Foin de l'obscurantisme. Le siècle des Lumières sera celui des connaissances et de la réflexion. Il nous mène tout droit vers la Révolution.

1719. Claude de Saint-Simon 80e abbé.

1720
, près de la rue des îles, en bas du courtil, les habitants surprennent l'abbé de Saint Simon battant à coups de canne le cellérier de l'abbaye. L'homme était détesté de Jean Mainberte et de tous ses congénères. Son projet était d'agrandir son domaine propre et planter un bois devant son logis. Quand on s'opposait à ses offres d'achat, il usait de la force ou incendiait des maisons pour en acquérir le sol. Un pauvre jumiégeois rentrant tard le soir passa la nuit à chercher sa chaumière, ne pouvant imaginer qu'elle eut disparu. De crainte de représailles, l'abbé finit par accorder au pauvre hère des terres en bord de Seine où vécurent longtemps ses descendants. Saint-Simon est assurément l'homme qui fragilisa l'abbaye avant qu'elle n'affronte les turbulences révolutionnaires.


7 août 1720
. François Gilles, curé de Jumièges, écrit à un banquier de Rouen pour le prier d’obtenir une dispense de consanguinité.

Le fameux chantier du dortoir permettait maintenant d’accueillir du monde. Mais en raison des turpitudes de Saint Simon, les travaux sont de nouveau stoppés.

Jean, connut sans doute de vue Madame Leguerchois, la réincarnation d'Agnès Sorel qui vivait à cette époque.


1720 toujours, un jeune homme recherché par la police pour de mauvaises affaires, en indélicatesse avec son père, vient se réfugier à l’abbaye. Il y prononcera ses vœux un an plus tard. C’est l’abbé Prévost, l’auteur de Manon Lescaut.

La cabaretier est condamné
Novembre 1721, un arrêt interdit aux marchands de bois de vendre du bois à brûler aux bateliers et à ceux-ci d'emporter plus d'un quarteron de ce qui pourrait leur être déliVré sur les quais de Rouen. A peine de confiscation, procès et 1500 amende.Le 31 janvier 1722, la maréchaussée de Caudebec visite la Sainte-Anne, d'Honfleur, capitaine Charles Caillot. En fond de cale, les gardes découvrent une corde et demie de bois. Caillot avoue : c'est Delamare, cabaretier à Jumièges, qui le lui a vendu.
Le même jour, on trouve sur Les quatre frères de Rouen, capitaine Louis Le Hot, du bois qu'il dit avoir pris sur un petit bateau entre La Fontaine et Duclair et sur un grand navire entre Yville et Duclair. Enfin il en a chargé aussi au Trait. Le Hot est moins prolixe que son confrère. Non, il ne connaît pas les vendeurs. Caillot, Delamare et Le Hot furent condamnés à l'amende dont la moitié alla au dénonciateur. Et l'on se préoccupa de rechercher les vendeurs inconnus...


1722, Jacques Berries est reçu chirurgien pour Duclair. On le retrouvera bientôt à Jumièges. Il est originaire  de Saint-Pierre-Denogard, juridiction de Ganto, province de Guyenne.

L'arrière de l'infirmerie


15 août 1726, les habitants d'Heurteauville demandent l'érection d'une chapelle. Plusieurs érudits expliquent la pétition par la noyade d'une vingtaine de paroissiens se rendant à l'office divin. Les registres paroissiaux n'en disent rien. Tout au plus trois noyés en juillet 1722. 


1er avril 1727. Tout va très vite. Après enquêtes de l'archevêché et de l'Intendance, un arrêt du Conseil autorise la construction de la chapelle. Les habitants aisés se proposent aussitôt d'en financer l'entretien.


1730. La chapelle d’Heurteauville est achevée. Du coup, le service du Torps qui rebutait tant le curé Viel est reporté sur Heurteauville et son vicaire percevra 100 livres par an pour cette peine. En cette chapelle du Bout du vent, il s'établit très vite une coutume qui permettait d'unir les jeunes gens sans l'autorisation parentale. Il fallait alors solliciter le vicaire. Cela dura jusqu'à la Révolution.
1730 toujours. Le curé du Mesnil eut maille à partir avec le sieur Dupont, patron et seigneur d’Anneville. On l’accusait d’avoir « innové indûment la collecte de la dîme sur les grouées et les grouins en cette paroisse. »


1732. Repris voici trois ans, les travaux du dortoir s’achèvent. Cinquante toises sur huit, 49 chambres ! Les religieux s’y installent commodément en jurant que c’est bien là le plus bel ouvrage neuf de toute la congrégation.
En 1732, Antoine Fouquet est reçu chirurgien de Jumièges. 

CHARLES AMBROISE  LE VIEIL AMANT

1734. Charles Ambroise grandit dans une société agricole qui pratique aussi beaucoup la pêche puisqu'en 1734 on dénombre encore 53 pêcheurs acquittant des droits aux moines. On met les bêtes à paître dans les grasses prairies du bord de Seine. Aux paysans de veiller aux digues, aux talus, de curer les fossés. On envoie aussi les porcs à la glandée, en forêt, où croissent nombre de chênes.


