Il datait de Philippe le Bel ! En 1823, le marché de Jumièges a disparu  depuis 70 ans. Mais Ses hallettes sont toujours debout, là, sur la place. Les habitants rêvent de le rétablir. Pour les appuyer, Charles-Antoine Deshayes lance une pétition...



Photo : Philippe Tiphagne, 7 novembre 2019


Au bas de la rue du Marché, qui est celle de la mairie de Jumièges, une inscription dans une pierre de la dernière maison, sur votre droite, indique "Marché aux Vaches". Certains Jumiègeois se souviennent que dans cette rue se voyait jadis plusieurs anneaux destinés à attacher les bestiaux. Il n'en subsiste plus qu'un, rue des Fontaines, exactement sous la statuette de l'archange Saint-Michel, nichée dans le mur de la maison et qui vous observe puiser l'eau du puits. Ne lui demandez pas s'il a vu se tenir là quelque foire. Fragment de clef de voûté arraché au cloître de l'abbaye, il n'est là que depuis Napoléon, vous dira l'archéologue Gille Deshayes. Et le marché était alors déjà éteint...



Photos : Laurent Quevilly, 2011.

Alors quand fut créé le marché de Jumièges ! Pour les historiens Edouard Montier et Pierre Chirol, On le doit à Guillaume Le Conquérant. Sa fondation serait donc intervenue après 1066, date de sa conquête de l'Angleterre. Mais pour les moines qui écrivirent la chronique de l'abbaye, c'est en 1296 que l'abbé Jean du Tot et ses frères adressèrent une requête à Philippe-le-Bel "pour avoir la permission d'établir dans leur bourg un marché dont ils pussent toucher les revenus avec bonté." Et ils eurent alors satisfaction puisque par lettres patentes Jean du Tot "ordonna au bailli de rouen d'en publier l'érection pour tous les vendredis de chaque semaine." Le marché de Jumièges venait donc s'ajouter à celui Duclair officialisé cent ans ans plus tôt par Richard Cœur-de-Lion et dont jouissaient aussi les moines de l'abbaye.


L'anneau se trouve entre les hommes et les femmes...

Fixé au vendredi, le marché de Jumièges vit s'ajouter plusieurs foires annuelles. Mais au tout début du XVe siècle, nous dit encore la chronique de l'abbaye, les moines voyaient avec chagrin que leur foire du dimanche des Rameaux étoit presque abandonnée par la répugnance du peuple à trafiquer dans ce saint jour ; c'est ce qui les porta à présenter une requête au Roi, pour le supplier de la mettre au 14 février, dans l'espérance qu'elle deviendroit plus célèbre et d'un plus grand revenu, à cause du concours prodigieux d'étrangers qui se rendoient à Jumièges pour la fête de S. Valentin, protecteur du pays.
" Le Roi reçut leur requête avec bonté, et ordonna par lettres patentes datées du 16 juin 1402 qu'il se tiendroit tous les ans à perpétuité, dans le bourg de Jumièges et dans le lieu le plus commode pour les bestiaux, une foire semblable à celle qu'on y tenoit le dimanche de Pâques fleuries, et que les religieux en retireroient tous les profits, sans que personne les put troubler ni inquiéter."
Les chroniqueurs, qui écrivaient en 1760 ajoutaient : "cette foire a été depuis transférée à Duclair, bourg dépendant de Jumièges, et rejetée à la Saint-Denis."

Un aveu de l'abbé de Fontenay rendu en 1526 nous confirme que le marché de Jumièges se tient chaque vendredi et qu'ont lieu des foires les jours de Saint-Valentin, le 14 février, 
Saint-Pierre, le 29 juin, et le lundi des Pâques fleuries, en avril. 
Manifestement, il s'en tenait à d'autres dates, si l'on en croit une lettre signée H. Barnsleye adressée le 28 août 1560 à un certain Cecil, agent anglais : " Le 17 du courantlors de l'ouverture de la grande foire de Jumiéges, un moine commença un prône suivant l'usage ; mais les auditeurs, ayant peu de goût pour sa doctrine, le firent descendre de sa chaire et obligèrent un autre d'y monter à sa place."

