ET VINT LA GUERRE DE 70 !

C

harles Thomas Euphronie Mainberte à 53 ans et son fils aîné 28 quand, le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse...
Lire notre article sur la guerre de 70 :

11 octobre 1871, mon arrière-grand-père, Pierre-Charles Mainberte, réside à Jumièges, section des Fontaines, où vit encore son père quand il épouse Louise Augustine Levreux, veuve Banabé, cultivatrice, 31 ans, de deux ans et demi son aînée. Les Fontaines, c'est un quartier à la limite de Jumièges et de Yainville, sur le bord de la Seine. Louise Augustine est née à Jumièges le 29 juillet 1840, au hameau du Conihout.

Louise Levreux avait pour grand-père Dominique qui, vers 1810, avait épousé Prudence Duparc. Fils de Dominique Levreux et de Prudence Duparc, Louis Levreux fut un temps régisseur du manoir de Yainville, la maison qu'achèterait plus tard Guitry. Son épouse s'appelait Clarisse Gruley.


Meutre à Sainte-Marguerite
1871. Sur le plan des faits divers, l'année 1871 a été marquée par une affaire à Sainte-Marguerite. Herrand, chiffonnier de 32 ans, doit épouser une fille Lieury. Seulement, la mère de la future est la maîtresse affichée d'un certain Delacroix, un type violent. Si violent que les enfants Lieury rêvent de s'en débarrasser. Herrand accepte de s'en charger. Deux coups de fusil. 20 ans de travaux forcés.

Le 19 juin 1872 mourut Aimé Lepel-Cointet, maire de Jumièges. Rédigé quatre ans plus tôt à Paris, son testament libère un cri d’amour pour l’abbaye : « Je n’ose émettre le vœu que ma propriété de Jumièges que j’ai eu tant de plaisir à restaurer et à embellir puisse rester dans ma famille parce que je sais combien ces sortes de désirs sont illusoires mais je n’en prie pas moins ma chère Esther de faire son possible pour arriver à ce but. Car Jumièges est un trésor pour qui cherche le repos et sait vivre dans le passé. »


A sa mort, Lepel-Cointet laissait aussi une impressionnante collection d’armes : fusils, sabres, épées, sabres, aigles dont plusieurs allèrent au musée de l’Artillerie, aujourd’hui les Invalides. Sa fortune posthume, plus d’un million de francs, alla pour un tiers à son fils Louis Helmuth, un autre à sa fille Marie Isaure. Le dernier se partageant entre les filles de feu Marc Eric, Marie Anne et Marie Madeleine. Le défunt léguait enfin l’usufruit de ses biens à Louise Esther Lettu.
Dès 1872, sa veuve rachètera l'abbaye à l'ensemble de la succession. Elle allait rester dans la famille jusqu'au 12 août 1946, date à laquelle les héritiers la vendraient à l'État.

Les Annales catholiques du 13 juillet 1872 témoignent d'un retour à une antique tradition à Jumièges...

Rouen. — Une imposante cérémonie vient d'avoir lieu à Jumièges. Au onzième siècle, une peste épouvantable sévissait dans tout le pays, et surtout à Bliquetuit. Les deux tiers de la population avaient déjà péri.. Sur la demande des habitants, les moines de Jumiéges étant venus processionnellement avec les reliques de saint Valentin, martyr, tout à coup, les vapeurs malsaines qui faisaient tant de victimes se dissipèrent. Tous les malades furent guéris et purent accompagner la châsse à son retour. Trois jours après, les paroissiens de Bliquetuit vinrent en procession à l'abbaye de Jumiéges témoîgner leur reconnaissance au saint qui, les avait guéris, et firent voeu de renouveler tous les ans cette procession le lundi de la Pentecôte. Les archives de Bliquetuit et celles de l'abbaye de Jumiéges attestent que ce voeu a été fidèlement accompli. 93  mit fin à cette pieuse cérémonie. Le cardinal de Bonne-chose, sur les instances des habitants de Bliquetuit, a rétabli cette procession.

11 août 1872 : L'aviso de l'Etat L'Ampère est reparti hier matin de Rouen, pour aller à Jumiéges où il embarquera ce qui reste du câble électrique immergé en Seine au moment de la guerre. Depuis 1870, l’abbé Cochet cherchait à publier l’histoire manuscrite de l’abbaye de Jumièges appartenant à Lepel-Cointet. Il y renonce en 1873.
Les enfants de Pierre Mainberte, mon arrière-grand-père...

- Henri, mon grand-père, né en 1872. J’en raconterai l'histoire avec celle du village de Claquevent.

- Charles Auguste Mainberte. Né le 2 août 1873, il meurt à 10 jours. Son père a alors 30 ans. Pierre et Louise sont journaliers et résident aux Fontaines, à la limite de Jumièges et de Yainville, sur le bord de la Seine.

- Marie Joséphine Mainberte, née le 14 mai 1875, section des Fontaines, morte en 1943. Elle hérita du caractère de son père et laisse le souvenir d'un tyran familial. Une tendance qu'elle exerçait aux dépens de son époux, Alexandre Callais, né à Lisieux en 1870. Tout son contraire. Vannier à Jumièges puis fermier près du bac, Alexandre était d'un doux caractère. Il avait des frères au hameau de Saint-Paul. Alexandre est mort de la tuberculose en 1914. Marie lui survécut 30 ans. Le couple eut deux enfants dont l'aîné allait se distinguer. Alphonse Callais, 1897-1987, fut en effet maire de Jumièges. On le retrouve sur une vieille carte postale du Mesnil représentant la remise des prix à l'école. Époux de Joséphine Vestu, 1897-1961, Alphonse est mort sans descendance. Il avait 90 ans. Le partage de ses biens fut compliqué pour ses héritiers. J'ai assisté à la mise aux enchères de ses actifs. Maître Devaux procéda à une vente à la bougie dans la salle polyvalente de Yainville. Alphonse avait eu un frère à la vie bien plus brève, Onésime, 1905-1928, peintre en bâtiment. Mais il laissa tout de même trois enfants. Raymond, décédé en 1981, père lui aussi de trois enfants, Gisèle, mère d'une fille et Huguette, mère de trois enfants, retirée à Sotteville. Lointains cousins…

