Nous voilà de nouveau en monarchie. Le pillage de l'abbaye va bientôt cesser. Mais Jumièges est devenue exsangue. On demande le rétablissement du marché. La Duchesse de Berry vient lancer à Jumièges le tourisme romantique...

1815. Le retour des Aristos commence mal. Leurs alliés, les Prussiens, occupent la région et se comportent en conquérants. Jumièges est épargnée mais pas ses communes voisines. Cliquer sur la clef :

 La machine infernale

L’Elise tel qu’ont pu le voir passer les Jumiégeois dans la nuit du 20 au 21 mars 1816. 21 mètres, 14 CV, le vapeur parviendra à Rouen à 9h du matin où les dames des halles remettent un bouquet au capitaine. Le 29, il est accueilli par le Roi au port du Louvre et une salve d’artillerie ...

21 mars 1816. 

Vous avez entendu ? Non mais vous avez entendu ce bruit ! Il fait nuit noire. Et un grondement sourd, cadencé, perce le silence sur un rythme lancinant. Ce bruit, il vient de la Seine. Aux Fontaines, au Passage, ceux qui, inquiets, scrutent le fleuve n’en croient pas leurs yeux. Une masse sombre glisse lentement sur le fleuve. Sans voiles. Et crachant le feu ! C’est l’Elise, c’est le tout premier bateau à vapeur en ces lieux. Nous sommes le 21 mars 1816. Le navire a quitté Londres le 9. Contre vents et marées ! Du jamais vu. La tempête, la menace d’une mutinerie, un début d’incendie, l’Elise a connu une traversée mouvementée. Parvenu au Havre, le vapeur regagnera Rouen en 20 heures. Il aurait pu en gagner deux. Mais le capitaine Andriel ne veut pas ajouter à l’effroi des riverains. Certains crient au feu, d’autres courent sonner le tocsin. Ce spectacle, il va pourtant falloir s’y habituer…

 1817 . Dans le fauteuil de juge de paix du canton de Duclair, Dinaumare cède la place à Thuillier. Quevilly, son suppléant, est remplacé par Durand.

Les érudits arrivent

 Mai 1818. Thomas Frognall Dibdin visite Jumièges. Cliquer sur la clef :

 
Octobre 1819.
Un érudit danois sillonne à son tour la région : Hector Estrup 


L’hiver 1819-1820 fut très rigoureux.

13 janvier 1820. A l'Anerie, près Duclair, l'équipage de la gribane La Victoire, propriété du sieur Léguillon, allume un feu à babord. Le navire s'embrase. Il transporte du suif, du bois de chauffage. La Seine est gelée et les marins s'enfuient.... à pied. Il est un peu plus de midi. Un douarnier de La Fontaine, Isidore Fortain, court jusqu'au navire, manque de se noyer, s'agrippe aux cordages puis parvient à se hisser à bord. Le voilà qui attaque à la hache la chambre du sinistre. Des spectateurs viennent lui prêter main forte. Dont Prosper Levasseur qui prend une part décisive. Il faudra trois heures pour écarter tout danger. Cinq ans plus tôt Fortin avait été gratifié par l'administration pour son action contre un autre incendie à l'Anerie.  Cette fois, les dégâts causés à la gribane sont évalués à 1.500F.

26 mai 1820. Dans sa propriété de Jumièges, un érudit est emporté par une crise d’apoplexie. Il s’agit de Cabissol, né en 1749 à Rouen. Avant la Révolution, il avait été avocat, puis secrétaire particulier de Monsieur de Belbeuf, procureur général au Parlement. Parallèlement, c’est lui qui était le procureur du Roi à la Vicomté de l’Eau. Après la révolution, il mena une carrière administrative. District de Rouen, Département, Préfecture dont il est à sa mort secrétaire général. Parallèlement, il aura présidé à la société d’émulation, participé aux travaux de l’académie royale. Sa spécialité : la statistique. Il laisse des travaux inédits, une collection de tableaux et de gravures…


3 mai 1821, Une heure d'orage chargé de grèle sur tout l'arrondissememnt de Rouen. Inondations, végétation ravagée. La foudre tombe sur Quevillon. Un bâtiment de 120 pieds est touché dans la ferme de François Préaux. Les habitants de la commune et des environs se mobilisent mais l'on ne parvient qu'à préserver les habitations voisines. Préaux n'avait d'autre fortune que son exploitation.

1821, Charles-Antoine Deshayes publie à Rouen, chez Périaux Père, imprimeur du Roi, "La terre gémétique", notice sur les communes de Jumièges, du Mesnil et d'Yainville. C'est le brouillon de sa future "Histoire de l'abbaye royale Saint-Pierre de Jumièges" qu'il éditera quelques années plus tard. Outre ses recherches et observations personnelles, Deshayes va puiser l'essentiel de sa matière dans un manuscrit rédigé en 1760 par Dom Dubusc. Souvent mot pour mot. Ce précieux document avait disparu de la bibliothèque de l'abbaye en 1790. Mais il en existait une copie. En 1818, elle appartient à De La Foye, ancien avocat au Parlement de Rouen. Il la prête au Comte de Kergariou, de la commission des Antiquités et elle finira à la bibliothèque nationale. C'est cette copie que publiera l'abbé Loth en 1882. Manifestement, Deshayes a eu entre les mains l'original. Original resté quelque part à Jumièges puisqu'on le retrouvera plus tard dans la bibliothèque de Mme Lepel-Cointet.  

 
1822. Eustache-François Duval, peintre parisien, expose au Salon un tableau intitulé Ruines de l'abbaye de Jumièges.

2 mars 1822. A la Commission des Antiquités, Leprévost lit une lettre relative à la solidité des clochers de Jumièges dont la solidité a été altérée en 1820 et menacent de s'effondrer faute de travaux.

19 octobre 1822. Leprevost annonce que les papiers et titres de Jumiéges et de SaintWandrille n'ont point été détruits par les flammes, comme le prétendaient certains témoins oculaire. Ils sont aux archives de la sous-préfecture d'Yvetot, sinon en bon ordre, du moins à l'abri de l'humidité et des animaux rongeurs. M. Leprevost propose au Préfet d'envoyer l'archiviste  du département, pour faire opérer le transport à Rouen.

1823. Journalier, Charles Mainberte mourut jeune, le 8 février, à Jumièges. Il avait 40 ans. Un mois auparavant, il avait déclaré le décès sous son toit de sa belle-mère, Geneviève Honorine Roussel. Que s'est il passé dans cette maison du Sablon ? Est-ce là l’effet de ces épidémies qui frappent la Basse-Seine ?

Jean-Charles Mainberte, 21 ans, devient le chef du clan. Le bourg n'est plus rempli des foules d'antan. Il décline. Cette année-là, les habitants demandent le rétablissement de leur marché disparu voici quelque 50 ans, à l'époque où les foules affluaient vers la presqu'île et nourrissaient son économie. On souhaite un marché aux fruits. Caudebec a le sien. Mais il est bien loin. Duclair aussi a son marché. Mais c'est un marché aux grains.

29 mars 1823. Langlois est chargé par la Commission des Antiquités de dessiner les restes de Jumièges.

14 avril 1823. Le juge de paix du canton préside une réunion sur la question. D'emblée, le maire de Duclair s'oppose au projet. "Notre marché risque de décroître alors que nos charges sont considérables." Pourtant, les communes voisines de Jumièges ne le fréquentent guère. Le jeudi, il se tient aussi un marché à Pavilly. Mais il est encore plus loin. De même que ceux de Routot, de Bourg-Achard... En revanche, tout milite pour le rétablissement de la foire de Jumièges. Le fleuve facilite importations comme exportations et ses routes larges et droites en favorisent l'accès. On y produit au-delà de la consommation des 2.000 âmes. Si bien que les fruits de l'agriculture n'ont guère de valeur à côté de l'impôt. Les paysans de Yainville, du Mesnil, d'Heurteauville n'ont aucun débouché. A Jumièges, les marchands qui, jadis, trouvaient à écouler leur marchandise les jours d'affluence sont forcés à se faire ambulants, taxés par des patentes aussi lourdes que Duclair, Caudebec et Pavilly, mais sans les mêmes faveurs. Si bien que certains renoncent. Charles-Antoine Deshayes, le notaire royal, publia un libelle pour appuyer la demande des habitants. Mais elle resta lettre morte. 

