Une abbaye. Des visiteurs. Beaucoup de visiteurs... De tous temps, Jumièges a été un lieu de prédilection pour l'hôtellerie. Réouverture après inventaire...



Fossé, Lefebvre, Tougard, Poisson... Les archives ont conservé les noms des cabaretiers de Jumièges, parfois qualifiés de marchands et qui étanchaient la soif de nos aïeux sous l'ancien régime.
Au dessus de la voûte d'entrée de l'abbaye, une hôtellerie, la salle des Dames, accueillait aussi les femmes de visiteurs, proscrites dans l'enceinte du vieux moutier.
Ci contre est le plan du centre-bourg issu du cadastre napoléonien.
1 - Emplacement du café de l'Eglise.
2 - Emplacement de l'hôtel de l'Abbaye
3 - 4 : Emplacement de l'hôtel des Ruines et du café Ameline.
5 - Emplacement du café-épicerie de l'abbaye.
6 - Emplacement du café de la Poste.

Si Jumièges comptait plusieurs comptoirs, une auberge semble avoir dominé toutes les autres...


Agression à l'auberge Poisson



Il est 8 h du soir, ce dimanche 7 août 1763. Marie Elisabeth Folie, 31 ans, se rend à l'auberge de Nicolas Poisson pour y chercher son mari. Et son mari, c'est Jean-Louis Delahaye, le chandelier qui tient une échope au bourg de Jumièges. Elle s'avance sur le grand chemin quand, racontera-t-elle, elle est surprise de rencontrer Nicolas Deconihout, un laboureur du Mesnil-sous-Jumièges. Ils font alors quelques pas ensemble. Parvenus devant la porte ouvrant sur la cour de l'auberge, Deconihout l'interroge tout-à-trac :
 
— As-tu remis des balances à madame Gardin ?
— C'est mes affaires...
— Bougresse, s'emporte soudain l'homme, j'te fous su la goule...


Au lieu de cela, Deconihout frappe la femme à l'estomac. La force du coup de poing coucha la dite Folie à terre. Elle s'affala à la renverse, jupes par dessus tête, si bien que l'on vit la lune en plein jour. "Toutes les personnes qui étoient présentes eurent honte de la pudeur de voir cette femme jetée à terre..."
A grand peine, Marie Elisabeth se releva et, assure-t-elle, voulut s'en retourner chez elle. Mais Deconihout proféra des insultes contre sa réputation et celle de son mari. "Sans le secours de quelques paysans, elle aurait eu peine de rester à la place..."

La femme du chandelier allait rester clouée au lit et elle porta plainte. Ce qui lui valut d'empocher 25 livres de dommages et intérêts.

Une représentation de Jumièges par Polyclès Langlois en 1834. La Tour lanterne et la façade sont très fantaisistes. On voit aussi que le mur d'enceinte de l'abbaye a disparu et quà l'arrière, dans un contre-bas qui n'existe pas, semble figurer une Seine qui n'est pas sa place. Reste que la plus imposante maison semble être une auberge

Un aubergiste récalcitrant


Est-ce Nicolas Poisson le personnage de cette anecdote ? Je ne suis pas encore parvenu à la dater. A Jumièges, sourd au réquisitions, on répugnait à loger les militaires. Mais c'était aller à l'encontre des bons désirs du roi, c'était commettre un crime de lèse-majesté... Aubergiste, le syndic de la paroisse refusa un jour la venue de cinq voitures de l'armée. Pour le punir, on lui opposa durant vingt-quatre heures cinq cavaliers. Après leur départ, le pauvre aubergiste fit le compte de leur consommation : 100 œufs, 10 livres de lard salé, 6 livres de bœuf, 15 livres de pain, 72 pots de cidre. Oui, 72 pots de cidre. A cinq ! En vingt-quatre heures ! Sacrée pépie...



Les moines, piliers de cabarets ?


A la Révolution, en 1790, Dom Banse accuse ses coréligionnaires. On dispose ici d'un costume séparé, on va en bonnet de nuit et robe de chambre fumer jusqu’au bord de la Seine, on va jouer et boire avec la canaille… Ses confrères ripostent : "C’est lui qui a scandalisé le public par ses allures, ses grimaces, son costume quand il sort qui l’a fait méconnoitre et prendre pour un roulier, qu’il se fit insulter l’été dernier dans la cour d’un café où l’on jouait, vis à vis de notre abbaye, qu’il y a joué lui-même il y a deux mois avec un particulier qui refusé de boire ce que dom Banse avait perdu, lui disant qu’il étoit trop près de son monastère pour boire avec lui ; qu’aucun religieux de la maison n’a fait d’éclats scandaleux comme dom Banse."


Conservée à l'auberge du bac, l'assiette ci-dessus
représente un moine en goguette...