Le marché hebdomadaire finit par glisser du vendredi au jeudi. Si les érudits divergent sur la création du marché, ils ne sont pas plus d'accord sur sa disparition. Pour Montier et Chirol, le marché de Jumièges subsista jusqu'en 1770. Pour Deshayes, le notaire de Jumièges, il aurait disparu vers 1750.  En 1823, il n'en subistait que des halettes vides et un pilori déserté par les larrons lorsque le notaire et le curé de Jumièges se concertèrent pour rétablir le marché... 

1820 : les habitants pétitionnent

A M. Hue, maire de la commune de Jumièges, canton de Duclair, arrondissement de Rouen, département de la Seine inférieure.

Monsieur le maire,
Les soussignés propriétaires, cultivateurs, marchands et tous les habitants de la dite commune

Ont l'honneur de vous exposer que jadis il se tenait tous les jeudis un marché à Jumièges qui procurait de grands avantages aux habitants du pays ; surtout en ce que les uns y tiraient parti des productions de leurs propriété et que les autres y pouvaient trouver ce qui leur était nécessaire pour leurs provisions.
Le tout plus avantageusement qu'ils n'auaient pu faire ailleurs.
Ce marché étant tombé en désuétude, les soussignés ont l'honneur de vous demander de bien vouloir en réclamer le rétablissement auprès de l'autorité supérieure pour y vendre les productions du pays et les autres denrées et objets qui ont coutume de se vendre dans les marchés voisins où ils sont obligés d'aller, ce qui leur cause de fréquents déplacements qui les obligent à des dépenses et principalement qui leur font perdre un temps considérable qu'il serait de leur intérêt de consacrer à l'agriculture et aux autres travaux auxquels ils ont coutume de se livrer.
Ils osent espérer que la réclamation qui sera faite à ce sujet auprès de l'autorité supérieure sera d'autant mieux accueilli qu'elle intéresse un pays qui doit l'inertie où il se trouve à la révolution qui a causé la destruction d'une abbaye qui faisait la splendeur et à laquelle une partie des habitants et surtout la classe ouvrière devait son aisance. Que cette commune enferme un bourg ou réunion de maisons assez considérable, qu'elle est la plus populeuse du canton, qu'il ne se tient aucuns marchés dans les environs le jeudi ; que la plupart des habitants et surtout ceux qui cultivent la partie ingrate du Sablon où ne croissent que le seigle et l'orge et d'autres grains semblables seront dispensés de transporter à grands frais leurs chétives denrées dans des marchés éloignés, ils en tireront parti sur le lieu ou principalement les habitants les moins aisés pourront s'approvisionner des choses de première nécessité sans pour ainsi dire être distraits de leurs occupations et sans être obligés à des frais de transport qui souvent répétés finissent par être dispendieux.
Que de plus ce marché étant rétabli s'il ne fait pas recouvrer à Jumièges son antique splendeur, il servira au moins à augmenter l'opulence des habitants et à ranimer leur industrie en attirant dans le pays les habitants des communes voisines qui pourront s'y pourvoir de diverses marchandises que vendent le trop grand nombre de machands que le bourg renferme en ce moment, eu égard à son étendue a sa population et à son peu de commerces et dont le grain suffit à peine pour faire face aux charges qui les grèvent.
D'après ces motifs, Monsieur le maire, les soussignés osent espérer que par l'intérêt que vous leur avez toujours porté, vous accueillerez favorablement leur demande et qu'ils pourront vous être redevables du bienfait qu'ils sollicitent.
Présenté à Jumièges, le six novembre 1820.