Bulletin de la société d'émulation de Rouen, 1823 : "M. Houel nous a fait part de la découverte faite parmi les ruines de l'antique abbaye de Jumièges, d'un morceau de sculpture fort singulier, représentant un pourceau revêtu d'une sorte de capuchon, armé d'un bouclier et d'une épée, et tenant un verre, dont il nous à offert la gravure exécutée par mademoiselle Langlois."

27 septembre 1823. La Commission départementale des Antiquités écoute Hyacinthe Langlois : "L'auteur arrive aux ruines vénérables de Jumiéges.Il en fait en peu de mots l'historique, passe successivement en revue les peintures de la grande église, entièrement repeinte elle-même sous François Ier, rapporte l'histoire del'âne de sainte Austreberthe, étranglé par un  loup au moment où il portait le linge de la sacristie de Jumiéges; s'arrête au tombeau des Énervés dont il a recueilli un fragment, c'est-à-dire la tête de l'un des jeunes princes ; signale avec force les dangers résultant du mauvais état des clochers, et finit par proposer qu'il soit dressé un plan exact des deux églises abbatiales.  Cette troisième proposition est adoptée par la Commission."

Deux événements vont maintenant redonner du lustre à Jumièges. C’est d’abord la publication des voyages pittoresques dans l’ancienne France de Taylor et Naudier. Sans cette lecture, la duchesse de Berry n’aurait pas été la première visiteuse de prestige des ruines de l’abbaye. Celle qui déclenchera le pèlerinage de foule de romantiques.

Voici de la Duchesse !

Samedi 24 juillet 1824. Veuve depuis un an, Angélique Legenvre, a-t-elle le cœur à accueillir avec tous les villageois la duchesse de Berry ? Augustin Mainberte a alors 20 ans, Marie Anne 18, Pierre 7 ans, Marie Rose 5 ans, Rose Angélique 4 ans. Ils sont sûrement dans la foule des curieux...

Le Galibi, un vapeur de l'Etat était parti de Rouen à 6h du matin. A bord, la musique de la garde royale donne l'aubade aux invités : la duchesse de Reggio et la comtesse d'Hautefort, dames d'honneur de la duchesse, le comte de Mesnard, écuyer de Son Altesse Royale... Le Galibi ? « Un petit vapeur très doux, note la duchesse, commandé par un jeune officier très distingué. » Coquine ! Escorté d'une nuée de bateaux, le navire débarque Caroline de Bourbon-Naples face à Jumièges où l'attendent les notables. Il est midi. Le soleil brille. A sa sortie du canot, Caroline est accueillie par le curé, le maire de Jumièges « et un notaire boiteux très instruit. » C’est Deshayes ! Des gamines vêtues de blancs lui présentent des fleurs et récitent des compliments. En cortège officiel, on s'en va visiter les ruines de l'abbaye. On reconnaît le baron de Vanssay, préfet de la Seine-Inférieure, le lieutenant-général de Rivaud, commandant la Division de Rouen, le commissaire de la Marine, Martin, l'ingénieur de la Marine, Marestier, l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Le Tellier, Duclos, le capitaine du Port... Laissons parler le Journal de Rouen: "Son Altesse Royale a visité sous tous ses aspects les vénérables ruines qui subsistent encore, et jusqu'aux vestiges des peintures à fresque des bas-reliefs qui ont échappé jusqu'à ce moment à la destruction qui va bientôt les atteindre." 

La belle Caroline promène son regard sur l’abbaye : « L’aspect de la grande église en ruine est très beau, avec ses énormes clochers et un arc pointu d’une hauteur prodigieuse. Seulement, on ne peut penser sans horreur que l’on vend les pierres et les sculptures aux Anglais et que nous sommes assez barbares pour le permettre. On m’a fait voir les fragments des tombeaux des fils de Clovis et de saint Philibert, le fondateur de l’abbaye. On m’a montré aussi la place où Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII, a été enterrée. Auprès de sa tombe, il y a un lierre magnifique que le l’on dit avoir été planté par elle. Au moment de la Révolution, les moines habitaient l’abbaye et tout existait encore… » En partant, elle glissa au maire son obole pour les pauvres et s'en fut à la réception donnée en son honneur au château de la Mailleraye, par la marquise de Nagu.

Mais ce n'est que le 27 juillet que la duchesse quitta finalement Rouen. Pour ce départ, elle passa encore chez nous.  Le Journal de Rouen :

Mme la duchesse de Berry est. partie, escortée d'un détachement de l'infatigable garde nationales qui l'a suivi jusqu'à Duclair où Son Altesse Royale a bien voulu lui faire témoigner toute sa satisfaction. Un autre détachement de la gendarmerie avait accompagné la voiture jusqu'au-delà des barrières de la ville. La garde nationale a pied , la garde royale, le corps des douanes, out signalé jusqu'au dernier moment le zèle dont ils avaient donné tant de preuves pendant le séjour de la Princesse.

A l'entrée de Duclair, la princesse fut reçue par le maire et son conseil, le juge de Paix, le curé. Les habitants du bourg mais aussi des environs sont là.  Des acclamations retentissent et Mlle Thuillier, la fille du maire, remet des fleurs à Caroline en compagnie de vingt fillettes. "La princesse est entrée dans le bourg au petit pas, a traversé le vaste marché au milieu duquel se trouvait suspendue une très belle couronne."  Ce jour-là, les pauvres ne furent pas oubliés. "A Duclair comme ailleurs, les habitants sont animés du meilleur esprit". Le soir, le maire fit donner un bal aux demoiselles.

II est à regretter que le mauvais temps ait dérobé aux yeux de Son Altesse Royale une partie du tableau vraiment enchanteur que présente Ia nature sur toute cette route, et notamment aux approches de Caudebec.
A la côte d'Yainville, il restait une portion de chemin qui n'avait point encore été livrée à la circulation ; les prémices en ont été offerts a Son Altesse Royale. La barrière avait été remplacée par une guirlande de fleurs que M. I'ingénieur Scwilgué a fait rompre par les ouvriers au moment de l'arrivée de la Princesse. Avant d'entrer à Caudebec, Mme la duchesse de Berry a visité les ruines vénérales de Saint-Wandrille, autrefois abbaye de Fontenelle. Là, comme partout, Mme la duchesee de Berry s'est montrée l'amie éclairée des arts et la mère généreuse des pauvres. M. l'abbet Clérot, dessevant cette petite paroisse, est chargé de répandre les aumônes de la Princesse. Son Altesse royale est arrivée à Caudebec vers dix heures du matin...

CAUMONT ARRETE LE MASSACRE

Oui, cette date marque le point de départ des visites qui vont marquer l'abbaye. Un mois plus tard, elle accueille un homme dont le nom va pourtant rester attaché à ces lieux : Nicolas-Casimir Caumont. C’est le gendre de Lefort… 

 

Cette année 1824 est salutaire pour les restes de l'abbaye. Lefort meurt le 5 octobre. Sa fille, Sophie-Adèle, s’était mariée à Casimir Caumont en 1816. Quatre ans plus tard, elle décède. C’est le fils du couple qui hérite de Jumièges. Par tirage au sort chez le notaire.