- Marguerite Mainberte, née le 29 juillet 1881 à Yainville. Le 24 février 1900, elle épouse Henri Bruneau et tient le café près de l'église dont une carte postale fut éditée en 1900. Henri travaillait quant à lui chez Mustad. Il a rencontré la mort sur le front de la Meuse et son corps n'a jamais été retrouvé. Après la vente du café et la disparition de son époux, Marguerite Mainberte vécut plus tard chez sa fille Yolande. 
Ses trois autres enfants: 
Henri, né en 1899, habitant un temps rue Saint-Hilaire à Rouen, 
Roger, né en 1903, Camélia, 1910-1974, née dans le café de l'église, épouse Louis Dubois, dont trois enfants nés à Yainville: X, Gilles, et Jacques, (1933-1955). 
Marguerite Mainberte est morte le 21 janvier 1969 en son domicile de la rue de l'Essart, à Yainville et Louis Dubois, son gendre, en fit la déclaration. Enfant, je me suis souvent approché de la maison de Marguerite Mainberte. Je la savais de ma famille maternelle et, orphelin de mère, je brûlais d'envie de rencontrer cette grand-tante. Je revois confusément sa porte d'entrée. Peut-être ai-je un jour osé tirer sa sonnette...
 30 mars 1873. Lancement aux chantiers de M.M. J.-B. LEMIRE et Fils, du bac à vapeur destiné au service entre Duclair et Berville.

Mai 1873 : inauguration du bac de Duclair.


Le braconnier était violent
12 janvier 1874, La Presse: «Les journaux de Rouen racontent qu'une lutte acharnée a eu lieu, mardi dernier, entre un garde et un braconnier à l'affut dans le bois du chemin de Duclair à Ambourville.

Le nommé Auguste Poulain, garde particulier de Mme de Longhuit, à Ambourville, avait entendu dans la nuit de lundi à mardi, les coups de fusil d'un braconnier, qui devait certainement chasser à l'affut, au bois que nous venons d'indiquer. Il était trois heures du matin, Poulain prit son fusil chargé à balles, et un revolver, et se rendit sur le théâtre du délit. 
Là, il se trouva en présence, d'un homme de robuste tournure, qui le mit en joue et le menaça de faire feu s'il avançait. Mais Poulain est un ancien militaire; il a fait les campagnes de Crimée et d'Italie. Les menaces ne l'effrayèrent point; sans crier gare, il se jeta sur le braconnier pour le désarmer. Une lutte s'engage. Dans les efforts des deux combattants, le revolver de Poulain part et blesse à la cuisse le braconnier. Celui-ci, furieux, finit par arracher le fusil des mains du garde et, le prenant par le canon, lui assène sur la tête un coup de crosse qui lui fait une blessure assez grave. En même temps, et heureusement, l'un des deux coups part en l'air sans toucher personne.
Affaibli d'abord par la douleur, Poulain revient à la charge, attrape le braconnier par la cravate et le réduit à l'inaction pendant un moment. Malheureusement, la cravate finit par céder, et le délinquant peut prendre la fuite sans que Poulain ait eu le temps de constater son signalement. Le lendemain, Poulain alla faire sa déclaration à la gendarmerie. Un individu a été arrêté, et tout fait supposer que c'est bien le coupable.»


Un banquet œcuménique
26 avril 1874, La Presse: «Mgr le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, accomplissant sa tournée pastorale, se trouvait lundi dernier àDuclair en même temps que M. Lizot préfet de la Seine-Inférieure, en tournée de révision.
Les maires du canton et les membres du conseil municipal de Duclair ont eu l'idée d'organiser à cette occasion un banquet auquel ont été invitéestoutes les autorités présentes. En réponse à un discours de M. Darcel, doyen des maires du canton, Monseigneur a prononcé une courte allocution dont nous extrayons le passage suivant : «Ah! si tous les Français consentaient à abjurer.leurs ressentiments et les passions qui les divisent, s'ils entraient d'un commun accord dans ce concert de volontés que demande le vrai patriotisme, quels jours prospères se lèveraient encore sur la France, qu'elle retrouverait promptement sa puissance et sa splendeur!  C'est donc pour obtenir ce grand résultat que nous travaillerons, mes collaborateurs et moi de toute nôtre âme, et nous le demanderons tous les jours à ce Dieu, qui seul peut unir sincèrement les cœurs en faisant respecter tous les droits, parce qu'il est à la fois le Dieu de justice et de charité.»


Mai 1874. Mort à 74 ans, à Duclair, de M. Georges, Adophe Hue. Projets à son actif : Paris Port de Mer, assainissement du quartier Martainville, la distribution de l'eau à Rouen.

Morsure mortelle
14 janvier 1875Le Journal des débats : "Vers la fin du mois de novembre dernier, un jeune homme de vingt-trois ans, nommé Abraham Levasseur, demeurant avec ses parents, cultivateur, à Boscherville  fut mordu à la main gauche par un chien errant qui, sans provocation, s'était jeté sur lui. Il se fit, par mesura de prudence, cautériser par un médecin de la localité, dans la crainte que cet animal ne fût atteint d'hydrophobie mais, malgré cette précaution, il a succombé dans d'atroces souffrances le 4 de ce mois.

Juillet 1875, Violent orage.  A Saint-Martin-de-Boscherville, vers, huit heures, il a mis le feu à un grand bâtiment dépendant de la ferme occupée par M. Platel. En un instant, les flammes ont envahi un grenier rempli de foin, et, malgré les efforts des pompiers accourus en toute hâte, le bâtiment a été entièrement détruit.