Emeute à l'auberge


En décembre 1791, le sieur Letellier fut chargé de décrocher les cloches des abbayes de Fontenellle et de Jumièges. Il commença sa besogne d'abord à Saint-Wandrille où son équipe amena huit cloches à terre. Prévenu de l'hostilité des Jumiégeois, il entre en tapinois dans le bourg au soir du 5 décembre. A l'auberge, il fait dételer ses chevaux, range sous une remise sa charrette chargées d'outils, de cordages, de massues et de palans. Les hommes demandent le souper et le coucher, sans dire un mot de leur mission. Qui a prévu les villageois : l'aubergiste? un client? Toujours est-il qu'aux aurores, la rue, la cour l'auberge sont envahies par une foule brandissant fusils et bâtons ferrés en proférant des menaces. Peut-être 700 hommes surexcités. Ils se postent partout : dans les tours de l'abbaye, devant le portail, les entrées. Partout. Le maréchal-ferrant, un colosse, mène la sédition. Brandissant une corde, il lance: " Je pendrai le premier qui osera descendre les cloches!" Quelques ouvriers de Letellier s'avancent timidement vers les grilles, soi-disant pour jeter un coup d'œil sur la superbe abbaye. Mais ils doivent se replier très vite. Car déjà, on se jette sur eux avec l'intention manifeste de les reucider. Prudent, Letellier reste terré à l'auberge où , sous son nez, les émeutiers viennent à tour de rôle se rincer le gosier à l'eau de vie. Histoire de "se réchauffer le courage". Et quand celui-ci est bien chaud, ils invectivent Letellier, pâle comme la mort.
Soudain, plusieurs le prennent à la gorge, le houspillant l'épée au poing. Quand Letellier voit que d'autres pénétent par les écuries pour y abattre ses chevaux, qu'on coupe ses cordages et qu'on glisse des bourrées sous sa charrette pour l'incendier, Letellier bat le rappel de ses troupes et quitte piteusement le bourg de Jumièges sous les huées de la foule.





Détail d'une carte poste représentant l'hôtel de l'abbayer. A gauche pause sans doute M. Vauquelin...






Cuite chez Tropinel

Dimanche 20 octobre 1793. Dans une rue de Jumièges, le citoyen Hervieux arbore fièrement une cocarde à son chapeau. Seulement, elle n'est pas tricolore. Et il a le malheure de croiser un militaire en congé, le sieur Joseph Hauriolle. Celui-ci le lui fait remarquer. Hervieux retire sa corcarde sans faire d'histoire. Puis il se rend au cabaret du citoyen Tropinel...

Mais, alertée par Hauriolle, la municipalité, entend vérifier le civisme d'Hervieux. Maire en tête, la voilà qui pénètre dans l'établissement. Le citoyen Amand, gros paysan parlant du nez, demande alors à voir l'objet du délit. Quand soudain, un autre consommateur, interpelle Hauriolle resté au dehors : "Toi, si tu rentres ici, j'te casse la barre du col !..." Aussitôt, le maire convoque cette clientèle distinguée à la maison commune.

Là, Hervieux présentera ses excuses et écopera d'une journée de détention. Deconihout, en revanche, insulte les officiers municipaux. Et sans ôter son chapeau, ce qui constitue à leurs yeux une circonstance aggravante. Un peu plus tard il reviendra encore à la mairie pour obtenir un certificat de civisme destiné à son fils, marinier au Havre. Là encore les insultes pleuvent quand on l'interroge. Dans la même journée, alors que l'on procède à la vente des biens nationaux à l'abbaye, Deconihout interrompt les opérations en traitant de menteur le président. Repoussée dans la cour, il hurle encore à la cantonade qu'il n'y a pas plus voleurs que les municipaux...

Quatre jours plus tard, Deconihout comparaîtra encore à la maison commune pour reconnaître les faits avec cette excuse : "j'étais imprimé d'bésson..."

Le 16 septembre 1799, un passeport révolutionnaire sera délivré au nom de François Tropinel, 40 ans, à Jumièges depuis sa naissance. Taille 1,70m, cheveux et sourcils bruns, yeux gris, nez long, bouche moyenne, menton allongé, front haut, visage maigre et ovale, pour aller à Pont-Audemer Dieppe et Rouen. Signe.
Le 11 octobre 1805, veuf de Marie-Rose Cauchie, François Tropinel se remaria à 46 ans avec Sophie Desjardins. Son frère est le tailleur de Jumièges. Lui, on le dit marchand et il a pour beaux-frères David Foutrel, l'organiste de l'abbaye et Bruno Harel, aubergiste...

Mort du charretier de l'auberge Harel


Le 28 mars 1798, Lesain, agent municipal d'Yainville, se rend chez Jean Desmarais, journalier, où le cadavre d'un homme approchant la quarantaine a été déposé. C'est celui de Picard, domestique charretier chez Bruno Harel, "cabaretier de Jumièges", mort en tombant de la charrette qu'il conduisait. Tous les efforts pour le ramener à la vie furent inutiles. On l'inhuma à Yainville.

Le fait que Bruno Harel employait un charretier témoigne d'une auberge où l'on recevait des clients en attelage. Harel avait épousé Marie Desjardins quatre ans plus tôt. Il était alors jardinier.