Louis-Casimir est cependant trop jeune. Alors c’est le père qui va gérer ses biens sous tutelle. Qui est Caumont ? Né à Rouen en 1781, marié en 1816, son négoce dans la capitale normande a pris un tel essor qu'il a été juge et président du tribunal de commerce. Membre ensuite de la chambre de commerce, il en sera bientôt le président. A Rouen, il aurait pu s'asseoir dans le fauteuil de maire s'il n'avait été taxé d'opposant libéral, hostile à la Restauration. On retrouvera Casimir Caumont président du conseil d'administration de la banque de Rouen. Il est aussi franc-maçon, consul du Portugal...

A Rouen, Caumont habitait 11 rue du Fardeau. A Jumièges, son héritage en est un ! Nicolas-Casimir stoppe la destruction du monastère, en réunit les nobles débris, récupère du mobilier. Mais le mal est fait.  


Samedi 30 juillet 1825. Me Deshayes passa le bac et monta reconnaître le chêne cuve dans la forêt de Brotonne. Il en fit un petit opuscule. Cette même année 1825, il mit fin à ses fonctions de notaire de Jumièges qu'il exerçait depuis 12 ans. Résidant face à l'abbaye, il aura vu sa destruction. Et l'arrêt du pillage. Deshayes resta encore quelques années à Jumièges.


1825, c’est aussi l’année ou l’ingénieur Goubé vint mener une étude dans le marais de Jumièges. Qu’il soit à l’origine de contagions ne fait plus aucun doute. Celles-ci se manifestent avec la décrue du printemps pour atteindre leur paroxisme en été. Ainsi explique-t-on ce « teint pâle et l’air triste », l’apparence « généralement cachexique » des riverains des marais en Basse-Seine.

20 septembre 1825
 Le retour de la Saint-Gorgon

Parmi les fêtes champêtres qui ont lieu chaque année aux environs de Rouen, l'assemblée de Saint-Martin-de-Boscherville dite de Saint-Gorgon, jouissait, de temps immémorial, d'une vogue que plusieurs circonstances lui avaient fait perdre depuis quelques années. Grâce aux soins du maire de cette commune, il y a lieu d'espérer que les habitants jouiront dorénavant du privilège d'y attirer, comme autrefois, une partie de la nombreuse population de Rouen. Déjà dimanche dernier, malgré l'incertitude du temps, un nombre assez considérable de sociétés brillantes s'étaient rendues dans l'ancien château, dont toutes les avenues, avaient été rendues publiques et où toutes sortes de divertissements avaient eté préparés. Un feu d'artifice d'un fort bel effet a terminé cette fête foraine, qui offrira aux marchands de toute espèce qui voudront la fréquenter à l'avenir, l'avantage de n'être assujettis a aucune espèce de droits

Lundi 22 mai 1826. Saulty, ancien maire, meurt dans la maison de Mademoiselle Dinaumare, face à l'abbaye. Avec lui disparaît aussi le tout dernier des trois anciens moines restés à Jumièges après la dispersion de la communauté. Je ne pense pas que Saulty fut pleuré par la population. Ses mauvais conseils en font l'un des artisans de la destruction de l'abbaye. On lui doit le départ suspect du bourdon. Quant à son ralliement aux royalistes...

Au rez-de-chaussée de la maison Dinaumare, on trouvera une pierre tumulaire. Avec une inscription : 14 AP 1717. C’est celle de Charles de Robertville, cordelier de la maison de Bernay qui, après deux jours de repos au monastère de Jumièges, fut repris d’une crise d’apoplexie. On l’avait inhumé dans le cloître. Des dalles de ce type, on en retrouvera à Caudebec, à Vatteville…

13 décembre 1826. ORDONNANCE DU Roi qui accorde des Lettres de déclaration de naturalité au sieur Basse ( Jean-Baptiste), néle 12 mars 1779 a Paliseul, grand-duché de Luxembourg, sous-lieutenant des douanes royales à la résidence de Jumiéges.


1827. Randon du Thil publie un poème intitulé "Les ruines de l'abbaye de Jumoèges".

Les automnes de 1827 et 1828 furent chauds et humides. Des fièvres intermittentes, des typhoïdes pernicieuses frappent les habitants des marais au second, au troisième accès fébrile. On appelle le Dr Vingtrinier, médecin des épidémies, qui parcourt les communes alors inondées, rend visite aux malades. Puis on convoque à Duclair tous les maires du canton, les notables. Courant, l’ingénieur du département, est à ses côtés. « Il faut, les exhorte Vingtrinier, assainir, nettoyer les fossés, en créer même dotés de vannes. Il faut exhausser certains terrains… »

"Il règne depuis le mois d'août, dans les communes de Berville, Ambourville, Bardouville, Anneville, Yville, Le Mesnil, Jumièges, Neuville, Le Trait, Le Vaurouy, Duclair, Varangeville, Caudebec, St.-Vandrille, Guerbaville, Vatteville, une épidémie qui offre tous les symptômes d'une fiévre intermittente. On estime, que le quart dé la population en a été atteint. Peu de personnes cependant en sont mortes, et maintenant, vu les sages précautions prises par l'autorité, la mortalité,n'est pas même d'un par mille." (La Semaine, 23 novembre 1828).


1828. Un homme dessine, dessine. Il dresse en 31 croquis l'état de l'abbaye. Hyacinthe Langlois! A cette date, la destruction de l’abbaye semble avoir cessé.

Veuve, Angélique Legenvre, mon aïeule, seconde épouse de Charles Mainberte, met au monde cette année-là une fille naturelle de Jean Baptiste Voyé, de Jumièges, prénommée Euphrasie. Ils ne se marieront que dans onze ans…

 
                                     
  

1829. C’est l’année où Deshayes publie chez Baudry, imprimeur du Roi, son Histoire de l’abbaye de Jumièges. 

10 juin. Dans la nuit de vendredi à samedi une ferme située à Epinay a été la proie des flammes. On dit qu'il y a plus de 400 pieds de bâtiment de brûlés. La valeur du dégât s'élève à environ 14,000 francs. On prétend qu'il y a de fortes raisons d'attribuer cet événement à la malveillance.

15 septembre. Jumièges, comme toutes les communes riveraines de la Seine, est dévastée par un débordement inhabituel du fleuve. Il pleuvait depuis plusieurs mois.
On écrit de Rouen  : « Le 15 de ce mois, les communes riveraines de la Seine, entre autres celles de Saint-Martin de Boscherville, Bardouville, Anneville, Ambourville, Yville, Jumiéges, etc., ont été dévastées par un débordement de la Seine occasionné par les pluies continuelles qui ne cessent de tomber depuis plusieurs mois. »


16 octobre. Boïeldieu vint de donner La dame blanche à Rouen. Il vient visiter Jumièges en famille. Le soir, Caumont organise une mise-en-scène dans les ruines. "Je fis allumer et disposer des feux dans plusieurs parties des ruines, et lorsque tout fut prêt, je conduisis mon ami de manière qu'il pût jouir de tous les effets pittoresques qu'ils présentaient..." un spectre s’avance. La dame blanche couronne Boïeldieu de lauriers tandis que Caumont lui déclame des vers. « Qui faisait le revenant ? » demandera bientôt Constance du Plessis. « Mon jardinier Madame ! »

Vers 1829, on abattit la tour sud qui menaçait de tomber.


Journal des Débats, ce même 16 octobre :

« La marée de l'avant-dernière nuit a été plus forte encore que celle du matin aussi a-t-elle causé d'énormes dégâts le long du littoral. Près de Jumièges, l'inondation a gagné jusqu'à l'intérieur de maisons ordinairement à l'abri... On cite plusieurs cultivateurs qui ont fait des pertes considérables en bestiaux et en fourrages. A la Mailleraye, la violence du flot a jeté dans les terres un marsouin que les habitants ont pris au moment du reflux.
Les nouvelles de l'état sanitaire de ces contrées sont toujours des plus fâcheuses. » 


Mars 1830. Les gelées occasionnèrent des dégâts à l'abbaye. 