Un crime mystérieux
16 février 1876. On lit dans Le Nouvelliste de Rouen :

« Un crime sur lequel plane encore un certain mystère a été commis il y a deux jours à Jumiéges. Un propriétaire de cette commune, Pierre-Vital Ouin, a tué sa femme a coups de revolver. Il s'est fait justice quelques minutes plus tard en se déchargeant son arme dans la bouche. Il avait tout d'abord essayé de se tuer en se tirant un coup de revolver dans le cœur, mais la balle avait dévié et s'était aplatie sur une côte.
Lorsque les voisins sont entrés, Ouin et sa femme ne donnaient plus signe de vie. Cette dernière avait reçu quatre balles dans la tête et dans le cœur, et sa mort avait dû être instantanée. L'émotion est très grande dans le pays, où l'on ignore jusqu'à présent la cause de ce crime. » 

1877. Création de l'association syndicale du trou Herpin. Elle contribuera à l'endiguement de la Seine.

Né au Mesnil, brillant élève du collège de Dieppe, Placide Duparc est admis à l'école navale de Brest.
 
En 1878, l'asile de Jumièges, grâce à la charité publique, accueillit 80 enfants. Ce qui lui vaut d'être cité en exemple par le conseil général. Un bureau de poste sera créé à Jumièges.


La pêche au chevreuil
20 février 1878 : Sous ce titre: " La pêche au chevreuil ", le Journal de Rouen rend compte d'une affaire qui s'est présentée devant le tribunal correctionnel à l'audience du 19 mars. Généralement, les chevreuils se chassent et ne se pêchent pas! Voilà cependant ce qui s'est passé en Seine...
Ce jour-tà, une chasse au lapin avait été organisée dans le bois de Jumièges et quatre chiens courants venaient, à cet égard, de remplir leur devoir d'une façon remarquable. lorsque, vers trois heures, un vieux basset, malin comme tous tes bassets, et lassé de la petite bête, avise une superbe piste de chevreuil. Immédiatement accourent ses trois camarades.
En dépit des efforts du garde et des invités, les quatre bassets mènent leur chasse en conscience, si bien que le chevreuil impatienté arrive au bord de la Seine et se jette a l'eau.
Ce que voyant, Claude et Bernard deux pêcheurs d'Yville, qui passent avec teur bateau, font force de rames, rejoignent le chevreuil et tentent de s'en emparer. La bête se débat et s'échappe; ils la rejoingnent (toujours  dans l'eau) enfin, ils réussissent à tui passer une ligne autour du cou. Claude se met aux avirons et, par derrière, Bernard conduit le chevreuil à la nage.
Au bout de cinq minutes, on débarque sur la rive gauche, et nos pécheurs emmènent leur poisson. pardon! leur chevreuil jusqu'au bourg voisin.
Malheureusement pour eux, ils avaient été vus.. Le lendemain, ils affirmaient que le chevreuil avait cassé sa corde et s'était enfui. Ils juraient également qu'ils avaient cru pouvoir pêcher le chevreuil sans commettre de délit de chasse. Mais procès-verbal fut dressé, et ils viennent d'être condamnée chacun à 50 fr. d'amende pour avoir chassé en temps prohibé (l'un d'eux avait un permis). Claude et Bernard se sont bien promis de ne plus chasser que des aloses.


Sorcellerie à Duclair
1879: première pierre du presbytère de Jumièges. Le chantier dure un an.
La même année se déroule une curieuse affaire à Duclair. Sur le berceau de deux enfants gardés par une bonne de 14 ans, l'eau tombe en pluie. Une manifestation du diable, décrètent aussitôt les visiteurs de la maison. Il faudra quelques questions  pressantes pour faire avouer la supercherie à la gamine.


Octobre. M. Grandchamp vient d'être cruellement frappé dans ses affections ; Mme Grandehamp s succombé, dans sa propriété de Jumièges, samedi soir, A un mal subit que rien n'avait fait prévoir.Cette perte plonge M. Grandehamp et tous les siens dans la plus vive douleur. Mme Grandehamp était entourée des sympathies les mieux méritées ; sa charité éclairée secourait de nombreuses infortunes. Sa mort excitera lea regrets les plus sincères.

1880: René-Alexandre Jeanne, un ouvrier agricole de Jumièges, s'adresse à l'Assemblée nationale. "Le sieur Jeanne réclame l'intervention de la Chambre pour que sa mère, la dame veuve André-Edouard Jeanne (née Victoire Clémence Duparc), aujourd'hui remariée (avec Denis Paschal Glatigny), soit mise en demeure de lui rendre son compte de tutelle. A ce même effet, le pétitionnaire s'est adressé une première fois à M. le procureur de la République, plus tard à M. le procureur général de Rouen, pour obtenir l'assistance judiciaire. Ces demandes ont été rejetées. Il n'appartient pas à la Chambre des députés de s'immiscer dans un débat purement judiciaire. Au reste, les éléments d'appréciation font défaut quant au fond."

Délibération du conseil général de l'Eure

Passage du Landin. — Le conseil municipal de Jumiéges a, par délibération du 8 août 1880, demandé la création d'un passage de piétons au hameau de Deconihout-de-Jumiéges, en face du Landin (Eure).

Nous avons préparé et adressé à M. le préfet de la Seine-Inférieure, le 28 octobre 1880, un projet de cahier des charges pour ce nouveau passage qui appartiendra, non au département, mais à l'État, comme faisant suite à de simples chemins vicinaux.

Le dossier de cette affaire a dû être communiqué au conseil municipal de Jumiéges ; il ne nous est pas revenu. Il devra être communiqué ensuite à celui du Landin.

5 février 1881 : à Jumièges, Frédéric-Hubert Famery, soldat au 130e RI, se rend maître d'un cheval emballé attelé à une voiture.

Mai 1881 : le bac à vapeur de Duclair s'arrêtera du 11 au 21 courant pour réparations

Le 23 mai 1881, les conseillers municipaux de Jumièges s’insurgent contrele  projet de scinder le département en deux La Seine-Inférieure aurait Rouen pour chef-lieu, la Seine-Martitime avec Le Havre pour préfecture.

