Par Laurent Quevilly
Le plus ancien curé du diocèse de Rouen est celui de Duclair. Qui furent ses successeurs ? L'un fut procédurier, l'autre révolutionnaire, un autre encore défraya la chronique. Procession à travers les siècles...  




Lidoald, v. 671. Le diocèse de Rouen se plait à désigner le curé de la basilique Saint-Denis de Duclair comme le plus ancien ministre du culte de son territoire. Mais Lidoaldus ne portait-il pas plutôt le titre d'abbé ? On raconte que saint Ouen ayant partagé nos forêts de manière inégale entre l'abbaye de Saint-Wandrille et celle de Jumièges. saint Philibert, fondateur de cette dernière protesta et, pour régler le litige, la portion de trop fut accordée à l'abbaye bénédictine de Duclair.

Hugues, 693. Petit-fils de Pépin d'Héristal, fils de Drogon, il prétendait cumuler les fonctions d'évêque de Paris, Rouen, Bayeux, d'abbé de Jumièges, Fontenelle et Duclair et se disposait à prendre le titre d'abbé de Croix-Saint-Leuffroi.

L'abbaye de Duclair, estime la chronique, aurait été détruite au IXe siècle par les Vikings, laissant place à l'église paroissiale Saint-Denis. En 1147, le pape Eugène IV en confirme la possession à l'abbaye de Jumièges. Ses abbés en sont donc les curés primitifs.

Guillaume, curé de Duclair vers 1222-1229, présenté par l'abbé de Jumièges à l'archevêque Tybaud.
Jean de Rosay (Iohannes de Rosayo). Curé de Duclair en 1431, il a siégé au procès de Jeanne d'Arc aux côtés de Nicolas Leroux, abbé de Jumièges. Il est aussi cité dans les comptes du maître des testaments de l'archevêché de Rouen en 1438-1439.

Socius Votes succède à de Rosay à son décès.

3 décembre 1491; fondation de la confrérie des saints Nicolas Pontife, Antoine de Padoue et de la bienheureuse Barbe vierge. Lui succéderont les confréries du Rosaire et de la Charité.

Jean Hauchart. 1525. Le 28 mars 1526, un pouillé confirme les droits de l'abbaye de Jumièges sur l'église Saint-Denis "à cause de la baronie de Duclair qui s'étend dans les deux baillages de Rouen et de Caux et qui est séparée de celle de Jumièges par le mont Saint-Paul, dit aussi mont d'Avilette."

Pierre de Gonnys le Jeune, 1530, sur la présentation de l’abbé de Jumièges.
De 1546 date le plus ancien registre paroissial de Duclair. Robert Dubosc est alors vicaire, en 1547, c'est Pierre Le Misre.

François Nouel, 1548, sur la présentation de l’abbé de Jumièges.

Robert Baudry, 1564. La cure relève alors du doyenné de Saint-Georges.

Loys, 1566.

Jehan Bertault. Il prit possession en février 1567. Manifestement, un enfant du pays. La famille Bertault essaime à Duclair, Berville, Hénouville, Varengeville Toujours attesté en 1573.

Lucas, 1576. Danneville, 1586,  toujours attesté en 1600.

Le Maistre, cette signature apparaît en 1621 mais s'accompagne du titre de chapelain. En 1622, Le Maistre a Jehan Fourmentin pour vicaire.

Michel Yaumart. Attesté en 1624 avec Fourmentin pour vicaire. On voit encore appraître la signature de Le Maistre. Yaumart est prêtre, chanoine des Quinze-Livres en la cathédrale de Rouen, curé de Duclair, procureur et receveur du collège des notaires et l'un d'iceux.  En 1625, il a Marin de Saint-Saulieu pour vicaire et qui signe tous les actes. Yaumart est toujours attesté en 1639 mais les registres de 1626 à 1668 ont disparu et nous cachent son successeur.
François Bit, attesté en 1651, année où il bénit l'une des trois cloches de l'église, et 1654, alors entouré d'Abraham Martin et Nicolas Vaucquier. Le trésorier de l'église est Nicolas Levillain. Il vient de succéder à Robert Roger.

Lefebvre. En 1668, François Poullain signe les actes. En 1669 apparaît la signature de Bauche, vicaire de la paroisse. Puis de Filleul, vicaire lui aussi. Mais le curé est un certain Lefebvre en 1670. La fin de son ministère eut lieu fin 1680.

Jean-Jacques Leblanc. Attesté en 1680 sous le ministère de son prédecesseur dont il était le vicaire. Bauche est toujours vicaire. En 1680, on note aussi la signature de Duchemin. En 1682, les curés de Duclair et de la presqu'île de Jumièges disputent aux moines de Jumièges les droits de prééminence dans leur église. Notamment celui de venir officier le jour de la fête patronale. Les droits des bénédictins furent confirmés cinq ans plus tard. En 1685, l'abbé Leblanc inhume mon ancêtre, Pierre Quevilly. Le 3 mars 1689, il dut procéder à la bénédiction du cimetière après qu'une rixe sanglante eut opposé deux domestiques. L'abbé Leblanc est décédé le 6 mai 1690.



Guillaume Thébault lui succède pour un ministère éphémère. Il meurt le 7 mars 1691 à 56 ans et est inhumé par le curé de Villers, doyen de Saint-Georges. On note aussi à cette époque la signature de Rouvray, prêtre et sans doute vicaire.

Jean François Esnault. 1691-1703. Dit encore Jean Hénot, il blasonnait D'or à un grifon de sable. Sous son ministère, en 1696, les paroissiens se plaignirent des moines de Jumièges qui ont bouché huit arcades et fait abattre le tiers de l'église si bien que l'on est obligé d'entendre la messe du milieu du cimetire. Esnault est manifestement un procédurier si l'on en juge par cet « Arrêt du Parlement, du 20 juillet 1703, qui fait deffenses à maistre Jean-François Enault, vicaire perpétuel de Duclair, de plaider sans l’avis de maistres Inor et Néel, anciens avocats. » Il eut avant cela un procès au sujet des réparations d'une grange dépendant de son bénéfice. Il était opposé à des officiers de l'archevêque. Interdit, Esnault porta l'affaire devant la Primatie de Lyon où il obtint satisfaction. Mais il y eut appel devant le parlement de Normandie... Bref, de bien obscures avocasseries...


Pierre Duquesne, curé de Mathonville, doyenné de Ry, dessert la cure de Saint-Denis de Ducler en 1703, 1705...
En 1717, Mgr d'Aubigné vient constater l'état déplorable de l'église

Pierre Lormier résigne le 25 septembre 1720.

