Le canton de Duclair aura compté plusieurs arbres remarquables. Inventaire botanique...

Il existait jadis, au hameau du Conihout de Jumièges, un houx qui attirait tous les regards. A vol d'oiseau, il était situé à quelque quatre kilomètres de l'abbaye et émergeait d'une haie, au pignon de la maison d'une exploitation agricole qui avait fini par prendre son nom: la ferme du Houx.

Ce houx pyramidal, si haut, si gros fit dire à certains qu'il semblait contemporain de saint Philibert, le fondateur de l'abbaye de Jumièges.
Ceux qui avançaient cela n'en croyait bien sûr pas un mot. Ce qui les frappait, c'était avant tout la taille inhabituelle de cet "ilex aquifolium" qui lui valait d'être répertorié parmi les "houx monstres" de Normandie.



Vers 1890, la ferme du Houx appartenait à Mélite Pelay, propriétaire à Rouen. Et c'est son fils, Edouard Pelay (en médaillon), qui signala à Gadeau de Kerville, l'existence de cette curiosité de la nature. Gadeau de Kerville, aux yeux de nos aïeux
, c'était le savant fou du Paulu. L'homme qui menait d'étranges expériences dans son laboratoire de spéléo-biologie.


Notre savant se rendit sur place le 4 mai 1891, pris des mesures. Et un cliché. Car il était fondateur du photo-club de Rouen. Ce "houx commun" avait exactement 1 m. 43 de circonférence à 1 m. du sol et 12 m. 50 de haut. Kerville estima alors l'âge de l'arbre dans une fourchette allant de 70 à 130 ans. Tout au plus, il aurait donc pris croissance vers 1760.

Le compte-rendu du botaniste fut publié parmi d'autres, en 1894, dans le bulletin de la société des Amis des Sciences naturelles de Rouen.

Le cèdre du Liban

Mais Kerville était déjà un habitué de Jumièges. Le 8 septembre 1890, il avait reconnu une autre curiosité: le cèdre du Liban situé devant l'aile gauche du palais abbatial. Un arbre mesurant alors plus de plus de 17 m et que Mme Lepel-Cointet lui avait permis de photographier. Il devait avoir 130 ans.


Kerville reviendra à Jumièges. Notamment en 1909 en compagnie de la  Société des amis des sciences naturelles. Avec quelques excursionnistes, il captura dans les souterrains de l'abbaye des chauves-souris dont les femelles voletaient en portant leur petit cramponné au corps. Kerville en reconnut  l'espèce. C'étaient des Vespertilions échancrés.

Nos deux arbres vécurent encore près d'un siècle après les visites de Kerville. Ils poursuivirent donc leur croissance. Je crois me souvenir qu'une tempête eut raison du cèdre. Le houx, lui, fut abattu vers 1980 avec toutes les autorisations requises. Il avait été classé parmi les arbres remarquables mais menaçait l'habitation toute proche. En 1936, les botanistes s'intéressèrent à un autre houx de forte taille situé dans la ferme du maire, M. Boutard, aux Sablons.

AVANT
APRES


L'if du Mesnil

Le Chêne cuve , le Chêne à Leu... notre région recèle bien des curiosités de la nature. Jadis, vers 1830, à l'orient de l'enclos du Manoir, l'if de l'ancienne église du Mesnil, faîte de murailles, de charpentes et de plâtrage, passait pour le plus ancien de la contrée. Son tronc était d'un diamètre imposant, fait de plusieurs parties, mais sous l'écorce sonnait le vide.

L'orme des Vieux
Qu'est devenu aussi cet arbre dont nous parlent les annales forestières de 1812 ?

L'orme se trouve canton de Ducler, arrondissement dé Rouen, département de la Seine inférieure: on le nomme l'Orme des Vieux, à cause; dit-on, de son ancienneté. Il est situé sur une éminence près le château des Vieux, en la commune, du même nom, à 4 lieues et demie nord-ouest de Rouen. —
Cet orme a 14 mètres (43 pieds ) de tour s mesuré à 1 mètre ( 5 pieds ) de terre. Il avoit autrefois cinq branches qui sortoient de sa tige, à 3 mètres (9 pieds) de hauteur.

Deux de ces branches furent coupées il y a plus de 20 ans, pour lui donner une forme plus agréable; on en tira 32 cordes de bois, revenant En brumaire an 8, (novembre 1799), une troisième branche a été abattue par le vent ; elle a produit dix-neuf cordes.
La quatrième est tombée en 1809, et a produit treize cordes,

Enfin , la cinquième branche la seule qui subsiste aujourd'hui a 4 mètres ( 12 pieds) de tour. On pense qu'elle peut avec le tronc, donner vingt-trois cordes ou quarante-sept stères.

Le saule de Boscherville

A Boscherville, Kerville reconnut aussi le Chêne à leu auquel nous consacrons un chapitre spécifique. Mais aussi le saule situé dans la propriété de M. André Long. "Il se trouve tout près d'un pavillon de pêche bâti au bord d'une anse de la Seine communiquant en deux points avec ce fleuve. On se rend à la propriété en suivant le chemin qui conduit de la place de l'abbaye de Saint-Georges-de-Boschervillee à l'endroit où les piétons ont un bac pour traverser la Seine.



"Description faite avec les notes que j'ai prises sur place le 21 mai 1929 : Le Saule de Saint-Martin-de-Boscherville, du sexe mâle et coupé en têtard, est encore vigoureux. De grosses branches n'existent plus. Son tronc, complètement creux, présente, à un mètre du sol, une circonférence de 6 m. 61.
"Le propriétaire a eu l'excellente idée de le protéger par un toit de chaume. La hauteur totale de l'arbre est de 14 m. 50 environ." Kerville estimait l'âge du saul à près de 200 ans.

L'orme du Wuy

Près de chez nous, le 14 avril 1892, Kerville alla reconnaître l'orme du Wuy à Guerbaville. "Cet Orme, des plus intéressants, mais, malheureusement, dans un très mauvais état de conservation. Il se trouve au milieu d'une haie entourant la cour d'une ferme, en un point vis-à-vis de la mare de ce hameau (située à gauche du chemin que l'on voit dans le coin inférieur gauche de la planche VII), et au bord et un peu au-dessus d'un chemin et d'un carrefour, dont une faible partie du dernier constitue le bas de la planche en question. Cet arbre a pour voisins immédiats, mais d'un seul côté, d'autres individus de son espèce, comme lui en bordure. e tronc de cet Orme est entièrement creux et sa périphérie n'est à peu près complète que jusqu'à environ 2 mètres au-dessus du sol moyen ; toutefois, ce tronc présente des fentes basilaires, où, de chaque côté, la haie en questionvient se terminer . Par la fente qui est à droite, en se baissant,
pénétrer facilement dans l'intérieur du tronc, d'où, à une hauteur de 3 à 4 mètres du sol moyen, partent trois branches s'élevant très-haut. La circonférence du tronc est de 6 m. 80, à un mètre du sol moyen et la hauteur totale de l'arbre est d'environ 27 m. 47. Je crois pouvoir admettre que son âge actuel est d'environ 300 à 500 ans. "




Merci à Jean-Pierre Derouard pour l'envoi de la photo du houx.