« Le Conseil municipal, considérant que la création d’un département de la Seine-Maritime, qui aurait pour chef-lieu Le Havre, porterait atteinte  aux  légitimes  intérêts  de  la  Seine-Inférieure,  proteste  à  l’unanimité  contre  le  projet  de  mutation  de  notre  beau  Département, et  décide  qu’expédition  de  la  présente  délibération  sera  adressée  au comité chargé de centraliser les protestations».
Suivent   les   signatures   de   MM.   Jérémie   Philippe,  Louis Vauquelin,  Gruley,  Auguste  Cabut,  Délogé,  Desjardins,  Boutard, Grandchamp, Chrétien, Renault, Lafosse et Ernest Cabut.


1er août 1881. Achille Poulain, dit Grandchamp, républicain, bat le réactionnaire Charles Darcel aux cantonales ! Il est négociant, armateur, oncle d’un certain… Maurice Leblanc. La même année, Jérémie Philippe succède à Eugène Chrétien à la mairie de Jumièges.

Le passeur boit, les enfants rament...
Le 10 août 1881, le conseil municipal de Jumièges adopte une délibération et demande au préfet d'ouvrir une enquête. Le maire porte plainte en effet contre Richer, le passeur d'eau. on lui reporche "de faire passer quelques fois les voyageurs par des enfants, d'être impoli et grossier à l'égard du public, d'avoir coulé son bateau et laisser à désirer sous le rapport de la sobriété."


18 juin 1882. Dimanche prochain, notre charmante commune de Jumièges célèbrera sa fête patronale dite de Saint-Pierre. Cette fête que notre municipalité sefforce chaque année de rendre de plus en plus divertissante se tiendra comme par le passé sur la place de la Mairie, près des belles et célèbres ruines de notre antique abbaye. Les réjouissances variées qu'elle offrira à nos visiteurs se termineront par un brillant feu d'artifice.
Le Journal de Rouen

24 juin 1882. On lit avec stupéfaction dans le Gaulois  :
ROUEN, 23 juin. Un cas de mort exceptionnel a été constaté à Duclair. On a trouvé noyée dans un seau de lait une femme Carlo, de ce village. On présume que cette personne, qui s'était livrée à la boisson, était en état d'ivresse, et qu'en tirant sa vache elle est tombée la tête dans le seau plein de lait.

Février 1883. Près de Duclair, une collision entre le steamer anglais Lydie et le remorqueur Ecureuil de la compagnie Bertin est si violente que le remorqueur en question est jeté à la berge. Pas de victimes.
 
11 août 1883. L’Association française pour l’avancement des sciences mène une excursion par train spécial de Barentin à Caudebec. Arrêt à la gare de Yainville pour une visite des ruines qui laisse une très mauvaises impression à nos illustres savants :


« D'Yainville on se dirige à Jumièges ; deux omnibus ont été retenus pour les personnes qu'effraye un trajet de 1500 mètres; le trajet n'est pas long, il est vrai, mais le soleil darde ses plus chauds rayons et, sans aucun doute, s'il y avait eu plus de places dans les véhicules, peu d'excursionnistes eussent fait le trajet à pied. Bientôt cependant on arrive à Jumièges. La visite des ruines de l'abbaye était le motif de cette partie de l'excursion, et le comité local avait demandé l'autorisation de pénétrer dans le parc où elles se trouvent à la propriétaire, Mme Lepel-Cointet, qui l'avait accordée. Comment se fait-il que l'on parut étonné de notre arrivée? Mme Lepel- Cointet, absente, n'avait-elle pas donné des indications suffisantes? Il semble que, en fût-il ainsi, une réunion de savants distingués, dont quelques-uns même sont illustres, eûtdû recevoir  un excellent accueil: nous de tous avouer que l'on nous laissa entrer presque à contre-cœur et sans trop d'égards. »

Le garde champêtre meurtrier
9 décembre 1882, dans la nuit, Morel, le garde-champêtre de Saint-Paër, assassine à coups de couteau Stanislas Leroux avec lequel il s'était enivré, L'assassin s'est ensuite constitué prisonnier.

28 décembre 1883. Voilà 25 jours qu'Hélène Coquin, 16 ans, domestique chez Lapierre, à Villers-Ecalles, a disparu. On retrouve son corps dans la mare de la ferme. Enceinte, elle avait été chassée par son patron. Mais qui était le père de l'enfant attendu...

18 mai 1884, Grandchamp ajoute un nouveau mandat à son palmarès. Le voilà maire de Jumièges.

27 avril 1885. Le curé de Jumièges, l’abbé Baray, déterre deux anciens bénitiers de l’abbaye et s’empresse de les disposer dans l’église paroissiale. Ce sont deux grandes cuves en pierre fort anciennes.
 
13 juillet 1885. Vers 5h30 du matin, parti de Lisieux, un ballon passe au dessus de Jumièges avec à son bord un certain James Bloch.


Mai 1866. L'abbé Baudry, curé de Duclair, est nommé à la cure d'Yvetot, en remplacement de M. l'abbé Bobée, décédé. M. l'abbé Bennetot, desservant du Houlme, est nommé à la cure de Duclair, en remplacement de M. l'abbé Baudry.

1er août 1886 :
Charles Darcel reprend le siège de conseiller général à Grandchamp. Cette année-là, le Dr Adolphe Cavoret est élu maire de Duclair.

1887: c'est Mme Prunier qui est agent des Postes à Jumièges

1889: Magny, 24 décembre.— Un cantonnier qui travaillait sur la route de Magny à Aincourt a trouvé avant-hier, dans une meule de paille, le corps d'un homme qui a été reconnu pour celui du nommé Quesnay, journalier, âgé de cinquante-cinq ans, originaire de Jumièges (Seine-Inférieure). D'un examen médical il résulte que cet homme est mort d'une congestion pulmonaire.

1890 : Grandchamp est resté maire jusqu’à sa mort, le 25 juin 1890, date où un personnage haut en couleurs prend la relève : Sever Boutard à qui l’on doit de précieux mémoires.
En 1890 disparut à Bourg-Achard M. Buquet, doyen des vétérinaires normands. Les obsèques furent célébrées dans sa ville en présence de foule de personnalités. Il fut inhumé à Jumièges dans le caveau familial.

