A Saint-Pierre-d'Autils, jadis de Longueville, l'abbaye de Jumièges possédait un prieuré. Mais surtout des vignes dont elle consommait la production. En 1757, il fut question de les raser. Vive protestation des moines...



Près Vernon, au bord de la Seine, Longueville désignait plusieurs paroisses : Saint-Pierre d’Autils, Saint-Just et Saint-Marcel mais aussi Bizy, aujourd'hui faubourg de Vernon, La Chapelle-Genevray, aujourd'hui Chapelle-Réanville et Saint-Étienne-sous-Bailleul . Tout au nord de cette carte figure Broville où l'abbaye de Jumièges possède une pièce de terre...


La cloche vient de sonner. Pour les moines, c'est le signal de leur rassemblement dans la salle capitulaire. Nous sommes le 13 novembre 1757 et le Révérend père Dom Augustin Leclerc, prieur de l'abbaye, a une délibération de la plus haute importance à soumettre à ses frères...

Dom Langlois n'aimait pas le vin

« Il y a quelque temps, attaque Dom Leclec, qu'un religieux de cette communauté avait pris le projet d'arracher et détruire les vignes du Grand-Clos qu'il fait valoir à Longueville, quoi qu'on en eut point délibéré en chapitre.
Cette résolution, prise en particulier, a été presqu'exécutée, ayant fait planter des pommiers dans le dit Grand-Clos afin de faire de ce terrain une pâture plantée de pommiers.


La région de Saint-Pierre d'Autils était jadis un vaste vignoble...

Les hautes instance saisies

« Un autre religieux, n'approuvant pas ce projet, en fit des plaintes représenta les inconvénients qui pouvaient suivre de l'exécution d'un tel dessein.
Dom Langlois persistant dans son dessin écrivit au père visiteur de la province une lettre en forme de mémoire. Son but était qu'elle fut présentée à la diette et que ladite assemblée ordonnat l'exécution de ce qu'il avait commencé. Le père visiteur le fit et la diette, sans prendre le temps d'écouter ceux qui pensaient autrement et sans voir aucun témoignage de consentement de la part du père prieur de la communauté, a ordonné que la plantation aurait lieu et il est enjoint au père prieur  de la défendre et de la conserver.
Cet arrêté de la diette de 1756 n'a pas empêché qu'on ait cru que cela était préjudiciable aux intérêts de notre maison. Le père Langlois, pour vaincre les difficultés qu'il trouvait à l'entière exécution de son projet, crut devoir le faire confirmer par le chapitre général. Il dressa donc à cette fin un mémoire et l'envoya à la diette provinciale.

A Jumièges de choisir...

             « Les révérends pères députés ayant pesé les raisons pour et contre et senti les inconvénients d'un pareil projet se sont contentés de répondre que la diette ni le chapitre n'étaient point compétents pour prononcer sur cette question, que ne s'agissant que d'idées particulières de deux officiers d'un maison, c'est au prieur et à la communauté chargés de l'administration du temporel de la dite maison à juger qui des deux a tort, 


La vigne fut cultivée à Jumièges dès le VIIe siècle, c'est-à-dire dès la fondation de l'abbaye par Saint Filibert.
Le vin de Conihout passait pour le meilleur cru de la Haute-Normandie, au Moyen Âge et même au XVIIe siècle ; on l'exportait en Angleterre, et il était exempt de certains droits à la vicomté de Rouen.
La rigueur des hivers et surtout les exigences du fisc firent abandonner cette culture, devenue presque impossible.
Deux clos, l'un au Mesnil, au manoir de la Belle-Agnès, et l'autre dans l'enceinte des ruines, portent encore au cadastre la désignation de triéges de la Vigne. 


Emile Savalle
qu'à la vérité, une communauté ne peut arracher des vignes sans la permission du chantre général ou du révérend père général parce que cette extirpation est un dégradement d'un bien, mais elle ne peut recevoir de contrainte pour le faire si elle juge que cela soit contraire à ses intérêts.

En conséquence, les révérends pères députés m'ont envoyé la décision de cette affaire et ayant eu l'honneur d'en voir plusieurs depuis la tenue du chapitre, ils m'ont fait celui de me dire qu'en pareil cas, le prieur local doit être le juge, mais étant bien aise de ne rien faire que de concert avec la communauté, puisqu'il s'agit de se intérêts, j'ai cru devoir consulter ses lumières.
Les mémoires m'ont été renvoyés, j'ai examiné l'affaire en elle-même et le pour et le contre des mémoires. Je vous avoue, mes révérends pères, que je juge qu'en arrachant ces vignes, ce serait faire tort à la maison, au reste, je vais vous exposer mes raisons, je les soumets volontiers à vos lumières.
..


Le prieuré de Longueville était implanté près de l'église de Saint-Pierre-d'Autils. Celle-ci fut édifiée à la fin du XIIe siècle en remplacement de la chapelle romane attenante au manoir seigneurial.

Une perte financière


« 1) Si on arrache ces vignes, on prive la maison d'un fond qui est par lui-même d'un valeur considérable. Ce qui le démontre, est que si il fallait mettre en vigne un terrain tel que nous l'avons, il faudrait être quatre ans sans jouir et faire une dépense au moins de 1500# par chaque arpent de vigne pour l'avoir plantée telle qu'elle est.

Les neuf arpents que nous avons ont donc coûté à planter près de quinze mille livres.
Nous perdons donc cette somme en arrachant nos vignes et il nous coûterait au moins 600# pour les faire arracher.

