C'est l'une des plus imposantes du cimetière de Jumièges. En haut du champ des âmes, la tombe des Lefort domine toutes les autres. Et elle intrigue. Qui étaient-ils...

Rien à voir avec la famille de Jean-Baptiste Lefort, le marchand de bois de Canteleu qui détruisit méthodiquement l'abbaye à l'aube du XIXe siècle. Simple homonymie...

Né à Fourneville, petite commune du Calvados, le 21 septembre 1768, Jean Baptiste François Lefort est déjà capitaine de navire quand, à 29 ans, le 29 fructidor de l'an V, il épouse à Jumièges Anne Marguerite Porgueroult.
La mariée est née quant à elle le 2 juin 1777. C'est la fille de Valentin Porgueroult, celui qui, dans sa jeunesse, tua à coup de lance pierre la petite Rose Lambert, estropia à vie le fils Renault, empoisonna la vie du Conihout, tâta de la prison. Avant de devenir un conseiller municipal soucieux du bon ordre public sous la Révolution.

On ne choisit pas sa famille et Anne Marguerite Porgueroult n'aura pas la réputation sulfureuse de son père. Avec Jean-Baptiste Lefort, elle forme un couple honorable. Après avoir posé sac à terre, le mari sera sur ses vieux jours conseiller municipal sous la houlette de Casimir Caumont, propriétaire de l'abbaye. Lefort a alors 60 ans, 4000 francs de fortune. Il est qualifié de propriétaire.... et marchand de bois, comme son homonyme de sinistre mémoire !

Jean-Baptiste Lefort mourut en 1846. Son épouse en 1859. Tous deux dorment dans le tombeau ainsi que trois de leurs enfants :

Jacques Philippe Lefort, négociant (1798-1845), mort à 48 ans avant ses parents.
Flore Olympiade Lefort, (1807-1877).
Rose Justine Lefort (1814-1872).

Cette dernière repose aux côtés de son époux, Hippolyte Bucquet, qui mérite ici quelque éloge.

Le combattant du typhus


Proche parent de Marcel Bucquet, fondateur d'un groupe scolaire à Rouen, Hippolyte Bucquet est né le 4 septembre 1809 à Louviers. Il obtint son diplôme de vétérinaire en 1833 et fut nommé vétérinaire départemental l'année suivante. En 1842, établi à Bourg-Achard, il épouse à Jumièges Rose Justine Lefort.
Ardent militant d'un société de vétérinaires commune aux département de l'Eure et de la Seine-Inférieure, il voit ses vœux se réaliser en 1856 et en devient aussitôt le vice-président.  1860 le porte à la présidence.
L'année 1871, par des mesures appropriées, on le verra éradiquer rapidement une épidémie de typhus qui menaçait tout le canton de Routot.
Le 3 février 1880, il est fait chevalier de la Légion d'honneur.
Républicain convaincu, Hippolyte Bucquet fut conseiller municipal de Bourg-Achard dès 1848. Il refusera le poste de maire ou encore celui de directeur du service sanitaire du département de l'Eure. Mais il rendra jusqu'à ses dernières forces des services à l'agriculture et l'hygiène publique. On le retrouve notamment administrateur de l'hospice de Bourg-Achard.
Veuf, Hippolyte Bucquet est mort le 6 mars 1890. Ses obsèques furent célébrées à Bourg-Achard mais son corps repose à Jumièges.

NOTES

Le couple Lefort-Porgueroult a eu d'autres enfants : Stanislas Augustin, mort en 1805 et Charles Claude né en 1805.

La généalogie d'Hippolyte Bucquet s'établit comme suit.
Son père, Louis Jacques Bucquet, marchand, originaire de Montfort avait 24 ans au moment de sa naissance et sa mère, Elisabeth Geneviève Testu, 32.
Ses grands-parents paternels sont Louis Jacques Bucquet et Catherine Raimbert. Ses grands parents maternels : Jacques Nicolas Testu et Marie Geneviève Gavois.