Un an après la mort de son domestique, le 10 novembre 1799, Bruno Harel se fit délivrer à Duclair un passeport révolutionnaire
pour aller à Rouen et autres lieux du département. On le dit cabaretier âgé de 32 ans, originaire de Saint-Wandrille, à Jumièges depuis 17 ans et marié depuis cinq ans. C'est un homme d' 1m 68, cheveux et sourcils châtain, yeux bleus, nez ordinaire, bouche moyenne, menton rond, front bas, visage ovale et qui sait signer.
Comme nous le verrons, les cabaretiers de Jumièges ne font pas de vieux os sous Napoléon et sous la Restauration. Marie Desjardins mourut en 1809, son veuf est alors qualifié de marchand. Bruno Harel la suivit dans la tombe à 45 ans, le 29 août 1813.



Devant le café-épicerie

L'auberge Lecouturier


Jacques Adrien Robert Lecouturier, 25 ans,
natif d'Ylleville, fils d'un défunt journalier était laboureur à Jumièges depuis trois ans lorsqu'il épousa, le 5 mars 1812, Marie Rose Decaux, issue d'une famille de cultivateurs. La mariée était enceinte et il n'est pas certain que ses parents furent transportés d'allégresse face à ce mariage forcé. Seuls ses cousins signèrent l'acte. Marie Rose accoucha quelques jours après ses noces d'une fille qui trépassa peu après. Deux ans plus tard, elle décédait à son tour. A 25 ans.

Depuis son mariage, Jacques Lecouturier était devenu cabaretier. Peut-être avait-il succédé à Harel en 1813. Il observa une année de veuvage et, le 22 juin 1815, se remaria avec une couturière, Marie-Jeanne Monchrétien.


Après avoir servi sa clientèle une dizaine d'années et logé les visiteurs de l'abbaye, souvent des Anglais, Jacques Adrien Robert Lecouturier mourut à 37 ans, en décembre 1823. Il avait pour beau-frère Jean-Jacques Bussy, 45 ans, marchand tailleur d'habits à Jumièges. Lecouturier n'aura pas eu le loisir de voir venir ici la duchesse de Berry qui allait lancer un élan touristique vers les ruines.

Voici le récit d'un érudit anglais, Thomas Frognall Dibdin, en  1825 . L'aubergiste dont il va nous parler est sans doute Dame Marie-Jeanne Monchrétien, 39 ans, veuve  Lecouturier...

Nous entrâmes dans le village, laissant à droite et à gauche quelques maisons élégantes, parmi lesquelles nous remarquâmes un presbytère mieux conditionné que ne le sont ordinairement ceux de France. Nous descendîmes, et gagnâmes une jolie petite
auberge, faisant évidemment partie de quelques dépendances extérieures, ou du chapitre de l'abbaye. Une grande voûte gothique , un pilier circulaire qu'on aperçoit en entrant, attestent d'une manière non
douteuse le caractère primitif du lieu. (*) Nous demeurâmes convaincus, à l'aspect de l'ensemble, que l'édifice entier devait être anciennement d'une très vaste étendue. Nous étions après midi, le soleil brillait dans toute sa majesté : les villageois ne tardèrent pas à entourer le cabriolet. « Voilà messieurs les Anglais qui viennent voir l'abbaye; mais effectivement il n'y a rien à voir. » J'informai la maîtresse de l'auberge du sujet de notre visite; elle nous procura un guide et une clef; cinq minutes après, nous entrions dans la nef de l'abbaye (...)

(*) Je connais parfaitement la petite auberge dont parle l'auteur. Je puis assurer qu'elle ne faisait point partie du chapitre. C'était néanmoins une dépendance extérieure de l'abbaye : mais oserai-je dire que c'était l'étable aux vaches ?

(...) La maîtresse de l'auberge nous ayant fait apporter des serviettes et des verres, nous dînâmes au milieu de la scène que je viens de décrire, et non sans éprouver des émotions peu communes. (...) Après avoir satisfait notre curiosité autant que possible, mais non pas autant que nous l'aurions désiré, nous retournâmes à l'auberge, commandâmes nos chevaux, et fîmes nos préparatifs de départ pour Caudebec. L'hôtesse paraissait affligée de se séparer de nous, tant elle aimait messieurs les Anglais qui venaient voir sa chère abbaye de Jumièges ! Il fallut traverser une seconde fois le village; ce fut l'affaire de cinq minutes. Nous dîmes adieu à l'abbaye, « un long, un bien long adieu. » Plus d'une fois nous nous retournâmes pour la voir encore, et les deux sveltes clochers à l'occident semblaient répondre avec empressement à nos vœux, en se montrant autant de fois à nos regards. Nous les apercevions encore à une lieue du gîte que nous allions chercher.

(Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France)



Jumégeois devant le café-épicerie. Une femme est manifestement en coiffe...

L'auberge Gossé



Veuve Lecouturier, Marie-Jeannne Monchrétien est toujours attestée comme aubergiste en 1826. Elle se remarie cette année-là avec un cultivateur, Simon Gossé. Celui-ci épousa aussi le métier de cabaretier. Dix années s'écoulèrent et M. Gossé, à l'âge de 65 ans, rendit l'âme. Aussitôt, son neveu par alliance, Adolphe Savalle, reprit l'affaire.

