Alain Joubert

5.2- Les habitudes de fréquentation


5.2.1 - Le travail sur l'autre rive

    5.2.1.1- Pour la plupart des habitants d'Heurteauville, travailler c'est nécessairement aller sur la rive droite, et donc passer le bac.

La plupart des retraités qui se sont prêtés aux enquêtes travaillaient dans l'une des usines de Yainville (savonnerie, orfèvrerie, centrale électrique, huilerie) ou du Trait (chantiers navals, raffinerie d'huiles dénommée "Esso/La Mailleraye").

Seule la tourbière d'Heurteauville a offert des emplois en nombre important dans la commune, surtout pendant et après la guerre.

Jusque dans les années 70, les habitants de la rive gauche ne pouvaient pas travailler dans les entreprises de la rive droite dans les équipes travaillant en 2X8 heures, car le bac n'effectuait son premier passage qu'à 6h45, alors que le travail commençait à 6h. Le soir, le dernier bac était à 21h, alors que le travail posté se terminait à 22h15. C'est la raison pour laquelle des ouvriers de la rive gauche possédaient à plusieurs un bachot qui leur permettait de s'affranchir des horaires des bacs. Par ailleurs, des sociétés comme la raffinerie Esso/La Mailleraye s'étaient dotées d'une vedette, pour permettre au gens de la rive gauche de travailler en deux équipes.

L'accès au travail s'est fait par divers moyens de passage, allant de la barque privée partagée à plusieurs au bac public, en passant par la barque affermée du Trait ou par la vedette privée de la raffinerie Esso/La Mailleraye.

Le tableau récapitulatif des déplacements pour le travail permet de tirer les conclusions suivantes : c'est le bac de Yainville qui a été et est encore actuellement le plus utilisé pour les déplacements pour le travail (71% des habitants d'Heurteauville interrogés l'utilisent car il découche au pied de la zone industrielle de Yainville et de la route Caudebec-Rouen). C'est aussi le plus central et le plus fiable parce qu'il est remplacé par celui de Jumièges quand il est en révision.

On peut également noter qu'avant que ses horaires aient été étendus pour tenir compte des ouvriers qui faisaient les quarts, il y avait une plus grande diversité des moyens de passage (vedettes d'entreprise, barques privées, barque du Trait). Aucun autre moyen de passage toutefois ne se détachait nettement des autres.

"Il y a sûrement beaucoup plus de gens de la rive gauche qui passent à la rive droite que vice-versa."

"Parce qu'à cette époque-là, ils avaient une vedette ; ils passaient tard le soir, le quart finissait à 10h, il y avait plus de bac, alors nous, on ramenait les ouvriers de La Mailleraye en vedette et puis, quand il y avait de la brume, le bac traversait pas. Que nous, avec la vedette au compas, on traversait. Brume ou pas brume, on traversait, et jamais on se perdait."

"Avant, les ouvriers de chez nous ... pouvaient pas travailler de l'autre côté par rapport qu'ils pouvaient pas faire le quart. Le jour où on a pu changer les horaires du bac, eh ben... ça a permis de pouvoir embaucher le personnel de notre côté... qu'avant, non."

On notera également l'importance de la proximité et de l'horaire dans le choix du passage emprunté. Les riverains connaissent les horaires de passage et ne se déroutent pas facilement : "quoiqu'on est bien avec les bacs, on sait l'heure et puis on passe."

Enfin, on notera que le choix du passage s'exerce aussi en fonction de facteurs d'appréciation personnels comme la commodité ou de la difficulté de l'itinéraire (côtes raides pour les vélos entre Jumièges et Yainville, la difficulté d'embarquement des vélos sur la barque du Trait), la fiabilité ou le risque de faire de mauvaises rencontres : "Y avait un douanier ... c'était systématique ... tous les vélos qui  se présentaient à la barque du Trait : "Vous avez votre plaque ?" Fallait présenter sa plaque, alors, pas de plaque, attention, c'est L... qu'est de service ...  alors on venait passer à Yainville". 

"A  la barque du Trait, y avait un mauvais embarquement, voyez-vous. Longtemps Le Trait, c'était malcommode pour descendre, parce qu'il faut monter la bicyclette, c'était malcommode alors il aimait encore mieux aller à Yainville. Ça lui faisait monter la côte Bécher."

5.2.1.2 - Travailler, c'était pour certains, vendre à l'extérieur leurs produits. 

C'était le cas de deux types de travailleurs : les pêcheurs et les agriculteurs. 

