En janvier 1841 fut dressée la liste des électeurs de Jumièges. Elle offre un radiographie sociale de nos devanciers.

Jumièges comptait en 1841 un peu moins de 1800 âmes. Seuls les hommes étaient appelés à voter. Et encore ! Seuls votaient ceux qui payaient un minimum de contributions. C'est ainsi qu'à titre d'exemple, mon trisaïeul, Charles Euphrosie Mainberte qui se maria cette année-là, ne figure pas dans la liste qui suit. Pas plus que Charles-Antoine Deshayes, l'ancien notaire royal de Jumièges, auteur de L'histoire de l'abbaye royale. Et combien d'autres...

Le plus riche des Jumiégois est alors le maire, François Bouttard. Il n'a plus que quelques semaines à vivre lorsqu'il s'acquitte de plus de 1000F d'impôts. Longtemps cultivateur à la grande dîmière d'Heurteauville, il s'est installé depuis peu au bourg de Jumièges si bien qu'on le surnomme François Bouttard de la Grange. 

Le moins argenté des contribuables est Louis Thuillier, un cultivateur qui verse 33,10 F aux finances communales. A noter que l'on pratiquait à cette époque une certaine transparence du patrimoine puisque la liste des 241 électeurs municipaux était affichée publiquement avec leur contribution. On observera que, sur les 17 conseillers municipaux, seuls deux ne sont pas issus des rangs des propriétaires et cultivateurs. Ils ont artisans.

Les commerçants

François Boullard, l'épicier, arrive en 33e position sur la liste des contributeurs après les plus riches propriétaires et cultivateurs. Il totalise 98,91 F de contributions versées dans la commune. Il a trois concurrents : Charles Dieudonné le sieur Delamarre et Simon Gosse, marchand-épicier au Conihout où l'on sert aussi à boire. Dans les premiers temps de son commerce, Gosse a été parallèlement préposé des Douanes. 

Les cafetiers sont au nombre de trois : Louis-Valentin Barbey, François Tropinel et François Cauvin. S'y ajoutent deux cabaretiers : Jacques Herpin et Philippe Cuffel. Ce qui porte à cinq les débits de boisson. Plus si l'on tient compte des épiceries et les artisans où l'on peut consommer.

Jacques Bussy est marchand drapier et conseiller municipal. Enfin on dénombre deux boulangers : Jean Boucachard et Jacques Thuillier. 

Cette photo de 1925 nous fait remonter prodigieusement le temps. Cent ans plus tôt, l'année de son mariage, Simon Gosse avait ouvert un café-épicerie  avec sa femme, Flore Pélagie Bellet. Cette dernière est décédée en 1862. Sept ans plus tard, à 66 ans, M. Gosse épousera sa jeune bonne, Euphrasie Havert, 19 ans, enfant de l'assistance placée à Bourg-Achard. Elle avait l'âge de sa petite-fille. Simon Gosse est mort en 1893. En 1925, à 75 ans, Euphrasie pose ici à l'occasion du centenaire du commerce fondé par son défunt époux.

Les artisans
Pierre Deloger est maçon, Jean-Baptiste Ponty maréchal, Pierre Boutard tonnelier, Augustin Le Bourg charpentier (conseiller municipal). On compte deux cordonniers : Jean-Valentin Amand et Pierre-Pascal Lefebvre (conseiller municipal) chez qui l'on peut trinquer avec des verres de Cognac, des cruchons de bière. On ne voit pas apparaître de meunier.. Pascal François Carré était encore attesté en 1839. Peut-être a-t-il cessé son activité pour s'établir à Duclair.