1735
, la population se répartit comme suit. 101 feux aux Sablons, 81 au Conihout, 92 à Heurteauville. Soit un total de 274 maisons.


1737, le blé commença à se faire cher. 

1739, 2 juin, le Journal de Rouen : II y a quelque temps, on trouva au Mesnil sous Jumiéges le cadavre d'un homme. Le maire étant arrivé, dit a un marin qui avait retiré ce cadavre qu'iI pouvait prendre les vêtements dont il était couvert : mais le marin refusa et les acccrocha à un arbre.
Cependant, plus économe, la femme du marin s'empara des vêtements dont il s'agit, et elle a été poursuivie comme coupable de vol.
La chambre du conseil s'était refusée à voir là une soustraction frauduleuse et avait déclaré qu'il n'y avait lieu à suivre ; mais le ministère public s'est pourvu devant la chambre d'accusation, et l'inculpée a été renvoyée devant la deuxiéme chambre, où elle comparaissait hier.

Après avoir entendu Me Taillet pére, qui, mu par un sentiment d'humanité, a d'office prêté à la prévenue l'appui de son talent, le tribunal à prononcé l'acquittement de celle-ci.

Mais d'où viennent nos moines ?
De 1739 à 1779, ils furent 707 à vouloir embrasser cet état à l’abbaye de Jumièges. Seuls 194 firent profession. Moins de un sur trois.

D’où venaient ces jeunes hommes, âgés d’une vingtaine d’années ? Essentiellement de Normandie, du Nord, du bassin parisien. Très peu du sud de la Loire, de Bretagne. Encore moins de l’étranger : un Anglais, un Ecossais. Seule la Belgique fournit nombre de prétendants.

Un exemple de prise de froc ? Celui de frère Alexis d’Avoust, originaire du diocèse d’Etampes, le 24 février 1744. Après quinze jours passés à l’abbaye « dans la pratique des exercices réguliers », ce garçon de 17 ans reçut le froc des mains du révérend père Dom Jean Lefebvre, prieur de l’abbaye, « pendant le St-Sacrifice de la Messe avec les prières et cérémonies accoutumées, en présence de la Communauté et de plusieurs externes, après le lavement solennel des pieds, réception de la Robe et du petit scapulaire au Chapitre le jour précédent, en foy de quoi j’ai dressé le présent acte par ordre du Révérend Père Prieur qui l’a signé avec deux sénieurs, deux témoins externes et moy, secrétaire du Chapitre, le jour et an que dessus. » Et c’est signé Depouville, connu pour être le notaire royal établi à Jumièges. Les autres paraphes sont ceux de Buot, Fr Alexis Davoust +, Fr. Jean Lefebvre, prieur, Fr. Loüis Geslain, Fr. Guillaume Creully, doyen, enfin Fr. J. Fevrier, secrétaire du Chapitre. (1)


Charles Mainberte, 23 ans, vit arriver l’hiver dès la mi-octobre. Il gela jusqu’au 30 novembre, jour de la Saint André. Décembre fut clément. 

       
1740. Le frimas reprit ses assauts dès le 3 janvier. Trois mois ! Si bien que la récolte fut des plus mauvaises. Un quart de ce que l’on en attendait. Le blé vaut jusqu’à 8 francs le boisseau. Alors, la famine pousse quelque 700 pauvres, chaque jour, aux portes de l'abbaye. Démunis, les religieux leur offrent malgré tout le pain de la charité. 


24 juillet 1740,
un bail fut fait à Jacques Mustel, par la communauté des religieux de Jumièges, moyennant 50 livres par an, pour deux pièces de vigne à Jumièges. Eh oui, la vigne est toujours là…
Le nouvel hiver sera encore dur. De la Toussaint à janvier, la neige provoquera ici et là des inondations.

Janvier 1741
, face à ces calamités, les gens aisés des paroisses se cotisent enfin. En août, le seigle, le blé seront encore hors de prix. La récolte fut maigre. Mais de bonne qualité.

LA GROSSE TETE

Charles Glatigny, né à Duclair en 1733, présentait une tête qui devint si énorme qu’en 1740, année où il mourut d'une fluxion de poitrine, il ne pouvait la supporter. « Si toutes les parties eussent pris un accroissement proportionné, notent les médecins, cet enfant fut parvenu à sept ans à la hauteur de 7 pieds ! »

Février 1743, aux premiers jours du mois, Charles vit dans le ciel une étoile extraordinaire avec son grand rayon qui s’élevait en pointe. Elle resta briller ainsi jusqu’au 10 mars. Le 21, des soldats en partance pour la Flandre arrivèrent pour cantonner tout au long de la Seine.


22 septembre 1743, Charles perdit sa mère, Madeleine Dossier. Elle avait 54 ans. Le curé Grossetête l’enterra à l’église le lendemain. Le père de Charles ne savait signer. C’est Jean, l’aîné des Mainberte qui parapha.