L'auberge Savalle


Natif de Mauny en 1808, Adolphe Savalle était encore charron à Jumièges quand il épousa Adélaïde Guiot en 1833. Elle était cultivatrice chez ses parents. En 1836, à la naissance de leur fille Louise, les Savalle apparaissent avec la profession de cabaretiers puis d'aubergistes.
Après avoir habité le palais abbatial, Charles Antoine Deshayes, l'auteur de l'Histoire de l'abbaye de Jumièges, finit ses jours à l'auberge Savalle où il avait placardé une affiche pour vendre son ouvrage aux visiteurs des ruines. Il vivait là dans une petite chambre où il avait entassé les trésors d'archives de toute une vie. A la mort de l'écrivain, en 1844, Adolphe Savalle se rendit acquéreur de plusieurs objets ayant appartenu au défunt. Dont des livres.

En 1850, Pierre-Pascal Lefèbvre, 48 ans, tenait un café à Jumièges et était aussi cordonnier. Son établissement fut impliqué dans une affaire de sédition qui alla devant la cour d'assises. On reprocha à quatre hommes de gauche, parmi eux Lhonorey, ancien adjoint, d'avoir chanté des hymnes républicains, lancé des slogans révolutionnaires, dansé la Carmagnole, être restés tête couverte au passage de la procession du Saint-Sacrement. Que buvait-on chez Lefèbres ? Du cognac, des cruchons de bière.

Scandale à l'auberge !

Flanqué de quelques amis, un certain Genevay vint dans une auberge du bourg. Il nous parle de Monsieur "de Cumont", propriétaire de l'abbaye et maire de ces lieux. On aura reconnu Casimir Caumont, en poste en 1851. Il nous parle surtout d'une tenancière fort peu recommandable...

Je n'ai nulle raison pour médire de la Normandie, de ses pommiers, de ses verts herbages, de son beurre, de ses bonnets de coton, de ses pluies continuelles, de ses habitants, de ses excellentes crevettes et des fillettes qui les pèchent. Je n'y ai jamais eu de procès normands. Respect donc à la Normandie, admiration pour les églises de Rouen, pour Saint-Pierre de Caen, pour le Mont-Saint-Michel, pour Granville, pour toutes les côtes normandes, pour l'industrieuse vallée de Lillebonne, une petite Alsace, pour le royaume d'Yvetot, pour les ruines de Tancarville et celles de Jumièges. Tous ces lieux je les ai souvent visités, j'aimerai toujours à les revoir; la Normandie est une bonne terre, mais Dieu vous garde de ses hôtels et même de ses auberges, non que la nourriture y soit mauvaise, mais la carte à payer... Vous allez en juger.

" Nous irions visiter les ruines..."

Je me trouvais il y a quelques années,— un bon nombre d'années, — chez des amis à Lillebonne; ils se mettaient en quatre pour me faire trouver mon séjour agréable; ils me conduisirent pêcher des truites excellentes, moins fines de goût cependant que celles du Jura, ils me montrèrent le cirque romain nouvellement découvert, ils me firent grimper à Tancarville, et, enfin, il fut arrêté que nous irions visiter les ruines de Jumièges si pieusement entretenues par leur savant propriétaire, M. de Cumont. 
Un beau matin, nous montâmes dans un char-à-bancs, nous étions cinq, deux dames et trois hommes, sans comprendre le cocher et le cheval.

" Voilà des affamés !"


Nous avions la jeunesse et tous une bonne veine de gaieté, le temps était superbe, à chaque brin d'herbe la rosée attachait une perle; nous semâmes donc le chemin de nos rires et même de nos chansons. Appuyés sur les barrières de leurs cours, — en Normandie on appelle cour ce que nous nommons verger, — Normands et Normandes nous regardaient passer et se disaient : « Voilà des gens heureux. » Ils n'avaient pas tort, et, lorsque nous approchâmes de Jumièges, s'ils eussent ajouté : « Voilà des affamés », ils auraient eu raison.

Nous nous imaginions bien, quand notre char s'arrêta devant une auberge qui portait pour enseigne un cheval blanc brandillant au bout d'une tringle de fer, que nous ne trouverions pas les fournaux du Café-Anglais, mais que nous importait !

"Jésus Dieu !"

Nous entrons comme un tourbillon dans une grande cuisine, notre premier regard est pour le foyer; « Triste!, triste! » comme dit Hamlet, il est à peu.près éteint; une grande Normande paraît, c'est la propriétaire, la cuisinière, la servante du lieu; le dialogue suivant de rapidement s'échanger, entre elles et nous :

— Brave dame, pouvez-vous nous donner à.déjeuner ?
— Jésus Dieu ! Oui.
— Qu'avez-vous ?
— Jésus Dieu ! ce n'est point aujourd'hui jour du marché.
—Qu'avez-vous ?

Elle pirouette, ouvre un buffet et en tire deux côtelettes.

