Dans la région de Duclair, Jacques Quevilly fut une personnalité. On le trouve d'abord feudiste de l'abbaye de Jumièges à la fin de l'ancien régime. Un temps garde national. Enfin juge de paix du canton de Duclair. Biographie...

Par Laurent QUEVILLY.


Le 24 janvier 1774 mourut à l'abbaye de Jumièges Marie Anne Pignard, 40 ans. Elle y était servante. Ce qui montre que les femmes avaient leur entrée dans le monastère. Elle était l'épouse de Nicolas Campion, journalier. Ceux qui déclarèrent son décès furent Pierre Desporte, tailleur, et Jacques Quevilly, dit alors domestique à l'abbaye.

Le Quevilly domestique


Mais d'où nous vient ce Quevilly ? Il est né en la paroisse de Saint-Ouen-de-Thouberville le 27 octobre 1754. Ses parents avaient pour noms Charles Quevilly et Marie Anne Lequesne. Si ses parrains, Jacques Bienvenu, fils de Jacques et Marie Madeleine Bertrain étaient de parfaits illettrés, son père, en revanche, signait d'une écriture assurée de même que son grand-père, Nicolas Quevilly
Quevilly n'est pas un nom usité dans la paroisse de Saint-Ouen-de-Thoubervile. Ni dans les alentours du reste où il est quasi-inexistant. Les Quevilly font plutôt florès rive droite à partir de Duclair. Sur les quelques générations observées à Saint-Ouen de Thouberville, on ne voit aucun Quevilly venir parrainer un enfant. Manifestement, Nicolas, l'aïeul, était originaire d'une paroisse éloignée quand il épousa, peu avant 1720, une fille du cru, Marie Houzard. Isolé, ce Nicolas semble être le fils naturel d'une certaine Catherine Quevilly qui, attachée à son fils, mourut sous son toit.

Alors, comment Jacques Quevilly vint-il s'établir à Jumièges,
"cette commune où j'ai été élevé..." écrira-t-il plus tard. Oui, comment devint-il domestique à l'abbaye ? Les parents, les grands-parents mêmes de Jaques Quevilly vivaient encore à Saint-Ouen-de-Thouberville lorsqu'il achevait son adolescence. Si Jacques Quevilly a été "élevé" à Jumièges, voilà qui témoigne d'un parcours original. Ne devrait-on pas dire plutôt qu'il fut "enlevé" à sa famille pour grossir le personnel de l'abbaye. En 1774, à la mort de la servante dont nous avons parlé plus haut, il a alors 20 ans. Maintenant, de domestique, il va se hisser à un statut plus enviable...

Le Quevilly feudiste


En 1784, on retrouve "Monsieur Quevilly" comme feudiste de l'abbaye. Il a trente ans et aura été pris sous la coupe d'un officier de l'abbaye comme Michel Dinaumaire, le procureur. Personnage importantn lee feudiste. C'est un spécialiste en droit féodal, l'homme d'affaires des seigneurs, un rat d'archives qui ravive des droits tombés en désuétude et tient à jour les terriers. Quevilly est donc craint du peuple et nombre de nos ascendants ont eut nécessairement affaire à lui. Voici une procuration en ce sens datée de 1784. 

Procuration à M. Quevilly

L'an de notre seigneur Jésus Christ mille sept cent quatre vingt quatre, le vingt huit mars, le révérend père prieur dom Pierre Amand Bride, prieur de l'abbaye de Saint-Pierre de Jumièges, a proposé a la communauté assemblée à l'issue des primes de donner au sieur Quevilly, feudiste de la maison et à présent à Vimoutiers, une procuration pour blâmer les aveux et faire des réunions lorsque le cas y écheroit aux conditions qu'au préalable il consulteroit le père procureur, ce à quoi toute la communauté a consenti, en foy de quoi j'ay dressé le présent acte le jour et an que dessus et a été signé par le révérend père prieur et les seinieurs et moy secrétaire du chapitre.

Fr P. Amand Bride fr Cadet souprieur, fr de Mesanges, fr Courbet secrétaire du chapitre.

On voit que Quevilly exerce alors ses talents dans la baronnie de Vimoutiers où Jumièges engrange foule de revenus de par ses droits et possessions. L'abbaye y est représentée par un Sénéchal appartenant, de père en fils, à la même famille. En 1784, il s'agit de René François Le Bis, avocat au Parlement
.