25 septembre. On vient de retrouver un curieux document : c'est l'acte de profession de l'abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut, qui, après avoir été soldat, entra dans l'ordre des Bénédictins de la congrégation de Jumièges. Cet acte, écrit tout entier de la main du célèbre écrivain, se trouve dans un livre intitulé : Professiones novitiorum, provenant de l'abbaye de Jumièges. Rappelons à ce propos que, d'après une tradition, l'abbé Prévost aurait habité à Croisset près de Rouen, la maison qu'occupa pendant ongtemps Gustave Flaubert et qui depuis a été transformée en distillerie. (Le Petit Journal)

L'hiver 1890-1891 fut terrible. Le facteur Clément, du bureau de poste de Jumièges fit montre d'un tel courage que le conseil municipal salua dans une délibération du 30 août son
"dévouement extraordinaire, soit en traversant la Seine lorsqu'elle était couverte de glaçons pour accomplir son service à Heurteauville, soit en allant par chemin de fer et par voiture pour arriver à 5h du matin à La Mailleraye pour y prendre son service."

Le paysage a bien changé !
« Huit kilomètres environ séparant Duclair de Jumièges, il était facile de faire le trajet soit à pied, soit en voiture. La route suivie par les voitures était charmante : de tous côtés des champs magnifiques, des collines boisées, un paysage s'arrangeant à merveille. Maintenant tout est changé : le chemin, jadis si joli, côtoie la voie ferrée et l'interminable suite des poteaux télégraphiques. Le progrès a passé par là, la poésie s'en est allée. Le voyageur qui préférait aller à pied pouvait abréger un peu sa route en prenant le chemin de la forêt. S'il avait la bonne fortune de pouvoir se faire accompagner d'un ancien du pays, il était largement dédommagé de sa peine par la beauté du chemin à parcourir et par la saveur des légendes qui lui étaient racontées.

« C'est par un petit chemin tout pierreux et tout défoncé par le charriage des bois qu'on entre dans la forêt de Jumièges. A mesure qu'on avance tout devient mystérieux : l'imagination aidant, il semble que tout ce qui vous entoure prend un aspect particulier. Le souvenir des moines s'empare de plus en plus de votre esprit. Tout ce que vous savez de l'histoire de l'antique abbaye vous revient à la mémoire et vous êtes tout préparé à comprendre le caractère des ruines que bientôt découvrent vos yeux éblouis… » 


Notes d'art et d'archéologie. Société de Saint-Jean, Paris, 1891

Projet de pont à Jumièges !
21 août 1891. L'administration des ponts-et-chaussées vient de déposer son rapport sur le chemin de fer du Havre à Pont-Audemer.
Le rapport conclut à l'adoption du projet Berlier c'est-à-dire au tracé par Tancarville, avec passage sous-fluvial, au moyen d'un tunnel métallique. La Compagnie de l'Ouest proposait d'établir un pont à Jumièges, ce qui allongeait considérablement le trajet, tandis que la ligne est précisément destinée à raccourcir les distances entre le Havre et le centre et l'ouest de la France.  (Journal des Débats)


13 septembre 1891. Il y a quelques jours, à Duclair, deux  individus sortaient du cabaret quand à la suite de quelques mots vifs, l'un des deux tira son revolver et tua l'autre. A dix kilomètres de là, à Saint-Pierre-de-Varengeville, un garçon de 18 ans. s'est jeté sur un jeune nommé H., de Boisguillaume... Décidément, écrit La Croix, l'Eglige où on enseigne « Homicide point ne sera » est meilleure que le cabaret.

17 janvier 1892. Jeudi soir à Quevillon, la femme Léger, 85 ans, s'était endormie près de la cheminée quand la flamme gagne ses vêtements. Effrayée, elle voulut fuir, mais elle tomba avant de pouvoir sortir. Les voisins ont retrouvé près de la maison, son corps carbonisé.

13 juillet 1892. Cérémonie à l'église de la Madeleine de Rouen. Noces d'or de M. Barbet, fils de l'ancien maire avec Mme née Fontenillat et de M. Ch. Darcel, conseiller général de Duclair avec Mme, née Barbet.

14 juillet 1892. Les fêtes de Port-Jumièges revêtent un éclat particulier. Outre les jeux ordinaires et les courses nautiques, une course pédestre de 8km est organisée.


31 juillet 1892 : Charles Darcel est encore battu. Cette fois par « une grosse légume » comme on dit ici : Maurice Lebon. Cet avocat est l’ancien maire de Rouen et il est aussi député. On le retrouve alors au cabinet de Casimir Périer comme sous-secrétaire d’Etat aux Colonies. Il en démissionnera en 1894.

A Jumièges, Boutard va présider le centenaire de la République en organisant une fête conséquente.
Le 22 septembre 1892, l’affiche est copieuse : salves d’artillerie, sonnerie de cloches, revue de la compagnie des sapeurs pompiers, promenade militaire, banquet public, bal gratuit sur la place…

Octobre 1892. Un garçon de 17 ans est arrêté par les gendarmes en flagrant-délit de vol chez M. Lebourgeois le bien nommé.

Novembre 1892. Dans la nuit du 24 au 25 novembre, les tronc de l'église de Duclair sont fracturés. La même nuit, la porte de la chapelle de Jumièges est enfoncée. Ce même moi, à Heurteauville, Henri Burgot, 12 ans, est surpris à voler du bois sur le tas de bourrées du sieur Picot. A l'abbaye, des pierres s'effondrent. A Heuteauville, le veuve Delahaye possédait une superbe dinde qu'elle était fière de faire admirer par ses amis. Jusqu'au jour où, ouvrant la porte du poulailler, elle constata qu'elle avait disparu. Elle fit mettre une serrure. Le même mois, quatre lapins du sieur Pigache et quatre poules de la veuve Marais ont disparu à Boscherville. Heurteauville toujours, Aimée Désirée P. 38 ans, est condamnée pour vols d'objets au préjudice des époux Vautier. 2 mois de prison.

