans le cœur, et sa mort avait dû être instantanée. L'émotion est très grande dans le pays, où l'on ignore jusqu'à présent la cause de ce crime. » 


Ce fut le gendre de la maison, Alfred Gruley, époux de Vitalie Rosine Ouin, qui déclara les deux décès en compagnie du garde Champêtre, M. Fournier. Virginie Olympiade était née à Duclair le 17 décembre 1812 de Pierre Jacques Cabot et Françoise Rose Lefrançois. Sur le registre, on précisa ce détail absurde : "Veuve Ouin".




Source

Le Journal de Rouen
Le Nouvelliste de Rouen