Le sénéchal de la baronnie de Vimoutiers, nous dit Bernard Bodinier, tient régulièrement les réunions prescrites par le seigneur. Ainsi, le 12 novembre 1784, il déclare qu’il tiendra plaids et gages-plèges pour les biens de la baronnie de Vimoutiers dépendant du bailliage d’Exmes le jeudi 2 décembre suivant, à 9 h, au prétoire ordinaire. Ce sera le lendemain, à la même heure, pour ceux « dépendant du bailliage d’Orbec », mais l’audience se tiendra chez la veuve Letourneur du Vaussery, receveur de la baronnie, rue du Perré.
Les plaids et gages-plèges du fief Dubosc de Saint-Pierre-de-Meulles ont lieu le surlendemain, à 10 heures, au hameau de la Grandière, chez Thomas Dallet qui n’est pourtant que tisserand mais est l’un des trois seuls propriétaires de maison sur le fief.
Les réunions sont organisées par
« René François Joachim Le Bis, licencié ès lois, avocat au Parlement, pour absence cause de maladie de Me Joachim Le Bis, sieur de la Coste, sénéchal ordinaire de la baronnie, assisté de Me Jean Michel Gaugain, greffier ordinaire d’icelle », en présence de Jacques Quévilly, feudiste de la baronnie, qui représente les religieux.
[...]

Les vassaux sont tenus de venir payer leurs redevances, sous peine d'amende, et Quevilly est très sourcilleux quant au maintien de l'ordre dans la baronnie. Bodinier :

Les vassaux présents sont interpellés de nommer l’un d’entre eux pour le service de prévôté jusqu’aux prochains gages-plèges. Ils refusent, aussi bien ceux dépendant du bailliage d’Exmes que ceux du bailliage d’Orbec. Alors, le feudiste, qui représente les religieux, déclare que ces derniers nommeront un huissier ou un sergent pour assurer la fonction. Michel Pernelle est chargé de « fournir un lieu ou prison pour détenir les malfaiteurs pris dans l’étendue de la baronnie conjointement avec les cotenants de la maison nommée la Geôle ».

Il expulse Michel Deshayes


Retour dans la baronnie de Jumièges. Craint, voire détesté du peuple, Quevilly l'est sûrement. En 1786, pour loyer impayé, il est chargé par les moines de chasser d'une terre de l'abbaye un certain Michel Deshayes. En témoigne cette délibération du chapitre :

10 8bre 1786
Procuration à M. Quevilly pour prendre possession de la fieffe de Michel Deshayes.

L'an de NSJC 1786, le 10ème jour du mois d'octobre, le RP prieur Pierre Amand Bride, prieur de ce monastère de St Pierre de Jumièges, ordre de St Benoit, congrégation se St-Maur, ayant fait assembler la communauté du dit monastère en la manière accoutumée vers midy, a dit que le nommé Michel Deshayes, tenant une petite fieffe de l'abbaye sise sur le bord de la rivière se trouvoit dans le cas d'être expulsé de la ditte fieffe, faute par le dit Deshayes d'avoir voulu payer les arrérages de huit années de la rente, après avoir obtenu en différens tems deux sentences contre lui et en dernier lieu dans le mois de 7bre 1785 une transaction sur procès par laquelle il s'obligeoit, hors aucune autre formalité, ou a payer les arrérages échus et les frais précédens, ou a déguerpir de la ditte fieffe,
et le dit Deshayes ayant refusé non seulement de payer ce que dessus mais encore de sortir, on se trouve obligé d'en prendre possession dont procès verbal sera dressé et pour ce le RP prieur a proposé à M. Quevilly, feudiste de l'abbaye, pour agir au nom de la communauté et la représenter dans cette prise de possession,
les religieux assemblés, après avoir délibéré, tant sur les moyens proposés cy dessus que sur la personne que devoit les mestre a exécution ont consenti d'une voix unanime a donner procuration au sieur Quevilly pour prendre la ditte possession en son nom et en outre a prendre tous autres moyens de droit et de fait pour rentrer dans la ditte fieffe et le RP prieur m'ayant ordonné de dresser acte de la ditte délibération je l'ai faite le jour et an que dessus.