Salomon Longer, dit Saint-Jean. Résigne le 14 décembre 1720 pour la charge de sacristain de l'église cathédrale de Châlons-sur-Marne. Une lettre de M. d'Armenonville à l'Intendant de Champagne le présente comme un "esprit remuant". Foucques lui succède.

Jean François de Foucques. Attesté en 1722, 1739.
Sous le ministère de Foulques, L. Chantin signe les registres à partir de 1721 en qualité de prêtre. On verra aussi longtemps le paraphe du clerc Laurent Maupoint mais aussi du vicaire Antoine Clément, en 1738. Foulques procède à son inhumation  le 17 mars 1739. A la demande de son oncle, curé de Berville, Clément fut enterré dans cette dernière paroisse. En 1739, on voit aussi la signature du vicaire Hardel.
Pourvu de la cure de Moyaux, Foulques résigne le 13 mars 1742 en faveur de Dirlande.
A cette époque est délivré un certificat de baptême à un Duclairois qui se marie à Rouen avec le consentement d'un faux père...
Joseph Jean Baptiste Dirlande, 1742-1770. Né à Grand-Camp, près de Bernay, le 8 juillet 1706, Joseph Jean-Baptiste d'Irlande, curé de Saint-Quentin-des-îles, diocèse d'Evreux puis curé de Duclair par visa du 13 mars 1742, est issu d'une famille noble qui l'on dit originaire d'Irlande et attestée à Rouen en 1533. Sous le ministère de Dirlande mourut, le 29 mai 1748, Laurent Maupoint. Il avait 63 ans et était clerc. Son frère, Jean Maupoint et Claude lebond furent les témoins de son inhumation.
Fils de Michel Dirlande, escuyer, et de Magdelaine Pousset, noble dame de Montauban il eut pour parrain Jean Baptiste Desperiers, escuyer, maréchal des logis des chevaux léger de la garde ordinaire du Roy. Sa marraine fut Catherine Prudhomme, noble dame de Montauban. Il exerça d'abord son ministère à Saint-Quentin-des-Iles.

Nommé à Duclair après que l'abbé Foucques eût résigné en 1742, il eut la bonne idée de consigner le compte-rendu d'un mission dans les registres paroissiaux. Celle-ci eut lieu en 1749. A cette occasion, on érige un nouveau calvaire dans le cimetière.
Plus tard, il reçut en son presbytère une fille de son frère. Hélas, elle mourut à 26 ans. Le 8 octobre 1760, on inhuma en effet à Duclair le corps de noble damoiselle Marie Madeleine Geneviève d'Irlande, fille de feu Messire Louis Jacques Mathieu d'Irlande, écuyer, sieur du Bosc-le-Conte et de noble dame Barbe la Vigne. C'est l'abbé Mouchard, curé du Trait, qui procéda à l'inhumation assisté de Le Chartier, vicaire de Duclair.
Le curé de Duclair, est décédé quant à lui le 22 septembre 1770 à 64 ans. Il était alors doyen de Saint-Georges. C'est l'abbé Mauger, curé de Saint-Pierre de Varengeville, qui procéda à l'inhumation en compagnie des abbés Levallois, curé d'Anneville, Grenier, curé de Jumièges, Agasse, curé de Launay, Foutrel, curé du Vaurouy. Messire d'Irlande, neveu du défunt, était présent.

Jean Delanos. 1770-1799, né le 12 mai 1727 à Doudeville fils de Jean et de Anne Grancher ; prêtre à Doudeville puis à Duclair à partir de 1770. Il eut pour vicaire Jacques Laigné qui mourut à 30 ans le 18 mars 1772. Pierre Pierre Richer, vicaire d'Anneville et Georges Derouen, desservant d'Yainville, participèrent à ses funérailles. Louis Andrieux sera lui aussi vicaire jusqu'à la Révolution.

Lors de la dispersion du mobilier de l'abbaye de Jumièges en 1791, le curé de Duclair obtint douze statues qui décoraient le chœur de l'église Saint-Pierre. Vers 1885, six d'entre elles furent enterrées devant l'église ; découvertes en 1923.

Jean Delanos, en 1792, signait les derniers registres paroissiaux avec la qualité d'officier public.
Il prêta serment et devient président de l'administration municipale du canton du 25 frimaire an 4 (16 décembre 1795) au 23 vendémiaire an 5 (14 octobre 1796) date à laquelle il est nommé instituteur à Duclair.
Le 19 pluviôse an 4 (8 février 1796) il figure sur le tableau des pensionnaires ecclésiastiques du canton et perçoit une pension de 250 francs par trimestre.
Le 22 brumaire an 8 (14 octobre 1799) en sa qualité de ministre du culte catholique il choisit l'église de Duclair pour exercer son culte. Il décède le 22 brumaire an 8 (13 novembre 1799) à Duclair ;  Les témoins furent Guillaume Quevilly, cultivateur de 50 ans, Laurent Campigny, instituteur de 70 ans, il est alors indigent sa fortune étant toute en viager. Or il est dit quelque part que lorsque l'on dressa l'inventaire après décès du curé de Duclair, en l'an VII (ce qui est antérieur à la mort de Delanos), on y trouva chez le curé de Duclair « un bonnet rouge en laine », mais aussi 50 pièces d'or, de 48 francs, 25 autres de 24 francs, et un grand nombre de pièces d'argent. Son vicaire, Louis Andrieux, a prêté le serment prescrit par le roi du 26 décembre 1790 en séance publique à Duclair le 7 ventôse an 7
Pierre Richer. Il prêta serment fin juillet 1802 en la cathédrale de Rouen. Il avait à ses côtés Pierre Leroux d'Hénouville ou encore Jean-Nicolas Détapes de Boscherville.
En 1812, signé de Moscou, un décret impérial réunit la chapelle du Trait à la cure de Duclair.
En 1816, Richer faisait partie du comité cantonnal chargé de surveiller l'éducation primaire en compagnie de Quevilly, juge de Paix, Alphonse de Vallory, propriétaire à Saint-Paër, Hacquet, desservant, Leroux, desservant à Hénouville, Esmangard, chevalier de Saint-Louis à Anneville.

Mort le 15 août 1835, il fut inhumé à la demande de son vicaire, Lanchon, par le curé de Saint-Jean-du-Cardonnay. On fait savoir que le dimanche 20 août 1835, et jours suivants si besoin est, à Duclair, dans l'enceinte du presbytère, au domicile de M. Richer, prêtre, décédé, il sera, par le ministère de Me Dévergez, greffier de Ia justice do paix dudit lieu de Duclair, procédé, aux charges et conditions qui seront annoncées ultérieurement et avant son ouverture, à la vente publique, aux enchères, du mobilier dépendant de la succession dudit sieur Richer, et consistant entr'autres choses: en batterie de cuisine, vaisselle, tables, chaises, fauteuils, hotloge, buffets, commodes, secrétaires, linge de corps et de table, couchures, glaces, argenterie, montres en or, futailles, bouteilles , vins en bouteille et pièce.


