Par
Laurent Quevill-Mainberte
C'est l'une des plus imposantes du cimetière de Jumièges. En haut du champ des âmes, la sépulture des Lefort domine toutes les autres. Et elle interroge. Qui dort en ce tombeau ? Une page d'histoire de France...
Né à Fourneville, petite commune du Calvados, le 21 septembre 1768, fils d'un laboureur, Jean Baptiste François Lefort est capitaine de navire au quartier du Havre et demeure à Honfleur, quand, à 29 ans, le 29 fructidor de l'an V, (14 septembre 1797), ce blond de taille moyenne épouse à Jumièges Anne Marguerite Porgueroult. Il aura pour témoins Jean Jacques Hue, du hameau d'Heurteauville, futur maire de Jumièges et Guillaume Joseph Hullin demeurant à Anneville. On les dit "amis et voisins du futur", ce qui semble une simple formule d'usage.
La
fille d'un meurtrier
Assistée de son père et de son frère, la mariée est née quant à elle le 2 juin 1777. Et c'est la fille du fameux Valentin Porgueroult, celui qui, dans sa jeunesse, tua à coup d'élingue la petite Rose Lambert, estropia à vie le fils Renault, empoisonna la vie du Conihout, tâta de la prison. Avant de devenir plus tard un conseiller municipal soucieux du bon ordre public sous la Révolution.

On ne choisit pas sa famille et Anne Marguerite Porgueroult n'a pas à assumer le passé sulfureux de son père. Jean-Baptiste Lefort, lui, est un marin méritant de la République. Tous deux vont former un couple de notables considérés au Conihout.
Marin de la République...
Quelle fut la carrière de marin de Jean-Baptiste Lefort ? Il va vivre depuis son bord les soubresauts de la Révolution haïtienne.
Fils d'un paysan mort jeune, ll fut reçu matelot à l'amirauté de Honfleur le 8 février 1786. Puis maître charpentier et calfat le 8 février 1788. Il habitait alors rue de la Corderie, près de la Fontaine des Esprits, chez Croix, charpentier. Le 13 mars 1788, au service du port du Havre. On le congédia le 27 avril et fut payé 24 sols. Il renouvela plusieurs fois ce type d'affectation dans les mois qui suivirent. Le 14 juillet 1790, une date bien symbolique, il lui fut permis de se rendre à Fécamp pour son premier embarquement :
Le Bailly de Suffren. Lefort monte à bord le 18 janvier 1790 comme charpentier à 70 livres. Un navire de ce nom est connu pour avoir écumé le Sénégal et participé à la traite négrière. Là, sous les ordre du capitaine Cleret, le voyage est pour Philadelphie. Le navire désarmera à Bordeaux le 27 septembre 1790. La carrière de Lefort est lancée. Revivons-là...
La Gracieuse.
Brigantin du port de 150 tonneaux armé de deux canons.
appartenant au sieur Isabelle et commandé par
François
Thomas Longuemare. Douze
hommes d'équipage. Appareille
le 29 janvier 1791 pour Saint-Marc, colonie de Saint-Domingue, avec un
passager. Lefort est calfat. Le navire rentre de Saint-Marc le 12
juillet avec deux passagers. Débarque le 25 août
après une campagne sans histoire de six mois et 18 jours.
Dans
la colonie qu'il vient de quitter débute alors le
soulèvement des esclaves...Le Bosquet d'Or. Le 12 décembre 1791, on retrouve Lefort comme calfat sur le Bosquet d'Or, maître Guibert, 21 hommes d'équipage, armant pour le Cap-Français. Ce navire a été construit en 1781 en Angleterre, du port de 224 tonneaux et on l'a vu beaucoup du côté de Tobago. Le Bosquet d'Or emporte deux militaires pour passagers.

Au secours des colons

Parvenu au Cap, un novice déserte du bord le 13 mars 1792. Quelques jours plus tard, le navire est réquisitionné pour transporter 145 hommes de troupe à Port-de-Paix.
En rade de la Gonaïve, le 10 avril, un contre-maître et un matelot désertent à leur tour. Le lendemain, le navire est chargé d'aller chercher des femmes, des enfants et des vieillards à la grande saline de l'Artibonite où ils se sont réfugiés après une nouvelle flambée la plaine des Gonaïves, Ce que Lefort ignore, c'est qu'un colon de Jumièges, Jean Valentin Vastey, était alors pris entre deux feux : ceux des noirs en révolte et ceux des mulâtres et quête de droit civique.
Le navire rentre en Normandie avec deux femmes des Gonaïves et des enfants en bas âge. Il désarme le 21 juillet 1792 après une campagne de 6 mois et onze jours.
L'Aimable Juliette. Trois mois plus tard, le 13 octobre 1792, voilà Lefort charpentier et calfat sur l'Aimable Juliette commandée par Charles François Paquet, armée aussi pour le Cap-Français. C'est un navire construit à Granville, 160 tonneaux, propriété d'Adrien Langlois. Ce nouveau voyage à Saint-Domingue est périlleux.