Rentes seigneuriales, bail à M. Quevilly


En octobre 1789, le sieur Quevilly réside dans un appartement placé sur la porte d'entrée du monastère. La perception des droits seigneuriaux de l'abbaye lui est affermée pour neuf ans...

L'an de NSJC 1789, le 12e jour d'octobre, la communauté capitulairement assemblée au son de la cloche en la manière accoutumée, le RP dom Pierre Amand Bride, prieur de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges lui a exposé
que le recouvrement des rentes seigneuriales et treizièmes de la Baronnie de Jumièges, Yainville et Le Menil et de la seigneurie de Hauville ditte la Cour l'abbé exigeroit des dépenses et des travaux qui absorberoient presque en entier le bénéfice qui en pourrait résulter,
que cette administration et perception conviendroit d'autant mieux à un fermier au fait de ces travaux, que le fermage seroit un revenu annuel plus certain et plus avantageux pour lad.  abbaye,
que si la communauté vouloit bien prendre en considération cet exposé, elle ne pouroit que donner de nouveaux témoignages de sa sagesse en décidant au présent chapitre si ces droits sont affermés ou non,
qu'au premier cas M. Jacques Quevilly, licencié es loix et feudiste se présentoit pour les prendre à loyer et fermages aux conditions

1° que les registres cueilloire seroient en sa libre disposition pendant la disposition du bail pour en faire la perception annuelle ;

2° qu'on l'aideroit des titres, aveux, gages pleges, plans et terriers en cas de contestation pour raifere de la perception, et ce sans déplacer parce qu'en ce cas il en prendroit les communications qu'il lui seraient nécessaires dans l'appartement du feudiste qui est placé sur la porte d'entrée de ce monastère où il lui seroit loisible de faire les travaux nécessaire pour faire reconnoitre les rentes soit pas des aveux conformes aux anciens ou autrement à quoi il s'obligeroit comme aussi de poursuivre les procès à ce nom de laiz communauté et cependant à ses frais pour la perception des droits et  reconnoissances d'iceux, en première instance seulement, entant toutes fois que les rentes pour lesquelles il y auroit procès ne seroient point prescrittes,
et qu'outre ces charges et obligations de sa part, il offre annuellement la somme qui sera arbitrée par le communauté sur le vu des états des d. droits seigneuriaux qui lui seront présentés dans un prompte délai, et ce de fermage par chacun an.

L'affaire mise en délibérations la d. communauté, après avoir mûrement réfléchi et délibéré, a d'une voix unanime décidé que les d. droits seigneuriaux seroient affermés audit M. Quevilly aux clauses charges et conditions cy devant exprimées pour le temps de neuf années qui commenceront par les rentes qui échoiront à la Saint-Michel 1790 et par les 13èmes qui échoiront depuis la St Michel 1789 et finiront à pareil terme 1798, des d. Neuf années révolues et accomplies.
En foi de quoi la d. Communauté a requis le présent acte capitulaire que moi secrétaire de chapitres et fait et rédigé pour servir et valoir ainsi qu'il appartiendra.

f: Bronquart quoique d'avis contraire. fr tousst Outin, fr Gobard, fr Allix, fr h. Hubert secrétaire.


La Révolution change tout



En octobre 1789, les moines de Jumièges restaient dont opitimistes sur l'avenir de leurs droits. Le lundi 3 mai 1790, trois officiers municipaux, Varanguien, Cabut, et Hue, accompagnés du citoyen Foutrel, greffier, organiste de l'abbaye, se rendent au couvent pour inventaire. Dans le registre capitulaire, les moines écrivent : "MM les officiers municipaux ayant passé outre à l'examen des comptes, au moment où les vêpres sonnoient, on les a laissés seuls et ils ont appelé le sieur Quevilly notre féodiste pour les aider dans leur travail..."
Le 5 mai, Quevilly fut encore mis à contribution en fournissant les livres de recettes de 1789. Lorsque l'on en arriva à l'examen des rentes dont bénéficiait l'abbaye, Foutrel nota : "Il n'a pas été arrêté les Registres des treizièmes et rentes seigneuriales, attendu que le tout est affermé au sieur Quevilly, feudiste, moyennant neuf cent livres non compris dans les affermages."