La vigne plantée dans un champ en augmente tellement la valeur qu'un arpent de bonne terre en labour ou herbage planté en pommiers sera loué tout au plus 40 à 50#. Planté en bonne vigne et bien situé, sera loué au moins 70 à 80#.
Arracher donc ces vignes pour mettre ce fond en plant de pommiers et herbage, c'est perdre à propos de rien une partie de son revenu.


Historique de propriété

Le domaine de Saint-Pierre ou Longueville, est un grand territoire qui s’étendait aux portes de Vernon et comprenait les paroisses de Saint-Just, Saint-Marcel et Saint-Pierre d’Autils mais aussi Bizy, La Chapelle Genevray et Saint-Étienne sous Bailleul.
Longueville avait été donné en douaire à l'épouse de Guillaume Ier de Normandie. Sa fille Emma, comtesse de Poitou, en fit don à l'abbaye de Bourgueil. Un prieuré y fut édifié ainsi qu'une chapelle attenante, mais, trop éloigné de la maison- mère, il fut échangé en 1008 contre celui que possédait Jumièges à Tourtenay. Ce qui fut fait du consentement des ducs d'Aquitaine et de Normandie.
En 1027, le même duc de Normandie, Richard II, confirme cet échange dans une charte : "Je donne à l'abbaye de Jumièges Authis avec l'église et toutes ses dépendances, vignes, prés, terres cultes et incultes, forêts, eaux et pêcheries, objets que nous avons échangés pour une seigneurie, pro villa, qui est située dans le Poitou et s'appelle Tourtenay..."  Un texte qui prêtera à confusion...
En juin 1097, gagné à la religion par l'abbé Tancard, un jeune chevalier du nom d'Odard, revenant de Jérusalem, se fit novice à l'abbaye et lui offrit quatre arpents de vigne et neuf journaux de terre à Longueville. Son frère Richard confirma ce don l'année suivante quand Odard prononça ses vœux le 24 juin.
En 1153, Longueville fut incendié par Louis VII après l'attaque de Vernon.
Les prieurs de Longueville furent Martin Dubost en 1449, Jean Asselin en 1487, François Gaudry en 1569, dom Mathurin de La Haye en 1623. En 1645, le sous-prieur de Jumièges, dom Philippe Dey, s'empara par la ruse du prieuré de Longueville qui valait alors 800 livres de revenus. Il fut emprisonné aux Blancs-Manteaux. Le dernier fut Dom Robert de La Mare, en 1667. L'abbaye auyant des difficultés financières, le titre de prieuré fut supprimé et ses biens réunis à la mense de l'abbaye.
Ce serait donc alléguer le faux que de dire que ce terrain planté en pommiers serait plus loué, mais quand contre la notoriété et l'expérience publique on supposerait ce fait, dans ce cas, on serait obligé de louer ces clos étant en pommiers au lieu qu'étant en vignes, la communauté les fait valoir en en les faisant valoir pas ses mains, elle gagne ce qu'un fermier qui serait obligé de payer la taille gagnerait, la communauté gagne la taille que le fermier paierait et elle profite de ce que le fermier gagnerait sur son marché.

Ainsi, pour parler juste, il faut comparer entre terrain planté en vigne que le propriétaire fait valoir par ses mains et un terrain planté en pommiers qu'il est obligé de louer. Il est bien certain, par les raisons qu'on vient de dire, que la vigne faite valoir rapportera beaucoup plus à la communauté qu'il ne rapporterait planté en pommiers, étant affermé. Exemple : on a récolté cette année 34 muids de vin. Il se vend tout chaud et au sortir de la cuve 65# le muid. Les 34 muids produisent 2210#. Les frais montent chaque année environ 1000#, nos clos nous produisent donc cette année, qui n'est pas la meilleure, 1200#. S'ils étaient en pommiers et herbage, ils ne seraient pas loués 500#.


Un privilège vieux de 500 ans

« 2) Nous avons le privilège de faire passer cent muids de vin, sans payer les grands droits à Rouen qui sont de 7# 1 dernier par muid, quoi que nous tenions ce privilège à titre onéreux et en conséquence de la cession de la seigneurie du Pont-de-l'Arche que nous avons cédée à Philippe Auguste en 1210, 
A Oisy aussi...

La vigne était présente dans d'autres possessions de Jumièges. Ainsi, un charte de février 1241 nous dit que Maître Thomas, d'Allemagne, près de Caen, cède à l'abbaye de Jumièges une rente à prendre sur son vignoble d'Oisy situé entre la vigne de Raoul d'Anisy et celle de Richard Malapert.
cela n'a pas empêché que nous n'ayons essuyé en différents temps des difficultés à ce sujet, et dans toutes les requêtes qu'on a présentées au conseil pour être maintenus en ce privilège, on a jamais demandé la conservation de ce droit que pour les vins provenant de notre cru.

C'est sur cet exposé que nous avons été maintenus en 1718. Il faut, en conséquence, que le curé de Saint-Pierre nous délivre tous les ans un certificat par lequel il atteste que nos vins proviennent de notre cru. Ne serait-il pas à craindre que, sur le prétexte que nous n'aurions plus de vignes, on ne se servit de cela pour nous faire perdre ce privilège. Il ne faut aux traitants que de pareilles raisons pour obtenir la suppression de droits qui leur tiennent à cœur.