Héros de la République !

Bientôt, devant la gravité de la situation, l'Aimable Juliette va prendre un autre cap. En pleine Révolution, confrontée à la guerre européenne et à une famine menaçante exacerbée par la révolte à Saint-Domingue qui interrompait les approvisionnements coloniaux, la France de 1794 organise le vital "Convoi de l'Amérique" après que le Comité de Salut public a décidé d'acheter massivement des céréales aux États-Unis. Cinq millions de livres !
127 navires marchands, venus des grands ports comme Nantes, Le Havre, Bordeaux, Marseille et bien d'autres, furent réquisitionnés.
Le convoi partit de la baie de Chesapeake le 11 avril 1794 à destination de Brest, escortés par six vaisseaux de l'amiral Van Stabel. Le contre-amiral Nielly se porte à la rencontre du convoi avec six autres vaisseaux. Mais l'amiral Howe, apprend-t-on, vient d'appareiller d'appareiller d'Angleterre avec 26 vaisseaux de ligne pour intercepter cette flotte.
26, c'est aussi le nombre de bâtiments que sort de Brest l'amiral Villaret-Joyeuse.

Le 1er juin 1794, au large d'Ouessant, la Bataille du 13 Prairial An II éclata entre la flotte française et la Royal Navy. Malgré de lourdes pertes tactiques pour sa flotte, la stratégie de Villaret paya : le convoi marchand échappa aux Britanniques et, le 12 juin, atteignit majoritairement Brest.
En revanche, natif de Jumièges, mon ancêtre direct, Jacques Lefrançois, dont le navire, le Sans-Pareil, fut démantelé, sera conduit prisonnier en Angleterre. D'autre Jumiégeois, comme Louis Porgueroult, marin sur le Juste, furent impliqués dans cette affaire.
Lefort
et Porgueroult s'ignorent bien sûr. Dans quelques mois, ils
deviendront beaux-frères...Capturé également ce jour-là : Pierre Le Masson, timonier du Northumberland, Edouard Lefée, cousin de Jacques Lefrançois, fils du tonnelier de Jumièges, eut encore moins de chance. Quartier maître sur le Patriote, il fut tué durant la bataille. Un autre de mes ascendants, Etienne Victor Varin, du Mesnil, prit part à la bataille à bord du Téméraire. Bref, la presqu'île de Jumièges a pris sa part à cette page d'histoire.
| L'arrivée
de millions de quintaux de
céréales fut un soulagement immense. La légende
veut qu'il sauva la
France de
la famine et consolida le pouvoir révolutionnaire. Mais
c'est surtout l'Armée qui bénéficia de cette
manne. Que Jean-Baptiste Lefort, lieutenant à 60 F, soit toujours à bord du transporteur l'Aimable Juliette le 15 thermidor de l'an 2 (3 août 1794), nous confirme qu'il participa à cette opération. Quand le 22 prairial de l'an 4e (10 juin 1796), Lefort est congédié à Rouen, il met un terme à la navigation au long-cours. Et ses aventures. En se mariant, il opte pour une vie plus casanière... |
![]() Du Havre-Marat : l'Ami de la Loi, l'Aligator, la Belle Française, le Glorieux, la Calypso, la Gracieuse, la Jeune Camille, la Mère de famille, le Neptune, la Reine Constance, le Soleil, la Ville du Havre, la Liberté, le Jeune Henri, la Vénus, la Petite mère de famille et le Bazire. De Dieppe : l'Aimable Rose, l'Eole. De Honfleur : l'Aimable Hortense, le ci-devant Prince Charles, |

Enfin
sur un long fleuve tranquille...