Le Quevilly garde national

La condition de feudiste du sieur Quevilly s'arrêta là. Comme nombre de notables, il tira son épingle du jeu. On le retrouve d'abord aux côtés d'un personnage important dans l'histoire de Jumièges. Le 28 février 1791, Pierre-Michel Lescuyer qui sera bientôt le premier acquéreur et pour finir le destructeur de l'abbaye, demanda à s'occuper des biens nationaux dans le District de Caudebec. « Ou au moins à Jumièges », plaida-t-il. Le 13 mars suivant, Lescuyer fut autorisé à collecter les rentes liées à ces biens en compagnie du « citoyen Quevilly ».
Mais, manifestement, notre ancien feudiste a bien du mal à joindre les deux bouts. On le nomme officier de la garde nationale. Il refuse, arguant d'un départ imminent dicté par la nécessité...

Ce jourd'hui, vingt quatre mai mil sept cents quatre vingt douze s'est présenté à notre greffe le sieur Quevilly, citoyen de la paroisse de Jumièges, lequel nous a déclaré qu'il est pénétré de la plus vive reconnaissance de l'honneur que lui ont fait MM les citoyens du canton de Duclair réunis en l'élevant au rang de commandant en second d'un bataillon, qu'il désireroit de tout son cœur être à portée de répondre à cette confiance et de s'en montrer digne par son zèle et son patriotisme,
mais que n'ayant point d'état certain dans ce moment cy qui puisse le retenir dans cet arrondissement, il se trouvera indispensablement obligé de se pourvoir dans un autre canton, peut-être même dans un autre département pour s'en procurer,
vu, dans cette position, il pense qu'il est plus de son devoir de ne point accepter le point honorable qui luy est défféré, que d'attendre plus long tems à le déclarer.
Il ne cessera point néanmoins de faire tous ses efforts pour se rendre toujours digne de la confiance et des suffrages de ses concitoyens et de leur prouver dans tous les cas qui se présenteront que s'il lui est impossible de se distinguer dans le grade honorable de commandant en second du moins il ne négligera rien pour le faire comme simple garde national et pour prouver son patriotisme, ce qu'il a signé avec nous lecture faire. Ainsi signé Quevilly et Foutrel, secrétaire greffier avec paraphe.


Collationné conforme au registre par nous secrétaire greffier de la municipalité de Jumièges soussigné ce jourd'hui 27 mai 1792.
Foutrel.

Finalement, Quevilly restera dans le canton de Duclair. En 1793, il demeure toujours à Jumièges. Avec Charles Merre, du Mesnil, il est l'assesseur de Michel François Dinaumare, juge de Paix du canton de Duclair en résidence à Jumièges. C'est l'ancien procureur de l'abbaye.
Le 25 juillet 93, les trois hommes se rendent à 7 h du matin au Mesnil, triége du Mouret, dans la masure de la veuve Vauquelin. En l'absence du greffier ordinaire, ils sont accompagnés de Maître Louis Romain d'Epouville, sergent à Jumièges. Ils trouvent au bord de l'eau le cadavre d'un enfant sous une toile.
 Il a été confié la nuit passée aux sieurs Pierre Linnocent et Adrien Lemonnier. Tête nue, simplement vêtu d'une petite robe ou fourreau de différentes couleurs, il paraît âgé de 5 ans. Arrive le chirurgien de Duclair, Me Désiré Dupuis. Les causes de la mort sont bien la noyade. Les blessures observées aux membres inférieurs sont dus à l'engin qui a servi à le repêcher. Ce premier constat est signé des cinq intervenants.
On interroge ensuite sous serment le père de l'enfant, Jacques Emilien Mauger, pannetier. Il était absent de sa maison au moment des faits.  Il ne sait rien se ce n'est que sa femme l'aura envoyé à la recherche de leur enfant qui devait être retiré de la Seine. C'est tout.
Jacques Fercoq, employé des Douanes dépose à son tour. La veille, il avait été porter du courrier à Duclair. Passant vers trois heures devant la maison des Mauger, il vit la femme en pleurs, disant qu'elle cherchait son enfant. Alors, il entreprit de le rechercher avec elle en barque. Au bruit de cet incident, il survint foule de monde si bien qu'au bout de quelques minutes, le corps fut retiré de l'eau. Ce que confirmera Pierre Linnocent, journalier de 55 ans. Après quoi, le corps fut laissé à ses parents pour lui donner une sépulture.
Le juge de Pais et ses assesseurs remettront leur rapport au citoyen Le Faucheur, ancien curé de la paroisse et officier public du Mesnil-sous-Jumièges. Dinaumare et Quevilly signent l'acte de décès.

