Le 19 juillet 1870, à cause des prétentions d'un prince teuton au trône d'Espagne, la France déclare la guerre à la Prusse. L'histoire de ce conflit dans le canton de Duclair reste à écrire. Complétez-la avec nous...


Qui, parmi nos pères, se souciait des aspirations du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, poussé par Bismark à postuler au trône d'Espagne ? De même qui se souciera d'un archiduc d'Autriche abattu par un nationaliste serbe à Sarajevo ? Ainsi débutent les grands conflits: par des raisons qui nous échappent. Mais nous ne leur échappons pas...

Le 19 juillet 1870, poussée par la ruse, la France fouette de son gant le visage de la Prusse. Premiers combats. Bientôt,
dans toutes les communes, sont lancées des souscriptions en faveur des victimes de guerre.
Le 4 aout paraît la liste des soucripteurs du conseil municipal de duclair: Cavoret, maire, Ferrand, adjoint, Delaunay, capitaine des pompiers, Baillif, Ouin, Lorgery, Bouteiller, Mettérie, Aubert, Amangard, Panthou, Duval, Denis et Michel, tous conseillers. Au total, 260F sont récueillis. Cett somme et celle de la souscription ouverte en mairie iront à la caisse du comité central cantonal présidée par M. Lair.
Nous sommes en campagne pour les municipales et, le 6 août, Joseph Panthou informe les électeurs de la commune "qu'il n'accepte pas la candidature qui lui a été offerte par plusieurs de ses amis."  
Ces élections ne provoquèrent guère de bouleversements dans nos communes. Il y eut contestation à Anneville mais celle-ci ne fut pas suivie d'effet.
L'armée française, cette nébuleuse...

Sous le Second empire, les conseils de révision procèdent par tirage au sort. Celui qui tire le mauvais numéro accomplira sept ans dans l'armée active. Il peut cependant se faire remplacer moyennant finances. C'est même un commerce dont profitent certaines compagnies d'assurances.
Celui qui tire le bon numéro ne fera que cinq dans la Garde mobile établie, pour ce qui nous concerne, à Rouen et encadrée par des notables locaux. Cette armée de réserve ne s'entraîne que très rarement. En 1869, ses conscrits sont restés à la maison.
Avec la guerre de 70, la quasi-totalité de l'armée d'active fut décimée en deux mois. La garde mobile fut donc seule à s'opposer durant six mois aux forces prusiennes.
A côté de cela, dans les communes, seront levées les gardes nationales, milices armées héritées de la Révolution. La garde nationale sédentaire désignait la partie de la garde nationale mobilisée affectée au maintien de l'ordre dans les grandes villes et la défense locale des places fortes à l'intérieur des frontières.
Il y aura enfin les francs-tireurs, 
corps de volontaires appelés corps francs et plus ou moins organisé Le commandement allemand leur refusa la qualité de belligérant. Dans l'arrondissement de Rouen fut constitué un corps d'Eclaireurs fait d'anciens militaires et de chasseurs.
Aux armes citoyens !

On a très vite senti les difficultés de l'armée française face aux Prussiens. Les plus anciens se souviennent de leur enfance, de cette année 1814 quand la Patrie était en danger. Un élan patriotique comparable à celui de 1792 anime certains qui en appellent à une France en armes, notamment par la création de corps francs
Le 10 août 1870 est promulguée cette loi : "Tous les célibataires ou veufs sans enfants âgés de 25 à 35 ans ayant satisfait à la loi de recrutement doivent être incorporés dans l'armée active. Quant aux anciens militaires libérés, tombant sous le coup de cette loi, c'est à dire non mariés et âgés de moins de 35 ans, ils sont tenus de retourner au plus vite dans les bataillons dont ils ont fait partie."

Le 12 août 1870 rétablit la garde nationale dans tous les départements. Elle sera composée par les hommes qui ne sont ni militaires d'active, ni gardes mobiles. Chaque municipalité fera partie du conseil de recensement.
Le 14 août, les jeunes gens de la garde nationale mobile relevant des classes 1865 à 1869 sont convoqués d'urgence. Ceux du canton de Duclair devront se rendre à la caserne Saint-Sever, siège du 4e bataillon. Ils doivent se munir d'une paire de souliers et de deux chemises. On prévoit de les loger à la caserne mais aussi chez l'habitant. Certains quittent aussitôt leur commune, accompagnés un bout de chemin par leurs concitoyens, la musique des pompiers. Surprise en arrivant à Rouen, on ne les attenaient pas si tôt. D'aucuns retournent dans leur famille, d'autres trouvent à se loger. On est encore loin de leur fournir un uniforme. Car il faudra une souscription populaire pour les équiper.
Le 18 août, la commune du Trait vote un crédit de 256F pour équiper ses mobiles. Au 20 août,
Duclair, Boscherville ou encore Hénouville ont financé par souscription l'équipement de leurs gardes mobiles casernés à Rouen. Ce même jour, le ministère de l'Intérieur invite les préfets à installer d'urgence les conseils municipaux nouvellement élus. C'est d'autant plus urgent qu'ils doivent statuer sur la désignation des gardes nationaux.
Le 24 août, on sait que d'autres communes du canton ont réunit les crédits pour équiper leurs mobiles : Anneville, Barneville, Berville, Jumièges, Varengeville, Yville... Toutes les communes du canton ont par ailleurs réuni plus de 7000 F pour venir en aide aux blessés de guerre.
Fin août 1870, dans le canton de Duclair comme ailleurs, on commence à armer des bataillons de gardes nationaux désignés par des conseils de recensement. Des fusils sont achetés. Le complément est fait avec de vieilles pétoires de chasse. C'est Charles Darcel, le maire de Berville et conseiller général, qui commande la garde nationale de Duclair. Pour prévenir l'invasion prusienne, une vaste ligne de défense disposée en arc de cercle devait courir de Duclair à Mesnil-Esnard. Les fortications prévues auraient dû accueillir des canons de marine venus du Havre. On les retrouvera abandonnés sur les quais de Rouen...
A Anneville, le 26 août, un conseil de recensement désigne 86 hommes pour sa garde nationale. Son état major est constitué d'un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, cinq sergents, huit caporaux. 
L'hospice de Caudebec mettait quant à lui à disposition dix lits pour les blessés de guerre. Depuis des semaines, on évacuait aussi vers l'intérieur les malades des hopitaux frontaliers.
Fin août, les mobiles du canton de Duclair sont casernés à Bonne-Nouvelle. Ils forment la 1ère compagnie avec ceux du canton de Pavilly et sont commandés par  le capitaine Vigneux.  Le 4e bataillon des mobiles de Rouen a pour chef M. de Berruyer.