"A Heurteauville, c'étaient les haricots, alors c'étaient ... les gens qui allaient à Rouen vendre leurs haricots qui tiraient, ils halaient le bac"...

"Même les gens de Jumièges passaient l'eau pour aller au marché de Routot. Ils allaient vendre des fruits à Routot..."

"Il mettait l'éperlan en caisses la nuit, qu'il portait de bonne heure à la gare d'Yainville pour Paris. Voyez-vous l'éperlan était pêché dans le jour, emballé la nuit et porté en vitesse au premier train d'Yainville pour Paris."

(C'était le marché de Duclair) "Pour vendre notre beurre,  pommes de terre, s'il s'en trouvait.... c'était surtout Caudebec qui marchait pour les fruits. Caudebec et Routot. C'est là que ça marchait mieux pour les fruits... oui..."

"Certains cultivateurs faisaient Rouen, portaient des haricots avec les chevaux... ils allaient sur le marché de la place du Vieux-Marché... c'était la grande expédition !"

5.2.2- Poursuivre ses études en face.

Les élèves d'Heurteauville poursuivent leur scolarité obligatoirement sur la rive droite de la Seine. En effet, les CES desservant la presqu'île de Brotonne se trouvent à Caudebec-en-Caux ou au Trait. Par dérogation, les jeunes d'Heurteauville vont au CES du Trait dans le canton de Duclair, au lieu du CES de Caudebec où il devraient normalement se rendre.

"Les jeunes d'Heurteauville vont au CES du Trait, le car les prend de l'autre côté du bac."

"Pour les études, tout se passe en général de l'autre côté de l'eau. Pour Heurteauville, si on veut aller au CES, il faut traverser la Seine."

Mademoiselle I., elle-même, est allée au CES au Trait puis au lycée à Barentin. Il lui a fallu pour cela prendre un logement au Trait afin de pouvoir prendre le car de ramassage scolaire du Trait à Barentin, matin et soir. Habitant Heurteauville, il lui aurait été difficile de regagner Barentin tous les matins, surtout à cause des interruptions de passage dus à la brume.

Dans ce domaine comme dans les autres, on voit que la rive gauche est complètement tributaire de la rive droite qui détient les usines, les villes, les moyens de communication et les établissements d'enseignement.

5.2.3- Faire ses courses au plus près. Le pus près, géographiquement, n'est pas forcément le plus rapide ni le plus commode quand on a un bac à traverser. C'est pourquoi on constate un déplacement des centres d'approvisionnement traditionnels (Jumièges, Duclair) vers des centres offrant un approvisionnement diversifié à des prix modiques, parfois plus lointains, mais devenus accessibles aussi rapidement et à toute heure grâce au pont de Brotonne et à ses voies d'accès rapides.

"Alors, vous avez quelques pingouins du bout du bac de Jumièges qui vont à Routot... vous avez quelques pingouins de Vatteville-la-Rue qui vont à Pont-Audemer. Mais tout le reste, ça va à Rouen, au Havre, ça va à Yvetot."

La Mailleraye reste le lieu privilégié où l'on va faire les achats de proximité (petite épicerie, pain), où l'on va faire réparer sa voiture parce qu'il n'y a pas l'eau à passer, et où l'on va chez le médecin et le pharmacien. Certains commerçants de La Mailleraye faisaient et font encore des tournées (pain, poisson, fruits...)

"A La Mailleraye, on n'a pas de bac à passer. Si on a une voiture à remorquer, c'est quand même plus facile à La Mailleraye."

"La Mailleraye, pour nous, c'est tout : c'est la poste, le curé, les pompiers, la gendarmerie. C'est le centre administratif.."

"La Mailleraye c'est vivant le samedi et puis en plus, au point de vue qualité, je trouve que c'est pas mal du tout et puis j'aime bien l'ambiance de La Mailleraye le samedi matin."

"La Mailleraye... la boucherie... Ils vont faire un Intermarché là, un petit Shopi et on va  déjà être mieux.."

"La pharmacie, le docteur, c'est La Mailleraye. La banque, c'est Le Trait."

Duclair. C était le chef-lieu de canton où l'on allait faire le marché en même temps que les démarches administratives. On ne va pas plus à Duclair pour les démarches qui se font à La Mailleraye, au Trait (pour la Sécurité sociale), ou a Caudebec où l'on fréquente moins le marché. En revanche, l'ouverture d'un supermarché fait qu'on s'y ravitaille toujours. C'est à Duclair que beaucoup des Heurteauvillais ont leur compte en banque.