Je crois qu'il n'est point prudent de s'exposer dans aucune nécessité a être inquiétés en pareil cas. Il est vrai qu'il subsistera encore un petit clos de trois arpents de vigne, mais la destruction du Grand-Clos paraît devoir attirer celle du petit et il paraît que le dessein en était pris puisqu'on a déjà fait planter une rangée de pommiers dans ce clos et qu'on en a pris un quartier pour en agrandir le jardin du fermier. Ainsi, il est tout naturel de penser qu'on dira que ce n'est pas la peine de faire des frais de vendanges, d'entretenir un pressoir et des cuves pour un si petit objet. Mais ces raisons me paraissent déterminantes pour conserver le Grand-Clos puisqu'il n'en coûtera guère plus pour faire valoir le tout (quant aux frais de vendanges) que si on n'en conservait qu'une petite partie.



La mairie-école de Saint-Pierre-d'Autils serait l'ancienne ferme du prieuré. Des colonnes et chapiteaux se voient ici formant un préau. Les moines avait sur place un fermier qui mettait en valeur le domaine et percevait les rentes seigneuriales. Dernier titulaire, en  1790 : Madeleine Le Meilleur qui payait un fermage de 2.000 livres au 1er janvier et à Pâques. Elle était apparentée à Edouard Le Meilleur, receveur de la baronnie de Saint-Pierre-de Longueville en 1755.

Boire du vieux et du bon


« 3) En conservant et faisant valoir nos vignes, la communauté, sans se gêner, se trouve toujours en provision de vin, et de vin vieux. Si elle n'avait plus de vignoble, il arriverait souvent que, n'étant pas en aisance d'argent, on ne ferait pas la provision à propos et on se trouverait accablé dans les années chères pour faire la provision à propos, et dans les années où le vin se trouverait mauvais, on le boirait tel qu'il serait et tout nouveau.
Le vin mauvais...

On a prétendu assez plaisamment que les moines se hâtaient de boire leur vin, quand il était mauvais, afin d'en avoir plus tôt du bon, et qu'ils faisaient de même, quand il était bon, de peur qu'il ne devint mauvais.

Emile Savalle.


Au lieu qu'en gardant nos vignes et les faisant valoir comme on a toujours fait, la communauté a la satisfaction d'avoir toujours une année de provision devant elle. Elle ne boit jamais que du vieux vin et, à ce moyen, le vin qui bu dans la première année ne serait pas supportable, devient passablement bon étant vieux et il gagne beaucoup en perdant le nom de nouveau.

L'héritage de nos pères


4) L'église toujours mineure dans la possession de ses fonds n'en peut aliéner ni détériorer aucune partie. Elle peut bien les améliorer et les faire croître, mais elle ne peut les vendre ni les dégrader sans l'autorité du souverain qui se fait gloire d'en être le conservateur et le tuteur. J'ai l'honneur de vous faire voir qu'arracher les vignes de nos clos, ce serait en diminuer la valeur, le ministre public pourrait donc nous inquiéter et nous reprendre, quelle nécessité de s'exposer à des reproches ? Conservons à nos successeurs ce que nos pères nous ont laissé, et comme ils nous l'ont laissé.

Il s'agit donc à présent d'arracher les pommiers plantés dans nos clos de vignes et c'est la question. Or en le faisant, la communauté remplira son devoir, elle ne se fera aucun préjudice, loin de diminuer la valeur de ses fonds, elles l'augmentera, elle conservera ses vignes et plantera ces pommiers dans un terrain vague qui ne produit rien, qui est stérile pour toutes autre production que pour des arbres. On y en a déjà planté plus de douze cents pieds, il y reste encore assez de terre pour recevoir ceux qu'on retirera des clos de vignes, c'est l'unique moyen de rendre ces terres utiles et fructueuses et on conservera l'utilité qu'on tire de celui des vignes
.

Conclusion unanime


SUR QUOY nous délibérants et après nos très humbles actions des grâces du révérend père prieur pour la déférence qu'il veut bien avoir pour ses religieux et vu qu'il résulte de ce qu'il nous a fait l'honneur de nous dire

1) que le révérend père Dom Pierre Faudemer comme visiteur de la province était un de ceux qui composaient la diette de 1756, laquelle avait ordonné l'extirpation de la vigne et la plantation des pommiers au lieu et place de la dite vigne.

2) que cela avait été ce révérend père qui avait proposé et fait adopté à cette diette de 1756 le projet de Dom Langlois pour la destruction de cette vigne.

3) Que ce même révérend père Dom Pierre Faudemer, à la diette provinciale tenue au Bec le 25 avril de la présente année étant en sa qualité de visiteur à la tête des révérends pères députés de la province, mieux conseillé et plus éclairé par les mémoires contradictoires qui leur étaient remis, a reconnu ainsi que les révérends pères députés, le lui ont fait observer que la diette ni le chapitre n'ont aucun droit d'ordonner sur ce sujet, que de la manière dont le Révérend père prieur nous l'a ci dessus expliqué, que ces révérends pères ayant reconnu leur incompétence pour statuer sur cette question ont reconnu que c'est au révérend père prieur à la tête de sa communauté à juger de l'inconvénient qui pourrait suivre de la destruction de la vigne de nos clos, de l'avantage qu'il y a à les conserver dans leur état,

en adoptant donc comme nous adoptons le jugement du révérend père prieur et entrant dans touts les raisons qu'il nous a ci devant déduites, sommes convenus d'une voix unanime qu'on ferait incessamment enlever tous les pommiers que Dom Langlois avait fait planter dans les deux clos et qu'on les ferait replanter dans la pièce de Broville et autres lieux convenables et que nous conserverions nos clos en nature de vigne avec d'autant plus de raison que le Grand-Clos étant un bien partable que nous ne pouvons le dénaturer ni le détériorer
Brosville