A Le Painteur - Js Couturier - Beaufils - Deshayes notaire - Beauvet - Baillard - Dujardin, ptre desservt la chapelle d'Herteauville - David Neveu - Testu curé - Gauché - B Lefons (?) - Leroux - Ponty - Barbey fils - P (?) Thuillier - Jardin (?) - Jean Ponty - Jean Amand - Guillaume Ponty - Pierre Metterie - Crettien - Metterie - Pierre Guiot - Jean Pierre Renault - Devaux - Louis Grisel - Pierre Glatigny - J. Guiot - Pre Fessard fils - Pierre Saint Laurent - Chretien - Beauvet Deconihout - Vin Duquesne - Deconihout - Deconihout - Philber Lebourg - Pierre Lexoux - Barnabé - H (?) Prevost - Pierre Petit - Chantin - Bte Chantin - JA Philippe.

NB : JA Philippe est le guide de l'abbaye. Beauvet et Jean Baptiste Chantin sont de futurs maires.

Le 7 novembre 1820, Hue prend la plume : Le maire de la commune de Jumièges
à Monsieur le préfet du département de la Seine-Inférieure.

Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous adresser une pétition qui m'a été remise au nom de plusieurs habitants de cette commune pour obtenir le rétablissement d'un marché qui se tenait jadis dans cette commune. Je vous prie de bien vouloir m'authoriser (sic) à rassembler notre conseil municipal pour délibérer sur le contenu de cette pétition.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Préfet, votre très humble et respectueux serviteur. Hue.

Vers la fin du mois, le conseil était autorisé à délibérer :

Aujourd'hui, vingt trois novembre mil huit cent vingt, dix heures du matin. Nous, membres du conseil municipal de la commune de Jumièges, présidés par Monsieur le Maire de la ditte communue qui nous a convoqués par lettre en date du dix huit de ce mois, après que lecture a été donné

1°) d'une pétition en date du six de ce mois et
2°) d'une lettre de Monsieur le Préfet en date du neuf dudit mois contenant autorisation d'assembler le dit conseil municipal pour délibérer sur le contenu de cette pétition qui contient la demande formée par plusieurs habitants de rétablir l'ancien marché qui se tenait jadis en cette commune.

Après avoir mûrement réfléchi sur le contenu de cette pétition, nous avons trouvé que la demande formée est fondée dans tous les motifs et surtout les points que font valoir les pétitionnaires.
De plus, nous trouvons que le marché ne peut qu'être avantageux aux habitants de cette commune et que est même de la plus grande nécessité de le rétablir sous divers rapports, notamment pour l'avantage du grand nombre de marchands que ce bourg renferme et en toutre qu'une fois rétabli, il pourra être perçu des droits en faveur de la commune qui donneront les moyens de faire faire divers travaux que commande l'utilité publique et qui ne peuvent être exécutés faute de deniers, Jumièges ne possédant en ce moment aucuns revenus communaux, que le jour où ce marché doit tenir doit être fixé au jeudy attendu qu'il ne se tient aucuns marchés dans les environs ce jour et que c'étoit ce même jour que ce marché tenait jadis, qu'une fois rétabli, il ne se pourra craindre qu'il tombe de nouveau en dessuétude (sic) attendu que les habitants du pays suffisent seuls pour l'alimenter et en faire le débit en qu'en ce moment Duclair où se tient le marché le plus voisin ne suffit pas pour le débouché de leurs denrées et qu'ils sont obligés d'en transporter une partie à Caudebec et qui est dans un autre canton ou à Routot et au Bourgachard qui sont dans un autre département.
Nous nous réservons de nous réunir pour délibérer sur les droits à percevoir sy la demande formée et que nous approuvons est accueillie quant à présent notre avis est qu'il ne soit perçut aucuns droits de place pendant la première année de la tenue dudit marché, néammoins, il sera perçu des droits de poids et mesures mais sur le tarif le moins élevé des marchés environnants pendant la dite première année.
Délibéré les jour et an susdits, signé après lecture signé Jean-Baptiste Hüe, J. Dossier, Desjardins, P. Bouttard, Valentin Porgueroul, Pierre Dossemont, Poisson, J.N.A. Bouttard, Varin et Hüe Maire avec paraphe. Pour confie conforme à la mairie de Jumièges le 25 nocembre 1820. Hue.