Avril : Caumont rend un rapport sur le projet de canal maritime entre Rouen et Le Havre. Une commission de la chambre de commerce travaillait sur le sujet.

Ce fut la dernière année, disent certains, où les paroissiens de Bliquetuit vinrent processionner à Jumièges pour demander à saint Valentin « du temps à volonté ». Désormais, on priera devant son effigie, là-bas, à l’église paroissiale.  A vérifier. Les  Annales catholiques nous disent que la venue à Jumièges des gens de Bliquetuit cessa  en 1793 et que l'évêque Bonnechose rétablit la chose en 1872...

Juillet.  Un ouragan s'abat sur La Fontaine. Durant un quart d'heure, le "terrible météore", déracine les arbres sur une largeur de 150 à 200 pas.

14 octobre. Par arrêté préfectoral, Nicolas-Casimir Caumont est nommé maire de Jumièges. Ce qui lui vaut les foudres de la presse puisqu'il est déjà conseiller municipal de Rouen. La personnalité de Caumont ? Caumont engagera des travaux de voirie et fera beaucoup pour les écoles. Mais surtout pour "son" abbaye dont il tient à jour le registre des visiteurs.

Cette 'année 1830, le sous-préfet protesta après la désignation de conscrits dans le canton de Duclair. On enrôla un garçon bègue, atteint de strabisme et de mouvements convulsifs alors qu'un autre, sans infirmité, fut réformé pour de mauvaises dents.


Juin 1831. Cortège important à l’abbaye : le préfet, le maire de Rouen, le receveur général, des notables, leurs dames… Caumont ouvre alors un livre d’or. Pour cinq ans. Il va se couvrir de signatures d’artistes, archéologues, personnalités diverses…

22 juillet. A Paris est signée une ordonnance du Roi « portant qu'il sera établi dans le village d'Heurteauville, section de la commune de Jumièges, arrondissement de Rouen, département de la Seine-Inférieure, un adjoint au maire de cette commune, et que cet adjoint sera chargé de recevoir les actes de l'état civil et d'y exercer la police par délégation du maire. » Premier pas vers l’indépendance…


11 septembre 1832. On lit dans un journal de Rouen :

Dans le petit hospice fondé à Duclair, par M. Jean Darcel, Négociant a Rouen, est morte il y a deux jours, une femme née le 19 août 1729. Elle venait d'atteindre sa cent-quatrième année, et a joui jusqu'à sa dernière heure de toutes ses facultés. C'est a peu de distance de là qu'habite M. d'Ornay, doyen des académiciens de France.

En l'étude de Maître Lengrenay, notaire à Duclair, annonce n°2780, vente aux enchères le 23 septembre 1832 au château de Mauny.

Novembre. M. le conservateur des forêts en exécution de la loi du 25 mars 1831, procédera en Préfecture de Rouen le 26 courant à la vente de la forêt de Jumièges de 594 ha, 10 ans .


1833. Nécrologie des fonctionnaires de la Marine. Étienne-Benjamin-Frédéric Thuillier, enseigne de vaisseau auxiliaire, né à Mesnil-sous-Jumiéges (Seine-Inférieure) le 4 avril 1766 , mort à Bordeaux Je 7 février 1833.

A M. Williams, oculiste honoraire de Sa Majesté.
Jumièges, le 6-mars 1833.
Monsieur,

Lors de votre séjour au Havre en 1829, j'eus le bonheur de vous consulter pour un de mes enfants, âgé de 17 ans, attaqué si grièvement de maux d'yeux qui le privaient de la vue depuis plusieurs mois, au point de ne pouvoir se conduire seul, vous eûtes la bonté de le traiter pendant trois mois, et, grâce à vos soins assidus, il a eu , comme tant d'autres , le bonheur de recouvrer la vue au point de pouvoir se livrer à son travail habituel. Je vous prie, Monsieur, d'agréer sa reconnaissance et la mienne, et me croire avec le plus profond respect, Monsieur, Votre, etc.

MOREL, Lieutenant des Douanes.

29 Juin, un samedi, à 7h du matin, le Louis-Philippe, dont les aménagements viennent d'être remis à neuf, appareille de Rouen pour Jumièges. Il repart à 19h pour la capitale normande.

Eté 1833. Un couple d’écrivains anglais accomplit un voyage en Normandie. Descendus dans une auberge, face à l’abbaye, Thomas et Frances Follope y rencontrent Charles-Antoine Deshayes. Sur le mur, une affiche informe le visiteur qu’un ouvrage est disponible sur l’histoire de Jumièges. Ils en demandent un exemplaire que Deshayes va chercher dans la petite pièce qui lui sert d’habitation. Après s’être restaurés, les Follope visitent les ruines, le livre en main.

28 août: la reine du Portugal, accompagnée de la duchesse de  Bragance, passe incognito par Duclair aller de Rouen au Havre.

13 septembre. En fin d’après-midi, un navire, le Luxor, contourne la presqu’île avec une étonnante cargaison. L’obélisque du même nom. A 7h du soir, il mouille à Duclair qu’il quitte le lendemain matin.

4 Novembre. Dans une auberge de Guerbaville. Fitz-James fils écrit sur le mur "Vive Henry V". Il risque la cour d'assises.

17 décembre. Les Jumiégeois ont un premier conseiller général. Il s’agit d’Alphone Darcel, un ancien officier d’artillerie qui possède du bien à Duclair et la Fontaine. Il doit son élection à la démission de Jean-Baptiste Curmer, le châtelain de Bardouville, ancien maire de Rouen. Candidat aussi dans la capitale normande, il a préféré ce dernier fauteuil.

Cette année 1833, l'explosion de la chaudière du vapeur Le Vésuve, près La Mailleraye, aura tué son chauffeur. "Beaucoup vont crier haro" sur ce moyen de transport, prédit le Journal de Rouen.


1834. Société des Antiquaires de Normandie, séance du 9 janvier :

"M. Auguste Le Prévost donne des détails sur une excursion qu'il a faite à la ferme dite le Manoir d'Agnèsl, au Mesnil-sous-Jumiéges. Il y a visité des bâtiments très curieux, notamment un grenier dont la décoration offre les mêmes peintures que la tour carrée de Tancarville. M. Langlois sera invité à en faire le dessin. La charpente de ce grenier est aussi fort remarquable. Enfin il a trouvé, dans le dans les mêmes bâtiments, une cheminée qui mérite l'attention des amateurs d'antiquités; elle est en tuile et dans le goût de la fin du XIVe ou du commencement du XVe siècle."

Toujours de la société des Antiquaires : "En 1834, le Rouennais Emile Morice publiait, et même selon toute apparence, réimprimait cette phrase : « que, comme à Jumiéges et à Saint-Wandrille, les pierres de chaque chapelle, soigneusement numérotées, aillent se réédifier sur les bords de la Tamise ou de la Tweed » [Révélations et Pamphlets, p. 21. Paris, in-8°).
Les historiens les plus complets de nos deux grandes abbayes ont-ils enregistré ce détail, qui peut avoir un jour un intérêt plus que rétrospectif?
Selon M. Pelay, les déprédations bien connues des Anglais dans nos deux abbayes confirment le témoignage de Morice".

Lundi de Pentecôte. Une classe de dessin a envahi les ruines. Leur professeur est Eustache Bérat, le frère du chansonnier de Ma Normandie.

29 juin A cause de la fête foraine de Jumièges, le vapeur Louis-Philippe fut affrété pour aller de Rouen à Jumièges. Mais, précisait-on, les départs n'auront pas lieu s'il pleut.