— Mais nous sommes cinq !... Y a-t-il un boucher ?
—Jésus Dieu! Oui, mais il ne tue que dans trois jours. 
— Vous avez du jambon?
— Nous saignerons notre porc la semaine qui vient, sauf votre respect.
— Des œufs ?

Nouvelle pirouette et la dame nous offre cinq œufs, grimace générale..

— Du beurre ?
— Je battrai ce soir.

"Nous nous croyons empoisonnés"

Nous poussons des cris de naufragés. Enfin notre hôtesse nous dit gravement : « Je vais chercher un canard. » Ah! nous voilà sauvés! Cinq minutes, dix minutes, un quart d'heure, se passent. Nous sommes exaspérés. Furetant dans tous les coins, un de nous découvre une petite bande de lard, fatale trouvaille! On arrête que l'on fera une omelette au lard. Les hommes ravivent le feu, les dames galamment troussées, fouettent les œufs, des morceaux de lard grésillent dans la poêle, on dispose les assiettes, une petite fille apporte du cidre, les deux côtelettes sont servies à nos compagnes, et nous autres nous nous jetons sur l'omelette, horreur des horreurs ! Le lard était si rance qu'à la première bouchée nous nous croyons empoisonnés.

Notre hôtesse reparaît tout essoufflée, rouge comme une pivoine, le bonnet de travers. « Jésus
Dieu ! ai-je couru !

— Et le canard !
— Il n'a point-voulu se laisser prendre, il est sur la mare.... »

"Il y eut tempête."

 La chose était trop comique, nous partîmes tous d'un éclat de rire, et nous dûmes nous contenter de deux ou trois poignées de cerises qui nous arrivèrent par miracle.
Enfin nous prîmes cinq tasses de chicorée, et riant, malgré le cri féroce de nos entrailles, nous
demandâmes combien nous devions.
Devinez le chiffre de la carte ? cinq œufs que nous ne mangeâmes pas, quatre doigts de lard, trois bouteilles de cidre, une cinquantaine de cerises, et cinq tasses de ce que vous savez... dix-neuf francs!
Il y eut tempête, la Normande tint bon, nous menaça du garde champêtre, et de fait il arriva heureusement. Je lui remis un petit mot pour M. le maire avec la somme demandée, priant ce magistrat de régler cette note et de donner l'argent qui resterait aux pauvres de l'endroit.

Quelques jours après, M. de Cumont m'apprit que le compte, y compris l'avoine du cheval, avait été établi à cinq francs....
Méfiez-vous des auberges normandes. Qu'est-ce que la brave femme nous eût demandé, si elle eût plumé le canard ? c'est nous qui l'aurions été.

A. GENEVAY.

Le Musée universel, 1874.

NB : L'auteur est vraisemblablement Antoine Genevay, homme de lettres, fils unique d'un militaire jurassien célèbre sous l'Empire et la Restauration. Le Musée universel fut fondé en 1873.

Le fils de l'aubergiste, Emile Savalle, né en 1834, tiendra l'établissement avec son père. En 1862, il pleure sa mère, en 1864, il épouse Césarine Marais qui exercera à Jumièges le métier de sage-femme.


Victor Pavie, en 1863...

Après avoir passé une semaine à Rouen dans les meilleurs hôtels, cet ami de Victor Hugo, écrivain, poète et historien de l'Art débarqua du bateau à Jumièges, visita l'abbaye, et goûta aux charmes de l'auberge Savalle. Ambiance...

"Quand nous quittâmes l'abbaye, le soleil planait sur ses tours; et telle était à cette heure la magie de ses ruines, que je me demande encore ce que la lune y eût ajouté de prestige à l'heure la plus rêveuse de la nuit.

Après huit jours d'hôtel, qu'on s'attarde divinement à une auberge de village, si les coquetiers sont de bois, si les verres évasés et maigres sont à côtes, si l'on voit s'ébaucher, au fond des assiettes de terre, des chimères de fleurs et d'oiseaux, si le pain un peu bis correspond à la nappe écrue, et si le maître, absorbé dans l'honneur de votre visite, vous fait deux réponses par question!
— Combien d'ici Duclair?
— Huit kilomètres ; et d'ici Yainville, par où vous passerez, trois kilomètres seulement.
— A quand la messe d'Yainville?
— Dam', plus tôt que plus tard. Monsieur le curé n'aime pas attendre ; je ne m'y fierais pas. Tandis qu'ici rien ne vous hâte; vous avez tout le loisir de voir le portrait de sainte Austreberthe et de son loup, représentés sur un pilier de l'église au naturel.
— Eh bien ! va pour Yainville ; nous y ferons halte à la grand'messe, et l'on nous réchauffera le café de Jumiéges — à Duclair.
Jamais conclusion ne faillit si inopinément aux prémisses. Notre hôte n'en revenait pas ; il nous croyait à lui, il nous perdait. Debout et pétrifié sur le seuil de sa porte, il nous suivit du regard jusqu'à perte de vue dans la plaine.
"


Le guide Joanne de 1866 ne mentionne pour Jumièges qu'une "petite auberge peu approvisionnée". La même année, le guide Richard est encore plus sévère: "petite auberge MAL approvisionnée".  