La Sally. Une fois marié
à Jumièges, on retrouve Lefort trois
mois plus tard comme matelot sur la Sally commandé
par Maître Cadiou, partant du Havre pour Rouen. Nous
sommes le 6 nivôse de l'an 6 (26 décembre 1797).
Une
nouvelle carrière
commence pour le jeune marié qui va s'élever sur
l'échelle sociale..
La Sally est
un sloop pris aux Anglais et accusant
45 tonneaux. Il appartient
pour moitié à Sarah Fontenay, du Havre, et
Quentin
François Nicolas Adam, de Quillebeuf. Il désarme le 3 vendémiaire de
l'an 8 (25
septembre 1799).
Lefort rembarque le 8 vendémiaire (30 septembre) sur le
même mais cette fois sous les ordres de Maître
Griolot. Et c'est alors qu'un certain Bonaparte réussit un
coup d'état qui le porte au pouvoir...Marin sous Napoléon...
Le Journal de Rouen du 3 avril 1802 nous apprend que la Sally est commandée par Lefort quand elle débarque divers marchandises venant du Havre. Pour l'inscription maritime, le patron reste aître Groult. Mais, porté au registre des maîtres au petit cabotage, on voit bien Lefort commander par la suite la Sally pour amener à Rouen tantôt du sucre et de l'eau-de-vie tantôt des cargaisons de plâtre et de latte.
Lefort est débarqué à Rouen après sept voyages le 25 pluviôse de l'an 11 (14 février 1803), soit sept mois et 27 jours. Deux patrons vont alors se succéder, Heurtel, Adam... Puis la Sally sera dépecée en 1806.
Le Saumon.
Le 19 mars 1803, à Rouen, Lefort prend le commandement du Saumon
qui va effectuer des allers et retours entre Le Havre et Rouen. C'est
un dogre construit à Rouen du port de 101 tonneaux. Lefort
en
partage la propriété avec Maunoury et Cie, de
Rouen. Le
navire de Lefort fut dépecé à
Jumièges le 2
novembre 1808. A Jumièges ! Tout un symbole...La prospérité à Jumièges
Mais revenons sur terre. Le 14 juin 1807, le capitaine Lefort alla en mairie de Jumièges déclarer le décès de son beau-père, Valentin Porgueroult en compagnie du fils de ce dernier, Pierre Valentin. Moine défroqué, le maire, Desaulty, enregistra leur déclaration.
Sur le registre des capitaines au cabotage on se dit bientôt "sans nouvelles" de Lefort déclaré absent. C'est qu'après une carrière de marin somme toute relativement modeste mais plus lucrative en fin de parcours, Lefort aura arrondi sa bourse quand vient la Restauration. En 1825, devant Me Deshayes, l'auteur de L'abbaye de Jumièges, on le voit acheter à Clément Mennière des immeubles à Duclair moyennant 8.100 F. En 1826, il avance de l'argent au chantier de construction navale Bataille, à Guerbaville, qui malheureusement fit faillite. Il acquiert aussi de Jean Prosper Loisel, de Saint-Martin, des immeubles sis au Landin pour 6.000 F.
Reconverti en notable, Lefort sera sur ses vieux jours conseiller municipal sous la houlette de Casimir Caumont, le propriétaire de l'abbaye de Jumièges. Notre ancien capitaine a alors 60 ans, 4.000 francs de fortune. Il est qualifié maintenant de propriétaire.... et marchand de bois, comme son homonyme de sinistre mémoire ! Marchand de bois et, à ce titre, la famille va acquérir en 1832 une grande partie de la forêt de Jumièges en compagnie des frères Rondeaux.
Un mariage et un enterrement
En 1842, à Jumièges, M. Lefort marie avec satisfaction l'une des filles à Jumièges avec un vétérinaire de Bourg-Achard. Les témoins : Jacques de Fontenay, propriétaire et industriel à Louviers, fils d'un ancien maire de Rouen, Marcel Buquet, teinturier à Rouen, Philippe Lefort, le frère de la mariée, négociant à Rouen, enfin un cousin, Jean Eléonore Isorey, tuilier à Hauville. Ce fut Simon Cabut, maire de Jumièges, qui scella cette union. La famille avait alors à son service deux domestiques : David Neveu, 24 ans et Justine Tropinel, la quarantaine.
Mais les Lefort eurent le malheur de perdre leur fils aîné en 1845 à Rouen. Puis le couple s'établit à Duclair Jean-Baptiste Lefort y mourut le 14 juillet 1846, miné de chagrin. Le pharmacien Amour Marais déclara le décès en compagnie du Dr Bucquet qui sollicita l'autorisation, au nom de la famille, de transférer le corps à Jumièges pour son inhumation. Son épouse le rejoignit dans la tombe après avoir rendu l'âme à Duclair en 1859. Dans ce tombeau, qui nous a donc tant intrigué au point de rédiger cette page, sont inhumés aussi leurs trois enfants.