22 octobre. Le baron Taylor nous fait l’honneur de sa visite. On ouvre les tombes de deux abbés. Signent le procès-verbal : Caumont, l’archéologue Achille Deville, le baron Taylor et Charles-Antoine Deshayes. L’une de ces tombes porte la date de 1120, relèveront nos érudits. Aucun abbé ne mourut cette année-là. Urson disparut en 1127 et fut inhumé dans le chapitre. La sépulture contient deux petits vases brisés dont l’un prendra la direction du musée de Sèvres.

Retenons encore de 1834 que la compagnie d'assurance mutuelle pour l'Eure et la Seine-Inférieure décerna une médaille d'argent au sieur Castagne pour avoir "puissamment" arrêté les progrès d'un incendie à Duclair. Joseph-André Castagne fut sergent de la garde nationale et impériale.


4 février 1835. Nos lecteurs ont eu connaissance des démêlés existant entre M. Levasseur, adjoint au maire de Saint-Martin-de-Boscherville, et un sieur Leseur qui avait, à l'occasion des élections communales, déposé à la prefecture une protestation dans laquelle étaient allégués des faits graves contre cet adjoint.
Non content de sa protestation le sieur Leseur répétait a chaque instant , en public, ses accusations, et demandait à être appelé devant les tribunaux pour établir la vérité. Suivant son désir, il a comparu hier en police correctionnelle ; mais, comme il n'a pu rien prouver de ce qu'il avait avancé, il a été condamné, comme diffamateur, à 50 fr. d'amende et 25 fr. de dommages-intérêts.

La visite de Victor Hugo

Mercredi 12 août 1835. Hugo, le grand Victor Hugo arrive à Jumièges. Il fulmine. Avec Juliette Drouet, on vient de le mettre à la porte de l'abbaye de Saint-Wandrille. Lenoir, propriétaire d'alors, assurait ne pas le connaître. "Cela m'étonne, répondit Hugo, je suis un célèbre dentiste de La Bouille, inventeur d'une pommade merveilleuse." A Jumièges, le poète est en revanche fort bien reçu si bien qu'il écrit sur le registre : "En sortant de chez l'immonde propriétaire de Saint-Wandrille, je félicite M. Casimir Caumont d'avoir Jumièges et Jumièges d'avoir M. Casimir Caumont." Le lendemain, dans une lettre à Adèle, l'écrivain compare Saint-Wandrille à "une auge magnifique où s'ébat un hideux pourceau dévastateur nommé Lenoir, Jumièges est encore plus beau que Tournus. Et, à travers tout cela, la Seine serpente sur le tout..."

 Hugo écrira encore dans Littérature et philosophie mêlées : "On nous a dit que des Anglais avaient acheté trois cents francs le droit d'emballer tout ce qui leur plairait dans les débris de l'admirable abbaye de Jumiéges.
Ainsi les profanations de lord Elgin se renouvellent chez nous, et nous en tirons profit Les Turcs ne vendaient que les monuments grecs : nous- faisans mieux, nous vendons les nôtres."

Muette en sa douleur, Jumièges gravement
Étouffe un triste écho sous son portail normand,
Et laisse chanter sur ses tombes
Tous ses nids dans ses tours abrités et couvés,
D'où le souffle du soir fait sur les noirs pavés
Neiger des plumes de colombes !

(Les voix intérieures)


Septembre1835, c'est cette fois Constance du Plessis qui visite l'abbaye. , guidée par Caumont.


1835 est sans doute l’année où furent effectuées des fouilles à la harelle d’Heurteauville. On y trouva un vase de bronze rond, une hache celtique, un bout d’épée du même métal. Ce dernier est seul spécimen retrouvé alors dans le département. Doucet, le maire du trait, remettra ces objets au musée des Antiquités. De cette même fouille on ramena aussi un fer de javelot fort bien conservé qui, lui, fut remis au maire de Jumièges.  

1er avril 1836. Est-ce un poisson ? Le Journal de Rouen nous informe que deux pêcheurs de Duclair ont ramené dans leurs filets un énorme saumon. Vendue à un garstronome rouennais, la bête délivrera de ses entrailles un manche de poigard "très ancien" qui finira au musée des Antiquités.

Au temps de la jeunesse de Charles Mainberte vivait au Mesnil un curieux personnage. En 1836, le journal de Rouen fait état d'un homme de 71 ans qui, depuis ses 18 ans, passe sa vie au lit. Il ne s'en lève que pour les "actes les plus indispensables de la vie animale".

26 mai. M. de Golbery intervient à la chambre des députés: "...et je dirai avec douleur qu'une nation voisine se montre quelquefois plus jalouse que nous-mêmes de nos monuments historiques. Il est arrivé, par exemple; qu'en Normandie, une portion notable de l'abbaye de Jumiéges a été enlevée par les Anglais; ils ont, pour ainsi dire, numéroté les pierres de ce monument éminemment français et il a été transporté au delà du détroit et rebâti en Angleterre. Messieurs, il ne faudrait pas qu'on pût nous reprocher un second exemple de cette insouciance de nos souvenirs historiques..."

M.M. Parmentier et Cie, voiture publique Rouen-Duclair les mardis, et jours de foire A/R : 1,25 F

Quand venait la mi-carême, on faisait sauter les crêpes, un louis d’or dans la main tenant la poêle. C’était du caraprenant, du carême prenant que ces plaques appelées encore pellées.

Novembre 1836. Dans le Journal de Rouen, on s'insurge contre l'absence de parapet sur quatre lieues entre le poste de douane de La Fontaine et les quais de Duclair. Voici peu, conduit par une femme, un cheval est decendu suvitement boire dans la Seine. Heureusement, elle était basse.  Le 5 novembre, venant de Rouen, un cabriolet avec trois voyageurs croise une ménagerie. Effrayé par deux ours, le cheval franchit le parapet et  manque de tuer ses passagers.  Que fait l'agent chargé de surveiller cette portion de route. De l'argent, le Département n'en manque pas pour les travaux de voirie...

Janvier 1837, comme tous les ans, Dubreuil, l'adjoint de Duclair, distribue aux nécessiteux du pain, du cidre, du bois...

Février 1837, se trouvant sous le Landin avec le navire le Guillaume-Emilie qu'il commandait, au moment où la mer montait avec beaucoup de vitesse, le capitaine Gehanne aperçut deux hommes et quatre chevaux auxquels la marée montante avait fait perdre pied, et qui se trouvaient entraînés par le courant. Il s'empresa de leur porter secours, au risque d'être lui-même victime de son dévouement, et parvint à les ramener sur le bord, sains et saufs.

En 1837, Hugo revoit la presqu'île du vapeur qui lui fait remonter la Seine. Il est seul à l'embrasser du regard: "il y avait un singe à bord, ce qui fait que personne n'a regardé Jumièges." Dans deux ans, Hugo reviendra encore sur place avec Juliette...

Cette année 1837, Nicolas-Casimir Caumont sent le danger. Heurteauville mène une guerre d'indépendance à Jumièges et la vie politique est turbulente. Caumont ne se représente pas. Sévère-Aimable Boutard est élu maire. A l’abbaye, Caumont ouvre un nouveau cahier pour recuillir les signatures des visiteurs. On comptera six registres jusqu’en 1872.

LA VISITE DE CORDELLIER-DELANOUE

1838, après de longues démarches, Caumont ramène de Rouen la dalle tumulaire d’Agnès Sorel. Cette année là paraît un texte de Cordellier-Delanoue :

17 avril 1838, Journal de Rouen. On nous écrit de Duclair. Avant-hier, les flots de la Seine ont rejeté sur le rivage le cadavre d'un homme d'une cinquantaine d'années paraissant appartenir à la classe aisée. La putréfaction dans laquelle il était fait supposer qu'il a séjourné plusieurs jours dans l'eau. La marque de ses vêtements est JR. On ne l'a pas reconnu.