Le fiasco de Sedan

"Des incapables, ces militaires !" Inférieure en nombre, taraudée par une désastreuse guerre au Mexique, l'armée française a connu défaites sur défaites. Après le fiasco de Sedan au soir du 1er septembre, les Teutons se frisent les moustaches. Ils vont pouvoir fondre sur la Normandie pour couper tout lien entre le nord et l'ouest. Mais aussi encercler totalement Paris où Napoléon III capitule et est fait prisonnier le 2 septembre. Le 4, la IIIe République est proclamée. A Rouen, la nouvelle est accueillie par des cris de joie. A la préfecture, le citoyen Desseaux succède au baron Leroy. Ce 4 septembre, les mobiles de Rouen sont enfin équipés d'un fusil. Ils partirent le 8 pour le front.
Le 9 septembre, Saint-Paër constitue sa garde nationale avec 160 hommes et 60 fusils.
La première victime...

Dans le canton, la première victime fut Pierre Jacques Desmoulins avant même que les Prussiens n'arrivent.  Le 10 septembre 1870, à 8h du matin, Euphrasie Chéron, son épouse, le retrouva pendu dans le hangard attenant à son habitation, à Anneville-sur-Seine. Elle alerta aussitôt les voisins, Amand Lamy fils, un journalier et Louis Douyer, cultivateur. D'esprit faible, âgé de 76 ans, on le savait préoccupé par l'avancée de l'ennemi...

Ils arrivent !

"Rouen, prends ton épée !" Le 17 septembre, de Paris, Victor Hugo, le poète national, exhorte les Français au combat. Trochu chef du gouvernement de Défense nationale et Gambetta, ministre de la guerre, tentent de réorganiser les débris de l'armée française. La capitale est assiégée le 18 septembre et les Prussiens marchent sur la Normandie, encore protégée par les troupes françaises.
Le 26 septembre, le préfet invite tous les maires du département à ouvrir un registre pour l'enrôlement des citoyens qui demandent à s'armer pour marcher à la défense de Paris.

Le décret du 29 septembre 1870 organise la mobilisation de la garde nationale. Les hommes de 21 à 40 ans sans famille à charge n'appartenant ni à l'armée d'active ni à la garde mobile, formeront la garde nationale mobilisée destinée à soutenir les troupes régulières dans les opérations de défense des lignes de front. On racle les fonds de tiroirs. Les vieux miliaires encore valides ayant servi de 1792 à 1815 sont convoqués à Evreux pour former un corps spécial à la disposition du gouverneur de Paris. 1792, ces gens-là sont centenaires ! Le 30 septembre, le sous-préfet du Havre, Ramel, écrit : "Hier, la fusillade a retenti dans la direction de la Seine, à la hauteur de Heurtauville.

Aujourd'hui le bruit du canon aurait été entendu des environs de Bolbec dans la même direction.

Les renseignements venus de Rouen annoncent que les ouvriers souffrent beaucoup ainsi qu'à Elbeuf, leur attitude inquiète les Prussiens.

Les Uhlans font leur première apparition en Seine-Inférieure le 2 octobre, vers Gournay. Mais pour l’heure ils n’investissent pas le département, se bordant à protéger leurs troupes qui assiègent Paris. Des combats auront cependant lieu tout le mois devant différentes bourgades.
Le 6 octobre, la canonnière de l'Etat L'etendard, réclamée par la chambre de commerce, fait son apparition à Rouen. On le reverra souvent dans le canton.
Le 8 octobre, Gambetta passe à Rouen. La veille, il a quitté Paris en ballon. Les Démocrates lui demandent une politique plus offensive. Gambetta gagne ensuite Tours.
Le 1er  novembre, un corps d’armée couvre Rouen et Le Havre en se déployant sur la rive droite de la Seine.
Le décret du 2 novembre 1870 modifie le recrutement de la garde nationale mobilisée : Les hommes de 21 à 40 ans mariés ou veufs avec enfants n'appartenant ni à l'armée d'active ni à la garde mobile, rejoignent la garde nationale mobilisée. Celle-ci va souffrir d'un manque de cadres et d'équipement.