En 1823, Deshayes publie La Terre gémétique, c'est le brouillon de sa future Histoire de l'abbaye royale Saint-Pierre de Jumièges. La conclusion de son ouvrage est exclusivement axée sur le marché :

"La plupart des habitants du bourg sont marchands, mais ils sont en trop grand nombre, et l'endroit n'offre pas assez de débouchés pour qu'ils puissent y trouver le débit des marchandises qu'ils vendent. Jadis il s'y tenait un marché tous les jeudis, qui contribuait à entretenir leur aisance ; ils l'ont laissé tomber en désuétude quelques années avant la révolution, parce qu'ils avaient alors d'autres moyens de prospérité. L'abbaye, à cette époque, procurait beaucoup de splendeur au pays où elle attirait un concours considérable de personnes des communes environnantes : en outre, les religieux procuraient du travail à la classe indigente et secouraient les plus nécessiteux. Depuis qu'elle est détruite, les biens des moines ont prospéré dans les mains laborieuses de ceux qui les possèdent, et l'agriculture a même subi de grandes améliorations ; mais dans le petit bourg que renferme Jumièges, qui devait sa splendeur à l'abbaye, tout est dans l'inertie el révèle la détresse des habitants; Ils ont réclamé depuis peu le rétablissement de leur ancien marché ; si leur demande est favorablement accueillie, il en pourra résulter un assez grand avantage pour le pays en général, mais qui peut-être ne rendra jamais au bourg sa splendeur passée.
"



OBSERVATIONS
A l'appui d'une demande formée par les habitants de Jumièges, pour obtenir le rétablissement d'un marché dans leur commune, et de le fixer au jeudi de chaque semaine,

Par C.-A. DESHAYES, notaire royal à Jumièges


Jumièges, célèbre dans les fastes de la Normandie, et même dans l'histoire générale de la France, a perdu son importance et sa splendeur depuis la révolution

L'abbaye, qui était son principal ornement et la cause de sa prospérité, fondée vers le septième siècle, autrefois comblée des faveurs des Ducs de la province, asyle de plusieurs historiens recommandables, souvent visitée par les Rois, et renfermant des tombeaux de personnages illustres, n'offre plus que des ruines pittoresques dont les reliques sont chaque jour emportées par les curieux.

Enfin, devenue d'un ordre inférieur, cette commune ne doit pas espérer de retrouver l'importance qu'elle a eue, mais elle cherche à retrouver une seule des source de son ancienne prospérité, ou, pour mieux dire, elle demande à ne pas périr tout-à-fait. En réclament le rétablissement de son ancien marché, elle mérite le regard bienveillant de l'administration.


Le marché de DuclairJumièges jouissait autrefois de l'avantage de posséder un marché qui se tenait chaque semaine au centre du bourg. On peut prouver qu'il fut institué par Philippe le Bel en 1296, en faveur de l'intérêt que lui avaient inspiré les religieux et les habitants, et des soins qu'il en reçut lors d'un voyage qu'il fit en Normandie. Pendant plus de quatre siècles, ce marché fut fréquenté, quoi qu'il s'en tint également un à Duclair (1).

S'il fut suspendu, il y a soixante-dix ans environ, c'est que les moines jugèrent à propos d'agir ainsi en faveur de Duclair, alors beaucoup moins florissant que Jumièges. L'église et les nombreuses dépendances de l'abbaye avaient rendu cette suppression insensible, la grande affluence de monde aux jours fériés remplaçait le marché jusqu'à un certain point, cependant il n'y eut d'abolition positive, ainsi, ce n'est pas une faveur nouvelle que réclame la commune, c'est la restauration dans un droit ancien.