La pièce de Broville dont nous parle ce document est manifestement assise au hameau de Brosville, situé dans la commune de Saint-Etienne-sous-Bailleul. Il s'y trouve aujourd'hui un gite rural du nom des Grandes-Vignes, rue de Brosville. Cette rue encercle une vaste étendue en compagnie du chemin dit des Vignes. Voilà qui donne donc une idée de la localisation du vignoble jumiégeois.


pourquoi prions le révérend père Dom Vincent Mallet, procureur, de se transporter le plus tôt qu'il pourra sur les lieux pour exécuter notre présente délibération que nous avons signé les jour et an que dessus.


Fr Augustin Leclerc, prieur, Fr J. françois Durel, sous prieur, fr Charles Louis Lefort, fr. Pierre Sénéchal, fr. n. jos. de Bély, fr. Vincent Mallet, fr. J. Jacque Eustache, fr. Michel Vaulageant, Fr. Bapt. Huard,  fr. … Benoît Vincent, fr. Monier.

Epilogue



La dernière vendange de Longueville aurait eu lieu en 1970. La cuvée avait encore pour emblème des clefs monastiques. Saint-Pierre d'Autuils, anciennement Longueville, s'est appelé ainsi en référence à l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges.

Le vignoble de Longueville continua donc à produire pour l'abbaye de Jumièges. Mais au moment où nos frères délibéraient du maintien des vignes, un procès retentissant était engagé.
En 1748, le maréchal de Belle-Isle, seigneur de Vernon, avait en effet décidé de s'emparer du domaine de Longueville pour le rattacher à son duché. Il prétendait que ces terres n'étaient en rien un fief noble mais un domaine roturier relevant donc de sa seigneurie de Vernon.

Après lui, son successeur, le duc de Penthièvre, petit-fils en ligne batarde de Louis XIV, reprit les mêmes arguments. Contre toute attente, un jury d'arbitrage lui donna raison. Dom Marc-Antoine Courdemanche, le procureur de l'abbaye qui menait ce procès à Paris, fit appel en justice et l'on parvint à un compromis. Penthièvre consentait à acheter la seigneurie pour 50 000 livres. La communauté de Jumièges, présidée par dom Marie, refusa dans un premier temps. Mais finit par signer. Le fief de Saint-Pierre-d'Autils fut alors démembré. Une majeure partie, de la paroisse alla sous ce nom au duc de Penthièvre avec ses droits seigneuriaux, une autre, appelée fief de Jumièges, resta à l'abbaye. Il s'agissait de 160 acres de terre, avec droit de chasse, de colombier et tout privilège noble. Ce fief était placé sous la mouvance de la vicomté de Vernon mais sans servitudes. Ainsi s'acheva un conflit qui traînait depuis 40 ans. Curieux procès du reste. Voilà l'abbaye de Jumièges soudain dépossédée d'un bien qu'elle gère depuis 800 ans au prétexte que cette terre ne serait pas noble. Et dans l'arrangement qui est conclu, le fief de Penthièvre comme celui de Jumièges sont tous deux considérés comme des fiefs nobles...

Ci-dessous, un plan de 1825 et deux images qui montrent l'ancienne ferme du prieuré, aujourd'hui mairie et son préau orné de colonnes. Une aile du grand bâtiment figuré en rouge sur le cadastre a disparu...

Les bâtiments du manoir seigneurial et la chapelle du prieuré seraient revenus à Penthièvre. Jumièges conserva pour sa part la ferme mais les choses demandent à être précisées quant au devenir des différents bâtiments...
Le 17 août 1779 en tout cas, les habitants de Saint-Pierre-d'Autils se rendirent au château de Vernon pour rendre hommage au nouveau seigneur. Un vingtaine de filles, vêtues de blanc, parées de rubans roses, marchaient en tête deux par deux, l'une d'elles portait une corbeille de fleurs. Suivaient le curé et les hommes en arme. Courdemanche les précéda pour être le témoin de cette allégeance. Ilprit même la parole après le curé. Mais les ennuis étaient encore devant lui.  Quand Courdemanche voulut percevoir les arréages de ses anciens vassaux dûs avant la signature du traité, il ne put rien obtenir des habitants de Saint-Pierre. Certains prétendaient les avoir déjà versés au nouveau seigeur sans montrer de justificatif. Pressé par Marc-Antoine Courdemanche, Penthièvre consentit à verser 15 000 F à l'abbaye. Mais il y avait pire. Les 50 000 livres de la vente avaient été mis entre les mains du notaire du clergé... qui mourut en faillite. On crut cet argent perdu dans la banqueroute. Mais non, cinq jours avant sa mort, Me Bronod avait bien crédité l'abbaye de cette somme pour lui fournir une rente annuelle.
Le duc de Penthièvre, l'une des plus grosses fortunes d'Europe, devint le nouveau seigneur de Saint-Pierre d'Autils en 1779. Son adversaire,  Courdemanche, procureur  de Jumièges, lui vouait une véritable fascination au point faire venir son portrait à l'abbaye après le procès qui les opposa. Il en devint même l'historiographe zélé et se fit appeler volontiers de Courdemanche..
Courdemanche eut ensuite d'autres démêlés financiers qui lui firent renoncer à sa charge de procureur de Jumièges. Il fut nommé en 1788 prieur de Lyre tout en se faisant l'historiographe béat du duc de Penthièvre. Il meurt en février 89, quelques mois avant la Révolution.