Un ballon s'échoue à Heurteauville

Le 7 novembre, un ballon, le Jean-Bart, s'envole de Rouen pour porter dans la capitale quelque 250 lettres émanant de toute la France. A bord, les frères Tissandier, as de l'aéronautique.
Sur le plancher des vaches, la foule les acclame. Mais les voilà bientôt contraints à un atterrissage forcé face aux Andelys. Tout près des lignes prussiennes…
Le 8 novembre, reprennent le ciel à 16 h 30. Les voilà maintenant par une nuit glaciale. A 3000 mètres de hauteur, ils cessent de voir la terre et perdent tout espoir de rallier Paris. Alors, ils se rapprochent du sol, poussés vers la mer par un vent de sud est.
A bord, la température est de moins 14°. Engourdis, ils dérivent. Sous leurs pieds ne défilent que bois épais. Pas une plaine pour jeter l'ancre. Bientôt, le ballon plane au-dessus de Jumièges. Face à lui, des falaises, l'immensité de la forêt de Brotonne. Il ne faut plus hésiter.
L'aérostat se suspend à 100 mètres au-dessus du fleuve. Les Tissandier donnent un violent coup de soupape et le Jean-Bart descend s'immobiliser à quelques mètres de la surface de l'eau. On jette des cordes traînantes. Sur la rive, les habitants d'Heurteauville ont compris. Des mariniers se précipitent à bord de leurs barques et remorquent l'aérostat sur la rive.

Cette nuit, le ballon sera gardé sous le clair de lune par cinq gardes nationaux d'Heurteauville. On en fit un dessin. Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque du congrès, au Etats-Unis. Allez savoir pourquoi…Finalement, le ballon sera dégonflé et ramené à Rouen. Les deux aéronautes y attendent jusqu’au 17 novembre un vent favorable. Qui ne vient pas. Ils regagnent Tours le 18 sans avoir pu accomplir leur mission.

Lire l'histoire complète:

Le 20 novembre, la municipalité de Varengeville refuse d'imposer la population pour équiper la garde nationale. Elle préfère le recours à l'emprunt. Ce que lui interdira le préfet. Ce 20 novembre, de Jumièges, on voit passer trois navires de guerre français remontant vers Rouen. Sur leur coque se lit L'imprenable, L'Oriflamme et La mitrailleuse
Mort de l'abbé Leroux

A cette époque mourut le curé de Sainte-Marguerite-sur-Duclair, l'abbé Leroux. Né à Louvetot le 3 décembre 1796,  ordonné le 17 juin 1832, il avait été nommé à Touffreville-la-Câble avant de rejoindre Sainte-Marguerite  en 1836
Jusqu'à la fin de cette guerre, il en passera encore.  Mais les canonnières françaises  sont paralysées à l'idée de causer des dommages aux populations riveraines. 

Le 27 novembre, le conseil de Varengeville est dissout et remplacé par une commission administrative composée de Auguste Etienne, maire sortant, Jean-Baptiste Sehet, Thimothée Le Baron, adjoint sortant, Jacques Levasseur, Charles Pouard, Alfred Pigache, Alfred Avonde, Adrien Fleury, Pierre Ferment, Honoré Drouet. Ce dernier étant le beau-frère de Pigache et le régisseur d'Etienne est aussitôt écarté. Auguste Etienne demeure maire mais n'assistera pas aux réunions.
Les conseils municipaux apportaient alors leur adhésion au gouvernement de défense nationale. Ce fut le cas du Trait qui adopta cette délibération.
Le conseil municipal de la commune du trait, canton de Duclair, est heureux de donner son adhésion pleine et entière à la conduite ferme et digne du gouvernement de défense nationale qui, aidé du concours et du patriotisme de la Nation, chassera du sol de la France les cruels ennemis qui y répandent la dévestation. Le gouvernement de la défense nationale a toutes les sympathies et peut compter sur notre concours pour l'aider dans la tâche ardue qu'il a entreprise : sauver la France et fonder un République sage et modérée. Vive la France ! Vive la République !
41 Varengevillais travaillent comme terrassiers à Saint-Jean-de-Cardonnay sur la ligne de défense. Le 4 décembre, les Allemands l'enfoncent à Buchy. Commandés par Darcel, les gardes nationaux de Duclair se portent volontaires pour prêter main forte. L’Etat-major ne donne pas suite à cet élan patriotique.

Ils sont là !

On apprend, le 5 décembre, que Rouen est aux mains des Prussiens. Les journaux vont cesser de paraître jusqu'en février. Dans leurs colonnes, les Prussiens ont puisé de précieuses informations. Dans la capitale normande, la foule se pressait depuis des semaines devant les vitrines où étaient affichées les dépêches. Tout le département de la Seine-Inférieure  sera occupé à l'exclusion du Havre d'où partiront les navires de la Marine nationale remontant régulièrement la Seine pour mener un combat naval. Gambetta, ministre de l'Intérieur, signera un décret créant un nouveau département ayant pour chef-lieu Le Havre : il s'appellera la Seine-Maritime. Mais Gambetta fut remplacé avant sa publication...
Les Prussiens sont là ! Voilà qui rappelle des souvenirs à certains. En 1815, avec l'appui d'une monarchie française restaurée, les Prussiens avaient déjà occupé le pays. Confusion générale. A Duclair, deux bataillons trouveront à s’embarquer vers la seconde ville du pays. Car seule Le Havre constitue encore une poche de résistance d'où partent précisément les canonnières.
Dans la campagne, les Allemands réquisitionnent, commettent des exactions, pratiquent la politique de la terre brûlée.
Par deux fois Barentin est occupée. L’ennemi cantonne à Duclair dès le 7 décembre. Les paysans d’Anneville sont réquisitionnés en paille, foin, grain, bétail… Les pillages sont monnaie courante.
Dans la nuit du 10 au 11 décembre, de premières unités prussiennes traversent Saint-Paër. Bientôt, le 45e de ligne va s'installer dans la région. Ici aussi débutent les réquisitions brutales. On assistera à la destruction du pont des Vieux, le creusement de tranchées à proximités par des agriculteurs réquisitionnés. Plusieurs semaines, une quinzaine de Saint-Paërois seront retenus en otages. Dans la vallée de l'Austreberthe, les filatures, les moulins cessent de tourner. C'est la crise...