Ses vicaires

Biard,
(Séraphin), né à Doudeville le 3 juillet 1807 , ordonné prêtre le 16 juillet 1830, a exercé les fonctions de vicaire à Duclair jusqu'en 1835 et d'aumônier à l'Hôtel-Dieu de juin 1835 à juillet 1836. Après avoir passé six mois à Doudeville en qualité de vicaire, il a été nommé curé de Thiergeville en janvier 1837. Il est décédé dans cette paroisse, le 16 octobre 1874 après l'avoir, administrée 37 ans.


Lanchon (Simon-Eugène), né le 5 décembre 1807, à Fécamp, ordonné prêtre le 1er juin 1833, a exercé les fonctions de vicaire à Duclair (1833) et de curé à Tocqueville, doyenné de Goderville (janvier 1836). Il a été nommé curé-doyen de Valmont au mois de septembre de l'année 1851. L'église de Valmont a été bâtie sous son administration. Il est mort le 21 juin 1871.
La succession de l'abbé Richer donna lieu à procès. Il avait rédigé un acte ainsi conçu.
Je soussigné m'oblige à payer, comme dette d'honneur, la somme de 6,000 fr, dus à divers créanciers par Pierre-Nicolas Richer, mon neveu, laquelle somme ne sera exigible par ledit sieur Richer qu'après mon décès, et pour être par lui distribuée entre eux, au marc le franc de leurs créances.
 A Duclair, le 27 mai 1834. - Bon pour 6,000 fr. -

RICHER, curé de Duclair.

Après la mort de l'abbé Richer, le sieur Richer père et le sieur Goumarin, représentants de plusieurs créanciers, ont assigné les légataires universels de l'abbé Richer, afin de les faire condamner au paiement de la somme promise et ont pratiqué sur eux des saisies-arrêts. Les légataires ont opposé la nullité de l'obligation pour défaut de cause valable...

Amable Parfait Delouard. 1835-1841. Condamné à l'exposition publique et aux travaux forcés pour pédophilie. Ce scandale éclaboussa le clergé et il fallut nommer un successeur digne d'éloges. Il avait en 1839 Eugène-Simon Lanchon pour vicaire.

Jean-Baptiste Auger. 1841-1860.
La Semaine religieuse : M. Auger, était un prêtre très respectable, qui, envoyé à Duclair dans des circonstances fort délicates, avait su mériter l'estime et la considération générales par sa dignité et sa vie tout ecclésiastique.
Il connut les grands travaux de réfection de l'église. 
On voulut la décorer d'un chemin de croix en plâtre polychrome. Du coup, on trouva soudain nos apôtres bien encombrants. Ils furent rassemblés un temps dans le bas de l'église. Puis relégués dans un bâtiment voisin servant aux pompes funèbres. Mais plusieurs amateurs en proposaient de l'argent. Beaucoup d'argent. Et ça, le curé ne voulait pas en entendre parler. Pour en finir, il ordonna de les faire enterrer dans l'ancien cimetière. Ce qui fut fait à la va-vite, sans autre cérémonie. On empila nos apôtres et quelques autres saints les uns sur les autres, là, devant le portail occidental de l'église. Quatre sculptures échappèrent cependant à leur inhumation. On les réinstalla dans la nef.
Sous le minitère d'Auger, une pension religieuse est tenue pa Mmes Salva et Chéron. Aurélie Hullin obtient le prix d'instruction religieuse en 1857
Auger mourut le 23 octobre 1860.

Ses vicaires

Laroche Justin-Célestin, né à Allouville-Bellefosse le 30 décembre 1829, ordonné prêtre le 4 juillet 1858, a exercé le saint ministère comme vicaire à Duclair (1858), vicaire à Caudebec-lès-Eibeuf (1861), curé de Saint-Ouen-le-Mauger (1871). Décédé en fonction le 13 décembre 1886.

Bourrienne (Jacques Sébastien), né à Sotteville-sur-Mer le 28 mai 1818, ordonné le 21 mai 1842, a exercé successivement les fonctions de vicaire au Grand-Couronne, 1842 ; à Aumale, 1843 ; à Duclair, 1847 ; de chapelain à l'hospice de Grainviile, 1850 et au bon Pasteur de Rouen, 1853 ; de vicaire à Bellencombre, 1861 ; et de prêtre approuvé à Saint-Patrice, depuis 1862 jusqu'à sa mort.

Faye (Edouard-Guillaume), né au Havre le 4 octobre 1824, ordonné prêtre le 23 décembre 1848, a été nommé successivement: en 1848, professeur à Aumale; en 1850, vicaire de Monville ; en 1854, de Bacqueville; en 1857, de Duclair ; en 1859, de Saint-Jean d'Elbeuf ; en 1881, curé de Goupillières ; en 1864 , curé d'Hénouville ; en 1872, curé du Héron. Démissionnaire en 1882, M. l'abbé Faye était habitué à Saint-Hilaire où il est décédé le jeudi 13 mars 1884.


Adolphe Baudry. 1860-1866.
L'abbé Baudry naquit au Bois-Himont le 18 août 1815, « d'une famille honorable qui a donné à l'Eglise trois ecclésiastiques du plus haut mérite : M. Hochet, exilé sous la Terreur; M. Lemazurier, décédé curé-doyen de la ville d'Eu, et le R. P. Fessard, ancien provincial dans la Compagnie de Jésus. » Voici sa vie résumée par la presse diocésaine :
Le jeune Baudry devait fournir un nom de plus à cette liste si honorable. A sept ans, il était orphelin de père et de mère, et fut élevé à Yvetot chez sa grand'mère, Mme Folloppe ; il trouva aussi dans sa sœur aînée, bien qu'elle n'eût que quelques années de plus que lui, une affection quasi maternelle. C'est à partir de ce moment que se forma cette union intime d'esprit et de cœur qui devait persévérer pendant deux tiers de siècle, et dont le souvenir est la meilleure consolation pour l'âme brisée d'une sœur doublement respectable. L'enfant grandit à l'Institution d'Yvetot, sous la direction des hommes vénérables et distingués qui ont entouré comme d'une auréole les deux figures inoubliables de MM. Labbé frères. Après avoir achevé très honorablement ses études d'humanités, Adolphe Baudry se dirigea sans hésitation vers la carrière ecclésiastique ; dès réponses discrètes et fermes tout ensemble avaient pu laisser deviner de bonne heure le sérieux de ses décisions et l'élévation de ses pensées.