Décembre 92 : protestation de plusieurs Jumiégeois. Ils sont abonnés à un journal paraissant le samedi. La Poste ne le leur délivre que le lundi. A Saint-Paër, on retrouve le cadavre de Eugène Panchot, 80 ans, raccomodeur de vaisselle. Bagarre à Heurteauville entre bûcherons. Ils s'étaient enivrés au café d'Hauville quand, reprenant leur travail, François Adam, dit Cabol et Arthur Longuet se prennent de querelle. Longuet reçoit un coup de couteau. Henri Leconte accourt et enfonce son coutelas dans la joue d'Adam.

Pour 1892 on aura compté dans le canton 318 naissances, 115 mariages et 370 décès.

19 janvier 1893. A Heuteauville, le sieur Goddeville, ne voyant plus sa voisine, la veuve Lhonorey, la découvre nue, étendue au pied de son lit. Morte. Elle avait 78 ans. Son époux avait été une figure de la politique locale.

Février 1893 M. Chéron, propriétaire à Duclair, au hameau des Graviers, élevait depuis 3 ans, un jeune cerf qui était devenu très familier. Chaque soir il l'enfermait dans une étable situé à 200 mètres environ de la maison. Dimanche matin, lorsque M. Chèron est venu ouvrir la porte de l'étable, le jeune cerf n'y était plus. D'après les indicés recueillis, deux individus ont pénétré dans l'enclos, pendant la nuit, ont fracturé la porte et en-traîné le cerf après l'avoir ligot ; ils ont fait la curée dans la rue qui longe la masure. La gendarmerie procède à une enquête.

27 février 1893, on trouve le cadavre d'un bébé sur la rive d'Ambourville, une corde autour du cou. Les mauvaises langues accusent une femme. Elle est entendue. Et blanchie.

Mars 1893, le Travailleur normand. Drame de la misère. Samedi dernier arrivait dans le bourg de Jumièges un individu ne pouvant à peine se soutenir. A quelques questions que lui posèrent plusieurs personnes, il ne peut absolument rien répondre.
Une personne charitable le voyant si faible l'a fait entrer chez elle et lui a donné à manger.
Lorsqu'il fut un peu réconforté, voici l'explication qu'il a donnée :
— Je suis un ouvrier, j'habite à Rouen. Il y a huit jours, ma femme a donné le jour à deux enfants. N'ayant pas d'argent, j'ai demandé secours à un membre de ma famille qui m'a donné rendez-vous à Caudebec-en-Caux en me disant qu'il me remettrait de l'argent. J'ai fait le trajet depuis Rouen à pied et me suis suis trompé de chemin, c'est pourquoi je me trouve actuellement à Jumièges. Je n'ai pas mangé depuis 36 heures.
Quelques personnes de Jumièges lui ont donné un peu d'argent, ce qui lui a permis de prendre le train et de regagner son domicile;
L'individu soi-disant mourrant de faim qui était arrivé dans cette commune ainsi que nous l'avons dit dernièrement n'était qu'un escroc qui jouait la comédie. Il a été arrêté la semaine dernière par la police.


Mars 93 toujours, à Duclair, on retrouve Mme Baville pendue à une poutre de son grenier.

Octobre 93. Alfred Frémont, cultivateur à Saint-Paër, est victime de vols de volailles, harnais et mobilier.

Décembre 93. Esprit Burel est condamné à deux mois de prison pour coups sur le sieur Cousin.

Janvier 1894, le boulanger de Saint-Paër, Auguste Levaudier, fut condamné pour défaut de pesage de son pain.

11 avril 1894. On apprend l'arrestation à Guerbaville pour mendicité d'un mulâtre, Marius Francourt, né à Port-de-France. Il venait de Brest où il faisait l'homme sauvage au théâtre des Poses indiennes...

Mars 1894, un bûcheron de Duclair passe en correctionnelle à Rouen. Il a volé une hache à un certain Thierry. Une hache ensorcelée explique-t-il car s'il a résisté trois fois à la tentation de la prendre, la quatrième a été au dessus de ses forces. Il l'a repassée et pris de remors l'a fait rapporter par sa femme. Seulement, Thierry la croisée et s'est emparé de son bien avant de porter plainte.

18  mars 1894, 18h15 :  un cheval fou traverse tous les quais de Duclair en direction de Rouen. Le cabriolet appartient à M. Cauvin, de Canteleu. A bord : une gamine de 8 ans qui hurle de frayeur. Le Maréchal des Logis Duprel se précipite au col du cheval. Il est traîné sur 15 mètres. Mais parvient à maîtriser l'animal.


Un crime à Sainte-Marguerite
11 avril 1894. Un drame vient de se passer au hameau, des Caillettes, canton de Duclair. Le nommé Paul Milon, âgé de trente-huit ans, cultivateur et marchand de chevaux, ayant injurié
et menacé son domestique, Duperron, celui-ci pris de fureur s'écria « Il y a assez longtemps que tu règles les autres, je vais te régler à ton tour !» Et, s'armant d'un manche de fourche qui se trouvait à sa portée, il en frappa son patron sur les épaules et sur la tête.
Milon s'affaissa, le crâne ouvert, au milieu, d'une mare de sang. Il expira quelques heures après. Duperron, mis en état d'arrestation, a été confronté avec le cadavre de sa victime. Pleurant comme un enfant, il a déclaré qu'il avait été exaspéré par les propos de son patron et qu'il l'avait frappé sans intention de lui donner la mort.


Un fléau s'abat sur Jumièges !

En 1894, une chenille jusque là pratiquement inoffensive commet des ravages inattendus chez les arboriculteurs. Une crise économique va frapper la presqu’île. Comme aux temps de la Révolution. C’est Henri Alais, l’instituteur du Mesnil, qui va alerter Fouché, le président du comice agricole, Noël et Houzeau, deux scientifiques. 