Entre temps, si elle conserva ses vignobles de Longueville, l'abbaye de Jumièges s'approvisionnait à d'autres sources. Emile Savalle : "Dom de Saulty, le cellérier, qui avait spécialement le service de la cave et de la bouche, se rendait chaque année, après les vendanges, en Bourgogne, d'où il revenait avec un chaland plein de fûts de vin pour les besoins de l'infirmerie, des églises et de l'hôtellerie. À Pâques, d'ailleurs, c'était l'usage, MM. les religieux devaient le vin nouveau à tous les curés qui étaient à leur nomination."
 
Voici ce que l'on trouvait dans la cave de l'abbaye avant sa fermeture :

Janvier 1784 : 19 muids de vin en provenance des vignobles de Longueville, 14 venant de Bourgogne, 200 bouteilles de diverses qualités, 60 muids de gros cidre et 63 de petit. L'abbaye nourrit alors 40 personnes.

Fin 1787

- vin de Bordeaux : 14 pièces ;
- vin de Méricourt : 5 1/2 muids ;
- vin de Beaugency : 1 barrique ;
- vin de Graves blanc : 1 1/2 muid ;
- vin de Graves rouge : 1 barrique ;
-
cidre gros et petit, y compris le poiré : 257 muids.


Fin 1788

- vin de Maçon : 6 barriques ;
- vin rouge : 380 bouteilles ;
- vin blanc : 140 bouteilles ;
- eau de vie : 70 bouteilles ;
- vin de liqueur ou muscat : 60 bouteilles ;
- vin de Madère : 30 bouteilles ;
- cidre petit : 130 muids ;
- cidre gros 30 muids ;
- poiré : 8 muids.



Sources

- Dossier 9H37 numérisé aux archives départementales de la Seine-Maritime par Josiane et Jean-Yves Marchand, rédaction : Laurent Quevilly.
- Emile Savalle, Les derniers moines de l'abbaye de Jumièges.
- Abbé Cochet, culture de la vigne en Normandie.
- Vins de Normandie

Annexes

 
Le duc de Penthièvre, mémoires de Dom Courdemanche : documents inédits sur la fin du XVIIIe siècle / par Étienne Allaire

M. de Metz eut pour successeur, comme abbé de Jumiéges, Francois-Camille de Lorraine, prêtre du diocèse de Paris et grand prévôt du chapitre de Strasbourg. Ce prince maintint ses droits d'abbé, et toucha régulièrement le beau revenu de son abbaye ; mais il laissa ses moines tranquilles et leur permit de conserver en paix ce qui leur restait. N'avaient-ils pas déjà bien assez de peine à se défendre contre leurs ennemis ?


De tous cotés on entendait retentir le sinistre cri de guerre : Écrasez l'infâme. Le fameux procès, la condamnation et l'abolition de la Société de Jésus avaient révélé dans les Parlements des exécuteurs de la haute justice de la philosophie (1). La mollesse des mœurs et la hardiesse téméraire des idées qui régnaient dans le monde pénétrèrent jusque dans les monastères, et ruinèrent la discipline des Bénédictins (2). 

(1) Lettre de d'Alembert à Voltaire, 4 mai 1762.
(2) Archives des missions scientifiques et littéraires, t. VI, p. 394 et 396. Procès de Saint-Germer, les moines contre l'abbé.

Dans de telles circonstances, il était difficile à MM. les Religieux de l'abbaye de Jumiéges de protéger contre les empiétements de la convoitise leurs droits féodaux et leurs biens de mainmorte, contestés ou frappés de l'improbation générale (1). L'un des procès qui leur causèrent de grandes dépenses et de longs ennuis fut l'affaire de la seigneurie d'Authis.

A qui appartenait la seigneurie des paroisses de Saint-Pierre d'Authis, ou Longueville (2), et de Saint-Étienne-sous- Bailleul proche Vernon, avec des extensions dans les paroisses de Saint-Just, Saint-Marcel, la Chapelle-Genevray, et jusque dans Bisy même? 

(1) Inconvénients des droits féodaux, 1776, par M. de Boncert, commis du ministre Turgot.
(2) Il ne faut pas confondre ce Longueville, petit hameau de Saint-Pierre d'Authis, dans le département de l'Eure, avec Longueville, près de Dieppe, dans le département de la Seine-Inférieure.

Tel était l'objet de la contestation. L'abbaye de Jumiéges, au droit de sa fondation, jouissait de cette seigneurie depuis plus de sept siècles. Les titres originaires étaient d'accord avec la possession sur ce point. Cette vérité échappa aux yeux du maréchal de Belle-Isle : devenu propriétaire de la vicomte de Vernon en qualité d'échangiste, il prétendit que les Religieux de Jumiéges ne possédaient dans Authis que des terres et des rentes roturières qui ne formaient pas de fiefs. Il ne voyait dans les chartes de donation, présentées par les religieux, nul caractère de féodalité, et dans leur possession qu'une usurpation et un abus. Les domaines de Gisors, Andely et Lyons-la-Forêt étaient entre les mains de ce seigneur en même temps que la vicomté de Vernon et le marquisat de Bisy ; il fit réunir le tout, d'abord en comté de Gisors, puis en duché, et enfin en duché-pairie. L'époque de cette dernière opération fut l'année 1748. Alors, le petit-fils du surintendant Fouquet, au comble de la faveur (1), semblait pouvoir tout désirer et tout oser.

