Par Laurent Quevilly-Mainberte
La Normandie normande
911 : Par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, le roi franc Charles le Simple cède la province à Rollon, chef de guerre norvégien installé dans la région de Rouen. Le duché de Normandie est né. Durant deux siècles, nous seronts avant tout Normands...
Le retour
Cinquante années se sont écoulées depuis la mise à sac de l'abbaye et l'anéantissement de ses derniers religieux. A la fin du IXe siècle, deux vieux moines flamands, Baudouin et Gondouin, vinrent d'Haspres à Jumièges et commencèrent à relever les ruines. Il est dit parfois qu'ils avaient déjà vécu là au temps de leur noviciat. Parmi les ronces, ils découvrirent un autel qu’ils ombragèrent à l’aide de rameaux. Mais comment restaurer l’église Saint Pierre ! Des Jumiégeois vinrent les aider à édifier une cabane.
Étant
Le domaine reconstitué
930 : Martin, 22e abbé venu de Poitiers, accueilli à Rouen et conduit à Jumièges par le duc en compagnie d'une douzaine de moines. Son arrivée aurait eu lieu le 20 février, jour où l'on dédicaça l'église Saint-Pierre. Le duc Guillaume Longue-Epée aurait alors convoqué tous les possesseurs de biens dans la presqu'île pour les dédommager et doter le nouvel abbé. Le don porte sur Jumièges et des dépendances en prés, vignes, bois, eau pêches des deux côtés de la Seine depuis Bliquetuit jusqu'au Val-des-Essarts, l'Anerie (à Saint-Pierre-de-Varengeville), Yainville, le manoir du Trait-d'Avilette (hameau de Saint-Paul), Duclair et dépendances (église, terre, moulins cours d'eau et pêche jusqu'à Saint-Martin-d-Epinai), le moulin de Caudebec, la seigneurie et terre de Norville, le port de Touit (Vieux-Port), Quilbeuf, Wambourg (Saint-Aubin-sur-Quillebeuf), avec églises, port péages et autres droits, kes terres de Joui et de Gauciel (canton d'Evreux)
943: abbatiat
d'Annon, 23e abbé.
Un an. Cette année-là, la mort du duc Guillaume
Longue-Epée hypothèque la restauration de l'abbaye de
Jumièges.
944: abbatiat de Roderic, 24e abbé.
945, c'est l'année où Raoul Tourte, un chef de bande qui razziait la Normandie, expulse la petite communauté et anéantit leur reconstruction. Les pierres prirent la route de Rouen. On allait abattre l’église Saint Pierre quand un clerc, Clément, soudoya les ouvriers pour sauver les deux tours.Avec la fondation du Duché de Normandie, nous voilà au moyen-âge central...
Eh bien non, ce n'est pas la fin du monde! On redoutait l'an mil mais la vie continue et traverse l'âge féodal...
An mil : mort de l’abbé Gohéry dit encore Roderic, remplacé par Robert Hispaque, religieux de Jumièges. Le 25 e abbé.
1004. Il faudra attendre Raoul de Dijon, en 1004, puis l'abbé Thierry, 1014, 26e abbé, pour voir enfin Jumièges se relever et dès lors rayonner sur le monde occidental. Ainsi se referma une parenthèse d’un siècle et demi.
1024. L'abbé Thierry abandonne définitivement Haspres aux moines de Saint-Waast. La reconstruction de Jumièges avance...
1025. Le duc Richard II donne aux moines de Jumiéges ses droits de pêche, depuis le Pont-de-1'Arche jusqu'au pont de Rouen, et du pont de Rouen au village d'Estaindrat.Village que l'on situe aux environs de Boscherville.
Le
"chèque en bois" de Richard Le Bon1026. En août c’est la mort du duc Richard Le Bon. On raconte que, pendant un de ses voyages de dévotion à l'abbaye de Jumièges, faisant un matin sa prière dans l'église, on lui présente le plat servant à recueillir les oblations ; au lieu du marc d'or ou d'argent qu'il donnait ordinairement, il n'y mit cette fois qu'un petit morceau d'écorce. L'étonnement se répand bientôt parmi les assistants sur la mesquinerie de cette offrande ; mais le duc, avant de sortir, le fit cesser, en déclarant qu'il entendait, par cette bûchette donner à l'abbaye les bois et le manoir de Vimoutiers, afin que les moines fussent plus attentifs à prier Dieu pour lui et sa postérité
1027 : L’abbé se plaint auprès du roi des invasions dans leurs domaines commises par un certain chevalier Hermann. Le souverain ordonne la restitution des biens de l'abbaye.