1744, Antoine Pavie était chirurgien à Duclair. A la demande Berrys, chirurgien de Jumièges, on poursuit un dénommé Pinchon qui est condamné en mai.

Duel entre soldats
1747. A cette époque, un régiment s’établit dans deux fermes de Jumièges. Deux cavaliers se battirent un jour en duel. L'un fut tué en un lieu que l'on nomma bientôt le Trou-du-Soldat. Comme on allait passer son adversaire aux verges, l'abbé Grenier demanda sa grâce. La victime était peut-être ce trompette du régiment de Rohan, enterré dans le cimetière en 1747. La morve se déclara dans les écuries et l'on jeta les cadavres des chevaux dans le Long-puits.

19 octobre 1749, Grenier obtint d'un cavalier écossais son abjuration de la religion protestante. Il s'appelait Jean Stuart, fils d'autre Jean et d'Agnès Keith, de la paroisse de Glamz, près de Dondée. Il avait 18 ans et appartenait au régiment irlandais de Fitz-James, compagnie de Patrice de Nugent. 

Au rôle de taille de 1749, Charles Mainberte, laboureur, s'acquitte de 8 livres, son frère Jean, manifestement plus riche, en donne 51.


1751 et 1752
furent pluvieuses avec des récoltes gâtées, des vivres chers. Le blé se vendait 2 pistoles la mine. Il y eut quelque tumulte parmi le peuple au mois de mai. On exécuta à Rouen un sergent de Duclair accusé de mener la sédition en ville.

25 janvier 1752 l'abbaye de Jumièges fait un échange de terrains avec le seigneur du Vaurouy, à cette occasion plusieurs moines signent :

      - Claude de Saint Simon, écuyer et prince de Metz, pair de France, prince du Saint Empire, abbé commandataire de l'abbaye royale de Jumièges.
      - Louis Charlemagne Fontaine prieur

      - Jean François Pottier sous prieur
      - Jacques Boular, Louis Valincourt, François Dubust, Louis Langlois, Baptiste Langlois, Toussaint Outin et Gilles Nicole moines

Puis l’hiver livra des glaces qui demeurèrent six semaines sans fondre. 


1753, le pays connut la sécheresse du 22 mai au 23 juin, jour où se leva la tempête. Il y eut encore un coup de vent le 16 août. Puis vint encore un rude hiver avec trois vagues d’enneigement. 


 20 mars 1754
, il gelait à pierre fendre. Tout était cher. Ce fut encore la sécheresse. Jusqu’à la Saint-André. Et puis dans la nuit du 13 au 14 décembre éclata un violent orage qui frappa plusieurs églises de cette Basse-Seine.

22 avril 1755. A Ambourville, une servante pénètre dans la mare du Rond. Elle est assaillie par grande quantité de sangsues et meurt peu après. 
1755, Charles connût enfin un beau printemps. Ainsi allaient les saisons. Sécheresses, pluies, orages, gelées, neiges. Cette année-là, grillés, les arbres ne donnèrent point de fruits. Mais le blé fut abondant.

1756, ce fut le début de la guerre de sept ans entre la France et l’Anglerre. On vit passer 14.000 hommes sur la route de Duclair.
9 & 10 avril 1756, on creusa à l’ancienne léproserie de Saint-Paul. On en retira cinq corps, dix-huit crânes, des pots remplis de charbon et d’encens qui accompagnaient les prêtres et les moines dans leur sépulture.
A cette époque, Thomas Lebourgeois tient une étude à Jumièges. Il est huissier du Roi aux traites foraines et demeure faubourg Cauchoise à Rouen. Il fut mis à contribution dans un litige opposant le curé d’Yville à ses paroissiens.


1757
fut encore une année de cherté.


1759.
"M. l'Abbé de Saint-Simon, Evêque de Metz, croyant que fon Abbaye de Jumieges avoit moyenne Juftice , & le droit d'avoir un Sergent, le fieur d'Aubigny , propriétaire de la Sergenterie noble de S. Georges, dont les paroiffes de l'Abbaye de Jumieges font partie , s'oppofa aux prétentions de l'Abbé; celui-ci n'avoit ni titres , ni poffeffion ; & par Arrêt du Grand-Confeil , l'Abbaye de Jumieges fut rappel lée à fon ancien état de baffe Juftice, gouvernée par un Sénéchal, un Greffier, & des Prévôts nommés tous les ans par les vaffaux de chaque paroiffe." (Dictionnaire analytique, David Houard, 1780)

1760. François Camille de Lorrraine 81e abbé.

LA VIE QUOTIDIENNE A JUMIEGES

20 août 1762, flanqué de deux compagnons, le jeune botaniste André-Antoine Duchesne fait halte ici. A 25 ans, ce fils du Prévôt des bâtiments du Roi accomplit une sorte de voyage d'étude. Visitons avec lui notre village d'alors: "Le chemin de Caudebec à Jumièges est très gâté par les pluies. Des ornières, des falaises à monter, des précipices quelques fois. Tout cela n'est point agréable. Cependant, nous sommes arrivés à l'abbaye sans danger.