On jugea à propos de lui faire suivre ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint Sulpice. Il s'y trouvait alors quelques jeunes gens distingués de notre diocèse. qui y terminaient leur cours. Nous citerons notamment MM. Delahaye et Join-Lambert, dont les noms, les vertus et les services devaient jeter plus tard un si vif éclat. L'abbé Baudry les connut, mais sans être, à proprement parler, leur condisciple, parce qu'il devait faire d'abord à Issy ses deux années de philosophie. Aimé et estimé de ses maîtres et de ses condisciples, il avait été particulièrement goûté par M. Pinaud, dont le mérite supérieur, la sainteté et aussi l'originalité ont laissé de profonds souvenirs.

La santé alors fort délicate de l'abbé Baudry ne lui permit pas de continuer ses études chez les Sulpiciens ; il les quitta avec un grand brisement de cœur et garda pour eux une affection et une reconnaissance inaltérables. Il revint d'abord à Yvetot pour se remettre. puis acheva ses études au grand Séminaire de Rouen.

On peut dire qu'il y jouit d'une considération particulière auprès de ses supérieurs et auprès de ses condisciples; il avait même acquis une certaine influence qui fut parfois salutaire, en raison de son action discrète et pleine de suavité. En 1841 il était le doyen des diacres, et en 1842 il fut ordonné prêtre à la Trinité par le cardinal prince de Croy. On pouvait s'attendre à le voir placer vicaire dans quelque poste important et flatteur au point de vue humain ; il fut envoyé au contraire comme vicaire dans la paroisse rurale de Vittefleur, auprès d'un curé âgé qui avait besoin d'un auxiliaire. L'autorité avait eu à la fois la pensée et de ménager les forces de l'abbé Baudry et de procurer à un vénérable vieillard un collaborateur surt le tact et les vertus duquel on pourrait compter de part et d'autre.

C'est en 1847 que l'abbé Baudry fut appelé à un vicariat dans l'importante paroisse de Saint-Jacques de Dieppe. On lui destinait en réalité la place de deuxième vicaire, mais il se contenta du troisième rang et tarda peu du reste à devenir le premier.  En 1860, l'abbé Baudry fut nommé curé-doyen de Duclair.

Jeudi dernier a eu lieu, par M. l'abbé Caumont, vicaire général, l'installation de M. l'abbé Baudry à la cure de Duclair. On remarquait à cette cérémonie religieuse M. l'abbé Poullain, curé de Dieppe, qui avait voulu, par sa présence, témoigner de l'affection qu'il porte à M. Baudry, son ancien vicaire; tout le clergé du canton, les membres de la fabrique, ainsi que toutes les autorités civiles et militaires de Duclair.
L'église était remplie de toute la population, désireuse de connaître son nouveau doyen. Sa réputation si bien établie de vertus et de talent lui assurait d'avance la sympathie de tous, et l'impression générale a été, nous écrit-on de Duclair, des plus favorables à M. l'abbé Baudry.
M. l'abbé Caumont est monté en chaire et a ému tous les coeurs en retraçant la vie de M. l'abbé Auger, décédé, et en donnant la certitude, par des paroles bien senties, qu'on ne pouvait avoir de meilleur pasteur que M. qaudry, et que les regrets qu'il laisse dans les paroisses qu'il a parcourues eu faisaient foi.
M. l'abbé Baudry a pris ensuite sa place et nous a prouvé, dit notre correspondant, que les éloges qui l'ont précédé à Duclair sont bien mérités, et qu'à juste titre il obtiendra parmi ses nouveaux paroissiens la couiiance qui lui était
acquise à un si haut degré dans la ville qu'il vient de quitter. (La Vigie de Dieppe, 25 décembre 1860)

 L'abbé Baudry ne tarda pas à s'emparer de ses paroissiens ; mais s'il savait se faire tant aimer, c'est qu'il aimait lui-même. Trois ans après son arrivée à Duclair, dans un épanchement intime, il exprimait à un ami la prévision qu'on ne le laisserait peut-être pas dans cette paroisse et les déchirements qu'il éprouverait s'il lui fallait quitter son peuple ; en 1866, ses craintes étaient réalisées et ses prévisions dépassées. Nommé curé-doyen d'Yvetot, il dut attendre, plus d'un mois après la publication. des actes officiels, l'arrivée de son successeur, et cette attente ne rendit la séparation que plus pénible. Lorsque le maire de Duclair, qui était alors le commandant de Berruyer, vint lui adresser les adieux de la municipalité et de la commune, la moitié de la population le suivit et s'entassa dans la cour du presbytère. Le digne maire , en commençant son discours, se mit à pleurer, et ne put le lire qu'au milieu de sanglots auxquels répondaient ceux de la foule. Les curés du canton n'étaient pas moins attachés à leur doyen , et, quelque temps après son installation à Yvetot, ils se donnèrent le mot pour aller un jour, en grande partie, lui faire une dernière visite et lui porter l'expression de leurs regrets et de leur souvenir.

En 1861, l'abbé Baudry figurait parmi les délégués cantonaux à l'instruction primaire avec Saunois, maire de Duclair, David, propriétaire à Hénouville et Prévos, curé de Jumièges.
En 1863, l'abbé Baudry dut bénir le cimetière après qu'un couple ait copulé près de la tombe de l'abbé Auger.  Ce fut le 18 mai 1866 que l'abbé Baudry prit possession de la cure d'Yvetot en remplacement de l'abbé Bobée.

Il eut pour vicaire l'abbé Pépin (Louis-Philippe-Edouard), né à Aubéguimont le 18 août 1830, ordonné prêtre le 23 décembre 1854, a été nommé successivement : en 1854, professeur à Aumale; en 1858, vicaire à Cany ; en 1862, vicaire à Duclair. Il s'est retiré à l'Hospice-Général en 1864 et à Bonsecours en 1866. Décédé le 29 mai 1885 à Jouarre

Bennetot, 1866-1869. Desservant du Houlme, il succède à Baudry. Il fut nommé en mars 1869 à Neufchâtel.

Masqueray, 1869-1881. Sa nécrologie dans la Semaine religieuse:
M. Masqueray (Henri-Prosper), né à Rouen le 27 juin 1820, d'une honorable et chrétienne famille, après avoir commencé ses premières études, au petit Séminaire du Mont-aux-Malades et les avoir continuées dans un pensionnat de Rouen, revint définitivement au petit Séminaire, en 1838, avec l'intention d'entrer dans: le sacerdoce. Depuis ce moment jusqu'à la fin de son cours de théologie, il fut considéré par ses maîtres et ses condisciples comme un des meilleurs élèves de son année ; sa solidité d'esprit, sa modération de caractère, sa vie pieuse et régulière, le recommandaient à l'estime de tous ; sa bonté, l'égalité et l'agrément de son humeur le rendirent promptement populaire et lui conquirent les sympathies générales.