Dimanche 2 juin 1838, Journal de Rouen. II y a quelque temps, on trouva, au Mesnil-sous-Jumiéges, le cadavre d'un homme. Le maire étant arrivé, dit a un marin qui avait retiré ce cadavre qu'il pouvait prendre les vêtements dont il était couvert : mais le marin refusa et les accrocha à un arbre.
Cependant, plus économe, la femme du marin s'empara des vêtements dont it s'agit, et elle a été poursuivie comme coupable de vol. La chambre du conseil s'était refusée à voir là une soustraction frauduleuse, et avait déclaré qu'il n'y avait lieu a suivre ; mais le ministère public s'est pourvu devant la chambre d'accusation, et l'inculpée a été renvoyée devant la deuxième chambre, où elle comparaissait hier. Après avoir entendu Me Taillet père, qui, mu par un sentiment d'humanité, a d'office prêté à la prévenue l'appui de son talent, le tribunal à prononcé l'acquittement de celle-ci.

2 septembre, Le Corsaire rouge propose une promenade nautique de Caudebec à La Bouille avec escale à Jumièges, Duclair., La Mailleraye...


Janvier 1839, une barque contenant six personnes a été chavirée par un bateau a vapeur, vis-à-vis Guerbaville. Un des naufragés nommé Tuvache, de cette même commune, étant parvenu à se sauver, ne voulut point abandonner son frère qui avait disparu sous les flots. II plongea donc et sauva bientôt un jeune homme. mais ce n'était pas son frère. Il replongea de nouveau et sauva une autre personne, mais ce n était pas encore son frère. Il plongea une troisième fois et enfin il fut assez heureux pour sauver celui pour lequel il montrait tant de courage et de dévouement. Les deux autres naufragés se retirèrent de l'eau à l'aide de cordes qu'on s'empressa de leur jeter. M. Heuzé-Claquecin, qui était accouru au secours de ces malheureux les recueillit chez lui avec humanité. et leur prodigua tous les soins qu'indiquait leur triste position.

2 mars, à cinq heures et demie du matin, au moment où M. Mercier, receveur de l'enregistrement à Duclair, partait pour se rendre aux élections,  la falaise, haute d'une centaine da pieds, qui se trouve derrière sa propriété, s'est écroulée avec un épouvantable fracas, et d'énormes fragments de pierres sont allés renverser les murs d'une maison à plus de soixante pas de là, les locataires de cette maison, réveillés par les déchirements du rocher, ont heureusement eu le temps de se sauver en toute hâte, et bien leur en a pris, car des morceaux de rocher ont ruolé jusque sur les lits. Il n'y a donc a déplorer aucun malheur. Quatre petits bâtiments nouvellement construits et une écurie ont été détruits une maison a été endommagea la maison de maître qui est à côté n'a reçu aucune atteinte.
Quelques jours auparavant, d'autres portions de rocher assez considérables s'étaient écroulées sur les terrains de MM. Salva, médecin Drouot, marchand de bois, et avaient détruit des bâtimenst. La commune de Duclair est propriétaire du haut de la falaise et les autorités locale et départementale devraient bien prendre des mesures pour que de pareils accidents ne se renouvelassent plus, en faisant visiter souvent et abattre les morceaux de roche qui sont très friables, et qui menacent de se détacher. Nous appelons leur attention sur cet objet, qui intéresse non seulement les propriétés mais encore la vie des habitants du quai de Duclair. (Journal de Rouen)

 Léopoldine est dans la tour !

Eté 1839. Victor Hugo est avec sa maîtresse. Restée seule avec ses quatre enfants, son épouse, Adèle Foucher accepte l'invitation à Villequier d'Auguste Vacquerie, ami de son mari. Le 28 août 1839, les deux familles visitent l'abbaye et Léopoldine, 15 ans écrira ses frayeurs à sa tante maternelle, Julie Foucher: "Imagine-toi que ce jour là, ta nièce a manqué d'être écrasée par une magnifique tour, ou tout au moins de la dégringoler agréablement. Nous-nous promenions dans ces ruines (…) Un gardien nous accompagnait. Nous traversons une petite terrasse très étroite, sans parapet et bordé de chaque côté par un abîme, c'est à dire environ 100 pieds. Nous arrivons de l'autre côté de la terrasse devant un petit escalier. Comme des imbéciles sans consulter personne, nous montons. Arrivés a une certaine hauteur je demande à redescendre. Mais Toto (Charles-Victor Hugo) et le frère de M. Vacquerie s'y opposent. Nous continuons donc à grimper, les marches devenaient de plus en plus délabrées, l'escalier de plus en plus tournant. De grandes crevasses donnant sur la campagne, et nullement grillées ajoutaient encore à la peur dont j'étais cruellement saisie. Combien de temps avons nous monté ainsi ? Je l'ignore, chaque minute me semblait un siècle. Enfin nous arrivons à un endroit impossible à franchir, nous commençons à redescendre, je tremblais comme une feuille, je donnais le bras à M. Vacquerie mais Toto allait tout seul, je craignais qu'il ne se jette par une des crevasses et j'essayais de le soutenir. Arrivés environ à la moitié nous entendons M. Vacquerie qui nous appelle, nous regardons par une crevasse, il nous voit et nous crie que la tour que nous descendons est très dangereuse, que l'escalier n'est pas du tout solide et qu'il est défendu d'y monter. Ma peur redouble, Toto n'osait plus marcher, je t'assure que nous avons eu la, un terrible moment d'angoisse. Enfin je reprends un peu de courage, et nous descendons de nouveau. Arrivée en bas je crus que j'allais embrasser les pavés de joie, nous revenons avec tout le monde et je ne recommençai plus une pareille ascension, je te prie de le croire sans l'autorisation du gardien…"

Ce jour là, Léopoldine se joua de la mort. Quatre ans plus tard, c'est la mort qui se joua d'elle…

Mais dès le jeudi 5 septembre 1839, Léopoldine est de retour à Jumièges. En témoigne cette lettre qu’elle adressa quelques jours plus tard à Julie Fouché :

« Si cela t'amuse je pourrai pourtant te raconter la singulière réception que nous a fait M. de Caumont, propriétaire de Jumièges, sinon passe ce passage. Il faut te dire d'abord que papa en passant avait écrit sur un registre, appartenant à ce monsieur et où tous les voyageurs sont priés de signer, des louanges pour M. de Caumont qui avait conservé avec soin cette magnifique abbaye, depuis, papa et moi avions dîné avec lui chez M. Güttinguer, à Saint-Germain. En partant nous avions tous écrit nos noms sur ce registre, et M. de Caumont les ayant vus, nous avait fait prier par une dame habitante de Villequier de bien vouloir déjeuner avec lui, le mardi, mercredi ou jeudi suivant. Nous choisîmes ce dernier jour, et nous arrivâmes pour l'heure du déjeuner à Jumièges, le propriétaire vint à nous la bouche pleine et mâchant encore, il nous offrit du sirop d'orgeat comme rafraîchissement ou un verre d'eau rougie. Nous mourions d'une violente faim, tu conçois quel effet produisit sur nos pauvres estomacs cette proposition, nous quittâmes le plus tôt que nous pûmes Jumièges et son propriétaire, et nous déjeunâmes à la Mailleraye, bourg  à deux lieues de là, riant fort de notre déception et de M. de Caumont comme tu le conçois bien... »

Singulière réception en effet de la part de Caumont. Lui dont le livre d’or 1831-1836 dit : « A Jumièges, chez M. Casimir de Caumont,  on vous reçoit à bras ouverts, on vous donne des choses délicieuses à manger et à boire. Quelle hospitalité exquise. » De l’au rougie pour la fille du grand Hugo ? L’ami de la religion publie dans son numéro du 14 novembre 1840 l’article suivant : « M. le curé de Jumiéges vient de découvrir dans cette commune les deux inscriptions suivantes sur des pierres tumulaires en marbre noir :

1° Hicjacet Robertos secundas, abbas Gemeticencis episcopus, tandem archiepiscopus Canluaricnsis, qui Gemetici mortem obiit anno Domini 1052 ; 26 maij, Requiescat in pace. Amen.