1036 : mort de l’abbé Thierry, remplacé par le prieur Guillaume, 27e abbé.
1037 : mort de l’abbé Guillaume, remplacé par Robert II, prieur de Saint-Ouen, 28e abbé
1040 : Les fondements de l’église Notre-Dame de Jumièges sont posés par l’abbé Robert, futur archevêque de Canterbury.
1042 : Epidémie très meurtrière.
1045: Godefroy, moine de Jumièges, 29e abbé.
1048 : mort de l’abbé Godefroy, remplacé par Robert III, moine du lieu, 30e abbé.
1055 : Robert, archevêque de Canterbury, meurt à Jumièges.
Moine
de Jumièges, Guillaume de Jumièges, peu avant
1060, rédige les Gesta Normannorum Ducum, les exploits des
Ducs des Normands. En huit livres, il dépeint les
mœurs normandes, les caractères. Le
début est inspiré de Dudon de Saint-Quentin. Le
huitième livre n’est pas de sa main. En 1070
Guillaume le Conquérant fait poursuivre
l’œuvre de Guillaume pour détailler ses
droits au trône d’Angleterre. Par la suite, Orderic
Vital et Robert de Torigni poursuivront la rédaction pour
inclure l’histoire jusqu’à Henri
Beauclerc 1066. C'est l'année où apparût une comète chevelue. L'abbé adressa au duc l'un de ses hommes forts, Guillaume, dit Clarellus, qui va participer à la conquête de l'Angleterre. Guillaume Clarel est le plus ancien Jumiégeois figurant sur une généalogie.
Je suis
l’un de ses descendants. Tout comme Tocqueville...Les rats de
saint Valentin
Vers cette époque, le culte de Valentin est déjà implanté à Jumièges. La légende
veut que,
lors d'un pèlerinage à Rome, un prêtre
se vit confier le chef du martyr aux fins de l'offrir à une
église de son pays. Longtemps, il le garda par-devers lui.
Pris de remords, le remit enfin à l'abbaye de
Jumièges où il prit le froc monacal. Les moines, doutant de l'authenticité de cette relique ne lui accordèrent qu'une place subalterne. Mal leur en prit. Une armée de mulots envahit bientôt la presqu'île, dévorant grains et fruits. Famine. Alors Valentin apparut deux ou trois fois à un pieux cénobite, l'exhortant à porter en procession ses restes ici-bas. A peine avait-on obéi en chantant litanies que les mulots se précipitèrent dans la Seine. Un culte était né. Valentin fut honoré aux côtés de Philbert et Achard.
En fait, le duc allait bientôt consacrer la nouvelle église abbatiale. Impensable sans la présence de reliques. Celles de Philibert et d'Achard étaient, depuis les incursions normandes, en Cambrésis. Celles de Valentin revinrent en odeur de sainteté. Et puis, dit-on, on découvrit dans le sol même de l'abbaye des reliques enfouies à l'arrivée des hommes du Nord. Robert Champart, ancien abbé de Jumièges promu évêque de Londres dota aussi son abbaye de restes saints.
1067 : Bref, le déficit fut réparé et, le 1er juillet 1067, moins d'un an après la bataille d'Hastings, Guillaume Le Conquérant vient consacrer l'église N.-D.-Dame-de-Jumièges après 27 années de travaux. La salle capitulaire est déjà bien avancée. On y enterrera nombre d'abbés. Une belle collection de reliques est bien en vue. Et toute la contrée est là pour acclamer le duc. Je suppose que mon ancêtre Guillaume Clarel est là. On dénombre l’archevêque Maurille, quatre évêques. Guillaume dote Jumièges de l’île d’Heyling, de l’église de Chewton...