Mais s'il s'agissait, tous en se conformant aux lois, et notamment celle du 18 Vendémiaire, an 2, de demander cette institution comme nouvelle, il y aurait encore des raisons de le faire, qui se présentent en abondance.

D'abord, cela ne porte pas de préjudice aux communes ni aux marchés voisins: Duclair est bien le marché le plus fréquenté pour les grains, et Caudebec pour les fruits. Mais ces marchés ne sont pas très commodes pour tous les hameaux voisins de Jumièges.

En vain, M. le maire de Duclair, lors de la réunion qui a eu lieu à Jumièges, le 14 avril 1823, sous la présidence de M. le juge de Paix du canton, pour délibérer de la question actuelle, et sur l'invitation de M. le préfet, en vain, dis-je, M. le maire de Duclair a prétendu que le marché de sa commune décroissait, et que ses charges étaient considérables, la population, le voisinage d'usines nombreuses, une espèce de port, l'existence de beaucoup de cafés et de boutiques, font de Duclair un bourg très important, et auquel ne peut nuire l'établissement d'un marché à deux lieues de là.

Son marché même n'offre pas de grands avantages. Les chemins qui l'avoisinent sont étroits, comme tous ceux des vallées et, on le répète, les petites communes, voisines de Jumièges, situées sur la rive gauche de la Seine, s'y rendent rarement. En vain encore, les maires des communes adjacentes ont réclamé, personne ne s'avisera de blâmer leur zèle pour leurs administrés, Pavilly, où se tient un marché le jeudi, jour réclamé pour Jumièges, en est très éloigné. Caudebec a un arrondissement très suffisant. Le marché de Jumièges ne sera pas en concurrence avec cette commune pour les fruits. Bourg-Achard et Routot sont très éloignés et même hors du département de la Seine-Inférieure.


Ces marchés dont parle Deshayes...
Le marché de Caudebec
Le marché de Pavilly Le marché de Bourg-Achard Le marché de Routot
Caudebec
Pavilly
Bourg-Achard Routot

Que de raisons, au contraire, en faveur de Jumièges : la grande étendue de cette commune, qui produit beaucoup au-delà de sa consommation, sa population de près de deux mille âmes, qui s'agglomérera au jours fixés, sa position topographique favorable, le fleuve qui facilite les moyens d'arrivage et d'exportation, mais auxquels il faut procurer l'occasion de la vente.

A droite et à gauche de la Seine sont des hameaux, tels que Heurteauville, Yainville, Le Mesnil, qui n'ont pas de débouchés voisins. Des issues larges et droites, restes de l'ancienne administration, offriraient un accès facile vers Jumièges. Les produits du sol sont nombreux et de peu de valeur en comparaison des impôts, ils reprendraient un peu de hausse.

Autrefois, les marchands de Jumièges trouvaient chez eux, à certains jours un débit plus considérable. Maintenant, ils sont forcés d'être ambulants, ou bien le nombre en diminuera. Leurs patentes coûtent aussi cher que celles de Duclair, de Caudebec et de Pavilly et ils n'ont plus les mêmes faveurs. Quelques-uns renoncent à leur commerce.

Combien d'autres considérations que l'administration départementale peut trouver bien plus aisément que moi !

Mais enfin, s'il était permis de joindre à ces réflexions d'un intérêt municipal, des considérations d'un autre ordre, ne serait-il pas louable de restituer à Jumièges quelq'une de ses antiques prérogatives? Les nobles débris dont son territoire est couvert ne doivent-ils pas réveiller des sentiments de pitiés et de regret !

Jumièges ne sera-t-il plus qu'un phare pour les navigateurs ? Un pays presque classique, disparaîtra-t-il au milieu de la France, au dix-neuvième siècle, sous un gouvernement réparateur ?