« Les Révérends Père Prieur et Cellerier nous ont reçu. Le premier a assisté à notre dîner et tous les deux aux soupers et dîners suivants..." Duchesne note sur son carnet de voyage la description des lieux, les habitudes des religieux durant les offices: "La place de M. l'Abbé est à droite des stalles du côté de l'épître pour le matin et à l'entrée du chœur pour l'après-midi. Sa stale a deux côtés grillés et un couronnement, la place du Prieur est de l'autre côté, sans couronnement autre que celui de toutes les stalles...

« La bibliothèque est un beau vaisseau. Dom Fontaine, Père Prieur, en fait ses délices et y a dépensé depuis neuf ans plus de dix mille livres. Le missel anglois de 1056 manuscrit est curieux, non pour les lettres en or mal appliquées et les figures ridicules qui le décorent, mais pour les variétés de leçons qui se trouvent dans ce que l'on appelle liturgie.

« L'allée qui mène au bosquet est plantée de tilleuls et le milieu est un gazon avec deux ratissées aux deux bords. Ce qu'on appelle le mont Tabor est une petite éminence qui forme une salle ronde plantée pour Dom Sénéchal, Cellérier, qui en fait son bijou..." " Duchesne a cette prémonition: "Il y a trois fois plus de vieux bâtiments qu'il n'en faut, ce qui ruine cette communauté en faisant mal les réparations." De la même manière, le terrain en pente qui coule devant le logis abbatial ne présage rien de bon. Duchesne note que Saint-Simon a acquis des mazures particulières pour assurer la symétrie des jardins et potagers.

Duchesne rencontra le curé Grenier. "Le cimetière est d'une amplitude inexprimable. Le curé est aussi grand que le cimetière. C'est un colosse, mais sa cure est modique pour les émoluments et vaste pour l'étendue..."

Il devait assister aussi au mascaret: "La barre de la nouvelle lune est quelque chose qu'il faut voir pour en avoir une idée... Les terres de Jumièges sont entamées le long des bords et forment de petites ilotes qui ont fait nommer le pré voisin le Pré des Isles. L'eau de la barre trouve là différentes résistances qui la mettent en fureur et qui font monter l'eau à vingt-cinq et trente pieds. Quand on crie: "flot, flot!" il faut se retirer très promptement, hommes et bêtes, sans quoi la barre emporte tout. Il n'y a point cependant de risque dans le milieu de la rivière, et le 23 mars, nous avons passé l'eau du bas du Landin au territoire de Jumièges dans l'instant de la barre, il n'est question que de ne pas se trouver sur le bord..."

Le château du Landin appartient alors à l'abbé de Boismont, de l'Académie française. De là, Duchesne contemple les sinuosités du fleuve, "les cours ou mazures de différents particuliers." Ces mazures, précise-t-il, ont ceci de particulier que leurs clôtures sont vertes et d'un bon rapport. "Quand on entre dans une paroisse, on croirait entrer dans une forêt. Les sinuosités de la Seine, les différents bâtiments armés de leurs voiles, les barques et les navires animent cette étendue d'eau.

« M. du Quesnet, sa femme, ses sœurs et son père étoient rentrés dans l'abbaye et nous ont très bien reçus à dîner le 22 et à souper le 23 et nous ont dédommagés de l'abstinence de chaire que nous ont fait faire les religieux, quoi qu'en très bon poisson et très frais. Monsieur du Quesnet a un joli cabinet de livres.

« La forêt de M. l'abbé est tout en chênes, hors quelques hêtres. Ces arbres sont dans un mauvais terrain et de petite venue. La réserve est dans un meilleur. Nous avons fait deux lieues pour en parcourir une partie." Duchesne nota dans le bois la présence de la petite gantelée (campanula glomerata) et dans les bosquets le Pale notier (Staphylea primola).

Aux yeux de Duchesne, la plaine est maigre autour de Jumièges. "Aussi trouve-ton des étendues immenses de blé sarrasin. Au-dessus des fours à chaux est une position, la plus avantageuse pour établir un château. Deux canaux en longueur et un en largeur et différents points de vue sur la plaine formeroient une retraite délicieuse, à un quart de lieue de l'abbaye, mais la vue la plus étendue seroit au moulin des Côtes..."