Fouché et Noël, commis par le préfet, viennent mesurer les dégâts : « Non seulement les feuilles, les bourgeons et les fleurs des pommiers sont dévorés. Mais encore une grande partie de la jeune écorce. On croirait voir des arbres ayant subi les atteintes d'un immense incendie ; certaines espèces, notamment la reinette de Caux et les pommiers de pigeon, ont un aspect noirâtre qui désole et leurs propriétaires se demandent s'il ne serait pas préférable de les abattre et de les brûler, tellement ils désespèrent de les voir revenir à la vigueur.

Les chemins sont noirs des excréments des chenilles, qui sont si nombreuses sur les arbres qu'un grand nombre d'entre elles n'y trouvant plus de nourriture meurent de faim et attaquent les végétaux des environs, les ormes, les cerisiers, les aubépines, les tilleuls en sont couverts…

C'est à la tombée du jour surtout que les chenilles de la cheimatobie commencent à manger, et l'on entend alors sous les arbres un bruit rappelant une averse de grêle, causé par la chute des excréments qui forment sur le sol une couche noire. »

100 hectares de pommeraies à Jumièges, 50 au Mesnil, 25 à Heurteauville ont été ravagés. Mais le mal touche aussi les riches prunelaies de Jumièges et de Mesnil-sous-Jumièges « dont la récolte est la principale industrie des habitants qui en font un commerce considérable avec Paris, Rouen, Le Havre et l'Angleterre ».

« Le fléau, qui au début de son apparition atteignait à peine 10 hectares s’est étendu depuis cinq ans sur une surface de 50 hectares et menace aujourd’hui d’en envahir près de 1.000. Cette rapide propagation s'explique aisément par le rapprochement excessif des plantations de pruniers, dans lesquelles les branches des arbres se rejoignent ce qui permet aux cheimatobies de circuler d’un arbre sur l’autre et de favoriser ainsi la contagion.

« Les pertes éprouvées par les habitants de Jumièges et de Mesnil-sous-Jumièges, victimes des ravages causés à leurs pruniers par la cheimatobi,  sont évaluées (depuis 5 ans) à plus de 300.000 francs, et ces cultivateurs sont à la veille d'une ruine complète si des dispositions ne sont pas prises… Beaucoup de petits fermiers ont dû renoncer à la culture des prunes. Ceux qui possédaient quelques économies languissent en attendant une fin prochaine. » Un remède contre ce fléau ? Le goudron de Norvège, sur une bande de papier, à 1,50m du sol. Manifestement, le remède finira, oserons-nous dire, par porter ses fruits… Les premiers à s’y essayer auront été Célestin Lamy au Mesnil, Eléonore Lambert et Louis Lamy à Jumièges. On cite aussi Bescherelle à Berville. Mais la réussite la plus spectaculaire, c’est une femme, Mme Gosse, de Jumièges, qui l’obtient sur son hectare de verger. Dès 1890, au début de l’épidémie, elle a utilisé la méthode. Elle récolte ainsi 400 paniers de prunes en 1893, et 1000 en 1894 quand les plantations de ses voisins sont dévastées. Pour elle, c’est une pleine année.

7 mars 1894. Le feu ravage la grange de M. Chéron, propriétaire à Duclair. Au Mesnil, on repêche le cadavre de His, garçon boulanger, disparu depuis un mois et qui laisse une veuve et deux enfants.

28 mars 1894. On annonce la mort de M. Ragot, instituteur honoraire de Duclair.

Epinay-sur-Duclair sinistré !

26 juillet 1894. Un très violent orage a éclaté, lundi dernier vers trois heures-et demie de l'après-midi, sur la commune d'Epinay-sur-Duclair (Seine-Inférieure). Pendant près de cinq' minutes une tempête de grêlons est tombée et a tout détruit. Il ne reste absolument rien sur les terrestout a été complètement haché: blés, avoines, orges, pommes, etc. Les pertes se chiffrent par plusieurs centaines de mille francs. La désolation estgénérale; c'est la. misère et une ruine complète, sinon pour tous, du moins pour un grand nombre de petits cultivateurs qui sont aujourd'hui sans aucunes ressources; aussi compte-t-on sur des secours immédiats de la part du département et de l'Etat.

Le 14 août 1894 meurt Louise Esther Lettu, veuve Lepel-Cointet. Elle a 84 ans et résidait une grande partie de l’année à Jumièges. Ses deux fils et sa fille ne sont déjà plus de ce monde. Déjà en possession du logis abbatial, sa belle-fille, Mathilde Adélaïde, veuve de Marc-Eric Lepel-Cointet, rachète l’abbaye. Elle y reçoit son monde. Ainsi, Jean de Tinan, jeune écrivain qui compte pour arrière-grand-mère une Lepel.

Le 30 septembre eut lieu à l'île Lacroix, au château Baubet, un concert de charité pour les sinistrés de Sainte-Marguerite.

La Seine est gelée

DUCLAIR : Vendredi dernier, des jeunes gens de cette commune ne se sont pas contentés de traverser la Seine à pied sec, en courant sur la glace.
Ils ont eu l’idée d’allumer un feu d’une trentaine de bourrées arrosées de pétrole juste au milieu de la nappe glacée à la grande admiration de toute la population, accourue en foule pour assister à ce rare et nouveau spectacle. Bon nombre de personnes cependant ne se faisaient pas faute de taxer d’inutile et d’imprudent le jeu auquel se livraient ces jeunes gens, en poussant des acclamations de toute sorte. Elles craignaient non sans raison peut-être qu’un accident se produisit. Il n’en a rien été. La glace, épaisse de plusieurs pieds n’a pas fléchi sous l’action de la flamme activée par la bise qui soufflait ».

Journal de Duclair du mardi 12 février 1895

Louise Levreux, mon arrière-grand-mère, mourut à Yainville le 5 mai 1895 et fut enterrée à Jumièges avec ce nom que j'ai retrouvé gravé dans la pierre: "Mainberthe". Qualifié de cultivateur après avoir été dit journalier, Pierre Mainberte passait pour un personnage acariâtre. Sur ses vieux jours, il se déplaçait à l'aide d'une canne dont il se servait volontiers comme bâton. Veuf de Louise, il intenta une procédure contre ses filles au motif qu'elles ne concouraient pas à ses besoins. Pierre Mainberte mourra en 1904 à Yainville chez mon grand-père, à Claquevent. Mais il sera enterré à Jumièges.