Entre deux naissances, Emile Savalle, le jeune aubergiste s'adonne à l'écriture. On lui doit Les derniers moines de l'abbaye de Jumièges publiée en 1867 chez Brière, à Rouen, et, l'année suivante, une dissertation sur les Enervés.

En 1872, le père Savalle était toujours aubergiste à Jumièges. Il avait 64 ans. Après quoi, son fils rendit son tablier pour devenir commis principal à l'état-civil du Havre mais aussi archéologue et paléontologue. Il donnera encore un ouvrage historique sur le culte des saints avant la Révolution mais surtout d'innombrables publications scientifiques avant de décéder en 1902 avec le surnom de Pé Caillou.


Au Rendez-vous des Touristes


C'est près de l'ancienne maison de Monsieur Destienne, guide de l'abbaye, qu'est le café-restaurant le plus proche du vieux moutier. Avant la Révolution existait déjà une taverne face à l'entrée de l'abbaye. Certains moines n'hésitaient pas à s'y adonner au jeu. Il y avait aussi un logement pour les dames, interdites d'entrée à l'abbaye.
Sur la première photo figure Mme Bouquet, l'épicière du village. Sur la deuxième photo, l'homme assis en casquette est sans doute le guide de l'abbaye qui pose en voisin. A l'enseigne du Rendez-vous des Touristes, ce lieu fut tenu successivement par L. Partoy, J. Delaunay, A. Gamelin, E. Huet. C'était aussi un hôtel, tabac, essence, journaux... En 1980, sous l'enseigne du Café de la Poste, Georges Huet le céda à Vincent Lecerf et Sylvie Quesne.
Au 65 de la rue Guillaume-le-Conquérant, dans un passé récent, il s'est appelé un temps le Deiz mat, (boujou, en breton) avant d'être judicieusement rebaptisé en 2011 Le Bistrot puis la Taverne des Moines, renouant ainsi avec l'histoire. J'y ai fort bien mangé cet été-là dans la cour intérieure, un soir où le soleil couchant enrobait d'or les deux tours de l'abbaye...



En 1949, le grand photographe américain Todd Webb immortalisa au café de la Poste une partie de dominos. Sorte de Jack London venu sur le tard à la photographie, Webb était chargé de documenter les effets du plan Marshall. Les patrons, M. et Mme Huet, sont ici à gauche. Qui mettra un nom sur les autres visages ?

Le café-épicerie de l'Abbaye

Il fut tenu par les familles C. Eliot, G. Anquetil, Bouquet éditeurs de nombreuses cartes postales... Après vint la famille Dumond puis André Fessard, en 1942. Natif d'Yainville, percepteur-inspecteur des finances à Rouen, M. Fessard renonça à son statut de fonctionnaire pour nourrir sa famille. A la Libération, il se reconvertit dans l'élevage et devint maire de Jumièges. Après lui se succédèrent les Lefrançois, Quatresol. Puis Jean Gallay, ancien footballeur du Dac. On a oublié le nom des suivants jusqu'à Mme Dumesnil. C'est alors une crêperie, La bonne famille, qui est aussi salon de thé et propose des produits à emporter. On y a rouvert des chambres sous forme de relais de groupes pour cyclistes, motard, randonneurs.. De l'autre côté de la rue des Fontaines à l'enseigne de Pommes et fraises, est la Cave de l'abbaye.

L'hôtel des Ruines

En 1907, l'établissement est connu sous le nom d'hôtel Littré avec sa tonnelle des cent couverts. Natif de Vains, dans la Manche, fils d'un colon de Terre-Neuve mort là-bas, François Littré avait épousé en 1886 Olga Boucachard, fille de commerçants jumiégeois. Il était alors restaurateur au Havre, 85 boulevard de Strasbourg. Ses deux fils firent la guerre de 14. L'un d'eux, engagé volontaire, disparut dans la Somme en 1916.

Son successeur fut Raoul Neveu, né en 1892 à Jumièges et qui fut d'abord garçon épicier. En 1900, à Paris, il s'était engagé pour trois ans. Il fut mobilisé en août 14 et vite promu sous-lieutenant. Mis en congé en 1919, il regagna Jumièges. A l'hôtel des Ruines, il assurait un service de voiture à cheval jusqu'à la gare d'Yainville.

Le guide Diamand de 1925 signale deux hôtels à Jumièges, ceux des Ruines et de l'abbaye qu'il qualifie de "modestes"

En 1930, Robert-L'Abbé nous parle de celle des Ruines : " On arrive sur une petite place triangulaire ombragée de tilleuls. Sur l'un des côtés existe une auberge où l'abondance et l'excellence de la chère compense ce que le coucher peut laisser à désirer."