Jacques-Philippe Lefort (1798-1845), négociant à Rouen, mort à 48 ans avant ses parents. Il habite 14, rue Herenguerie, en 1829, lorsqu'il acquiert à Duclair une maison de Guillaume-Georges Hulin moyennant 5 000F à charge de laisser jouir des objets vendus et de faire 350 F de rente viagère à vie au sieur Lemarchand.
C'est
le 25 novembre 1832 que fut procédé, en
préfecture, à l'adjudication de la forêt de
Jumièges. Proposée en quatre lots, elle atteint des prix
exorbitants en totalisant 411.000 F quand elle avait été
estimée à 271.000. Les lots furent réunis en un
seul qui fut adjugé 420.000 F. Ce furent les frères
Rondeaux et Jacques-Philippe Lefort qui se portèrent
acquéreurs par indivis. 
Jean Rondeaux,
l'ami des Lefort...
Les Rondeaux, sont les fils d'un éphémère maire de Rouen sous la Terreur. Nous avons Jean qui succédera à Casimir Caumont à la présidence de la chambre de Commerce. Un homme qui fera beaucoup pour l'endiguement de la Seine et la restauration de l'église d'Yainville.
Et puis nous avons Charles, filateur à Louviers. Enfin, il y a le demi-frère, Édouard, indienneur à Bolbec puis au Houlme, grand notable dont descend André Gide,
En
1835, le maire d'Yainville d'alors, Jean Georges
Delépine, vendit à Jacques-Philippe
Lefort, alors
négociant à Rouen, trois corps de ferme qu'il
occupait en
compagnie de Tranquille Duval. Le tout représentait plus de
onze
hectares en cours closes, terres, jonc-marinières,
bois-taillis...En 1836, Lefort fils habitait 15, rue Herbière lorsqu'il acquiert une ferme "sise à Jumièges et Yainville". Elle était donc à cheval sur les deux communes, eut-être au village des Fontaines, où vécut mon bisaïeul Pierre Charles Mainberte. Il se prête à cette configuration.
| Cette petite exploitation
était passée entre les mains du sieur Michel
Levillain,
décédé à
Jumièges en 1812. Ses
héritiers la mettaient donc en vente. Si Jacques-Philippe
Lefort
demeurait alors 15, rue Herbière, son père
occupait quant à lui le 17. Peu après la mort prématurée de Jacques Philippe, le sieur L. Crevel Jeune fut nommé mandataire par les héritiers Lefort pour régler sa succession. Les lots Lefort de la forêt vont changer de main... |
L'absent
du tombeau
Le couple eut aussi Valentin Augustin, né le 5 décembre 1800. Les déclarants furent son grand-père, Valentin Porgueroult et Marie de la Rue, épouse du citoyen Jacques Nicolas Augustin Boutard. Jean-Jacques Hue, étant maire, enregistra leur déclaration. L'enfant est mort le 21 octobre 1805 à 5 ans dans la maison de son père, encore capitaine, sise hameau du Conihout. Déclarent le décès Valentin et Pierre Valentin Porgueroult, grand-père et oncle de l'enfant. |
Dans les années 1840, quand la polémique fait rage entre les Yainvillais et leur nouveau maire, Charles Lesain, il est souvent fait appel à l'arbitrage de "Monsieur Lefort". Celui-ci aura donc joué un rôle dans la restauration de Saint-André. Tout comme Jean Rondeaux qui en fit l'expertise pour la Société des Antiquaires.

Flore Olympiade Lefort, (1807-1877). Née à Jumièges le 13 octobre 1807, elle est localisée à Duclair en décembre 1867 dans les minutes du notaire de Jumièges. On ne lui connaît pas d'union. Un certain Amand Constant David, de Rouen, a alors une obligation envers elle. Ce garçon épousera bientôt une fille Rollin, liée à la famille du maire d'Yainville.

Rose Justine Lefort (1814-1872). Décédée à Bourg-Achard, cette dernière repose à Jumièges aux côtés de son époux, Hippolyte Bucquet, qui mérite ici quelque éloge. Leur fille aussi...