Malgré tous les agréments du séjour de Jumièges, Duchesne se résolut à partir le mardi 24 août pour la baronnie de Duclair. "C'étoit jour de marché, la place étoit vivante et peuplée. Nous avons siégé à l'audience, à la place des conseillers assesseurs, et nous avons entendu des Normands plaider leur cause eux-mêmes. M. de la Mare, bailli, a donné sa sentence sur les conclusions de M. Jauver, procureur fiscal, qui nous avait si bien reçus à Caudebec, où il est avocat du Roi. Nous avons ensuite dîné à l'auberge du baillage, chez un des Hupé, A l'Ecu de France. M. de Fréville, nouveau conservateur des chasses, qui venoit d'être installé, nous a payé sa bienvenue en gibier de sa chasse. M. du Vrai et M. Planquet, fermier du prince, et M. de la Saune, avocat, ont dîné avec nous. Après dîner, nous avons rendu visite aux beautés de la place. Mlle Boutillé mérite la pomme, Mlles Amelin et Hupé, quoique sous ordres, ne sont point indifférentes. Puis nous sommes partis pour Rouen..."

Et ce fut le dernier marché
1763. Par sentence du Pape, les Mainberte comme tous les paroissiens, bénéficièrent de sept années d'indulgence plénière s'ils visitaient l'église paroissiale le lundi 14 février 1763, jour de la Saint-Valentin. Une façon de recueillir des dons. La foule ne dut pas affluer car l'état de l'église alla se dégradant.


1770
, un jeudi, les Mainberte participèrent une dernière fois au marché de Jumièges. Cette foire s'était tenue sans interruption sur la place du village depuis cinq siècles! La décision est prise par les moines qui veulent étoffer le marché de Duclair. Jumièges est tellement couru, surtout les jours de fêtes, que ses producteurs et ses marchands en tirent opulence toute l'année sans devoir tenir étale. Ce marché rapportait 40 livres par an à l'abbaye. Restait la foire de saint Pierre et saint Paul, en juin. 


27 octobre 1772
. Au Mesnil, la famille d'un noyé récupère le corps, ses effets et verse 30 sols à la Vicomté de l'eau.


1773
, l'abbé Jean-Baptiste Adam, natif de Canteleu, succède à l'abbé Grenier. Il a 39 ans à son arrivée et s'installe au presbytère en compagnie de sa sœur, Marie-Anne. On le retrouvera aux heures de la révolution dans un rôle controversé. Cette même année 1773, il est dit que "Jean Mainberte possède une maison composée de cuisine, chambre, écurie et grange, un acre de masure médiocre et six acres de sablons, tenu par Jean Mainberte fils. Bail devant d'Epouville en date du 1er may 1766 à commencer par Saint Michel pour 9 ans."


1774,  le 24 janvier mourut à l'abbaye Marie Anne Pignard., 40 ans. Elle y était servante. Ce qui montre que les femmes avaient leur entrée dans le monastère. Elle était l'épouse de Nicolas Campion, journalier. Ceux qui déclarèrent son décès furent Pierre Desporte, tailleur, et Jacques Quevilly, domestique à l'abbaye.

16 août : Valentin Duparc se voit fieffer pour six livres l'an le passage d'Yville par le châtelain du cru qui le vouait à l'usage de sa maison et de ses fermiers.


1775-1776. Les Mainberte connurent la terrible épidémie qui ravagea la presqu'île en 1775 et 1776. Elle prit la forme d’une « fièvre putride, pétéchiale et vermineuse. » Dans les quatre jours qui suivaient leur contamination, les malades en devenaient sourds. Le Dr Lepec de la Clôture attribua la contagion aux exhalaisons pestilentielles des marais. Je ne sais si Charles Ambroise y perdit une première épouse et des enfants dont j'ignore les noms.


25 mai 1777
, Louis Metterie et Jean Bouquet ont fait la tournée des grands ducs. Alors qu'ils rentrent en bachot, Metterie s'endort, Bouquet rame. A son réveil, le dormeur constate la disparition de son compagnon. Cette année-là, dans sa barque, un inconnu est pris par la tempête au Mesnil.


3 juin 1777
, le Vicomte de l'eau procède à l'examen d'un noyé, à Jumièges: "5 pieds, 4 pouces, cheveux bruns, courts, crépus, front petit, yeux enfoncés, nez large épatté, la bouche grande, le menton court et rond, la barbe noire, une veste et une culotte de froc brun, une camisole de molton blanchette garnie de boutons d'os, un fichu de soie à son cou, des bas de laine blanchets, des souliers à boucle d'acier carrés et une paire de boucles d'étain aux jarretières de la culotte, dans les poches trouvé une pièce du roy, un vieil couteau à ressort dont il ne reste que la moitié du manche, un mouchoir de poche de toille blanc, un écu de 3 livres et 12 sols 3 deniers en monnaie..."

19 avril 1779, à 64 ans, Charles Ambroise se marie au Mesnil avec Marie Magdeleine Catherine Tropinel... de 42 ans sa cadette ! Pourquoi une telle différence d'âge ? Mariage précipité ? Arrangé ? La Tropinel a 22 ans le jour de ses noces. Elle est la fille de Valentin Tropinel et de feue Marie-Madeleine Renault. S'il ne s'agit d'un veuvage, voilà un tout cas une verdeur tardive et bien réelle puisque Jean fut encore père à 67 ans de mon ancêtre Charles.