"Il y a quand même des gens qui vont à Carrefour, mais enfin maintenant, il y a beaucoup de gens qui vont à Intermarché à Duclair."


"Ma femme, tous les mardis, elle allait faire son marché à Duclair avec son vélo."

"Duclair pour les habitants du bétail, les produits de traitement, la CAHN."

"Le marché de Duclair... ne vieille habitude pour les Jumiégeois, principale sortie de la semaine."
"Pour moi, pour nous, ça a pas changé, c'est toujours pareil : j'y vais quand même à Duclair... c'que j'ai changé depuis 3-4 ans, c'est le marché de Duclair... c'est volontairement. J'mets plus les pieds le matin au marché parce qu'on  a trop d'amis et on passe toute la matinée au bistrot."


De là l'expression jumiégeoise " à Mâârdi " (mardi, jour de marché à Duclair)..

"Les marchés... c'était Duclair".

"J'aime bien aller me balader au marché de Duclair... mais je le fréquente pas, pas le temps ! Ça (ne) correspond plus à notre emploi du temps."

"A Duclair, aussi, le marché c'était la renommée, comme la renommée du marché de Routot, le mercredi."

Bourg-Achard. Peu fréquenté autrefois, sauf à l'occasion de la Foire à la Bourrette, en septembre, on constate que l'ouverture de deux supermarchés et l'accès rapide par le route du pont de Brotonne font que les habitants d'Heurteauville vont de plus en plus à Bourg-Achard. Pour s'y rendre, pas besoin de passer l'eau et même s'il y a presque deux fois plus de kilomètres du passage d'Yainville à Bourg-Achard qu'à Duclair, il faut moins de temps pour s'y rendre.

"Maintenant, on a Bourg-Achard, y'a aussi deux grands magasins, et puis Bourg-Achard c'est vite fait et puis on n'a pas besoin de prendre le bac."

"Plus il va (un boucher d'un supermarché de Bourg-Achard), plus il voit les gens de la presqu'île... donc les gens vont aller moins sur Yvetot."

"Nous, on peut aller à Bourg-Achard, on n'a pas plus de route que Duclair, et dans l'Eure, on est moins cher qu'en Seine-Maritime... j'ai vu : on achète des fois à la quincaillerie de Bourg-Achard... y'a moitié prix avec Duclair."

"Bourg-Achard, c'est bien... on trouve à peu près tout à Bourg-Achard. Prenons la quincaillerie... à Bourg-Achard, y'a un quincaillier, on a à peu près tout... c'est pas plus cher que ça, sinon moins, certaines choses. La Mailleraye, y'a plus de quincaillerie, y' a plus rien, quelques bricoles comme ça, c'est tout."

Routot. C'est un peu le même phénomène qui se produit avec le marché de Routot. La désaffection relative du marché de Duclair semble se reporter sur le marché de Routot, plus rapidement accessible, et surtout plus "authentique". Cependant, c'est de longue date que le marché de Routot et, dans une moindre mesure, celui de Bourg-Achard, ont été fréquentés par les habitants d'Heurteauville pour leurs achats et même par les producteurs de fruits de Jumièges et d'Heurteauville pour y vendre leurs fruits en été.

"Oui, Bourg-Achard, on y va de temps en temps, même au marché de Routot, mais les marchés, c'est pas notre fort... (sauf) quand on a besoin d'acheter des petits poussins ou des petits trucs comme ça."

(Le ravitaillement pendant la guerre): "C'était plus direct là dans l'Eure, y'avait pas de bac à traverser."

"On faisait tout ça à pieds, pendant la guerre, pour aller au marché de Routot."

En 1880, le conseil municipal de Jumièges demande l'installation d'un passage annexe au Conihout de Jumièges, prétextant des "difficultés qui existent pour une grande partie des habitants de la commune et autres qui ont besoin de se rendre à pied aux marchés de Routot, Bourg-Achard, la Neubourg... ainsi qu'aux foires du département de l'Eure... d'être obligés de venir passer la Seine au bac de Jumièges, ce qui leur fait faire un trajet pour ainsi dire triple de celui que l'on aurait à parcourir si l'on pouvait communiquer au moyen d'une annexe établie à Conihout et face du Landin" (1)
 (1) Sollicité en 1870 et 1874, ce passage fut établi  fin 1880 (Conseil municipal de Jumièges, 8 août 1880).