Le combattant du typhus

Ardent militant d'un société de vétérinaires commune aux département de l'Eure et de la Seine-Inférieure, il voit ses vœux se réaliser en 1856 et en devient aussitôt le vice-président. 1860 le porte à la présidence.
L'année 1871, par des mesures appropriées, on le verra éradiquer rapidement une épidémie de typhus qui menaçait tout le canton de Routot.
Le 3 février 1880, Buquet est fait chevalier de la Légion d'honneur.
Républicain convaincu, Hippolyte Bucquet fut conseiller municipal de Bourg-Achard dès 1848. Il refusera le poste de maire ou encore celui de directeur du service sanitaire du département de l'Eure. Mais il rendra jusqu'à ses dernières forces des services à l'agriculture et l'hygiène publique. On le retrouve notamment administrateur de l'hospice de Bourg-Achard.
Veuf, Hippolyte Bucquet est mort le 6 mars 1890. Ses obsèques furent célébrées à Bourg-Achard mais son corps repose à Jumièges auprès de sa femme décédée 18 ans plus tôt.

La bienfaitrice de l'enseignement

Hippolyte
Bucquet et Rose Justine Lefort avaient eu une
fille, Louise Anne, née à Bourg-Achard en 1844. A
16 ans,
elle y épousait le manufacturier Jean Baptiste
Désiré Givon. Mme Givon sera Officier de l'Instruction publique pour avoir fondé le groupe scolaire Marcel-Bucquet.
A Jumièges, elle financera la construction d'une école au Conihout, inaugurée le 29 octobre 1911 et qui portera le nom des Lefort.
Décédée à Rouen le 7 février 1924, Mme Givon léguera encore d'importantes sommes d'argent à la paroisse de Jumièges.
Que les enfants de Jumièges qui passeront désormais devant cette tombe se souvienne de l'épopée qu'elle renferme.
Laurent QUEVILLY.
NOTES
La généalogie d'Hippolyte Bucquet s'établit comme suit.
Son père, Louis Jacques Bucquet, marchand, originaire de Montfort avait 24 ans au moment de sa naissance et sa mère, Elisabeth Geneviève Testu, 32.
Ses grands-parents paternels sont Louis Jacques Bucquet et Catherine Raimbert. Ses grands parents maternels : Jacques Nicolas Testu et Marie Geneviève Gavois.
Qu'est devenu Louis Porgueroult, ce marin qui n'est pas encore le beau-frère de Lefort lorsqu'il est capturé au combat du 13 Prairial.
C'est un matelot qui a commencé à naviguer le 11 mars 1791 sur la Jeune Adélaïde entre Bordeaux et Caudebec. Passa ensuite sur Phénix dont il débarqua au Havre avant d'être levé pour Brest à bord du Juste, capitaine Terrasson. Après sa capture, voilà Porgueroult interné pour de longs mois sur un ponton-prison anglais, dans des conditions dures mais réglementées.
En 1795, un accord d’échange est négocié entre la France et l’Angleterre par Louis Monneron, au nom du Comité de Salut Public. Des navires neutres vont permettre le rapatriement de prisonniers. Ainsi Louis de repasse en France le 4 nivôse de l'an 4 (le 24 décembre 1795). Joyeux Noël ! Il débarqua ce jour là du parlementaire anglais La Samaritaine. Amaigri, il reprit des forces. Et sa vie de marin. Puis il sera encore levé par la Royale. Au Havre, cette fois.
Le 28 octobre 1796, on lui délivre à Duclair un passeport révolutionnaire pour se déplacer sur toute l'étendue de la République: taille 5 pieds 2 pouces, cheveux et sourcils châtain, yeux bleu clair, nez gros, bouche moyenne, menton rond, front haut, visage rond marqué de vérole. Il ne sait paraît-il pas signer et c'est Foutrel adjoint de la commune de Jumièges, ancien organiste de l'abbaye, qui le fait pour lui. Pourtant, l'inscription maritime le dit lettré. Hélas, Louis mourra à la fleur de l'âge, 31 ans, le 26 novembre 1802 avec la profession de "marinier". On ne sait dans quelles conditions. Mais sa captivité aura sûrement compté. Son père et son frère déclarèrent ce décès survenu à Jumièges.
Sources
Procès Porgueroult, documents numérisés aux AD76 par Josiane et Jean-Yves Marchand.
Francis Paillette, le Désarmement havrais.
Archives de l'inscription maritime du Havre,
Lefort est porté comme Maitre au petit cabotage dans le registre 6 P 5_60, p. 25/26,
des matelots, 6 P 5_43 , p. 193,
des ouvrier 6 P5_30 n° 125, f° 160, p. 151.
Le Bousquet d'Or (6 P 6-20; P. 251),
Archives de l'inscription maritime de Rouen :
7 P 4_8 - Matelots de Jumièges - 1785-1796, p. 41/199
Histoire de Brest, sous la direction de Yves Le Gallo, Privat, 1976.