L'auberge des Ruines passa entre les mains de Robert Gréverie. Gisèle Vestu se souvient des années qui suivirent la Libération.  Avec ses animations à l'hôtel Gréverie. "Cinéma le jeudi soir. Une dame Léon Grain, de Yainville, était assistante. Théâtre: un certain Alex Lenoir animait un groupe de jeunes qui se produisaient le dimanche. Une revue connut un cetain succès: "Oui, c'est à l'hôtel des ruines, où l'on s'en va, ça s'devine..." 

"Il y avait des bals réguliers animés par Claude Deuil, Claude Lemire, actuellement accordéoniste dans la compagnie Nicollet. La salle de l'auberge servait de salle des fêtes pour certaines occasions. Elle servit même de salle de classe..." 

On y donnera des spectacles jusque dans les années 60. En 1976, l'établissement fut géré par Irène Florentin-Godement. Il y avait là huit chambres. Le chef Christophe Mauduit a perpétué depuis la réputation de la maison.

L'hôtel de l'Abbaye


C'est à l'hôtel Vauquelin que fut détenu sous bonne garde Jules Martin, l'assassin du maire de Jumièges, le 14 juillet 1910. Ici descendaient les marchands d'Honfleur partant vendre des fruits en Angleterre. Successeur en 1925 : Albert Jehaneuf, originaire du Havre. Après son décès, dans les années 55, sa fille, Raymonde et son gendre, Joseph Persil, ont continué la restauration et le bar mais ont fermé leurs chambres. Tout s'est arrêté au début des années 1970. C'est aujourd'hui une très belle habitation près de laquelle se blottit une maison de poupée de rêve...


Chez Ameline


A côté de l'atelier du charron, le café Ameline. C'est là que le 4 mai 1909 eut lieu le rendez-vous des 100 kg. Belle brochette...
De gauche à droite : MM Lamy, Rousseau, Porte le boucher, Jules Ibert le forgeron et Baptiste Fradet le chauffeur du château.
Sur la façade de l'ancien atelier du charron, l'œil averti remarquera, dans une niche, un bas-relief  représentant Austreberthe, son âne et le loup provenant de l'abbaye...
L'établissement a accueilli le coiffeur Jacques Fleury. Il fut connu un temps sous le nom d'Au rendez-vous des chasseurs puis Bar des Sports, tenu par Joseph Persil, époux Jouhanneuf, l'une des deux filles de l'ancien patron de l'hôtel de l'Abbaye.
Au bar des Sports, j'ai été curieusement accueilli par la faconde de François Rose. Je n'avais pas dit trois mots sur les beautés du pays qu'elle me coupa la parole : "Vous, vous êtes Laurent Quevilly !"  Nous ne nous étions jamais vus mais elle avait manifestement navigué sur mon site. N'empêche, ça fout la trouille. Ce jour-là, elle, ne rechigna pas à nous servir le soir à manger alors que tout fermait et qu'elle-même était sur le point de le faire. Elle nous fit visiter le lendemain son gite au Conihout, à l'ancien passage de la Roche. Un endroit hors du temps. On recommande. Son café-restaurant a pris ensuite le nom de Ah ma Normandie.

Le café de l'Eglise

Faisant aussi épicerie, il fut tenu par Andrée Huet, épouse Leblond qui le céda en 1971 à Jean-Pierre Bourguet. Tenu 16 ans par Dominique Decaux, le café de l'Eglise a fermé ses portes en 2010. J'aimais y manger en terrasse, un œil sur l'église Saint-Valentin, l'autre sur l'andouillette, spécialité de la maison et une oreille pour la patronne qui avait la voix pleine de douceur. Au 2 de la rue Mainberte, les bâtiments, qui typaient depuis des lustres l'entrée de Jumièges ont été rachetés par la commune. Puis détruits pour faire place à un immeuble à usage de crèche, garderie, cantine et maison des associations avec bibliothèque. 

L'auberge du Bac

En 1732, Antoine Fossé tient l'auberge du Passage, Jacques Lefèbvre en 1750.
En 1778, c'est Adrien Leroy. Il y aura bagarre dans son établissement et procès

Dans les années 60, elle était tenue par Ernest Coté et décorée d'armes anciennes. Je m'y suis rendu souvent avec mon père. Et je garde le souvenir des grenadines servies dans des verres bombés. Il y avait sur un mur une assiette sculptée qui représentait un moine en bombance. Elle y est toujours. Et puis il y avait ces nappes vichy qui ne trompaient personne : on était bien en Normandie. Ernest était né  à Hénouville, en 1893. Il s'était engagé en 1913 et fit la guerre de 14. Il fut cité à l'ordre de son régiment pour avoir évacué son véhicule de reconnaissance sous les bombardements. Ce qui lui valut la Croix de Guerre. Evacué comme malade en 1917, il rejoint les armées en 18, fut démobilisé en août 19 et regagna Hénouville. Après quoi, il fut chef de garage à la centrale d'Yainville. Mon père lui succéda. Après avoir quitté l'auberge du bac, Ernest a tenu une station service à Duclair. C'était un homme tendre comme le bon pain, bien qu'il ait été meurtri par un drame familal... Je suis retourné parfois à l'auberge du bac qui n'a rien perdu de son charme. Quand votre repas est rythmé par les allées et venues du bac, que rêver de mieux...