"Les marchés... on faisait souvent Routot. Là, par ici, c'était souvent Routot celui qu'allait au marché."

Yvetot. C'est aussi à Yvetot que va profiter l'ouverture du pont de Brotonne. Là où, auparavant, il fallait 37 mn au minimum pour allier Yvetot, il faut maintenant 25 mn par une route moderne et rapide.
Résultat: les centres commerciaux de la banlieue d'Yvetot plus facilement accessibles font se détourner la clientèle qui, traditionnellement, fréquentait Carrefour à Barentin ou le commerce traditionnel à Caudebec-en-Caux.

"Yvetot, maintenant, faut dire une chose... qu'on trouve facilement ce qu'on veut... qu'est-ce que vous voulez, vous avez pas mal de magasins... de gros magasins.

Ah ben, il a été une période qu'en principe c'était plutôt Pont-Audemer parce qu'Yvetot pour passer quand y avait pas de pont, c'était pas pratique... fallait passer le bac, fallait ci et ça alors on retranchait sur Pont-Audemer... si vous voulez, vous alliez vous-même passer la radio médicale, c'était Pont-Audemer. Mais maintenant, y en a beaucoup qui vont à Yvetot."

"Vous savez maintenant, on va plus souvent à Yvetot. C'est tellement vite fait, en 20 minutes on est à Yvetot, c'est un petit bourg, y'a de tout."

Le pain, la viande,La Mailleraye et puis quand on fait le gros... avant on allait à Carrefour, maintenant on va à Lion Cobec... à Sainte-Marie-des-Champs (La banlieue d'Yvetot). C'est pas plus cher et c'est moins loin que Carrefour. Sans ça, la majorité de nos courses, c'est La Mailleraye."

Seul Monsieur J.C., habitant de Jumièges, déclare: "Yvetot ça a moins d'attrait, on y va moins souvent."

Il semble que l'engouement de la rive gauche pour Yvetot depuis l'ouverture du pont de Brotonne corresponde à une désaffection de la rive droite ou plus simplement de Jumièges. Yvetot est à plus d'une demi-heure, c'est à dire presque le même temps que pour rejoindre Rouen.

Caudebec-en-Caux. Caudebec-en-Caux reste un pôle commercial traditionnel, plus accessible encore depuis l'ouverture du pont de Brotonne. Le marché de Caudebec-en-Caux, le samedi matin, semble attirer une partie des Heurteauvillais qui vont régulièrement à La Mailleraye.

"Le samedi, c'était Caudebec quand on pouvait avoir l'occasion d'y aller... oui vous savez comment on y allait à Caudebec ? en voiture à cheval..."
(Les courses) "C'est La Mailleraye, mais c'est surtout Caudebec."
"Caudebec... rarement... c'est déjà plus loin."

Barentin. Encore fréquenté grâce à son centre commercial Carrefour, il semble que l'ouverture de nombreux magasins à grande surface dans d'autres localités plus proches des consommateurs ait dispersé son public.
"Moi, je vais souvent à Bourg-Achard, comme je passe souvent à Bourg-Achard, mes parents vont souvent à La Mailleraye... et à Barentin non. La Mailleraye très peu, en dépannage. Oui, mais enfin, pour des petites courses, le pain et tout ça, vous allez à La Mailleraye."

Le Trait. Il semble que Le Trait retrouve un niveau de fréquentation commerciale que la ville avait perdu avec la fermeture des chantiers de construction navale en 1974.
On va au Trait pour s'approvisionner dans les deux supermarchés de  la ville, si l'on n'a pas trouvé ailleurs ce qu'on cherchait ; on fait également le déplacement pour aller à la poissonnerie qui jouit d'une excellente réputation, et l'on s'y rend pour prendre le car, mais il ne semble pas que l'on aille spontanément, d'Heurteauville, faire ses courses au Trait.

"Puis (Le Trait) c'était la Sécurité sociale, j'allais porter mes feuilles ou chercher des sous."
"Pour le poisson, on est forcé d'aller au Trait parce que La Mailleraye, il n'y a rien."

Rouen reste la ville où l'on va pour des achats exceptionnels, en particulier des vêtements, encore que ce rôle soit de plus en plus dévolu aux magasins à grandes surfaces.
(Les vêtements) "A Duclair ou Rouen - à Yvetot".
"Dans le temps, on suivait tout ça... il y avait une foire aux chevaux à Bourg-Achard et y avait la Saint-Romain à Rouen, la Saint-Mathieu à Bourg-Achard, y avait des poulains... c'était quelque chose, la foire aux poulains... j'ai fait un peu Lisieux... pour acheter des veaux... j'ai fait ça pendant 4-5 ans... c'est tout."