Le 15 décembre, la canonnière française l’Etendard remonte la Seine et fait feu sur une patrouille aux environs de Duclair. Pour protéger la capitale normande entre leurs mains, les Prussiens ont déjà mouillé quelques mines du côté de Duclair. Le 18 décembre 1870, toute la population du Val-de-la-Haye assista aux funérailles du jeune Charles Auguste Doré. Ce journalier de 20 ans fut blessé par balles par les Prussiens alors qu'il venait de passer quelques soldats dans sa barque. Doré mourut chez ses parents entre les bras de ses deux frères...

Le 12 décembre, 400 chevaux, 200 voitures et cochers sont réquisitionnés par le préfet allemand, Cramer, dans le département. Parmi les communes concernées: Duclair qui doit fournir douze têtes et six voitures et cochers. Ces derniers doivent se rendre au Champ-de-Mars à Rouen pour le vendredi 16 décembre à 9h du matin. Dès lors, ces équipages seront nourris aux frais de l'armée. Destination prévue: Paris. Les cochers seront sous la surveillance des conducteurs prussiens qui restitueront les voitures à leurs propriétaires une fois la mission accomplie. Les communes qui ne satisfairaient pas à cette réquisition sont prévenues qu'elle s'effectuera à leurs frais et qu'une amende représentant le triple de ces dépenses leur sera donnée. Duclair sera rappelé à l'ordre pour n'avoir fourni que huit chevaux et quatre voitures... Le délai de livraison fut porté au 20 sécembre.

En ce mois de décembre, la route fut coupée par les Prussiens, à Duclair. Sur les quais, une batterie de trois canons était protégée par des navires charchés de pierres.

Six navires anglais coulés

A Rouen, les 20 et 21 décembre, les hommes du général Bentheim, commandant la place, s'emparent de six goélettes anglaises qu'ils coulent au canon à la Fontaine pour barrer le fleuve. Ce qui soulève les protestations de Londres. Les navires coulés s'appelaient : Aun, de South-Shields, capitaine Hodge ; Jane-Tindell, de Sunderland, cap. Adams ; Sally-Gale, de Newcastle, cap. Bishop; Jessaminé, de Colchester, cap. Shead ; Alice, de Sunderland, cap. Embleton ; Mac-Laren, de Sunderland, cap. Hodgson. Trois autres navires constituent  également ce barrage. Ceux-là son français. Il s'agit du brick Mascary, appartenant à M. Lequesnier, de Quevilly, courtier Roux. Déclaration au gouvernement français par exploit de Gonfray, huissier, indiquant une valeur de 45.000 F au nom de M. Alfred Etienne, consignataire et créancier. Le brick goélette Les trois marguerite, à M. Badille, de Bordeaux, courtier Rapp. Déclaration au maire de Rouen d'une valeur de 16.500F.  Enfin du chaland Oscar, à M. Gaudet, de Rouen, courtier Denis. Un officier prussien a donn, en réquisition, un bon estimant sa valeur à 5.000F. Le dispositif est complété par une batterie à la Fontaine et un barrage de torpilles au niveau de Guerbaville.

Plan représentant les neuf navires coulés dans la largeur de la Seine. Seule apparaît une passe ayant 50 m de large en ouverture et qui, le 4 février 1871 avait une profondeur de 11,70 au dessous du niveau de la pleine mer.

 
Ce même 20 décembre, Anneville est occupée par les Prussiens. "A une heure de l'après-midi, il est passé environ 70 prussiens sur la commune d'Anneville-sur-Seine, ils se sont présentés à la mairie et en ont enfoncé la porte et brisé les fusils au nombre de 30. Ils ont fait plusieurs perquisitions dans les archives de la mairie et après avoir brisé un lambris ttenant à la cheminée ils se sont retirés." Plusieurs réquisitions suivront dans cette commune.

Les escarmouches d'Heurteauville


Du 27 au 28 décembre, une compagnie de Mobiles cantonne au bourg de La Mailleraye. Boisée, la rive gauche de la Seine reste un territoire où les Prussiens ne se sont pas encore aventurés. Mais on craint qu'ils n'établissent un passage pour contourner les troupes du général Roy.
Ces mobiles sont accompagnés de francs tireurs commandés par Boisdeffre qui loge chez le notaire Levaillant. Boisdeffre établit alors trois postes sur la Seine: l'un à Port-Jumièges, l'autre au passage du Trait, le dernier à La Mailleraye. "J'allai, raconte Boideffre, j'allai installer les postes et je poussai jusqu'à Jumièges où je donnai les ordres au maire, un bon vieillard bien malheureux de se trouver au milieu de semblables événements." Ce vieillard, c'est Aimé Lepel-Cointet, il a alors 75 ans.
La consigne est de surveiller le fleuve, empêcher toute traversée, ramener toute embarcation sur la rive gauche. En face, une cinquantaine de fantassins Prussiens sont établis au passage d'eau du Trait. On voit aussi des Uhlans patrouiller chaque jour sur la route du Havre à Rouen.
Le 28 décembre au matin, ont lieu des échanges de feu. Accompagné de huit hommes, Boisdeffres va relever le passage du bac et s'établit chez une vieille dame surnommée la Mère aux écus, dans un hameau d'une quarantaine de chaumières. Dans la soirée, on pense que les Prussiens installent une batterie au Trait. Elle vient effectivement de Duclair sur les ordres du major Burchard pour mettre un terme à la fusillade. Mais nos francs-titeurs abandonnent subitement leur position. L'ordre était d'évacuer immédiatement La Mailleraye.