| 1078 : mort
de l’abbé Robert à qui
succède Gontard, 31e abbé. Cette même
année, les moines de Saint-Ouen encerclent à main
armée l’archevêque de Rouen alors
qu’il célèbre la messe le jour de la
fête du saint. Après concile sous la
présidence du roi Guillaume, un des séditieux,
Guynemer, est enfermé à
Jumièges… |
Gilbert,
l'homme fort d'Yainville A cette époque vit un certain Gilbert
Lefèvre. Robert 1er lui fait don de plusieurs
pièces de terre contre une rente annuelle de 28 sous. Le
même Gilbert passe accord avec Robert Neveu pour des
héritages sis à Tourville.
|
1080 : violente tempête en la nuit de Noël. En cette fin du XIe siècle, le duché connut l'anarchie et Jumièges fut maintes fois pillée. A nouveau, on pensa qu'elle ne s'en relèverait jamais.
1095 : Sécheresse et épidémies, mort de l’abbé saint Gontard.
Les Jumiégois ont un nouveau seigneur en la personne de Tancard, prieur de Fécamp, 32e abbé.
1098 : le ciel parut flamboyer le 27 septembre. Le jour de Noël eut lieu une éclipse.
On
construit l'église
Les habitants n'ont pour alors
église paroissiale que celle de l'abbaye qu'ils partagent,
le dimanche et fêtes, avec des religieux peu enthousiastes de
voir accourir ici la cohorte des paysans après leur propre
office. Après avoir occupé aux premiers temps la
basilique de Saint-Pierre, ils communiaient à
présent en la nef de la grande église. On y verra
encore les fonts baptismaux. Les habitants avaient
déjà élu Valentin pour protecteur et
lui voulaient un sanctuaire. Ils se disaient prêts
à l'édifier eux-mêmes et d'en supporter
une partie des dépenses. Les moines aidèrent donc
de bonne grâce la population à construire une
église. On la voulut aussi belle que celles de la
région. Sur la route de Yainville, on l'a plaça
sous le vocable de Valentin. Ce fut un 15 novembre. Mais on ignore
toujours quelle fut l'année de sa consécration.
Seul Dumesnil, dans sa Seine Normande, ose les dates de sa construction
: 1101-1127. Ce que l’on sait, c’est que
l’église était alors
surmontée d’un tour-lanterne semblable
à celle de Yainville.
1101 : l’abbé Tancard est chassé de Jumièges, remplacé par Ursus, dit encore Urson, 33e abbé. Ce dernier fit tout pour refuser les suffrages de ses pairs. Lui, le doux, les menaçant d’un régime sévère. Rien n’y fit.
1104 : La foudre tombe en plusieurs endroits.
De nouvelles légendes
Quand se présentèrent de nouvelles calamités, moines et paysans invoquèrent encore Valentin. Ce fut le cas d'une terrible sécheresse. Le chef de Valentin fut porté jusqu'au Mesnil. Au retour, la procession regagna l'abbaye sous une pluie battante. Peu après, le saint rendit la vue au palefrenier de l'abbaye et guérit des ses langueurs le moine Urson qui, en 1093, devint abbé. Alors, cette fois, on disposa le chef de Valentin dans une châsse d'argent.
1112 : violente tempête en la Vigile de Noël. Les Anglais ravagent à leur tour l'abbaye. Ils revinrent en 1117. A Yainville, près de l'entrée du fossé saint Philibert, un champ portait autrefois le nom de cimetière aux Anglais. Mais peut-être date-t-il de la guerre de cent ans.
Condamnés à mort !
1123 : Violent orage en la Vigile de la Saint-Martin avec grosse chute de grêle.
1127. 11 octobre : décès de l’abbé Ursus, remplacé par Guillaume, moine de la maison, âgé de 60 ans, 34e abbé.
1131. Convention entre Guillaume abbé de Jumièges et Guillaume des Authieux concernant le port de Duclair. Guillaume des Authieux permet aux religieux d'établir une chauusée pouvant accueillir deux voitures. Il leur laisse les fossés bordant la voie et sur la rive de la Seine de quoi construire un hangar. En échange les religieux lui donnent 60 sols et s'engagent à lui payer une rente annuelle de 20 sous.