"J'faisais mes commissions dans cette rue-là (la rue du Gros-Horloge)... Il fallait que je prenne le bac à 11h... je prenais le car à Jumièges... ah il y en avait pas tous les jours, le car de ... une heure et demie, puis on arrivait à Rouen à 2h."

Heurteauville. La fréquentation de l'épicerie d'Heurteauville par les habitants à deux motivations :
- le dépannage pour acheter ce que l'on a oublié de prendre à Duclair, La Mailleraye, Yvetot ou Bourg-Achard.
- le souci pour certains de maintenir une épicerie dans la commune.

"Et puis là (à Heurteauville), avant, y avait pas d'épiceries :   y'avait C. Mme D. et puis y'avait Mme C., que c'est Mme D. qui y est maintenant."
"Vous voyez, l'épicier à côté de chez nous, il vit quand même... mais enfin on va chercher quoi ? on va chercher ce qu'on a oublié... Qu'avant il vivait mieux... Le patron de l'épicerie il est obligé de travailler (à l'extérieur).

"On prenait les épiceries par là, on a eu le boucher qui passait à La Mailleraye... le boulanger... on est ravitaillé même encore à l'heure actuelle."
"Nous, on va partout parce qu'on est un peu commerçant, mais enfin, c'est Duclair puis La Mailleraye ; un petit peu aussi dans notre commune, Heurteauville, parce que j'ai une petite épicerie que je veux conserver."

Yainville. Les habitants d'Heurteauville ne semble pas fréquenter les commerces de Yainville, mais un commerçant ambulant passe régulièrement.

Jumièges. Tous les témoignages concordent : on ne fréquente plus les commerces de Jumièges comme c'était le cas autrefois et les commerçants ambulants de Jumièges ne passent plus à Heurteauville. Commercialement, Jumièges n'existe plus pour Heurteauville, à part peut-être par son étude de notaire.

"Y'avait des commerçants qui passaient... Y'en avait beaucoup de Jumièges au début et un marchand de poisson/légumes de La Mailleraye qui y a toujours été et puis y'avait des épiciers de Jumièges, y'avait des boulangers."

"Dans le temps, j'allais à l'épicerie de Jumièges..."
"Autrefois, il y avait le boulanger de Jumièges qui venait, le facteur. On était relié à Jumièges, à la poste c'était le facteur de Jumièges qui venait à bicyclette, y traversait dans ce temps-là..."
"J'ai mon marchand de charbon de La Mailleraye... J'ai mon marchand de poisson... c'est La Mailleraye toujours... J'ai le facteur de La Mailleraye tous les jours... Je suis ravitaillée en tout... L'épicière de Yainville."

"Peut-être que ceux qui se trouvent au bac, là-bas, ont plus tendance à y aller un peu plus, mais nous, là, et puis même dans le quartier, ça va pas à Jumièges. Non, mais enfin, quelque fois, les gens ont l'habitude, puisqu'il y a la poste... quelquefois la poste, au lieu d'aller à La Mailleraye, mais c'est toujours... avec cette histoire de bac..."

"Les habitants de Port-Jumièges ont toujours tendance à aller faire leurs courses à Jumièges... à aller au notaire de Jumièges... Il y aurait une banque à Jumièges, je pense que les habitants d'Heurteauville préféreraient aller à Jumièges. Ce se perd de plus en plus."
"Ah non, nous jamais, Oh non, nous, c'est Duclair ou La Mailleraye, mais c'est surtout Duclair."

Pour résumer ce chapitre sur les habitudes d'approvisionnement des familles d'Heurteauville, on constate très nettement qu'après une période où le principal des achats se faisait traditionnellement sur la rive droite à Duclair et Jumièges, on assiste actuellement à un renversement provoqué par l'accession à l'automobile individuelle et par la création du pont de Brotonne et de ses voies d'accès rapides.

Ce désenclavement profite principalement aux localités de la rive gauche: La Mailleraye et Bourg-Achard ainsi qu'à Yvetot, devenue rapidement accessible. Ces deux dernière villes s'étant dotées d'un commerce actif et bon marché. Le seul commerce qui persiste à Heurteauville n'est utilisé que pour le dépannage.