La boutique

Situé sur la route du Mesnil, André Gibourdel l'a cédé en 1961 à sa belle-fille, née Andrée Cadinot.

"Le café-épicerie-tabac tenu par le veuve Gibourdel, qu'on appelait "la boutique", écrit Jean Mourot dans ses souvenirs d'instituteur, était le centre du hameau des Sablons On y trouvait de tout, sauf de l'espace...
C'était l'endroit où un remplaçant de longue durée pouvait se faire servir à déjeuner.

C'était aussi le siège de la "cabine publique" de téléphone – en fait un combiné accroché au mur de l'arrière-salle..."

Il s'est appelé un temps le café-épicerie des Etangs. Puis Le Rendez-vous des chasseurs. En 2011, j'ai longuement discuté avec la patrone de cet établissement qui en avait gros sur le cœur. Le café a pris par la suite le nom de Bar Bare.

Le café-épicerie du Conihout

En 1825, Simon Gossé et son épouse, Flore Pélagie Bellet, avaient ouvert un café-épicerie au Conihout. En 1862, M. Gossé devint veuf. Après sept années de veuvage, en 1869, il épousa sa servante, Euphrasie Havert. C'était une enfant trouvée recueillie par l'assistance. Venue de Bourg-Achard, elle avait 19 ans. Et lui... 65 !
Sa jeune épouse entretint sa verdeur car il mourut à 88 ans, toujours épicier, en 1893. Sa veuve n'avait alors que la quarantaine mais resta fidèle à sa mémoire. En 1925, Euphrasie Havert fêta les 100 ans du café-épicerie, entourée des pompiers, du garde-champêtre et du maire, Sever Gérémie Boutard, 2e à partir de la droite.

Quelques figures

Sous l'ancien régime

Delamare, condamné pour trafic de bois en 1722, était cabaretier à Jumièges.
Antoine Fossé tient "l'Auberge de Jumièges" en 1732 et est locataire du passage d'eau. Un homme du nom de Jacques Tranchant, était mort sous son toit le 23 septembre 1727.
Jacques Lefebvre, veuf capelle, époux de Catherine Lecompte, cabaretier et passager en 1750. 
Nicolas Poisson est aubergiste en 1752. On le voit témoin de la mort de Valentin Porgueroult, laboureur de 52 ans en compagnie d'Etienne Duquesne, batelier. Il est aussi témoin du décès de Pierre Delépine, journalier de 60 ans en compagnie du clerc Jean Hue dont il parraine un enfant. en 1753.
Georges Delépine, époux de Marie Rose Anne Boutard, aubergiste en 1758. 
Augustin Philippe Perrier, époux de Marie Madeleine Neveu, cabaretier en 1758, il avait Jean-Baptiste Moret, cocher, pour ami. 
Nicolas Poisson, veuf Labarbe, époux de Marguerite Belbarbe, veuve Bardet, toujours cabaretier en 1763. 
Noël Augustin Philippe, époux de Marie Rose Angélique Vallois, aubergiste en 1776. 
Etienne Tougard, époux de Marie Desmarais, aubergiste en 1780. 
Jean Ponty, époux de Marie-Madeline Lefrançois, cafetier en 1788.

Sous la Révolution 

Cabaretiers : la femme Lasire, le citoyen Tropinel, Noël Augustin Philippe, qui est aussi marchand. C'est le père du premier guide de l'abbaye, eul pé Philippe...

Débitants d'eau de vie : Nicolas Bouteiller le bien nommé, Jean Ponty, Louis Romain Dépouville, huissier, Marie Anne Renout... 

Marchands de cidre : Pierre Deconihout, Emmanuel Heuzé, Jean Baptiste Ouin, qui vend aussi du vin, Pierre Desjardins, Jean Maze fils, au détail, Bruno Harel.

Depuis...


Jean Isidore Caboulet, 32 ans en 1825, était cabaretier à Heurteauville.
Pierre Wandrille Dieudonné Chantin, 35 ans, était marchand-épicier en 1825. En 1826, avec sa famille, il acquiert une propriété à Heurteauville ayant appartenu à Jean-Victor Hue.


Laurent QUEVILLY.

NB. En 1905, Raymond Clément était garçon d'hôtel à Jumièges. De petits cafés ont fermé mais d'autres enseignes sont apparues depuis l'âge d'or de la carte postale. : la Pizzeria de l'abbaye, L'Heure des Thés, la ferme-auberge de la Mare au coq. A vous de nous de compléter cet article...




SOURCES

Hubert Vézier, sur l'épicerie de l'abbaye et le bar des Sports
Jean-Claude Richal a identifié M. et Mme Huet sur la photo de Weeb
Josiane Marchand, Les patentes du canton de Duclair, ADSM.
Gilbert Fromager, "Le canton de Duclair", tomes 1 et 2.
Gisèle Vestu, lettre à Laurent Quevilly..
Jean Mourot, "La blouse du maître".