En 1794, Jacques Quevilly avait quitté Jumièges pour s'établir au Mesnil. C'est sans doute grâce à ses solides appuis qu'il obtint la situation plus solide qui lui faisait défaut :


« Tableau nominatif des citoyens présentés à la Convention nationale par le comité des décrets , procès-verbaux et archives, pour remplir les places de préposés au triage des titres, conformément à l'article XIX de la loi du 7 messidor de l'an deuxième de la République,
Savoir (...)

Département de la Seine-Inférieure (…)

Quevilly , ex-archiviste, employé au salpêtre, à Yvilly, district de Caudebec »


Le monarchiste zélé


A la chute de Napoléon, Jacques Quevilly sera juge de Paix. Il réside toujours à Yville, chez le marquis de Gasville et n'hésite pas à dénoncer les mauvais sujets. Le 1er novembre 1815, il adresse ce rapport à l'administration sur les réfractaires aux réquisitions voulues par les armées d'occupation. Il le fait dans un esprit de justice pour ceux qui s'y sont pliés mais aussi pour éviter l'invasion d'Yville par des troupes prussiennes.

 "En exécution de vos ordres en date du 22 octobre dernier, l'adjoint (Désiré Hulin), en l'absence de M. le maire (le marquis de Gasville), a commandé les 15 voitures dont cette commune était taxée et a réparti cette charge publique avec la sagesse qui devait le diriger en faisant fournir une charrette et deux chevaux à ceux qui en avaient la possibilité et un cheval avec un autre pour ceux qui pouvaient faire autrement. 14 des personnes commandées ont fourni entre elles huit voitures et se sont en partie acquittées en payant une somme mais les autres n'ont point obéi sous différents prétextes dont plusieurs ont été reconnus faux.
"Ceux qui ont obéi aux ordres de l'adjoint se plaignent de ce que les autres n'ont pas fourni leur contingent et se promettent de ne pas obéir à l'avenir, puisque ceux qui ne l'ont pas fait n'ont rien payé et qui ne sont pas inquiétés pour leur désobéissance.
"Ce refus d'obéir est un exemple funeste dans une commune. Il n'a pas tenu à ces refusants que nous eussions une garnison prussienne dans celle d'Yville et Dieu sait quand nous aurions pu nous en débarrasser.
"Je crois qu'il serait de votre justice, Monsieur, d'obliger les refusants de payer, à raison de 25 francs par chaque voiture qui n'a pas été fournie, et que cette somme soit répartie entre ceux qui en ont fourni pour les indemniser en partie des frais, pertes et mauvais traitements qu'ils ont essuyés en route.
Voici les noms de ceux qui n'ont pas obéi : Nicolas D'Orléans, Pierre Nicolas Testu, Augustin Buquet, Louis Leblond, Pre Delarue, Michel Perdrix, Pierre Elie de la Mettairie et Pierre Decaux.
Si on ne leur donne pas un exemple, il est à craindre qu'on ne veuille plus obéir aux ordres des maires et adjoint, quelque pressante et de quelle importance qu'ils soient.
Mais de grâce, punissez les par leur bourse en non par l'envoi de garnisons prussiennes, car il en résulterait plus de maux que d'avantage.

PS. Monsieur de Gasville, maire, qui est à Paris, est instruit de la démarche que je prends la liberté de faire auprès des vous, Monsieur, à ce sujet, non comme dénonciateur, mais par la nécessité de faire observer l'obéissance aux autorités pour ne pas être exposé, à l'avenir, à des disgrâces que les administrateurs de cette commune ne méritent pas.

Le Quevilly juge de Paix


Durant les six années où Quevilly sera juge de Paix du canton de Duclair, voici à titre d'emples quelques affaires qu'il eut à traiter...

1818 : Quevilly condamne un quincailler ambulant lorrain pour mesures prohibées avec confiscation des instruments. 
Il se rend par ailleurs à Bardouville où un enfant s'est noyé dans un baquet. 