1135. Le 1er
décembre, voire le 2 pour certains auteurs,
mourut notre duc et roi d’Angleterre Henry. Ce que
l’on sait, c’est que souffla la veille de sa mort
une horrible tempête qui dura depuis le coucher du soleil
jusqu’aux six heures du matin. 1136 : violente tempête en la Vigile de l’Epiphanie.
L'abbaye, parmi ses nombreuses dépendances, disposait d'un prieuré à Ouézy, alimenté par les dons de bienfaiteurs. Or voici qu'Herbert de Mery revient sur ses largesses. Conflit. En 1138, l'abbé Guillaume se rend sur place, escorté par ses officiers laïques. Dont Guillaume Clarel, époux de Rose d'Ouézy, mes ancêtres. Quand Guillaume Clérel vint à mourir, Rose et son fils concèdèrent aux moines de Jumièges le tiers de leurs vignobles anglais, le tiers d'un fief qu'ils possédaient à Ouézy et consistant en terres labourables, plants et pâtures, enfin l'abandon d'un droit de passage au travers du bois des moines.
1142 : Tremblement de terre au lendemain de l’Epiphanie. 10 août : mort de l’abbé Guillaume, remplacé six semaines plus tard par Eustache, prieur du monastère, 35e abbé.
1144 : Après des années de querelles entre les descendants de Guillaume, la Normandie passe aux Plantagenêt. Geoffroy se fait couronner par force à Rouen.
1151 : Grande famine. Après une période de rayonnement depuis la dédicace, l'abbatiale connaît encore la pauvreté. La somme de froment se vend cinquante sous contre trente l’année précédente. Pluies torrentielles. Mais durant la seconde moitié de ce siècle, les moines vont capter de nouvelles donations et mettre si bien en valeur l'abbaye qu'elle va accroître ses possessions, entreprendre de nouveaux travaux, contribuer au passage à la rançon de Richard Cœur-de-Lion…
1155 : Pierre Ier, 36e abbé.
1156 : nos aïeux entendent de violents orages. Epizootie sur les troupeaux.
1162 : Roger Ier, 37e abbé.
Les fermes du monastère furent encore dévastées lors des conflits entre Henri II et ses fils, de 1172 à 1174. Là se situe la légende de Roger 1er.
Il mourut
en 1177.
1178. Le 20 mars, après sept mois de vacances, l’assemblée capitulaire élit Robert IV, dit d’Argences.
Robert, comte de Meulan, se précipite à l’abbaye. Ses pêcheurs de Norville et Vatteville s’opposent à ceux des moines, de l’autre côté de l’eau qui manifestement empiètent sur leur territoire. Ils vont en venir aux mains. Alors, le comte propose de faire pêche commune sous la surveillance de deux gardes qui partageront le poisson en parts égales. Ce qui fut affiché dans les deux paroisses.
1183 : le comte de Meulan est décidément généreux envers l’abbaye. Voilà qu’il lui fait don de la chapelle Saint-Philibert du Torp, en forêt de Bretonne, à condition d’y nommer deux religieux qui y prieront pour sa famille. Il pourvoira à leurs besoins. Et si jamais venait à manger au Torp, les mines avaient droit d’écuelle. Autrement dit un met de la table du comte et une ration de vin.
| « L'ancienne chapelle, dont la
construction remonte au commencement du XIIe siècle , existe
encore dans la cour de la ferme; elle n'offre de remarquable que le
portail de la porte d'entrée dont le cintre est garni d'un
triple rang de zigzags, simples clans le premier compartiment ,
croisés en losanges dans le second, et doubles dans le
troisième Cette chapelle sert de grange
à la ferme voisine. »[1] L’abbé va bientôt rentrer dans la solitude, se faire sentir au regret de sa communauté mais aussi des habitants. Sauf un. Un qui, pour avoir copieusement insulté les religieux, fut longtemps emprisonné à l’abbaye. J’aimerais connaître son nom, perdu quelque part dans les archives… 10 juin 1190 : mort de l’abbé Robert, remplacé par le cellérier Roger II, 39e abbé, le 12 juillet. Il avait exercé douze ans ces fonctions. Nommé abbé, il se refusa à sortir du couvent et soit convoquait, soit députait pour traiter les affaires de l’abbaye. |
Le sang de saint Paul
1185 :
Raoul de Varneville,
évêque de Lisieux, vient à
Jumièges par dévotion. Il visite toutes les
églises et chapelles de la péninsule. Celle de
saint Amateur, dont on ignore l’endroit et qui appartenait
peut-être à Maître Jean Justice, celle
encore de sainte Austreberthe. Alors qu’il se recueille en la
chapelle ruinée de Saint-Paul, au mont d’Avilette,
il soulève l’autel… et
découvre les restes de saint Paul, saint Clair et saint
Cliriace. Rentré à l’abbaye, il adjure
l’abbé de redresser la chapelle, de la faire
desservir par deux religieux. Cette chapelle avait aussi pour nom
Saint-Julien du Bout-du-Bosc.