(1) Dans ses Mémoires, le président Hénault (par de Vigan, Paris, 1855), p. 259-270, l'appelle Incredibilium cupitor.

Les Religieux de Jumiéges, voyant que leur fief de Saint-Pierre d'Authis était compris dans le nombre de ceux qui devaient composer le nouveau duché-pairie, firent opposition à l'enregistrement des lettres patentes qui proclamaient son érection. Les parties procédèrent d'abord au Parlement de Normandie, puis par évocation au Conseil du roi, enfin par attribution à la troisième Chambre des enquêtes du Parlement de Paris. Ce dernier tribunal rendit deux arrêts provisoires, en 1756 et en 1758, favorables aux religieux. Le Maréchal craignait un arrêt définitif qui pouvait le déclarer vassal des moines, lorsqu'il fut tout à coup accablé par un plus grand malheur.

Son fils unique, le comte de Gisors (1), qui devait posséder le nouveau duché, fut grièvement blessé à la bataille de Crevelt et mourut trois jours après. L'ennemi vainqueur l'honora de ses larmes.

(1 ) Le comte de Gisors, étude historique par C. Rousset.

Un concert de louanges éclata en France et consacra la mémoire du jeune héros, chéri de la Cour, respecté de l'armée et regretté jusque dans le peuple.
Mais qui l'aima et le pleura plus que son père? Le maréchal ne tenait plus à rien en ce monde : en 1759, il vendit au roi son duché de Gisors, et ne s'en réserva que l'usufruit pendant le reste de ses jours. Pour se délivrer du souci que pouvait encore lui donner la seigneurie d'Authis, il obtint, en 1760, un arrêt du Conseil du roi, qui, sans préjudicier aux droits des parties quant au fond, ordonna qu'il serait sursis à toutes demandes, procédures et poursuites, avec défense aux Religieux de Jumiéges d'innover ni rien attenter, notamment de chasser ni faire chasser dans l'étendue de la paroisse d'Authis, etc., jusqu'à ce que, par Sa Majesté, il en fût autrement décidé. Il semble que l'intérêt de la chasse fût le seul qui animât encore le Maréchal dans la contestation. Cependant, il avait usé de son crédit pour obtenir de l'autorité ce qu'il n'avait pu obtenir de la justice. Mais il ne survécut guère à son fils : il mourut en 1762.

Le superbe domaine de Gisors, Vernon, etc., avec le château de Bisy et les embellissements considérables qu'y avait faits le maréchal de Belle-Isle, ne pouvait plus convenir qu'à un prince. Le comte d'Eu, dernier fils du feu duc du Maine, céda au Roi sa principauté des Dombes pour avoir en échange Gisors, Vernon et ses dépendances (1). Jaloux de jouir en pleine sécurité de tous les avantages de sa nouvelle acquisition, ce prince fit confirmer l'arrêt de surséance de 1660 par un second arrêt du Conseil, et les choses demeurèrent dans le même état à Authis et à Saint-Étienne-sous-Bailleul ; mais le comte d'Eu n'en tira pas grand profit (2). 

(1) Mémoires du président Hénault, p. 286.
(2) Manuscrits de dom de Courdemanche.

« Si, d'une part, les vassaux des Religieux de Jumiéges se dispensaient de rendre leurs devoirs à leurs seigneurs, sous prétexte qu'ils étaient dans la mouvance du rince ; d'autre part, quand les officiers du Prince demandaient des devoirs à ses vassaux propres, ces derniers prétendaient être dans la mouvance de MM. les Religieux. Dès lors, toute poursuite étant défendue aux seigneurs respectifs, la commise des vassaux de part et d'autre demeurait impunie ; ce qui maintint les vassaux dans une indépendance totale jusqu'en 1774. Mais alors, sur la demande du comte d'Eu et de MM. les Religieux, le Conseil du Roi rendit un troisième arrêt qui annula les deux premiers, et permit au Prince et aux Religieux de oursuivre leurs droits. »

Voilà donc les Religieux de Jumiéges remis dans le même état où ils étaient immédiatement après les arrêts du Parlement de 1756 et 1758 : ils ont le libre exercice provisoire de leur seigneurie d'Authis et dépendances. C'est dans cet état que les trouva, en juin 1776, le duc de Penthièvre, héritier du comte d'Eu, et qu'il les fit assigner en reprise d'instance.










Les vignobles de Saint-Pierre-d'Autils étaient encore vantés dans les année 1900 et M. Fleury, un vigneron, obtint le mérite agricole.
L'abbaye de Jumièges ne fut pas la seule à vendanger à Longueville. Richard II, nous dit l'abbé Cochet, concéda douze arpents à l'abbaye de Fécamp qui furent cultivées jusqu’à la Révolution. Voici ce que nous lisons dans un inventaire des biens de cette abbaye dressé en 1790 par Alexis Lemaire, son dernier prieur : « Les religieux font valoir, en la paroisse de Saint-Pierre-Longueville, le clos de Hardent, contenant douze arpens, planté en vignes, clos de murs, édifié d’une maison, cour, pressoir et écurie. On y récolte jusqu’à 136 muids de vin, mais la dernière récolte n’a produit qu’un muid et demi. Année commune, on y récolte 95 muids, qu’on estime de même à 70 # le muid, ce qui fait 3,850 #, sur quoi il faut diminuer les frais de culture, fumier, échalas, gages du concierge, frais de vendanges, etc. » ; et, au chapitre des meubles, on lit : « Deux pressoirs avec tous les ustensiles nécessaires, dont un pour le vin, dans la métairie du Hardent. » 95 muids année commune, c'est trois fois plus que la production de Jumièges.