Ordonné prêtre en 1845, dans la première ordination faite par Mgr Blanquart de Bailleul, il réalisa pleinement les espérances qu'il avait fait concevoir. Nommé vicaire dans l'importante et populeuse paroisse de Saint-Jean-d'Elbeuf, laquelle comprenait alors tout le territoire de l'Immaculée-Conception qui n'existait pas, l'abbé Masqueray commença son ministère sous le vénérable M. Lainé, depuis professeur et doyen de la Faculté de théologie, et le continua surtout sous M. l'abbé Poulain, dont l'administration fut si féconde et si mémorable. Pendant douze années d'un ministère aussi laborieux que fructueux et honorable, l'abbé Masqueray révéla toutes ses qualités et ses aptitudes sacerdotales ; sa bonté surtout le rendit cher à tous, et, selon le mot de M. Poulain, quand on parlait de son premier vicaire, on disait toujours : « Ce bon M. Masqueray. »

Le premier vicaire était évidemment apte, depuis longtemps, à faire un curé : en 1857, il fut chargé de la succursale de Saint-Pierre-de-Varengeville. Cette paroisse rurale du canton de Duclair, étendue et populeuse, était un champ digne du zèle de l'abbé Masqueray ; il l'accepta généreusement, malgré les répugnances naturelles que pouvaient lui inspirer une vie et un ministère encore inconnus pour lui.

Ce fut une bénédiction pour la paroisse, qui, on peut bien le dire, se renouvela dans l'ordre surnaturel par l'apostolat de son curé, se transforma dans l'ordre matériel par la construction complète de la charmante église, en style roman, qui restera comme le témoignage d'une sollicitude active et persévérante. Cette seconde période de douze années dans la vie sacerdotale de l'abbé Masqueray, acheva de montrer en lui le saint prêtre, l'homme de labeur et de dévouement.

Depuis longtemps il était désigné par le suffrage de l'opinion publique à un poste plus élevé : personne ne fut surpris de le voir nommé en 1869 curé-doyen de Duclair, où il remplaça l'abbé Bennetot, son condisciple. La divine Providence a sur les siens des vues insondables, quoique toujours miséricordieuses : les épreuves n'avaient pus manqué à l'abbé Masqueray ; elles se multiplièrent pour lui sous toutes les faces : pertes des siens, peines de cœur, et enfin, pour épurer l'àme et consommer le sacrifice, souffrances physiques d'autant plus cruelles, que, en paralysant lentement les facultés extérieures, elles laissaient à l'intelligence toute sa plénitude et la conscience de sa situation. Après la grâce de Dieu, qui soutenait au dedans ce digne prêtre de Jésus-Christ, sa consolation la plus douce et la plus précieuse fut, avec l'assistance d'une sœur qui lui avait consacré sa vie, le concours prêté par l'honorable et excellent prêtre auxiliaire qui avait si noblement accepté ce ministère de dévouement, de générosité, de délicatesse. Prêtre jusqu'au bout, malgré son état si pénible, le curé de Duclair remplissait encore, avec autant de présence d'esprit que de courage, le ministère du confessionnal, et pourtant il pouvait justement répondre, ainsi qu'il l'avait fait, ce mois même, à une personne qui lui demandait comment il allait : « Aussi mal que possible, mon enfant. » Ce fut comme l'annonce de sa fin prochaine. Pris, au commencement de février, d'un redoublement de souffrances et d'un affaissement général, il s'éteignit dans une longue agonie de quatre jours, le 18 février, gardant jusqu'au dernier moment sa connaissance, et pouvant ainsi plus pleinement profiter de la grâce des sacrements et de son dernier sacrifice. Il achevait la troisième période de sa vie sacerdotale, qui, comme les autres, avait été de douze années.

Le clergé du canton, des prêtres amis venus de loin, le concours de toute une paroisse recueillie, ont donné aux funérailles une solennité digne de celui qui en était l'objet. M. le curé du Trait, sous-doyen du canton, s'était délicatement effacé pour laisser à des dignitaires, amis du défunt, la consolation de relever la pompe funèbre. M. Baudry, chanoine honoraire, curé-doyen d'Yvetot, ancien curé de Duclair, a présidé la cérémonie. La Grand'Messe a été célébrée par M. Lemazurier, curé-doyen de Neufchàtel, et ancien curé d'Hénouville. La procession, grossie par le nombreux cortége des enfants de toutes les écoles, a fait le tour de la paroisse. Les cordons du poêle ont été tenus successivement, dans le double parcours du presbytère à l'église et de l'église au cimetière, par un certain nombre de notabilités civiles et ecclésiastiques, parmi lesquelles on remarquait M. le docteur Cavoret, maire, M. Foulongne, président du conseil de fabrique, M. Lenepveu, propriétaire du château du Taillis et membre du bureau de bienfaisance, M. l'abbé Delalonde, doyen de la Faculté de théologie, condisciple du défunt, M. l'abbé Renaud, curé de Saint-Vincent de Rouen, MM. l'adjoint et les marguilliers, le R. P. Blanchard, des Frères Prêcheurs, etc.


En juin 1881, l'abbé Pierre Lamy, prêtre auxiliaire à Duclair fut nommé curé d'Ecrainville. Il avait plus que secondé l'abbé Masqueray durant cinq ans.


Charles Victor Beaudouin (1881-1898)  Né le 25 janvier 1835, à Argueil, et ordonné prêtre le 19 mars 1859, nommé successivement professeur à Aumale en 1859, vicaire à Longueville en 1860, curé de Preuseville en 1860, curé de Fresnoy-Folny en 1872, curé-doyen de Fontaine-le-Dun en 1879 et curé-doyen de Duclair en 1881. 

En mai 1884, il préside une cérémonie à Viller-Ecalles :  Une cérémonie touchante et solennelle s'est accomplie le dimanche 25 mai dans la paroisse de Villers-Ecalles, la bénédiction d'un Calvaire remplaçant l'ancien, tombé le 12 mars 1876. Dû à la générosité de personnes qui ont voulu garder l'anonyme, il est placé sur un terrain autrefois concédé et aujourd'hui donné à la fabrique de l'église par une famille connue pour son dévouement à la religion. 
Ses vicaires...