1820 : le juge Quevilly mène une enquête sur l'instituteur du Trait.

1821 : Thuillier est premier suppléant au juge de Paix. Le 26 juin, Quevilly dresse un rapport en vue de la nomination d'un maire à Jumièges.  Quand, en 1821, Hüe, le maire de Jumièges, est suspendu, Pierre Boutard fait savoir partout qu'il lui succédera. Quevilly rédige alors un rapport défavorable au préfet. Le texte de ce zélé précurseur des Renseignements généraux nous éclaire sur l'état d'esprit et les opinions politiques de Quevilly.

« J'entends dire plusieurs fois par jour par les habitants de Jumièges que j'ai l'occasion de voir que le Sr Pierre Boutard, de la commune, se vante d'être nommé, ou qu'il va incessamment être nommé maire en remplacement du sieur Hüe. Mû par l'intérêt que je prends à cette commune où j'ai été élevé et qui fait partie du canton duquel le gouvernement a bien voulu me confier l'honorable fonction d'y maintenir la paix et l'union, je viens réclamer votre protection pour les nombreux habitants qui la composent...

« Je dois rendre hommage à la vérité et je m'en acquitte pour écarter les maux et pour les intérêts du gouvernement que Dieu nous a donné pour le bonheur de la France : le Sr boutard ne peut convenir sous quelque raport que ce soit pour remplir la fonction de Maire. Il n'a ni la capacité ni les sentiments qu'exige cette honorable fonction ; âgé de 73 ou 74 ans, il n'a plus cette disposition, cette agilité nécessaire pour parcourir cette grande commune et y exercer une surveillance attachée à la mairie ; son opinion, s'il est susceptible d'en avoir une à lui, est diamétralement opposée aux principes du gouvernement ; en un mot, il est Bonapartiste et Libéral ; il n'aime point la dinastie régnante à la quelle il préfère l'usurpateur et son descendant et contre laquelle il tient des propos propres à manifester son opposition, propos qui ne proviennent certainement pas de son imagination, mais bien des mauvaises compagnies qu'il fréquante journellement. Il est en relation continuelle d'amitié, de conversation politique et de banquets avec des personnes connües pour professer des principes libéraux et contraires à la tranquilité et au bon ordre, sans cependant se mettre trop en évidence ; il est connu pour être vangeur, et sa nomination serait une calamité pour la commune par le despostisme et les vengeances qu'il y exerceroit. Sa conduitte avec sa Belle soeur de la famille de laquelle il tient la plus grande partie de sa petitte fortune, est son histoire en abrégé.

« Je ne crains pas de dire, Monsieur le préfet, que votre Religion a été trompée lorsqu'on vous a présenté un semblable candidat qu'on a toujours eu le plus grand soin d'écarter de ces listes fonde sur les motifs que j'allègue car il y a long temps qu'il désire d'être maire.
Cette commune quoique très populeuse n'offre pas de sujets réunissant les conditions voulües sous un règne paternel et bienfaisant pour en être Maire et père de cette grande famille.

« En 1814 ou 1815, le père du sieur Hüe, maire actuel, étant décédé, Monsieur de Gasville, alors sous préfet de l'arrondissement de Rouen (je crois que je me trompe de datte) fit prendre les renseignements nécessaires sur les mœurs, conduitte et capacité de son fils, et lui ayant paru remplir son but, il le proposa et le fit nommer maire de Jumièges en remplacement de son père, place qu'il occupe encore en ce moment. Il n'y avoit alors que lui qu'on pût valablement présenter. Et par la douceur de son caractère, la bonté de son cœur et l'amour du bien qu'il manifesta dans sa fonction, il sçut s'attirer l'estime de ses administrés qui applaudirent à sa nomination. Il a toujours paru attaché au gouvernement du Roy et aux princes de la famille royale et on n'a jamais entendu dire qu'il ait participé en rien dans les sociétés d'une opinion contraire.

« Aujourd'hui, connaissant cette grande commune et tous les habitants qui l'habitent depuis plus de 40 ans, je ne vois pas plus de sujets propres à cette fonction, qu'il n'y en avoit alors. Le Sr Hüe est encore celui à qui l'on doit donner la préférence si vous n'avez pas devers vous, Monsieur, des motifs propres à lui faire perdre votre confiance. Si le sieur hüe avoit ce malheur, la perte de cette confiance qui lui est chère sous tous les raports, entraineroit infailliblement la perte de celle des habitants qui lui ont confié l'administration de l'extraction des tourbes de la harelle, et lui attireroit peut-être d'autres maux, car souvent une disgrace en attire d'autres.