Voilà peut-être ce qui m'a le plus frappé : l'amour de mon pays m'a porté à publier ma pensée; j'espère qu'une administration éclairée ne la dédaignera pas.


Signé C.-A. DESHAYES.

(1) C'est par erreur qu'il a été dit, dans la demande des habitants de Jumièges, que leur marché, étant tombé en désuétude, fut transféré à Duclair. D'après des documents certains, celui de Duclair existait lors de la création de celui de Jumièges. Il avait été institué sous Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, par une charte datée des Andely, le 28 août 1198.


Rouen. F. Baudry, Imprimeur du Roi, rue des Carmes, n° 20
(Juin 1823)




Le retour des foires

Le marché ne sera pas rétabli. Mais dix ans après la pétition de Deshayes, une ordonnance royale autorise le retour de deux foires, à Jumièges. Voici l'arrêté municipal de Casimir Caumont, propriétaire de l'abbaye et maire de la cité.

Jumièges, le 11 juin 1833
Le maire de Jumièges,
Vu l'ordonnance royale du 28 janvier dernier qui a rétabli à Jumièges deux foires annuelles qui se tiendront les 29 juin et le dernier lundi du mois d'octobr

Vu la lettre de M. le préfet qui nous invite à prendre les mesures convenables pour que cette ordonnance reçoive son exécution.

Vu la délibération du conseil municipal qui affranchit ces foires de droits de location des places pour cette première année
La foire de Jumièges dont l'ouverture se fait demain attirera, sans doute, un brillant concours de promeneurs si le temps continue à être favorable.

La facilité d'un paquebot à vapeur partant le matin et revenant le soir sera, pour les curieux, une excellente occasion de visiter, dans le plus beau moment de l'année, les rives pittoresques de la Seine et les belles ruines de Jumièges dont le propriétaire leur fera les honneurs avec l'urbanité qu'on lui connaît.

Le Journal de Rouen, 28 juin 1833.
ordonnons ce qui suit :
Le marché de Duclair La foire du samedi 29 juin prochain, jour de St Pierre, se tiendra sur la place dite du marché et dans les rues et carrefours adjacents.
Les chevaux, vaches et autres bestiaux seront exposés en vente dans la rue du Passage, depuis le carrefour du Chouquet jusqu'aux hallettes.
Les volailles, oeufs, beurres, légumes, grains et autre produits depuis le cimetière jusqu'à la barrière de l'abbatiale.
Les marchands étalagistes et ceux qui auraient des boutiques ou barraques à faire monter devront se présenter à la mairie pour connaître la place qu'ils pourront occuper et qui ne leur sera indiquée qu'après le 24 juin.

Tous bois, pierres, décombres et autre objets qui se trouveraient déposés sur la place, les rues et carrefours adjacents devront  être enlevés avant le 24 juin, après lequel jour  l'enlèvement en sera fait d'office et à notre réquisition, aux frais de qui il appartiendra.

Les aubergistes et logeurs devront s'assurer du nombre de lits dont ils pourront disposer soit chez eux ou dans des maisons voisines pour le logement des étrangers qui pourront fréquenter la foire et préparer des bâtiments convenables pour les chevaux et autres bestiaux qui pourront arriver  avant ou le jour de la foire et à en donner connaissance à la mairie.

Tous les habitants de Jumièges sont invités et interressés à contribuer, chacun suivant ses moyens ou sa profession, au succès de cette première foire et à son approvisionnement.

MM les adjoints et les gardes champêtres voudront bien concourir avec nous à l'exécution de la présente ordonnance et veiller à ce que l'établissement des marchands étalagistes et autres dans les rues qui entourent la place ne puisse entraver la libre circulation des voitures et des piétons.

Casimir CAUMONT.

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Sources

Pétition de Charles Antoines Deshayes, fac similé des archives nationales de France, collection Laurent Quevilly.
Affiche et arrêté municipal , ADSM, cote  2OP 1104/1. Documents numérisés par Jean-Yves et Josiane Marchand.