En 1892, l'abbé Beaudoin eut pour vicaire Raymond Ségur, nouvellement ordonné.
En 1893, il avait l'abbé Martin pour vicaire.
En 1895, l'abbé Eugène-Pascal Rivière  Né au Houlme le 1er avril 1866, ordonné le 28 septembre 1890, il fut nommé vicaire à Notre-Dame-de-Bondeville en 1890, vicaire à Duclair en 1894, il desservit aussi la paroisse d'Yainville. Nommé curé de Mannevillette en 1899, curé de la Frenaye en 1910, aumônier de l'Hospice de Tonneville en 1927. Décédé le 23 mars 1935.
Construit en pierre, avec colonne cannelée, chapiteaux sculptés, et le Christ presque de grandeur naturelle, il mesure plus de cinq mètres d'élévation. Sa position à la jonction de quatre chemins, au milieu des sapins qui encadraient l'ancien depuis près de soixante ans, il est d'un aspect aussi imposant que gracieux; une grille en fer en complète heureusement le travail.
A la fin des Vêpres, après un sermon édifiant de M. l'abbé Campion, curé du Houlme, la procession, composée d'une foule compacte et recueillie, tout entière aux vérités qu'elle venait d'entendre, s'est mise en marche vers le Calvaire, au chant du Vexilla Régis. En tête marchaient les enfants des écoles, conduits par leurs maîtres respectifs, la Société des Enfants de Marie en costume blanc, et précédée de sa bannière.
M. le curé-doyen de Duclair, qui présidait la cérémonie, a procédé à la bénédiction de la croix. Puis une couronne dorée a été posée sur la tête du Christ au chant du cantique Vive Jésus ! vive sa croix ! répété avec élan par la foule. Avant le retour de la procession, M. le prédicateur, après un dernier hommage au Dieu du Calvaire, une nouvelle invitation au respect de la croix, à l'amour du divin Crucifié, s'est fait l'interprète des paroissiens, en payant aux donateurs du Calvaire, comme à ceux du terrain, le tribut de leur vive reconnaissance.Après le départ du clergé, hommes, femmes et enfants, sont venus spontanément, et avec un ordre parfait, adorer la croix. L'attitude de ces fidèles était touchante par le recueillement et l'émotion qui se traduisaient sur leur visage. A cette vue, il était permis de se dite que l'idée religieuse avait puisé dans la malveillance dont elle est trop souvent l'objet un principe fortifiant, qui ne peut que tourner à la contusion de ceux qui ont la folie de croire qu'ils pourraient l'abolir.


Quelques semaines avant sa mort eut lieu cette cérémonie rapportée le 3 septembre 1898 par la Semaine religieuse :
On accuse trop facilement d'indifférence ou d'impiété nos populations riveraines de la Seine. C'est une opinion purement fantaisiste à laquelle les habitants de notre charmante petite ville ont coutume de donner le plus fier démenti.
Dimanche dernier, on érigeait un calvaire dans le cimetière communal ; c'était une belle occasion pour tous d'affirmer hautement des sentiments d'inaltérable et universel attachement à  la cause du Christ et de sa divine religion. Ce fut une imposante manifestation.
Portée sur les épaules de huit hommes robustes et pleins de foi, entourée des membres du conseil de Fabrique, la divine image de Jésus crucifié, avait surtout pour garde d'honneur un immense cortège de clergé et de fidèles accourus de tous les points du canton. Sur les quais, sur la place et jusqu'au champ du repos, ce fut un continuel triomphe pour Notre-Seigneur Jésus Christ, et vraiment cette admirable solennité mérite d'être signalée.
Conduite par son zélé et infatigable pasteur, la paroisse d'Anneville-Berville était là tout entière, précédée de sa confrérie. Leur jolie croix d'argent, pièce d'orfèvrerie du XVIe siècle, d'une beauté remarquable, faisait l'admiration de tous. Nombreux enfin étaient nos vénérés confrères du canton, qui s'étaient fait un devoir de réjouir par leur sympathique présence notre cher et vénéré doyen. Au cimetière, nous montrant le crucifix, symbole du sacrifice et de l'espérance, M. l'abbé Maupas, curé de Flamanville, a su captiver son auditoire. Sa parole vibrante et persuasive a vivement impressionné; et ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre, jouiront longtemps des ineffables consolations qu'il a versées dans leur cœur.
En résumé, pour la glorification de Jésus crucifié, pour le salut des âmes, pour les défunts, la journée de dimanche fut belle entre toutes. Le souvenir en restera longtemps gravé dans nos cœurs, comme aussi celui de l'honorable et pieuse famille, qui a fait don à notre ville de Duclair de ce calvaire, magnifique monument de sa foi profonde et de sa libéralité.


E. R.


L'abbé Beaudouin est décédé le 26 décembre 1898. Le bulletin religieux :

M. l'abbé Beaudoin, curé-doyen de Duclair, dont nous avons annoncé la mort et donné les états de services, fut le prêtre dans toute l'acception du mot. Nous pouvons même ajouter qu'il fut un saint prêtre. Tout entier à ses fonctions, naturellement fidèle à tous ses devoirs, étranger aux luttes locales qui naissent de la politique, il ne s'occupa que de son église pour y apporter des embellissements, des enfants pour leur inculquer les principes de notre religion. A l'époque où il fut installé à Duclair, la réforme scolaire battait son plein. Les écoles sans Dieu étaient partout imposées. Il ne s'en attacha que davantage à donner l'instruction religieuse aux enfants. Vrai pasteur, on- était toujours sûr de le trouver au premier appel d'un malade.

Peu fortuné, il pratiquait cependant une charité discrète que, seuls, connurent ceux qui étaient appelés comme lui au chevet des malades. Aimé autant qu'estimé des prêtres de son canton, il fut toujours pour eux l'homme de bon conseil et de cordial accueil. Jusque dans ces dernières années, et alors même que la maladie avait déjà légèrement obscurci son intelligence jadis si vive, il citait ses auteurs littéraires et savait raconter des anecdotes avec esprit et même avec un certain sel gaulois. Atteint d'une maladie qui mine sourdement le corps, il dut se décharger en grande partie du fardeau pastoral et demanda un vicaire. Jusqu'à sa mort, il fut secondé avec grand zèle par ses collaborateurs.

Vingt-trois prêtres assistaient à son inhumation. Le service funèbre a été célébré par M. l'abbé Lenud, archiprêtre de la Cathédrale de Rouen, assisté de MM. Oursel, curé-doyen de Motteville, et Le Vacher, curé-doyen de Doudeville. Tous les prêtres du canton ont pris part aux cérémonies religieuses.

M. Ménielle, maire, entouré de son conseil municipal presque au complet, MM. Nicolle, juge de paix du canton, Maillard, conseiller général, Denise, conseiller d'arrondissement, les fonctionnaires de Duclair, ont tenu tous à rendre un hommage mérité au curé dévoué qui avait su toujours se tenir ferme et conciliant sur le terrain religieux sans empiéter sur le domaine civil. L'absoute a été donnée par M. l'abbé Le Vacher, curé-doyen de Doudeville, qui, sous le décanat de M. l'abbé Beaudouin, a appartenu au canton comme curé d'Hénouville.