Les marins
On note trois capitaines de navires : Pierre François Amand a été reçu en 1787 à l'examen à Quillebeuf et nommé par brevet en 1820. En 1922, il a été admis à la demi-solde de 10F par mois. Ne semble pas naviguer.
Simon Alphonse Cabut est natif de Guerbaville. On le voit en 1825 à Brest sur le brick du roi L'Euryel. Il quitte la Royale en 1829 et pratique le cabotage à Rouen comme matelot. En 1833, il obtient son brevet de maître au cabotage.
Pierre-Prosper Renault a été reçu à l'examen en 1820 au Havre et nommé par brevet la même année. En 1826, il est maître de La bonne intention, à Rouen, pratiquant le cabotage. En 1829 il commande le Louis et Fanny, caboteur allant de Rouen au Havre. En 1830, il est marin sur L'Intrépide cultivateur dont il prendra bientôt le commandement. En 1835, il commande L'Active et rallie Cherbourg et Boulogne. 1836 le voit sur le sloop La Victorine, quartier de Caen, puis sur La Jeune Clémentine allant au cabotage à Rouen. Il va commander ensuite La Mère de Famille, La Bien Aimée, La Victoire Adélaïde, L'Achille et Léonide, L'Aimable Rose...
Valentin Duquesne est marin et figure dans le registre des matelots. Il ne conserve que quelques dents à l'avant de la machoire inférieure et ce qui est qualifié d'infection le rend impropre au service. Il a embarqué à Duclair en 1835 et 1836 comme maître du bâteau de pêche le Vigilant. Son matricule est vierge depuis cette date.
On note deux pêcheurs imposés : Thomas Poullain et le sieur Boucachard fils de Jacques.
Précisons qu'il existe bien d'autres marins, navigants ou pêcheurs, domiciliés à Jumièges mais qui n'y paient manifestement pas d'impôts. Au printemps, nombre des habitants du Conihout et d'Heurteauville pratiquent la pêche à l'alose avant de récolter les fruits et les livrer par bateaux à Caudebec.
La pêcherie de la Piette

Que pêchent Poullain et Boucarchard ? Le poisson le plus prisé est le saumon. Vient ensuite l'alose, dite encore clupée. Elle remonte le fleuve au printemps pour frayer.  Ils pêchent également la feinte, autre clupée, qui monte après l'alose, la fonde, ou pleuronecte, l'anguille, ou la murène, l'éperlan, dit osmère. A l'époque de ce recensemnt, la pîche n'est plus une activité lucrative, les droits étant onéreux. Une pêcherie est cependant installée au lieu dit la Piette et les produits sont assez considérables nous dit Charles-Antoine Deshayes.
Les fonctionnaires

Richer-Deshayes et Célestin Lambert sont douaniers. Ajoutons dans cette catégorie le ministre du culte catholique: l'abbé Jean Prévost qui, en 1841, n'a pas encore écrit sa Vie de Saint-Valentin En revanche, on ne voit pas apparaître le notaire, Me Bicheray ni aucun instituteur.

La Garde nationale

Les officiers sont Jacques Minotte, ancien grognard et garde-champêtre, Prosper Danger, capitaine et trois sous-lieutenants : Edouard Vastey, Valentin-Louis Vauquelin et Thirel jeune. Aucune imposition n'est indiquée au regard de ces cinq personnes.