Par ailleurs, une charte de Guillaume-le-Conquérant confirmait à l’abbaye de Montivilliers cinq arpens de vigne à Longueville que Ubasta, fille de Rimer, avait apportés avec elle en se faisant religieuse dans ce monastère.

On appelait Longueville, nous dit Léopold Delisle, le territoire qui environnait Vernon. On l'a quelquefois pris pour le nom d'une paroisse ou d'un village mais il désigne ordinairement tout un pays dans lequel se trouvaient compris une partie de Vernon, Saint-Marcel, Saint-Just et Saint-Pierre d'Autils. La fertilité des vignobles de Longueville est attestée par Robert du Mont et par l'auteur d'une chronique rouennaise, qui a deux fois signalé dans son récit les accidents survenus aux vignes de Vernon. Richard II donna à l'abbaye de Fécamp 12 arpents de vigne à Longueville. Osmond de Longueville, surnommé la Bête, y en donna 3 aux moines de la Trinité de Rouen. Sous Guillaume le Conquérant, l'abbaye de Montivillers acquit 5 arpents de vigne à Longueville.

Au XIIe siècle, les comtes d'Evreux possédaieut à Longueville des revenus considérables de vin, dont ils aumônèrent plusieurs muids aux moines de Saint-Evroul et aux Bons-Hommes de Gaillon. Au suivant, les revenus des religieux de Saint-Taurin à Longueville, consistaient en 2 muids et demi et 2 pots et demi de vin blanc, et en 16 muids moins 2 pots et demi de vin rouge.

Vers l'année 1030, Goscelin donna à la Trinité de Rouen, 10 arpents de vigne à Vernon. Guillaume le Conquérant en aumôna 3 aux religieuses de Caen, qui en furent, à la mort du donateur, dépouillées par Hugue de Reviers.  En 1131, Mathieu de Vernon devait payer à l'échiquier d'Angleterre 100 muids de vin, parce que son frère avait transigé au sujet d'un duel judiciaire. Des vignes, sises à Vernon, furent confirmées aux moines de Mortemer, en 1190, par le roi Richard, et, en 1202, par Philippe-Auguste. En 1304, Raoul de Tuit, clerc, transporta à Saint-Taurin la rente d'un muid de vin, moitié rouge et moitié blanc, que lui devait Guillaume Louvel à Vernon. Les religieux de Sainte-Geneviève de Paris, de Saint-Evroul, Bec, de Montebourg et des Vaux de Sernai et les dames du Trésor, possédaient aussi des vignes ou des rentes de vin à Vernon. En 1227, on y recueillit pour le roi 16 muids 11 setiers, mesure de Paris et, en 1301, Philippe le Bel racheta, moyennant 100 livres tournois, la sergenterie de la bouteillerie de Vernon.

Vers 1060, les moines de Sainte-Catherine acquirent à Bizi deux arpents de vigne; en 1243, ils rachetèrent une rente de 10 muids de vin, due sur leur clos de Bizi.

Les religieux de Fécamp semblent avoir joui de quelques vignes à Saint-Just. Mais les principales y appartenaient à ceux de Saint-Georges de Bocherville. Richard de Vernon leur avait concédé un arpent de vigne en Caleel, acheté moyennant 22 livres, un autre arpent dans les vignes de Ru, et un demi dans le fief de Hugue de Blaru. Ils y acquirent de nouvelles pièces ou de nouveaux droits, en 1293, 1298 et 1306. Les vignes de Saint-Just et de Gamilli sont encore mentionnées dans un titre de 1363.

En 1231, on cite à Saint-Marcel la vigne des Cioseaux. La même année, Nicolas du Moutier, de Longueville, devait rendre aux Templiers de Bourgoult 3 muids et demi de vin blanc, pour la maison seigneuriale de la vigne Mabon, à Saint-Marcel.Mabon. Un acte de 1313 parle d'une pièce de vigne, sise à Saint-Marcel, appartenant aux chanoines d'Evreux, et chargée d'une rente d'un demi-muid de vin blanc, due à la Maison-Dieu de Vernon. L'abbaye de Bernai, à cause de son prieuré de Pressaigni-l'Orgueilleux, possédait encore, en 1388, des vignes à Saint-Marcel et celle de Saint-Amand, en 14l9, y avait des rentes montant à 13 muids de vin. Elles devaient sans doute leur origine à une donation d'Ansel de Blaru. Deux ans ptus tard, Richard Mabon, de Saint-Marcel, du consentement de Pierre Poulain, seigneur du fief, donnait à la commanderie de Saint-Etienne de Renneville une rente d'un muid de vin blanc sur le quart de la vigne.