Le lendemain, 29 décembre, une douzaine d'obus sont tirés par les artilleurs du 1er régiment prussien vers la maison d'Heurteauville où l'on pense que les francs-tireurs sont embusqués. En vain. Le 30, c'est une trentaine d'obus qui est envoyée. La maison part cette fois en fumée. Mais elle est vide.
Du Havre, le 29 décembre le sous-préfet Ramel note :

"Les Prussiens occupent la ligne de Duclair à Saint-Paër. Ils ont tenté, dit-on, d'établir un pont sur la Seine, mais la violence du flot les a empêchés, jusqu'ici, d'y réussir.
"Ils ont réquisitionné 45 matelas à Caudebec. Ils ont envoyé une quinzaine de dragons reconnaître Bolbec ainsi que les routes de de Marequarille et Cruchey."


Les combats de Moulineaux

Du Havre, les troupes du général Roy reprennent l'offensive le 30 décembre. Ce sera le fait d'armes le plus important dans le département. A 16h, un corps de 1500 hommes entreprend de forcer les postes avancés prussiens sur une ligne allant d'Elbeuf à La Bouille. A Moulineaux, les combats font rage et l'ennemi est chassé du château de Robert Le Diable jusqu'à Grand-Couronne. Cette attaque victorieuse était commandée par M. Tréman, capitaine des francs tireurs du Calvados. Le lendemain, l'ennemi tente de reprendre ses positions mais il est repoussé. Les mobiles du Calvados, de l'Ardèche, des Landes et des -Basses-Pyrénées sont les principaux acteurs de ces journées. Il y eut 16 Français tués et 40 Prussiens. Une stèle marque l'endroit où tomba le lieutenant Bochart de Champigny, des mobiles de l'Eure. Fils unique d'une riche famille, il pourchassait les Prussiens dans la plaine séparant Moulineaux de Grand-Couronne quand il fut fauché le 30 décembre.


Ce document photographique a été pris près du château Robert, vraisemblablement le 1er ou 2 janvier 1871. On distingue au premier plan deux sentinelles et une troisième en contrebas près d'une calèche. Cette photo appartenait à M. Franchet.

Les 1er et 2 janvier, les Allemands mettent quelques canons en batterie sur la route de Grand-Couronne à Elbeuf et de là tirent quelques salves sur Moulineaux. Mais le soir du 3 janvier, commandés par le général Manteuffel, 25 000 Prussiens armés de 36 canons font route de Rouen à Grand-Couronne où ils passent une partie de la nuit. Le lendemain, 4 janvier, à 5h du matin, une fusillade éclate. Toutes les forces ennemies fondent sur notre faible avant-garde. A 15 contre 1, enveloppés par un épais brouillard, les Prussiens capturent d'abord un détachement de 80 mobiles. Puis ils escaladent les flancs du château de Robert le Diable. De la plateforme du donjon, deux canons français éclaircissent les rangs des envahisseurs mais, ayant perdu douze hommes, les soldats français battent en retraite. Non sans délivrer un feu nourri. A 10h, à Saint-Ouen-de-Thiberville, les mobiles s'adossent à l'église et tiraillent encore. Mais le dernier canon est pris après la mort de ses quatre artilleurs. Il est 14h30 quand la canonade cesse de gronder. 600 Français sont morts. Et 3000 Prussiens... Les registres de l'état  civil de Moulineaux gardent la trace de ces combats.
Le 4 janvier, à 8h du mtin, on retrouve au hameau de l'Eglise le corps de Marcelin Rousset, mobile de l'Ardèche, 23 ans. Le 5, à 13h, près du château, c'est celui de Jean-Pierre Michel, mobile de l'Ardèche, 23 ans. A la même heure, au même endroit, on retrouve aussi le corps de neuf gardes mobiles non identifiés. A chaque fois, c'est Joseph Langlois, le cafetier, conseiller municipal et Jean Baptiste Heude, le garde-champêtre, qui déclarent ces décès au maire, M. Duhamel. 

Le monument du Mobile de Saint-Ouen-de-Thouberville. De nombreuses cartes postales le situent sur la commune de Moulineaux. Il fut érigé au carrefour de la Maison-Brûlée et béni le 18 juin 1873 par le cardinal de Bonnechose. Architecte: Aimé Millet. Jusqu'à la guerre de 14, de nombreuses fêtes, comme celle-ci, auront lieu au pied du monument.

Parmi les témoins des combats de Moulineaux: l'abbé Houlière, ancien curé d'Yainville, auteur de la fameuse chanson "Noter Dame d'Autertot". En poste ici depuis cinq ans, il vit son église endommagée. Aussi prit-il son bâton de pélerin pour en réparer les outrages. il vendit des images et des poèmes à la gloire des combattants. Ils s'intitulent Après la guerre, Le monument de la Maison-Brûlée,.