2° Hicjacet Albertus , abbas et levita , qui mortem obiit anno Domint 10З6, 14 januarij. — Requiescat in pace. Amen.

On voit, par la première épitaplie, que le second abbé de Jumiéges, l’évêque Robert, fut archevêque de Cantorbéry, et revint mourir à Jumiéges. Il est probable que des fouilles opérées dans la partie du cimetière où furent trouvées ces inscriptions amèneraient des résultats qui jetteroient quelques lumières sur l'histoire individuelle des anciens abbés «.le Jumiéges. M. le curé a fait placer les pierres qui portent ces inscriptions sur deux colonnes, à droite et à gauche du chœur de l'église. »

Le noyé de Bardouville
24 mars 1840. On a retiré de la Seine, le 24 mars 1840, vis-à-vis le hameau de Beaulieu, commune de Bardouville, le cadavre d'un inconnu âgé d'environ soixante ans, taille d'un mètre 780 millimètres, cheveux blancs. Il était vêtu d'un habit et d'un pantalon en drap noir, d'un gilet en laine à petits carreaux,d'un caleçon long en coton, de deux chemises, dont l'une en toile et l'autre en calicot, toutes deux marquées des lettres P C. II portait des souliers à lacet. Tous ces vêtements étaient en bon état. On a trouvé dans ses poches un mouchoir fond bleu en coton marqué des mêmes lettres P C. Vingt-quatre centimes, un portefeuille neuf en marocain vert, une paire de lunettes en argent, un crayon, un rasoir, un couteau et quelques feuilles de papier, sur l'une d'elles était écrit : "Les hommes étant des ingrats, je donne à l'eau ce que je possède, 20,000 fr." L'autopsie à laquelle il a été procédé a constaté que la mort devait être très récente. il n'existait, d'ailleurs, sur le corps aucune trace de violence.
Les personnes qui pourraient, à raison des indications qui précèdent, donner des renseignements sur cet individu jusqu'alors resté inconnu sont invites à se présenter au parquet de M. le procureur du roi.


Les incendies criminels

1er mars 1840  Le sloop Elisabeth, capitaine Parenteau, coule à Heurteauville. Il est relevé dans la nuit du 4 au 5 et conduit à La Mailleraye. On doit ce sauvetage périlleux au sieur Bataille, constructeur de navires à La Mailleraye, sous la surveillance de Pellerin, Syndic des gens de mer à Duclair.  Les propriétaires sont invités à se manifester avant que les objets avariés ne soient vendus aux enchères par l'administration du port de Rouen.

7 avril 1840 Journal de Rouen. Nous avons parlé, il y a quelques jours, d'une tentative d'incendie qu'on avait commise dans une ferme de Bardouville, près de Duclair, au moyen de balles fulminantes jetées sur une botte de paille. Les soupçons s'étaient portés tout de suite sur un mendiant qui  était venu demander l'aumône dans la ferme , et qui avait bientôt disparu du pays. Cet individu vient d'être arrêté à Pont-Audemer et amené Rouen. On lui reproche de plus d'avoir mendié l'aide de menaces.

En 1840 encore, un dimanche matin, la boulangerie de Saint-Paër est en feu. Mais voilà les cloches qui appellent à la messe. Une majorité des sauveteurs quittent les lieux malgré les injonctions du juge de Paix. "Y aurait-il eu nullité dans les prières si elles avaient été dites un peu plus tard", interroge le Journal de Rouen. L'article


Et voilà Napoléon qui passe…

9 décembre 1840. Depuis le départ du Havre à 7h du vapeur Normandie, les habitants avaient envahi les berges. Le temps était glacial. Peut-être moins 15. Partout les cloches bourdonnaient. A Quilbeuf, le navire, suivi du Seine et du Courrier marque un arrêt entre les rangées de gardes nationaux qui présentaient les armes. "Vive l'empereur ! Vive l’empereur !" C'est à ce moment que de vieux grognards sont entrés dans l'eau jusqu'à la taille pour approcher les restes de leur souverain. Sur les berges, certains bivouaquaient là depuis des jours, vêtus de leurs uniformes râpés. Au passage, certaines vieilles moustaches s'époumonent dans leur clairon. On jette des bouquets de fleurs, des couronnes de lauriers. Napoléon est de retour au pays... Napoléon qui disait : "Le Havre, Rouen et Paris sont une seule ville dont la Seine est la rue". Napoléon qui ne donnait aucun avenir à la vapeur. Napoléon qui écrivit enfin: " Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé… " A Caudebec, le convoi fut salué vers 11h par des salves. Un garde national défaillit d’apoplexie. Les Jumiégeois virent bientôt le convoi contourner leur presqu’île. A midi, il dépassait déjà Duclair. Là, le bataillon de la garde nationale du canton, commandé par Auguste Beaudouin, le maire et les fonctionnaires ont échangé des saluts avec la flottille. Les habitants des campagnes les plus éloignées ont accouru ici. Un arrêté préfectoral avait ordonné l'amarrage des navires du port de Duclair en amont et en aval afin de dégager les quais.

10 décembre Jumièges coule !

Parti le 7 décembre du Havre, le chaland Jumièges, de la compagnie Expert, arrive  le lendemain soir à Rouen. Du pont de fer, ordre lui est donné de s'amarrer à l'île du Petit-Quay en raison du passage des cendres de Napoléon. Et c'est là, le 10, qu'il prend eau. Le Jumièges finira par sombrer près d'un chantier voisin, ouvrant un procès entre chargeurs et armateurs. Une bataille d'experts sévit alors sur son état de navigabilité.


1841. Victor Hugo écrit : « On nous a dit que des Anglais avaient acheté 300 francs le droit d’emballer tout ce qui leur plairait  dans les débris de l’admirable abbaye de Jumièges. » Cette année-là, Simon Cabut, propriétaire des terrains au bout de la rue des îles demanda à couler quatre vieux bateaux chargés de pierres pour combler le trou formé par l'érosion  en bord de Seine. Il fut récompensé de ses efforts car il regagna du terrain sur le fleuve.

Cultivateur, à 24 ans, Charles Mainberte, mon second arrière-grand-père, épousa le jeudi 27 mai 1841 Marie Rose Lefrançois, une fille de Jumièges de deux ans sa cadette, couturière, née le 23 août 1819. Les parents de la mariée sont morts depuis longtemps. Curieusement, à cinq jours d'intervalle, mais en deux lieux différents. Sa mère, Marie-Rosalie Dedde, journalière, est décédée au Mesnil le 25 mai 1822. Son père, François Lefrançois, marchand ambulant, disparut à Guerbaville cinq jours plus tard, le 30 mai.
Le vendredi, lendemain des noces, la tradition voulait que les amis de la famille vieille réveiller les mariés à 5h du matin, usant force pétards et coups de fusil. Les parents des époux avaient tout prévu. Après avoir servi une collation à ces perturbateurs, ceux-ci s'en retournaient...
 

Dans ces années-là, le curé de Jumièges découvrit un vieux manuscrit en français et latin sur les « vestures et professions » de la communauté gémétique.  Il concerne les années 1670 à 1715 et renseigne sur les étapes du novice vers sa profession de foi.

Le curé de Duclair était pédophile!