Un chevalier de Panilleuse,  nommé Oger, aumôna aux religieux de Sainte-Catherine une vigne, située à Autis.  En 1243, ils amortirent la rente d'une certaine quantité de raisins qui grevait leur clos d'Autits.  Etienne de Nuisement concéda au chapitre d'Evreux un arpent de vigne, à Saint-Pierre d'Autils, appelé la PIante-Forsel. En 1291, Pierre Lohout, de Saint-Pierre d'Autits, vendit à l'archevêque de Rouen une rente de six barils de vin blanc, bon et suffisant, à la mesure de Longueville, et, en 1347, le roi donna à Renaud Coquitte 4 arpents de vigne, à Saint-Pierre d'Autils.



De nombreuses pièces d'archives concernent le domaine de Longueville Citons ;
9 H 919. Domaine de Longueville. – Baux de la baronnie, fief, terre et seigneurie du « cy-devant prieuré de Saint-Pierre-d’Autils, consistant en manoir seigneurial, terres en labour, prairies, pâtures, rentes seigneuriales et foncières sur tous les vassaux de ladite baronnie et seigneurie de Saint-Pierre-d’Autils, Saint-Etienne-sous-Bailleul, Saint-Just et autres lieux en dépendant, en les deux tiers des dîmes de tous grains, en telle quantité de grosses dîmes qu’il en appartient à l’abbaye de Jumièges, dans le droit de franche moute au moulin Broquet à Saint-Etienne-sous-Bailleul, dans le droit de pêche en la rivière de Seine, dans le droit de treizième, etc

9 H 946. Domaine de Longueville. – Procès entre les religieux de l’abbaye de Jumièges et Louis-Charles de Bourbon, comte d’Eu, qui prétendait que du comté de Vernon, que lui avait cédé le Roi en échange de la principauté de Dombes, dépendait la seigneurie de Saint-Pierre-d’Autils, 1763-1774

9 H 947. Domaine de Longueville. – Procès entre les religieux de l’abbaye de Jumièges et Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, héritier du comte d’Eu, qui revendiquait en cette qualité les droits prétendus par ledit comte d’Eu à la suite de l’échange conclu avec le Roi de la principauté de Dombes contre le duché de Gisors, affirmant que du duché de Gisors dépendaient les bourgage et vicomte de Vernon et que ledit bourgage de Vernon comprenait entres autres paroisses celles de Saint-Pierre-d’Autils, Saint-Étienne-sous-Bailleul, La Chapelle-Genevray, Saint-Just, Saint-Marcel et Bizy, 1776-1787

Par transaction passée le 3 juillet 1779 entre le duc de Penthièvre et François-Camille prince de Lorraine, abbé commendataire de l’abbaye de Jumièges, il a été convenu ce qui suit :

1) l’abbaye de Jumièges cède au duc de Penthièvre pour être réuni à son domaine de Vernon ou être érigé en nouveau fief à son choix, toutes les rentes seigneuriales dépendant du fief de Saint-Pierre-d’Autils appartenant à ladite abbaye et ce qui s’étend en ladite paroisse et celles de Saint-Etienne-sous-Bailleul, Saint-Just, Saint-Marcel, la Chapelle-Genevray et Bizy, comprises dans le bourgage de Vernon, avec le droit de pêche en Seine, et généralement tout le domaine fieffé dudit fief d’Autils ;

2) ladite abbaye se réserve tout le domaine non fieffé dudit fief d’Autils dans les paroisses précitées, toutes les dîmes, dans l’étendue desdites paroisses ainsi que la dîme en vin sur le Clos-Ardent appartenant à l’abbaye de Fécamp, et la franche-moute au moulin de Broquet à Saint-Étienne-sous-Bailleul, la propriété de la chapelle du prieuré de Saint-Pierre-d’Autils, la nomination aux cures de Saint-Pierre-d’Autils et de Saint-Étienne-sous-Bailleul qui appartient au prince de Lorraine comme abbé commendataire de Jumièges et la nomination à la chapelle saint Nicolas dans la paroisse d’Autils qui appartient au prieur de l’abbaye, les arrérages des rentes et les treizièmes échus jusqu’au 1er janvier 1779.
3) ladite abbaye s’oblige à remettre au duc de Penthièvre tous les aveux, déclarations, gages-plèges, contrats d’inféodation et tous autres documents qu’elle peut avoir relatifs à la présente cession.

– En échange des objets ci-dessus, le duc de Penthièvre s’oblige à faire payer aux religieux de Jumièges la somme de 50.000 livres en contrats sur le clergé à quatre pour cent.

9 H 948. Domaine de Longueville. – Procès entre les religieux de Jumièges et : 1° demoiselle Charlotte de Bretteville, veuve du sieur de La Houssaye ; – 2 Jean de Dessus-le-Pont ; –  3° Jacques Fleury, acquéreur des héritages de Denis Vinemer ; – 4° Noël Legendre ; – 5° le cardinal de Vendôme, archevêque de Rouen, qui prétendait tenir et exercer sa juridiction dans la seigneurerie de Saint-Pierre-d’Autils à cause de sa châtellenie de Gaillou. – Procédures diverses relatives aux communes de Longueville. 1491 (copie)-XVIIIe siècle.

9 H 956. Domaine de Longueville. – Saint-Pierre-d’Autils. – Dîme du vin (baux ; – démêlés entre les religieux de Jumièges et le sieur Robert Gaudry, curé de Longueville ; – procédure au sujet de la dîme d’un arpent de vigne sise au Clos-Ardent, appartenant aux religieux de Fécamp, et en vertu de laquelle ceux-ci sont obligés de la payer à l’abbaye de Jumièges. – Champart ......................................1251-1783


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