 
Février 1782, on découvre le cadavre d'un noyé dans le trou des Hogues. On l'attache à un piquet. Mais le curé craint que les flots ne l'emportent ou que les animaux en fassent leur festin. Alors il prie la Vicomté de l'eau de venir vite procéder à son enquête habituelle.

L'arboriculture porte ses fruits

Vers cette époque, Dom Fontaine, prieur de l'abbaye, plante les fermes de l'abbaye d'arbres fruitiers à partir d'espèces rares acquises dans les environs de Paris. On lui devra la réputation des fruits à couteau et de dessert de la presqu'île.

L'agriculture gémétique est florissante. L'acre de 160 perches s'afferme 36 livres. Un habitant sur quatre vit de l'exploitation des arbres. Ils les chargent sur des bateaux plats à destination, de Rouen, voire de Paris. Le moulin de bois sur pivot ne fonctionne plus. Il a été abattu par la foudre. On utilisera désormais un moulin en pierre à la Motte, vers les Fontaines

La mort du chaudronnier

Juillet 1782. Jadis, avec les coporteurs de tissus, les rampailleurs de chaises,  les chaudronniers parcouraient la campagne et nous venaient pour beaucoup du Massif-Central. Ils arrivaient là fin mai, avec la belle saison, pour repartir à la chute des feuilles. S’ils faisaient le voyage en groupe depuis leur contrée d’origine, ils se séparaient ensuite pour arpenter leur propre circuit. Leur attelage portait quelque 50 livres de matériel. Ils achetaient leurs fournitures à Rouen. A crédit. Ce qui montre une solide confiance à leur égard.

La saison finie,  ils repassaient chez le fournisseur s’acquitter de leur dette. L’un d’eux ne revit jamais son pays. Le 21 juillet 1782, Antoine Pichot, natif de Trisac, diocèse de Saint-Flour, mourut à Jumièges. Ses « meubles, effets et marchandises »  furent déposés à l’abbaye en attendant qu’un quelconque héritier finisse par se présenter. Et il s’en présenta bientôt un en la personne de son beau-frère, Charles Cibié, « voyageant pour son métier, disant qu’ayant appris dans son voyage de Jumièges » le décès de Pichot. Il revendique alors la moitié des biens de son beau-frère «étant et travaillant ensemble du dit métier de chaudronnier ».
Inventaire des biens de Pichot

Une jument hors-d'âge évaluée 110 livres,
un collier, une selle de limon avec leurs ustensiles (20 livres) ;
une charrette sur ses roues (33 livres) ,
des outils consistant en cinq marteaux pesant 7 livres 1/2 (2 livres. 5 sols) ;
deux fers à souder et une cisaille pesant 4 livres. (1 livre 4 sols) ;
une clavelière à faire les trous pesant 1 livre 1/2 (9 sols) ;
une lime (5 sols) ; trois ciseaux et sept poinçons à froid (12 sols) ;
un point de fer de 2 livres (12 sols) ;
une enclume pesant 12 livres (3 livres 12 sols) ;
une romaine à peser (1 livre 10 sols) ;
un vieux soufflet (3 livres) ;
une casserole sans bord ni queue ; un réchaud ; six livres de bagages ; trois cafetières de cuivre et onze feuilles de tôle pesant 3 livres, l'ensemble estimé  24 livres
Enfin deux mauvais paniers d'osier (1 livre).

L'estimation des biens fut opérée le 17 septembre 1782 par le notaire de Jumièges, Me Varanguien,  en présence de trois témoins : le meunier de Jumièges également laboureur, le charron et le maréchal du bourg. Charles Cibié y assiste. Son avoir ambulant s'élevait à 203 livres et 1 sol. Cibié déclara qu'il devait conjointement avec Pichot une somme de 452 livres, 3 sols, à Boucherot, marchand chaudronnier, à Rouen, pour marchandises achetées lors de leur arrivée, le 25 mai 1782.

20 octobre 1783, le notaire royal de Jumièges, Me Varanguien, enregistre la protestation de Dom Simon Hébert, prêtre religieux de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges et celle formulée par deux autres religieux, Dom Emmanuel Soulier, secrétaire du Chapitre et Dom Jean-Charles de Rouvroy, cellérier, contre l'élection du prieur Dom Bride. Ces trois religieux déclarent « qu'informés de l'arrivée du RP Dom Pierre-Amand Bride en la dite Abbaye de Jumièges pour y résider avec le titre de prieur au lieu et place de Dom Louis-Hippolyte d'Aspres (Daspres) élu prieur au chapitre tenu en l'Abbaye de Marmoutier en 1781, ils ne peuvent reconnaître pour supérieur légitime le dit Dom Bride qu'ils regardent comme ne pouvant de droit leur donner aubédience (sic) pour une autre abbaye, que cet ordre ou obédience doit émmaner (sic) de ceux qu'un chapitre légitime a choisi pour chef.»