L'abbé Laigneau, curé d'Allouville-Bellefosse, fut nommé curé doyen de Duclair en mars 1899 mais pour raison de santé il déclina l'offre et obtint la cure de Manéglise dont il prit possession en septembre.

Pierre Tranquille Guéroult, 1899-1927. Né à Eletot le 1er mai 1855, ordonné le 25 juillet 1882, il fut nommé vicaire à Goderville en 1882, curé de Thiergeville en 1886, curé-doyen de Duclair en mai 1899
Guéroult, qui avait largement contribué à la restauration de l'église de Thiergeville, regrettait souvent son ancienne cure.
Le 19 juillet 1899, l'abbé Guéroult participe à une cérémonie à Varengeville : " l'Adoration perpétuelle a été célébrée en l'église de cette paroisse avec une pompe inaccoutumée. Le Révérendissime Dom Pottier Abbé de Saint-Wandrille y officiait pontificalement entouré d'une riche couronne de prêtres remplissant les diverses fonctions liturgiques. M. l'abbé Gueroult, nouveau doyen de Duclair, occupait dans le chœur une stalle d'honneur. La gracieuse église décorée avec le goût le plus délicat de fleurs et de plantes naturelles resplendissait sous l'éclat des lumières. Un groupe d'artistes amateurs avaient bien voulu venir rehausser de leur magnifique talent l'harmonie de cette belle fête dont les paroissiens de Varengeville conserveront le plus doux souvenir. Ils apprécient vivement le zèle de leur digne curé qui sait si richement relever la beauté des cérémonies religieuses et dont le dévouement pour toutes les oeuvres n'a pas de bornes. "
En 1901, l'abbé Guéroult demande un sacristain-chantre pour l'église.
1903 :  M. Maresquier, décédé à Duclair, a donné par son testament en date du 21 octobre 1900, à la fabrique de l'église du.Trait, une somme de 7.000 francs qui sera placée en rente sur l'Etat français et dont les arrérages serviront : à concurrence de 100 francs à payer chaque année un annuel de messes qui sera célébré à perpétuité dans ladite église pour le repos de son âme et celle de sa femme. Et pour le surplus à l'entretien de l'église et au besoin du culte. Legs enregistré.
1905 : Mme Panthou, née Boullard, décédée le 10 avril dernier a, par son testament, légué :
A la fabrique de l'église de Duclair, à charge de faire dire dix messes la première semaine suivant sa mort et une messe par mois à perpétuité : cinquante mille francs.
A l'hospice de Duclair : vingt cinq mille francs. Aux enfants pauvres de Duclair : vingt-cinq mille francs, à charge au maire de Duclair de faire distribuer chaque année, à l'entrée des saisons, les vêtements nécessaires à chacun. Cinquante mille francs à la commune de Duclair pour instituer une maison où les enfants pauvres et vieillards aient la soupe et la nourriture nécessaire à leur existence.
1907 : bénédiction d'une statue de saint Antoine de Padoue, don de Mme Chéron à la mémoire de son oncle, l'abbé Foloppe, curé d'Assigny.
Du 9 octobre au 2 novembre  1910 eut lieu à Duclair une mission prêchée par les abbés Caulliez et Desmis. Il n'y en avait pas eu depuis 40 ans. Le seconde semaine, les fidèles dépassaient les 1.200. Le 30 octobre eut lieu la bénédiction de la statue de Jeanne d'Arc.



Juin 1917 :
Un groupe nombreux de paroisses avait amené ses enfants à Duclair. Les bords de la Seine ne passent pas pour être la partie la plus fervente du diocèse. Elle n'est cependant pas indifférente à la venue du premier Pasteur, qui y est accueilli par les fidèles avec une filiale allégresse, et par les autorités avec une déférence où s'affirme l'Union sacrée. Souvent le Cardinal, dans ses instructions, se plaît à rappeler à ses diocésains la foi et les habitudes religieuses de leurs ancêtres. Comme cet enseignement prend de la force dans un cadre comme celui de la vieille église de Duclair, où tant de générations sont venues depuis des siècles s'agenouiller, prier et participer aux saints mystères. Il fut question, paraît-il, en un temps de la remplacer par une église neuve. Heureusement nous sommes guéris de cette manie de destruction qui sacrifiait nos antiques églises avec la richesse abondante de leurs souvenirs, avec l'émotion dont leurs vieilles pierres ont été imprégnées par les joies, par les soupirs. les larmes de nos aïeux ; qui abattait nos rétables si curieux sous prétexte de rouvrir des fenêtres, et substituait à nos autels et à nos tabernacles des XVIIe et XVIIIe, siècles de la menuiserie sans caractère. Le bon doyen de Duclair aime et apprécie dans son église précisément les choses qui ont vécu longtemps ; il en fait remarquer la valeur et signale en particulier les colonnes monolithes de l'époque gallo-romaine, dit-on, encastrées dans les gros piliers de là tour centrale. Le Cardinal y prend plàisir et donne quelques judicieux conseils pour le jour où des travaux de restauration et d'amélioration deviendraient possibles.

Sur le chemin du retour dans un panorama splendide, est agrippée comme un nid au flanc du coteau la chapelle de Sainte-Anne. L'ermite de ces beaux lieux se souviendra de la paternelle affection que Son Eminence lui témoigna en s'arrêtant quelques instants dans sa solitude.

A Villers-Ecalles, deux paroisses, qui étaient distinctes avant la Révolution, sont maintenant réunies. Les ouvriers de Villers ont, pour monter à Ecalles, une longue côte à gravir et un bois à traverser. Joignons-nous à leur curé pour les complimenter d'être néanmoins assidus à la messe du dimanche. 

L'abbé Guéroult fut nommé chanoine honoraire de la métropole en 1918.

Juin 1921 : Duclair se présentait sur la route. Quelle excellente occasion de saluer M. le Doyen et de visiter son église ! Elle est de celles qui gardent de curieuses reliques du passé, belles parties romanes, colonnes de marbre antiques. Le bon Doyen exprime très délicatement sa reconnaissance, il n'a qu'un regret, c'est que la visite soit si rapide. Eile sera plus longue une autre fois...
Cette autre fois eut lieu le jeudi 1er juin 1922, jour où l'archevêque vint confirmer. On remarqua la santé chancellante de l'abbé Guéroult : La période fameuse de Bossuet déplorant « sa voix qui tombe et son ardeur qui s'éteint » a-t-elle hanté l'esprit du cher Doyen? » Il a paru vouloir y faire écho à plusieurs reprises. Nous espérons bien que la bénédiction affectueuse de son archevêque, l'amitié de ses confrères, la piété filiale de son troupeau, les prières de tous soutiendront ses forces longtemps encore au service d'une paroisse à laquelle son cœur tient autant qu'elle-même lui est attachée.
1923 : les statues de Jumièges enterrées dans le cimetière sont mises au jour.
En 1925  Guéroult préside une mission prêchée par les RR PP Denis et Shmidt, d'Argentan.
En 1927, le cardinal décore de la médaille de Saint-Louis Desmarets Auguste et Emile Henri, et Paul Marie Joseph Lefrançois, tous trois chantres à Duclair.
L'abbé Guéroult est décédé le 27 décembre 1927.  