Un hiver très froid

Comme décembre, janvier seront très froids et le bac de Jumièges fut détruit par les glaces. A Varangeville, la population est tenue d'assurer l'éclairage de l'occupant.  La Semaine religieuse nous dit que le curé de Saint-Paër, l'abbé Thiesse, a consigné au jour le jour les événements de la guerre de 70 intéressant la commune. Qu'est devenu ce compte-rendu ?
La commune prend à sa charge l'achat de chandelles. Tout comme elle fournira du pain à sa population déshéritée. Le boulanger est alors le sieur Cornillot.
Le 9 janvier, le nouveau préfet allemand de Rouen, baron de Pfuel, ordonna dans le département la réquisition de 200 chevaux et 100 voitures et charretiers. Plusieurs communes du canton de Dulair furent concernées. Saint-Paër, Varengeville, Sainte-Marguerite chacunes pour six chevaux et trois voiture et charretiers, Boscherville et Villers-Ecalles pour quatre chevaux et deux voitures et charretiers. Destinées au transport des vivres, ces voitures devaient être rendues à Rouen pour le jeudi 12 janvier, 9h du matin, place du Champ-de-Mars.


Fusillades à Yainville
Le 10 janvier, l'Oriflamme et la Mitrailleuse se trouvant devant Yainville, le capitaine Dupuis fait disperser une patrouille de dragons et l'Oriflamme envoie un obus de 12 sur un détachement prussien, après avoir sabordé le bateau amené par l'ennemi. Mais la Mitrailleuse a été fortement endommagée par les glaces : son avant est défoncé, ses deux hélices scassées. L'Oriflamme la ramène à la remorque au Havre où elle va subir des réparations.

Le 14 janvier, le maire de Bolbec, Adolphe Guillet et trois notables, MM. Desgenétais, Forthomme et Cottard, tenus responsables des attaques de francs-tireurs contre leur ville, furent conduits prisonniers à Duclair. On menaçait de les fusiller ou de les déporter en Prusse si une contribution financière n'était pas versée. M. Guillet fut seul libéré sous surveillance pour ramener la somme et l'apporta jusqu'au dernier sou.

Le 19 janvier, l'Etendard donne du canon sur une détachement prussien embusqué au Trait et lui tue trois hommes. Le navire se rend à Jumièges. A son retour, il est deux fois la cible de violentes fusillades au niveau d'Yainville. Quelques temps après, un peloton de 250 Prussiens fait feu sur l'Oriflamme au niveau de La Mailleraye. Le lendemain, sur la rive droite à Caudebec, l'Oriflamme. perd un homme dans une nouvelle fusillade.  

Barrage de torpilles à Yainville

Sur la Seine, un barrage de torpilles fut établi au niveau des carrières de Yainville. D'autres récits les situent à Guerbaville. Ces torpilles, quoi qu'il en soit, avaient été fabriquées à Rouen, fin 1870. La Seine charriant alors des glaçons, il fallut attendre pour leur installation. les dates divergent encore quant à leur mise en service. L'affiche allemande ci-contre laisse à penser qu'elle sont opérationnelles dès le 22 décembre. Une autre version nous parle du 29 janvier, soit le lendemain de l'Armistice. On tendit en tout cas une chaîne en un endroit où la Seine a 260 mètres de largeur et 9 de profondeur aux basses eaux. 19 engins furent posés. Ce dispositif était appuyé par une batterie placée à 750m de là et plusieurs postes d’infanterie embusqués derrière les bourrelets des deux rives. Les torpilles, chargées de 73 livres de poudre et munies d'appareils percutants très sensible, étaient espacées de 11,25 m, à une profondeur de 0,50m au-dessous des basses eaux. Elles pouvaient donc, même à marée haute, barrer le passage à des canonnières calant 2,50m. 

L'Armistice

Fin janvier, le gouvernement de Défense nationale capitule. les Prussiens quittent Duclair le 22 janvier 1871 après plusieurs semaines d'occupation. Au grand soulagement du maire, le Dr Cavoret. Ce jour là, à Paris, des manifestations annoncent la Commune...
Le vœu des Duclairois
Dans l'église de Duclair, nous dit la Semaine religieuse, l'objet principal qui attire l'attention est le splendide autel en pierre qui a remplacé dans le chœur l'ancien autel en bois. Il est l'accomplissement d'un voeu. fait par les habitants de Duclair pendant la guerre de 1870, et est aux plans et au ciseau de M. Bonet, sculpteur de Rouen, dont tout le monde connaît et admire le talent.
28 janvier 1871, l'armistice est signé. Deux jours plus tard, La Mitrailleuse, commandée par le capitaine Dupuis et L’Etendard, commandant Maire, font escale à La Mailleraye, bourgade alors non occupée. Là, les habitants informent Maire de l’existence du barrage d’Yainville. Aussitôt, il rédige une protestation qu’il fait porter par chaloupe à l’officier prussien commandant le dispositif. Puis il va visiter Le Trait, Jumièges où il se fait confirmer par un officier du Génie l’existence du barrage d’Yainville.
Le capitaine Dupuis, de son côté, rallia Caudebec à bord de la Mitrailleuse où il remit la même protestation à un général prussien fraîchement débarqué. Long entretien du reste très courtois. Le Teuton, dans un français parfait, invita même Dupuis à sa table :

— Je vous remercie, général, mais j'ai déjeuné.
— Alors, voulez-vous accepter des cigares?
— Merci, général, mais je ne fume pas.
— « Gemment », un marinier comme vous, vous ne fumez pas ! ?


Après quoi, de Quillebeuf nos officiers adressèrent un rapport à leur supérieur. Mais le mascaret s’annonçait. Un phénomène que les Prussiens pensaient provoqué par l'arrivée des canonnières. La flottille française quitta les parages pour se mettre à l’abri. De faible tonnage, L'Alerte et La Mitrailleuse filèrent directement au Havre, L’Oriflamme alla s’embosser devant Honfleur et l’Etendard remonta vers Villequier.

A Yainville, les Allemands procédèront, du 5 au 7 février, au démontage de cette ligne de défense sous-aquatique.