7 août 1785, mon ancêtre Etienne Varin, du Mesnil, se noya et son corps fut retrouvé à Duclair où il fut enterré. Mon aïeule n'eut pas à verser les 30 sols de procédure à la Vicomté. "Etienne Varin, journalier de profession, est chargé de cinq enfants et hors d'état de subvenir à leur subsistance ainsi que leur mère qui depuis longtemps est accablée d'infirmités.

1787: Pierre Buisson est tiré hors du  bachot au passage de Jumièges alors qu'il tenait son cheval par la bride.
Les habitants du Conihout - une centaine seulement - réclament le droit d'élire leur propre municipalité.

Journal de Rouen: Au bas de la côte qui ferme la forêt  vis à vis de Jumiéges & de fes riches poffeffions eft un marais commun, qu'on défonce pour en tirer la tourbe qu'on apporte à Rouen. Cette opération lucrative donne beaucoup de prix à de mauvais fonds; rnais elle le détruit ,& les gens du lieu ne ceffènt de le regréter, bien qu'il leur fourniffe  actuellement du travail & de l'aifance. Seroit-ce preffentiment? N'appréhenderoient-ils point, fans le fcvoir, & comme par inftinct, que ces excavations profondes, conftamrnent remplies d'une eau croupiffante, &qui auront des lieues entieres en dimenfion, ne deviennent funeftes à leur fanté leurs jours ? Partout on deffeche les marais ici on les inonde. Cette confidération eft importante.
Le jour s'avance. Je paffe la Seine anTrait. Mes jambes me traînent jufqu'à Duclair ; un fourgon de meffagerie y vient fort à propos à leur fecours. Je rentre à Rouen , fain & fauf, mais un peu vain, je l'avoue , d'avoir parcouru tant de contrées diverfes & d'avoir été parti si long-temps.
J'ai l'honneur d' être, etc. Un abonné. Rouen le 4 Décembre 1787.


Mars 1787, un personnage descend à l’abbaye : Clément Charles François de l’Averdy. C’est un ancien ministre de Louis XV, très vite limogé et objet de mille texte satyriques. Retiré de longue date dans la littérature, il vient là pour rechercher les souvenirs d’Agnès Sorel, inspecter son tombeau. Il travaille en historien au procès de Jeanne d’Arc et découvre ici un portrait de la Pucelle en fort mauvais état.
 De l’Averdy publiera ses recherches en 1790. En 1793, sa tête va tomber sur l’échafaud de la Révolution. Il a alors 70 ans. On l’accusera de corruption durant son ministère, quarante aux plus tôt. Mais aussi, en 89, d’avoir noyé des semences dans ses bassins de Montfort-l’Amaury et d’avoir contribué ainsi à la famine du peuple.


1788. Martial de Loménie 82e et dernier abbé.

LE CELLERIER EST AMOUREUX
Septembre 1788, Dom Saulty, le cellérier de l'abbaye, fut frappé de disgrâce. Saulty, retenez bien ce nom, va marquer l'histoire de Jumièges. L'homme était né à Ethonsard, dans le futur Pas-de-Calais, le 14 juillet 1745. Chargé à l'abbaye du service de la cave et de la bouche, il s'en allait chaque année en Bourgogne pour ramener après les vendanges un plein chaland de fûts. Seulement, il s'était mis à regarder de près la plus belle créature de Jumièges, sans doute mademoiselle Dinaumare, la fille de Marguerite-Rose Tamy et de Michel-François Dinaumare. Ce dernier est le receveur du prince-abbé de Lorraine. On le retrouvera plus tard juge de paix à Duclair et commissaire du Directoire exécutif auprès de l'administration municipale du chef-lieu de canton. Toujours est-il que l'on envoya Saulty se rafraîchir les sens à l'abbaye Saint-Etienne de Caen. Le même mois, on nommait M. de Loménie, nouvel abbé de Jumièges.


Hiver 1788. Il fut très rude. Dès le 26 novembre, la Seine gela. Elle le resta jusqu’au 20 janvier.


1789, mon arrière-grand-père avait 73 ans. C'est l'époque où se présenta l'abbé de Loménie, le 82e et dernier de l'histoire de l'abbaye. Les gens de Jumièges allèrent le chercher à pied jusqu'à Duclair. De là, les habitants de ce bourg les accompagnèrent en cortège à l'abbaye où étaient prévues les cérémonies d'usage en l'église Notre-Dame. Tout ce monde passa sans doute par le chêne à l'âne et la chapelle de la Mère de Dieu alors nouvellement refaite. Ce nouvel abbé, âgé de 25 ans, était le neveu du Premier ministre de Louis XVI. Le roi lui octroyait un bien joli cadeau car sa manse abbatiale valait quelque 80.000 livres, les deux tiers de revenus de l'abbaye. Ainsi nanti, Loménie repartit rapidement de Jumièges, laissant des moines en petit nombre. Une quinzaine. Mais on comptait aussi toute une colonie de frères lais, des jardiniers, des ouvriers, des enfants de chœur promis à la prêtrise. Et puis, au-dehors, des ouvriers agricoles. La congrégation est endettée. Elle ne dispose que du tiers des revenus généraux. Quelque 40.000 livres alors qu'il faut entretenir les bâtiments, respecter la charité de l'ordre. Pour subsister, les moines vendirent le plomb des couvertures à un affairiste qui, dans une mauvaise passe, ne leur versa guère d'argent. Seul le bibliothécaire, prétend la tradition, s'opposa à cette transaction. Un jour, il monta sous les toits pour graver dans le plomb : "Dom Outin n'y a pas consenti".Ils empruntèrent aussi. Le curé de la paroisse, l'abbé Adam, leur prêtera 6.000 livres. On les voyait parfois donner le coup de main aux moissonneurs. Chaque jeudi, ils sortaient en promenade. Chaque semaine aussi, les curés des environs venaient ici faire bonne chère à la table de Dom Bride, le prieur. D'une taille élevée, mesurant 5 pieds 4 pouces, il avait « les cheveux et les sourcils gris, les yeux bruns, le nez épaté, la bouche moyenne, le menton large, le front découvert, le visage plein ». 