1187 : on la relève effectivement et elle va devenir un lieu de pèlerinage où l’on vénère le sang du saint. Malade, Roger de Pavilly s’y rendra en pèlerinage en compagnie de sa femme, de deux servantes, de deux soldats et de plusieurs vassaux. Roger guéri se déclara le serf de saint Paul ainsi que sa femme et sa servante. |
| Détroussé
par Robin des Bois ! L’abbé
Richard Ier est sans doute celui dont parle
un poète anonyme qui écrivit la vie du Robin des
Bois français : Eustache Le Moine (Boulogne 1170
– Douvres 1217).
Eustache, qui aimait tant détrousser les abbés, tomba un jour sur celui de Jumièges. Combien as-tu sur toi ? Quatre marcs seulement, assure le prélat. Eustache en trouva trente. Il en garda 26 et en rendit 4 à l’abbé. Si l’abbé avait dit vrai, assure le poète, il ne lui aurait rien pris. Il traita ainsi un marchand de Bruges qui ne lui avait avoué le compte exact de sa bourse. |
30 octobre 1191 :
mort de Roger II, enterré avec un grand concours de peuple
et remplacé le 16 décembre par Richard Ier, dit
de la Mare, moine en ce lieu, 40e abbé. En 1197, les guerres entre les rois de France et d'Angleterre provoquèrent une épouvantable famine en Normandie. On se rua sur l'abbaye. La priorité des secours était bien accordée aux habitants de la péninsule. |
Mais tout le monde exigea l'aumône et l'obtint. On nourrissait au monastère. On pouvait en repartir aussi avec du blé. On donnait du pain à celui-ci, de l’argent à celui là. La fin de cette calamité précéda de six mois la mort de l’abbé Richard, le 20 janvier 1198.
1198 Trois semaines plus tard, on lui désigna pour successeur Alexandre, 41e abbé. Prieur, il était l’auteur d’une biographie de l’abbé Roger 1er, un ouvrage introuvable… Il avait aussi enseigné aux jeunes religieux, aux personnes du dehors, bref, fondé en quelque sorte une école réputée. Il fut béni le 15 février 1198.
Richard Cœur-de-Lion fonde le marché de Duclair
Pentecôte
de 1198 : Richard
Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre et duc de Normandie, s'en vint
passer les fêtes à Jumièges avant
d'aller porter le fer contre le souverain français. Il y fut
si bien reçu qu'il ratifia trois mois plus tard droit
de marché à Duclair. Le monastère était prospère. On associait les pauvres de la paroisse aux grandes cérémonies. On leur lavait les pieds sous le cloître, on les servait au réfectoire avant de leur accorder trois deniers. Après quelques offices, l’abbé en personne, le grand chantre et les onze moines les plus anciens lavaient à leur tour les pieds de treize autres pauvres. Repas. Et cette fois douze deniers et une paire de souliers.
Que mange-t-on alors à l’abbaye ? soupe, légumes, hareng. Les quatre derniers jours de la quatrième semaine, cuisinier et pitancier font tout ce qu’ils peuvent pour servir le meilleur poisson. Le jeudi a lieu la seule collation qui consiste… en un verre de vin.
19 septembre 1200 : on enterre à Jumièges le comte Aubry de Dammartin. Son fils Renault, comte de Boulogne, lègue onze livres de revenus sur Lillebonne pour le repos de son âme.