Le retour des Blancs

 Le 8 février, des élections envoient à l'assemblée une majorité monarchiste. favorable à la paix. Seule la ville de Paris est pour la guerre. Il y eut 2500 votants dans le canton de Duclair. Les électeurs avaient à choisir entre 39 candidats. Trochu, l'ancien président du gouvernement de la Défense nationale, arriva en tête dans le canton devant Thiers, nouveau chef du pouvoir exécutif.
Les 15 février, le Dr Cavoret, maire de Duclair, fut informé qu'il pouvait venir retirer les lettres destinées aux habitants de son canton au bureau de poste de la rue Jeanne-d'Arc, à Rouen.
Le 19 février, c'est la formation du gouvernement Thiers.
Le 1er mars, les Prussiens sont toujours là. Ordonnant aux paysans d’Anneville de conduire du bétail au bac de Duclair. Qu’ils coulent ensuite. Du coup, Paul Savalle, le passeur, dénonce son bail.

L'indemnité de guerre


Il faudra verser de l’argent aux envahisseurs. Les contribuables n’hésiteront pas à alléger leur bas de laine plus qu’il n’en faut. 17 février 1871. Telle est la date butoire à Varangeville pour payer l'indemnité aux occupants. La somme sera revue à la baisse par les Prussiens, assortie d'un sursis. A Saint-Paër, les habitants ont deux jours pour verser de 10 à 2000 F selon sa fortune.

Paris la Rebelle

Le 20 mars, notre conseiller général , Charles Darcel, condamne la commune de Paris avec 42 de ses collègues  de la Seine-Inférieure. 42 sur 50 ! La capitale s'érige en gouvernement révolutionnaire et prolétarien qui fait tâche d'huile dans de grandes villes de France. Et cette huile est jetée sur le feu...

Les membres du conseil général de la Seine-Inférieure ont communiqué au président de l'Assemblée Nationale, en le priant d'être auprès de ses collègues l'interprète de leurs sentiments fermement dévoués, la proclamation suivante :

DÉPARTEMENT DE LA SEINE-INFÉRIEURE.
Le conseil général aux habitants de la Seine-Inférieure et aux maires du département.
Une partie de la population parisienne n'a pas craint de s'insurger contre l'autorité de l'Assemblée Nationale que nous venons de nommer. Le reste a laissé faire.
D'épouvantables assassinats viennent d'être commis, et Paris est au pouvoir de l'émeute.
L'Assemblée et le gouvernement sont réunis à Versailles.

La France est lasse de subir les révolutions de Paris et entend que sa volonté soit enfin obéie.

Au nom du. suffrage universel violé, de la liberté et de la dignité de la France méconnues, le conseil général proteste : il invite les maires et les habitants du département a n'éxécuter d'autres ordres que ceux du gouvernement de l'Assemblée Nationale et à se grouper avec confiance autour de leurs représentants départementaux, résolus à prendre, avec le concours des autorités municipales, toutes les mesures qu'exigerait le respect de la loi et la volonté nationale.

Rouen, le 20 mars 1871.

Le 24 avril 1871, les Prussiens quittent Varengeville. On aura vu le général Manteuffel, chef de la Ière armée, séjourner au château.
L'occupation prussienne de Saint-Paër cesse le 18 mai. On évaluera ces cinq mois de présence à plus 98.000 F aux frais de la population. Auguste de Joigny, Jules Bigot, Florentin Cavé et Eugène Frémont auront supporté à eux seuls le quart des réquisitions.

Du 21 au 29 mai a lieu la semaine sanglante à Paris qui met fin à la Commune. Paris est en feu.
Le 31 mai, les pompiers de Duclair qui prêtent leurs concours, interviennent notamment sur l'incendie qui détruit la maison à l'encoignure de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré.



Le 6 juin 1871, 124 familles de Saint-Paër s'engagent à ne pas poursuivre la municipalité pour se faire rembourser les dommages subits. Car si l'Etat va indemniser les communes pour leur contribution de guerre, celles-ci ne pouvaient rien verser pour les réquisitions. D'autant qu'elles ont dû s'endetter durant l'occupation. L'Etat aidera cependant les familles les plus touchées en couvrant le cinquième de leurs pertes.

Le 9 juin 1871, l'Alsace et la Lorraine entrent officiellement dans l'empire germanique.

Rouen est libérée le 22 juillet. Il faudra soigneusement étudier le renflouement des navires coulés par onze mètres de fond à Duclair.

Le 25 août 1871, du fait que la Garde nationale de Paris ait rallié la Commune, on vota la dissolution des gardes nationales dans toutes les communes de France.
Celle de Duclair disparaît 30 août.

Dû à l'architecte Fauquet, le monument de la Défense, près du château de Robert Le Diable. Il fut érigé par souscription publique à l'initiative du maire, M. Marin, et inauguré le 11 août 1901 par l'écrivain normand Jean Revel, engagé dans ces affrontementset. Ministre de la guerre, le général André était présent.

Dans les écoles, les hussards noirs de la République vont forger la revanche en régénérant le sentiment patriotique, l'unité nationale, fusse au prix de magnifier l'Histoire. 14-18 est déjà programmée dans les esprits. On verra de nombreux vétérans de 70 dans les inaugurations des monuments aux morts. Comme le capitaine Danger, de Boscherville.


Quelques blessés de la guerre de 1870-1871
La guerre a fait 139 000 morts côté français, 143 000 blessés et 320 000 malades contre 45 000 morts dans les rangs de l'armée prussienne et 90 000 blessés.