Par la porte entrebâillée du monastère, les enfants fondent sur les fraises, les abricots, les pêches et les raisins. Un père venait-il à les surprendre qu'il leur tirait l'oreille en grondant. Avant de remplir leur tablier des fruits du jardin...

Et ce monde-là va disparaître...

 

 POUR SUIVRE:  LA REVOLUTION 

(1)  Source : abbé Fouré, bulletin de la commission des antiquités, 1972-1973. La série E des archives départementales conserve un certain nombre de registres de Vêture et professions monastiques. D’Avoust sera prieur de l’abbaye de Saint-Ouent de Rouen en 1783, député du Clergé aux Etats-Généraux de 1789. Après la dissolution de la congrégation de Saint-Maur, en 1790, il se retire à Séez où il devient vicaire épiscopal de l’évêque constitutionnel. Il meurt en cette ville le 7 novembre 1801.

Les informations relatives aux noyades sont dues à Jean-Pierre Derouard. 

NOTES

6 BP 9 greffe de la Vicomté de l’eau à Rouen 30 juillet 1785 Pierre Boutard journalier demeurant en la paroisse du Mesnils sous Jumièges…hier étant avec le nommé Denis Renault de lad. paroise du Mesnil sous Jumièges et les nommé Jean Baptiste Brigaux et Estienne Varin aussi de la paroisse du Mesnil à la conduite d’un petit bateau chargé de fruits qu’il venoit de charger en la paroisse St Georges de Boscherville pour le voiturer en la paroisse de Ducler qu’étant occupés à ramer chacun à leur tour led. Estienne Varin sur les 10 heures du soir ayant cédé sa place en la rame du batteau au nommé Denis Renault [illisible] vis à vis le bourg de Duclair en se retirant de la rame pour se mettre dans le bateau led. Estienne Varin auroit eu le malheur de se noyer dans la Seine sans qu’il ait été possible de lui procurer aucun secours… Ledit Varin est marié et a six enfants pauvres…

 

6 BP 160 enquêtes par la Vicomté de l’eau 7 août 1785 cadavre masculin d’Etienne Varin journalier noyé à Duclair …conduits au hameau de S.Paul sur l’héritage appartenant au sieur Berthault scitué sur le bord de la rivière…à l’eau un cadavre flottant attaché au quay dudit sieur Berthault avec une corde à un saule…45 ou 50 ans…

S’est présenté Madeleine Neuveu femme d’Etienne Varin journalier demeurant en la paroisse du Mesnil sous Jumièges le cadavre est son mary 48 ans ou environ lequel a eu le malheur de se noyer lundy dernier dans la rivière sans qu’il ait été possible de lui donner aucun secours.

Pierre Lambert et Pierre Delamare, 60 ans journalier de Jumièges et Bernard Guébert 32 ans conducteur de batteaux du Mesnil sous Jumièges  [témoignage du deuxième :] étant à la conduite d’un batteau chargé de fruit [témoignage du troisième :] en faisant la conduite d’un petit batteau

Lettre du curé du Mesnil sous Jumièges : Etienne Varin journalier de profession chargé de 5 enfants en bas âge hors d’état de pouvoir subvenir à leur subsistance ainsi que la mère qui depuis longtemps est accablée d’infirmité…noyé lundy sur les 10 heures du soir proche le calvaire de Ducler dans la rivière de Seine…

 

Registre paroissial 7 août 1785 le corps d'Etienne Varin journalier âgé de 48 ans de la paroisse du Mesnil sous Jumièges trouvé noyé dans la rivière de Seine sur l'étendue de cette paroisse en conséquence du mandement à nous remis datté de ce jour signé Hébert et Marette avec paraphe a été inhumé dans le cimetière de ce lieu par moy curé soussigné en présence de Pierre Gaudré cordonnier et de Denis Gorain clerc tous deux de cette paroisse soussignés.

 

Archives Départementales de la Seine-Maritime

Transcription JP Derouard