Auguste-Louis Haquet, doyen de Duclair installé le 20 dimanche 1927. Il fut reçu à la porte de l'église par l'abbé Jomard, vicaire général, et M. Laporte, le maire, qui lui remit les clefs. A 10h fut célébrée une messe avec plusieurs morceaux interprétés par la Schola et un quatuor composé de Mme Ficheux, MM Villette, Roussel père et fils. Mlle Lajarige tenait le grand orgue. Des allocutions furent prononcées par les abbés Jomard et Haquet. Une gerbe de fleurs fut offerte à l'issue de la messe et l'on marqua une courte cérémonie au monument aux morts.
Le 7 octobre 1928, l'abbé Norbert Bécherel célébra sa première messe solennelle à Duclair. Le bulletin religieux de 1928 : "A Duclair, le Doyen n'est là que depuis un an, mais on sent qu'il a vite conquis la place. Déjà la générosité de ses paroissiens lui a mis dans la main un important immeuble pour y abriter ses œuvres." Dans le même numéro, "on fait des vœux pour le rétablissement du conseiller général, le sympathique M. Denise, dont la bonhomie avait coutume d'égayer la table".
L'abbé Haquet est nommé à Lillebonne en avril 1933.

Jules-Aimable Carpentier, curé doyen de Motteville, nommé à Duclair en avril 1933.
Mars 1934 : A Duclair, Son Excellence, après avoir constaté d'heureux changements dans la vieille et pittoresque église paroissiale, a visité les Religieuses d'Ernemont, qui desservent le petit hôpital de cette ville et les a bénies avec une particulière affection.
Mars 1935 : Jumièges. Bénédiction d'un Calvaire XVe s. restauré, à 15 h. 30. Vêpres, Complies, Sermon. Salut solennel. Offic. : M. l'abbé Falaise, chanoine honoraire, curé- doyen de St-Valery-en-Caux; Prédicateur : M. l'abbé Thoumire, curé de Barentin. Procession au Calvaire qui sera bénit par M. le Curé-doyen de Duclair. Chants par la Chorale des Philippins.
Le lundi 1er juillet 1935, avait lieu à Duclair, présidée par M. le Vicaire général Lemonnier, l'inhumation de Mme Vve Chéron, âgée de 86 ans, décédée le 27 juip, après une maladie particulièrement douloureuse. L'essor des oeuvres paroissialles et l'entretien de l'église furent l'objet de sa généreuse sollicitude. D'une énergie que l'âge et la souffrance n'avaient point diminuée, jusqu'à la dernière heure, elle s'occupa personnellement des œuvres dont elle était présidente ou zélatrice : Œuvre Sacerdotale de Saint-Romain, Ligue Féminine d'Action Catholique Française, Association des Anciennes Elèves d'Ernemont, Œuvre du Calvaire. Son Excellence Monseigneur l'Archevêque avait eu la bonté d'envoyer à la famille une lettre de condoléances.
Janvier 1938 : Monseigneur Petit de Julleville avait bien voulu accepter de venir baptiser le quatorzième enfant d'une belle famille de Duclair. Il put donner le baptême devant une nombreuse assistance. Son passage à Duclair devait être bref. Il eut pourtant la joie de voir réunis autour de lui, à la cure, plusieurs Messieurs de la paroisse et de pouvoir prendre vraiment contact avec eux.


Mgr Petit de Juleville, archevêque de Rouen, assisté de Mg Inenard, vicaire général de Rouen et de M. l'abbé Carpentier, curé doyen de Duclair a baptisé récemment le jeune Albert Hubert, quatorzième enfant des époux Hermier. Le père, âgé de 47 ans, est cantonnier chef du service vicinal de Duclair (Sine-Inférieure). Le président de la République, qui avait accepté d'être parrain de l'enfant, avait délégué M. Charles Hulin, adjoint au maire de Berville-sur-Seine, président de la Ligue des familles nombreuses du canton. La marraine était Mme de Malartic, femme du conseiller général du canton de Duclair. M. et Mme Hermier ont perdu une fillette à l'âge de 11 ans. La Croix du 20 janvier 1938.

Mars 1938 : Il a été trouvé dans l'église de Jumièges, un bréviaire, pars hiemalis, 17e Edition Marne, 1930. On peut le réclamer au presbytère de Duclair.

Depuis...

Complétez la liste des curés de Duclair depuis la Seconde guerre... Abbé H. Christophe (1952), Louis Lécale, 1992 : le prêtre, sortant du presbytère, est renversé par une voiture et décède après plusieurs mois de coma, chanoine Christian Lejeune (septembre 2009)...

La paroisse Saint-Philibert-de-Duclair a été créée en 2011.

Non daté

Antoine Beauquesne, entre 1661 et 1760. Abbé Asqueray (Il possédait une édition de Génie du Christianisme de 1878).

Curés nés à Duclair

Denis de Duclair, dit Mahudel, 1338, chanoine de N.-D.  -de Sées. Il fut, à Paris, régent en l'Université. Le 4 avril 1354. un sentence de l’official de Paris est prononcée contre maître Denis de Duclair, docteur en théologie, précédemment curé de Saint-Paul, "lequel, à raison de sa cure, avait fait arrêter le luminaire et les oblations qui avaient été offerts aux funérailles de défunt Gravier Marcel, bourgeois de Paris."

Dorléans (Jacques-Auguste), né à Duclair, le 2 octobre 1815, et ordonné prêtre le 29 mai 1847,  nommé curé de Hodeng-Hodenger en 1847. Décédé le 21 janvier 1901.

Benet ( Edouard-Albert), né le 1er mars 1858 à Duclair, ordonné le 19 juillet 1885, nommé vicaire à Saint-François du Havre en 1885, curé d'Epretot en 1890, vicaire de Guerbaville-la-Mailleraye en 1892 ; décédé le 9 avril 1906, il était curé de Guerbaville-la-Mailleraye depuis 1893. 

Panthou (Louis). Né à Duclair le 14 mai 1865, ordonné en 1894, il fut nommé professeur à l'Institution Ecclésiastique d'Yvetot en 1894, curé de Saint-Sylvain en 1895, curé de Bermonville en 1903. 11 est décédé le 23 novembre 1926.