 

1841. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Delouard, oui, Delouard, le curé de Duclair, affectionnait ses clergeots et les petits garçons de la catéchèse. Scandale! A son procès, il semble abattu, tantôt les mains jointes en prière, tantôt le regard perdu dans un livre. Travaux forcés à perpétuité. On fit de ce drame une chanson sur l’air de la Faridondaine.



1842. Le 15 août 1842, Louis-Casimir Caumont, âgé de 22 ans, étudiant en droit, décède à Eaux-Bonnes, dans les Pyrénées. Son père, qui encore une fois gérait déjà l'abbaye en son nom depuis 1825, en devient donc le propriétaire effectif. Une pierre tombale est érigée dans les ruines. Caumont est réélu conseiller l'année suivante. De justesse.

Toujours en août, des troupeaux de loups désolèrent Yville, Anneville et Berville. Ils semblaient venir de la forêt de Mauny. La présence des hommes ne les effrayait pas, ils s'élancaient au contraire sur eux lorsque l'on voulait leur ôter la proie dont ils s'étaient emparés.

Pierre Charles Mainberte, mon arrière-grand-père, naît le 4 novembre 1842 à Jumièges, 10h. Il allait être l'aîné d'une fratrie de dix enfants. Et connaître la même condition sociale que ses parents : journalier.

L'arrivée du train

1843. À Rouen, Elbeuf, Bolbec, les usines textiles se multiplient. La métallurgie et la construction navale prennent de l'essor. Dès la fin du XVIIIe siècle, le département a connu une importante révolution industrielle marquée, au printemps 1843, par l'arrivée du chemin de fer à Rouen, première grande ville de province à être reliée à Paris.
A Duclair, M. Denise, le propriétaire de l’hôtel de la Poste invente la recette du canard à la Denise. Il n’est pas tué saigné. Mais étouffé. On dit que ce sont les paysannes de l’autre côté de l’eau qui, entassant leurs canards dans des paniers, avaient pris l’habitude de déposer les animaux étouffés chez le chef de cuisine.

22 juillet1843. Les habitants de Rouen et les étrangers sont prévenus que les ruines de l'abbaye de Jumièges ne pourront être visitées et que l'entrée n'en sera permise que les lundis, mercredis et vendredis.

Novembre 1843. M. Midrier, constructeur de navires, bacs, bachots, décède dans sa maison, assise sur un bateau, quai de Duclair. Tous ses biens sont mis en vente...


27 janvier 1844. Charles Nodier n’est plus. Caumont sera des premiers souscripteurs à verser une obole pour l’érection d’un monument à sa mémoire. 20 francs. 

Le même mois,, Pierre Goujon, fabricant de rouenneries, 46 rue Bourguerue, et sa femme, Geneviève-Constance Fessard, originaire du Mesnil-sous-Jumièges, adoptent deux petites sœurs. L’une d’elle s’appelle Amélie. Amélie Bosquet. Elle comptera plus tard parmi les écrivains régionalistes. 

Cette année, Casimir Caumont va poursuivre ses fouilles. Il a déjà gratté l’ancien cloître, le chapitre, les chapelles. Le voilà dans l’église Saint-Pierre. Richard, futur préfet du Finistère, est à ses côtés. Mais aussi l’abbé Cochet, le grand archéologue : 

"Nous nous souvenons d'avoir vu alors, dans les souterrains du monastère, des sépultures d'abbés accompagnées de leurs crosses, des orfrois de leurs vêtements et des restes de leurs chaussures. Tous ces objets étaient sous verre afin d'être mieux conservés. Dans sa maison, établie aux anciens magasins du monastère, M. Caumont nous a montré plusieurs vases de terre vernissés de vert et percés de trous, qu'il nous a dit provenir du cimetière de l'église paroissiale. En réunissant ainsi tous ces débris chrétiens, la pensée du vénérable collecteur était de former un véritable Musée gémétique. Du reste, ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on découvre des vases chrétiens à Jumièges… » 

«
M. Casimir Caumont, propriétaire des ruines du monastère de Jumiéges, est un de ces chers et zélés protecteurs de nos antiquités normandes. Aussi, le soin religieux que ce modeste ami des arts met à conserver cette antique abbaye a-t-il été célébré par les historiens et chanté par les poètes.»
Alexandre Fromentin, 1844.
1844 encore: une galiote hollandaise, La Maria,  était coulée face à Jumièges. Un inventeur, M. Viau, y expérimenta un appareil de sauvetage, l'hydrostat, avec plus ou moins de bonheur.

Bulletin monumental : "Au milieu des ruines de l'abbaye de Jumièges, jadis si fertile en tombeaux, en autels et en inscriptions, nous n'avons plus retrouvé, en 1844, qu'une seule pierre gravée sur laquelle nous avons lu une inscription de 1278. La voici, telle que nous l'avons copiée à cette époque ; peut-être ne la retrouverait-on plus aujourd'hui (1855):

« Anno milleno ducentesimo septuagesimo octavo, undecimo kalendas junii, consecratum est hoc altare in honore Dei genitricis arch. Roth. ? auctoritate a Guidone, Dei gratiâ Lexoviensi episcopo, amoto altari precedenti propter.... pravitatem ou parvitatem. »

Guerre de frontières

1845, c'est l'année où Jumièges demande officiellement à annexer Yainville. Et Le Trait a les mêmes ambitions territoriales ! Quant à Yainville, elle louche sur Heurteauville, du moins sa portion allant de la chapelle du Bout-du-Vent à Guerbaville. Le secrétaire de préfecture s'emporte: "Heurteauville est de l'autre côté de la Seine, cela ne se peut pas! Ce hameau devrait faire partie de Guerbaville et Yainville ainsi que le Mesnil devraient être réunis à Jumièges." On en restera là...

28 août. Ce endredi, un cabriolet s'arrête aux portes de l'abbaye. Un anglais, Thomas William Allies, visite la région. Jumièges lui offre un aspect lugubre. "Les ruines sont couvertes d'arbustes et de broussailles, les arches sont sur le point de crouler. Du jardin, on jouit d'une très belle vue sur les bords de la Seine : c'est une charmante solitude. M. Caumont s'est fait à lui-même une habitation fort pittoresque de l'ancienne porte d'entrée et des bâtiments adjacents… Je montai plus de 200 marches pour arriver au sommet de la tour du nord. Malheureusement, il avait plu et le soleil de perçait pas. On domine de là les bords de la Seine à une distance considérable…" 

Sur la route de Rouen, Allies s'arrêta encore à Boscherville.


1846. Cette fois, en 1846, Caumont est élu plus facilement au conseil.  Cette année-là, une petite annonce parut à plusieurs reprises pour la vente d'un petit château et d'une portion de la forêt de Jumièges. Faisanderie, glacières, jardin, vergers etc. 267 hectares, chasse abondante, vues sur Seine, accès facile par terre et par eau. Mise à prix: 175.000 F. On pouvait visiter la propriété par l'entremise de M. Lamy, garde de la forêt de Jumièges. Bicheray était l'un des notaires impliqués.


1847. Le 31 mars 1847, à cinq heures du soir, mon ancêtre Euphronie Charles Thomas Mainberte, 30 ans, journalier, se rendit à la mairie pour y déclarer un enfant naturel dont avait accouché sa nièce, Rose, le matin, à 10h, au domicile d'Angélique Legenvre et Jean-Baptiste Voyer, 56 ans. Les témoins furent Nicolas Valentin Caillou, l'instituteur communal et François Tropinel, le garde-champêtre. Le maire étant absent, ce fut L'Honorey, son adjoint, qui signa l'acte. Charles Thomas n'apposa pas son paraphe. Il ne savait pas écrire. L'enfant fut prénommé Euphrosine Gustave et tout ce monde fut appelé Maimberte, avec un "m". Cet enfant donna une descendance abondante et toujours présente dans la région de Rouen.





 


POUR SUIVRE:  IIe REPUBLIQUE, IIe EMPIRE