BONNAMY, Louis-Prosper, né le 12 mars 1841, Heurteauville (Seine-Inférieure), 41e de ligne. — Plaie contuse au coude gauche, coup de feu, Beaugency, 8 décembre. — Ankylose du coude, paralysie incomplète des fléchisseurs des doigts.

BRUNET, Antoine-Frédéric-Alphonse, né le 19 février 1840, Jumièges (Seine-Inférieure), 19° de ligne. — Fracture de la malléole externe, pied gauche, coup de feu, Bolbec, 24 décembre. — Esquilles, atrophie de la jambe, ankylose incomplète tibio-tarsienne dans l'extension forcée, engorgement du pied.

HEBERT Pierre,  de Duclair, 136e de ligne. Il fut blessé à Paris.

HOUDARD, Victor-Aimable, né le 11 juillet 1836, Duclair (Seine-Inférieure), garde nationale de la Seine. — Perte de la phalangette de l'indicateur, main gauche, coup de sabre, Buzenval. — Atrophie et perte des mouvements de la partie restante de ce doigt.

LENFANT, Ernest-Emile, né le 5 janvier 1850, Quevillon (Seine-et-Inférieure), 43e de ligne. — Fracture comminutive de l'humérus droit, tiers supérieur, coup de feu, Le Mans, 12 janvier— Consolidation vicieuse, atrophie du bras droit, gêne dans les mouvements de l'épaule

LEVILLAIN, Jacques-Théodore, né le 23 avril 1846, Saint-Pierre-de-Varengeville (Seine-Inférieure), 62e de ligne.— Fracture comminutive de la jambe gauche, coup de feu, Montois (Moselle), 31 août.-—Perte osseuse, déformation et raccourcissement, ankylose tibio-tarsienne.

Les mobilisés d'Anneville
Placide Agasse, 35 ans, Louis Anquetil, 59 ans,  Charles Berenger, 30 ans, Alphonse Boulange, 29 ans, Armand Brument, 48 ans, Onésime Brument, 23 ans, Alexandre Brunet, Frédéric Cadiou, 35 ans, Alfred Caron, 20 ans, Noël Capelle, 33 ans, Théodule Chéron, 40 ans, Antoine Chrétien, 30 ans, Alexandre Coignar, 45 ans, Jules Thomas Danet, 25 ans, Eugène Decaux, Ferdinand Delametterie, oLuis Demare, Jacques Deshayes, 50 ans, Amand Deshayes, 35 ans, Florentin Deshayes, JB Desmoulins, 58 ans, Edmond Des Lande Maximilien Denis, Isodore Deve, Auguste Deve, Florentin Douyère, 30 ans, Louis Duclos, Alphone Durdent, Charles Durdent, Adonis Duval, Arsène Duval, Louis Fessard, 40 ans, Charles Goubert, Louis Gougeon, 20 ans, Charles Guilmain, Adonis Heutte, 24 ans, Eléonore Hulin, 50 ans, Pierre Hulin, 34 ans, Luncien Hulin, 29 ans, Pierre Désié Hulin, 49 ans, Pierre Jouvin, Isidore Lafosse, 25 ans, Sénateur Lafosse, Jean-Jacques Lamy, 41 ans, Amand Lamy, Hippolyte Lasne, Victor Leblond, Pierre Lebourg, 21 ans, Pierre Lecomte, 23 ans, Athanase Léonard, Joseph Lemarchand, François Leprieur, Pierre Lequesne, 42 ans, Aristide Levesque, 38 ans, Joseph Martel, Amand Martin, Alexandre Moulin, Louis Neuvel, François Paine, Armand Perrey, IN Pigache, 35 ans, Pierre Pigache, 41 ans, Jacques Pigache, 38 ans, Louis Poullain, JB Poullet, 31 ans, Désiré Quesnay, Guillaume Quesne, 27 ans, Charles Quesne, 47 ans, Charles Quesne fils, André Renouille, P. Richer, J. Pigache, 41 ans, J. Ligois, Guillaume Siméon, 53 ans, Guillaume Siméon, 26 ans, Pierre Désiré Siméon, 48 ans, Richard Testu, 25 ans, Félix Thuillier, 29 ans, Honoré Tuillier, 29 ans, Jules Thuillier, 37 ans, Auguste Thuillier, Ferdinand Thuillier, 30 ans, Thomas Thuillier, 41 ans, Alphonse Vallois, Alphonse Vaussier, Eugène Vorger.

Les monuments de la guerre de 70


Billet de tombola en vue de l'érection du monument de Moulineaux.

Seine-Inférieure :
Criquetot-sur-Ouville ; Darnétal; Dieppe ( Eugène Bénet, 1908) ;  Elbeuf (Robert Delandre, 1905); Le Havre (Cimetière Sainte-Marie);  Maromme;  Moulineaux
; Neufchâtel-en-Bray;  Rouen ;  Le Tréport.

Eure : Bourgtheroulde-Infreville (Cimetière communal, tombe des mobiles de l'Ardèche et des Landes et de soldats prussiens tués dans les combats des 3 et 4 janvier 1871) ;  Forêt-la-Folie (Monument commémoratif du massacre du 7 novembre 1870) ; Freneuse-sur-Risle ;    Saint-Ouen-de-Thouberville
; Vernon (Aux Mobiles de l'Ardèche, par J Decorchemont).


Sources

Gilbert Fromager, Anneville-Ambourville,  Le Pucheux.
Jean-Pierre Hervieux, Saint-Pierre-de-Varengeville d'hier.
Pierre Molkou, Saint-Paër.
Louis Brindeau, les événement de 1870-1871.
Géographie de la Seine-Inférieure, Tougard.
Houlière, poésie d'un curé de village.