Les propriétaires

Le terme de propriétaire comprend aussi de riches cultivateurs. Immédiatement après le maire, on trouve Honoré Dossier, 854 F de contribution. C'est l'ancien adjoint de Casimir Caumont. Viennent ensuite les frères Rondeaux, propriétaires de la forêt de Jumièges avec Jacques Philippe Lefort , Casimir Caumont, Lefort Jean-Baptiste (père du précédent), Jean-Baptiste Poullain dit Grandchamp, futur maire de Jumièges, futur conseiller général et oncle de Maurice Leblanc, Simon Cabut (premier adjoint, futur maire de Jumièges), Louis Lecouturier, Jacques Decaux, Pierre Dupont (ancien maire provisoire, ancien adjoint spécial d'Heurteauville), Alexandre Dossier, Pierre-Aimable Danger, Thérivre ? Ouin, Jean-Baptiste Deconihout, Pierre Lebourgeois, Louis Auguel, D? Virvaux, Romain Heuzé (conseiller municipal), Nicolas Delépine, Valentin Nicolas Delépine, Etienne Varin (conseiller municipal), Valentin-Nicolas Vauquelin (conseiller municipal), Valentin-Romain Poisson (conseiller municipal), Pierre Lamy, Pierre Beauvet (conseiller municipal, futur maire de Jumièges), Jean-Baptiste Chantin, Pascal Varin, Valentin Herpin aîné, Jacques-Valentin Lambert (conseiller municipal, il va mourir dans l'année), Nicolas Marin Fleury, Michel Bénard, Jean Baptiste Metterie (conseiller municipal), Pierre Desjardins, Laurent Dossier, Jean-Baptiste Ponty (conseiller muncipal), Georges Drouet, Pierre-Denis Varin, François Cabon, Valentin Cabut, Marie-Xavier Carbonnier, Pierre Levierte (?), Philibert Lebourg, Honoré Virvaux, Désiré Varin, Simon Doucet, Jean-Simon Dossier, Pierre illisible Durand, Charles Lesain (c'est depuis peu le maire d'Yainville. Il a été celui de Jumièges), Pierre Nicolas Simon Glatigny, Jean-François Desmarets, Jean Baptiste Chrétien, Jean-Louis Bisson, Augustin Tuvache, Pierre Remoussin, Louis Perdrix, Alphonse Tuvache, François Marie, Louis Lebourgeois.

Les propriétaires horsains

La liste des contribuables distingue ceux qui résident hors Jumièges : Deschamps à Etreville, dans l'Eure, Loisel à Bolbec, Gamard à Rouen, Gresset à Rouen, Delanoy à Paris, Duval à Rouen, Leclerc à La Mailleraye, Juste Houel, à Louviers , Legras à Beaulieu, Cavelin à Dieppe, Charles à Eu, Metterie à Guerbaville... Juste Houel est l'un des propriétaires de la Harelle d'Heurteauville. Il s'acquitte de 79 F et compte parmi les électeurs. Né à Rouen en 1787, il a été reçu avocat en 1809 et président du tribunal civil de Louviers en 1820. Membre de plusieurs sociétés savantes, on lui doit plusieurs ouvrages dont L'Annale des Cauchois ou encore La harelle d'Heurteauville. Il mourra à Paris. 

Les cultivateurs

Valentin-Nicolas Porgueroult, 13e sur la liste et premier cultivateur avec 198F de contribution, Prosper Cauchois arrive en 29e position, Martin Capelle, Pierre Leroux père, Casimir Dossier, Jean-Baptiste Decaux (conseiller municipal), Jean Aimé Bosquier, Jacques Dosemont, Nicolas Lambert, Sever Boutard (conseiller municipal, père du futur maire de Jumièges homonyme), Pierre Lefebvre, Pierre Leroux fils, Denis Guiot, Pierre Valentin Lambert Boutard, Pierre Isidor Gruley, Valentin-Victor Barnabé, François-Augustin Boutard, Aimable Fauvet, Augustin Frémont, Pierre-Thimotée Deshays, Pierre Glatigny Guiot, Pierre-Elie Delametterie, Etienne Mallet, Jean-Baptiste Bosquier Mallet, Valentin Pascal Billier, Pierre Bocquet, Pierre Richard Deconihout, Jean-Baptiste Goubert, Jean Delamare, Louis Deconihout, Nazes fils (?), Jean-Baptiste Tropinel, Tropinel Pierre Grand Lierre (?), Michel Levillain,  Frédéric Metterie, Valentin Billier père, Pierre Lefebvre, Robert Glatigny, Assias dit Bazin, Louis Eliot, Louis Thuillier (conseiller municipal), Jacques-Augustin Philippe (conseiller municipal).

Sources

Dossier 3M1072  numérisé aux archives départementales par Josiane et Jean-Yves Marchand. Transcription : Laurent Quevilly