« Cependant il est père de famille et ne parït pas avoir prévariqué dans ses fonctions. Il peut avoir des ennemis qui cherchent à lui faire perdre sa place, et la concurrence peut lui en susciter ou y donner lieu, car je sçais que plusieurs Bonapartistes et répbublicains sont ligués contre lui pour faire nommer à sa place le Sr Boutard qui ne seroit dans cette fonction que le prête nom de tout ce que voidroient faire dans la commune ces ennemis de l'ordre et du gouvernement. Ce parti contraire remue toujours et emploie tous les moyens qui se présentent pour faire placer de leurs partisants dans les administrations et autres places quelles quelles soient.

« Votre justice et votre humanité, Monsieur le Préfet, sont parfaitement connues de nos admnistrés et chacun en espère qu'en prenant en considération les renseignements que j'ai l'honneur de vous présenter et que me dictent l'amour de la paix, du gouvernement à l'avantage des habitants de Jumièges, vous voudrez bien maintenir le sieur huë dans sa fonction, ou en tous cas de ne pas le remplacer par le Sr Boutard.

« Mais si contre toute attente, quelques puissants motifs vous obligeroient, Monsieur, à ôter la mairie au sieur Huë, qui seroit vraiment à plaindre dans ce cas, il n'y a de propre pour le remplacer que le sieur Le Sain, ajoint actuel, âgé de plus de 30 ans et qui est déjà au fait de l'administration municipale. Cet adjoint a reçu une bonne éducation. Il écrit et dicte fort bien, sa correspondance est agréable et bien suivie, elle fait preuve de sa capacité et des connoissances. Je n'ai point entendu parler défavorablement de ses mœurs ni de sa conduitte, mais j'ai des preuves de son royalisme que je crois sincère, et dont il ne s'est pas démenti depuis qu'il est adjoint.

« Je ne pourois pas en ce moment vous désigner une personne propre à remplacer le sieur Le Sain en sa fonction d'adjoint, tant je m'attache plustöt aux mœurs et aux principes des personnes plustôt qu'à leur fortune, mais je crois qu'il seroit possible de vous en désigner un sous peu de temps, si l'on ne vous en avoit pas désigné jusqu'à présent. Tels sont les renseignements que j'ai cru être de mon devoir de vous présenter afin que vous puissiez opérer le Bien que vous vous proposez.

J'ai l'honneur d'être avec respect,
Monsieur le Préfet

Votre très humble et très obeïssant serviteur
Quevilly
Ce 26 juin 1821


 Le 24 septembre 1821, Quevilly fut des souscripteurs pour le domaine de Chambord. Le château avait été offert au duc de Bordeaux, petit-fils de Charles X, et les Français se mobilisèrent pour financer sa réhabilitation.

Sa mort...


Le dimanche 27 janvier 1822, à cinq heures de l'après-midi, Jacques Quevilly mourut célibataire dans la maison qu'il occupait depuis fort longtemps près du château d'Yville et appartenant au marquis de Gasville. Louis Jacques Pitou, 54 ans, domestique du marquis, alla déclarer le décès en compagnie du garde champêtre, Jean-Pierre Lefebvre, 44 ans. Et ce fut l'adjoint Hulin qui enregistra leur déclaration.
Le sieur Chenée succèda à Quevilly dans le fauteuil de juge de Paix. Les 18 et 20 octobre 1823, le Journal de Rouen publiait un avis invitant les créanciers de la succession de M. Quevilly, décédé juge de paix, à se retrouver chez Me Durand, notaire à Duclair.

SOURCE

Documents numérisés aux archives départementales par Jean-Yves et Josiane Marchand. Cote 9H37, L1679.
BMS de Saint-Ouen-de-Thouberville.
L'abbaye haut-normande de Jumièges, seigneur au pays de Camembert, Bernard Bodinier, Annales de Normandie 2013/2 (63e année), pages 91 à 114
Bulletins des lois.
Les derniers comptes de l'abbaye de Jumièges.