En juin 1895, Pierre Louÿs est venu rejoindre Tinan à Jumièges. Il y écrit et commet une page scatologique.

La procession du Saint-Sacrement remonte chaque année la rue principale de Jumièges. Avec ses charitons, une confrérie datant des temps de la peste, issue de volontaires pour procéder aux enterrements. Le chariton marche en avant, une cloche dans chaque main. En 1895, il est suivi du garde suisse comme j'en ai vu un, enfant, à la messe de minuit à Caudebec. En tête de la procession vient aussi M. Deshayes, ceint de son écharpe blanche d'ancien combattant de Crimée, vient le chantre de l'église, M. Lafosse.

Avril 1895. Avec leurs hauts bonnets à poils, les pompiers de Duclair renforcent leurs collègues de Barentin pour encadrer la visite du président Faure qui décore une vingtaine de vieux ouvriers. Les pompiers de Jumièges sont également de la fête.


Brûlées vives

Le Journal de Rouen, 16 janvier 1896. 

Hier soir (13 janvier), vers six heures, un déplorable accident a cause une vive émotion dans la commune de Jumièges.
Un ménagère, la femme Obiat, avait chargé une petite fille, Marie Costé, âgée de dix ans, d’emplir sa lampe de gazéoline. L’enfant prit le bidon, et, sans plus de précaution, s’approcha de la cheminée. Comme elle versait la gazéoline, les vapeurs s’enflammèrent au foyer de la cheminée ; le bidon fit explosion, et Marie Cosré se vit instantanément envoloppée de flammes.
Mme Obiat, saisie d’épouvante, envoloppa l’enfant dans ses bras en s’efforçant d’étouffer les flammes ; mais elle-même ne réussit qu’à faire prendre en feu ses vêtements.
Aux cris des deux victimes, les voisins accoururent et en les couvrant de couvertures, finirent pas éteindre le feu.
Trop tard, malheursuement, Mme Obiat était si grièvement brûlée qu’elle a succombé le lendemain matin au milieu d’atroces souffrances.
La petite Marie Costé était, elle-même, très gravement atteinte, sur toutes les parties du corps, et on désespère de la sauver.
Mme Obiat, née Julie Jersey, était âgée de soixante-cinq ans.


Alphonse Grain assassiné
28 janvier 1896. Un assassinat a été commis la nuit dernière à Sainte-Marguerite-sur-Duclair. Et c'est encore au hameau des Caillettes.
Notre page spéciale

Ils chutent de voiture
Le Journal de Rouen, 7 juillet 1896.
La semaine dernière, dans la matinée, MM Bonamy, père et fils, accompagnés des époux Feuilhye, se rendaient en voiture à Heurteauville et suivaient le chemin de Mesnil-sous-Jumièges à Yainville, lorsque le cheval ayant eu peur d’une brouette que traînait un jeune homme, a fait un brusque écart.
Dans le mouvement, le moyeu de la voiture est venu heurteur un arbre, et les quatre voyageurs ont été violemment projetés sur le sol.
En tombant, M. Feuilhye s’est fait de nombreuses contusions, et enfin M. Bonamy père a été grièvement blessé à la tête. Seul, le fils de ce dernier n’a eu aucun mal.
Les blessés ont été conduits chez les époux Portail où ils ont reçu des soins empressés.
L’état de M. Bonamy père est très alarmant.

Ecrasé par son attelage
Le Journal de Rouen, 16 juillet 1896.
Un terrible accident s’est produit un de ces derniers soirs, au hameau de Gauville, commune de Saint-Wandrille-Rançon.
Un jeune homme de quinze ans, nommé Hochard, domestique chez M. Albert Leroy, à Yainville, conduisait une voiture à deux roues chargée de fruits, lorsqu’à un moment donné, un des traits s’étant détaché, il descendit pour le rattraper ; mais ce mouvement fut si malheureux que le pauvre garçon tomba sous la roue gauche qui lui passa sur les reins.
Transporté aussitôt dans une maison voisin, au hameau de Gauville où l’accident venait de se produire, Hochard y reçut les premiers soins ; bientôt, aidé par son frère qui l’accompagnait, il put remonter sur la voiture, mais le malheureux expira peu de temps après sont arrivée à Caudebec-en-Caux.


La venue de Félix Faure
Août 1896. Du Havre, le président de la République s'embarque le matin à bord de l'aviso-torpilleur Sainte-Barbe. Il est accompagné de Mme Lucie Faure, de M. et Mme Berge (sa fille et son gendre) et de Hanotaux, le ministre des Affaires étrangères.
Le navire accoste à Duclair vers onze heures. Tous les maires du canton sont là ainsi que M. Hendié, préfet de la Seine-Inférieure, M. Waddington, sénateur, M. Le Souëf, député,  Maurice Lebon, député et leurs épouses. Il y a aussi Lechevalier, député, Laurent, maire de Rouen. La ville est entièrement pavoisée. Lebon présente un à un les maires du canton à Félix Faure qui prononce quelques mots de remerciements en réponse aux souhaits de bienvenue. Puis on se dirige vers l'hôtel où 60 couverts ont été dressés.
A la fin du déjeuner, Richard Waddington porte un toast au Président de la République qui associe à ses remerciements le ministre des Affaire étrangères. Après le déjeuner, Faure remet les palmes académiques au maire de Duclair, et la croix du Mérite agricole à Boutard, le maire de Jumiéges.
On retourne ensuite à bord de la Saint-Barbe qui conduit le Président à Jumiéges. En arrivant, Félix Faure se rend à pied aux ruines de l'abbaye, qu'il visite. Puis on se rembarque pour Caudebec-en-Caux. Là, un punch sera servi a l'Hôtel de Ville où le maire, M. Caumont, reçut les Palmes académiques. Le Président visita ensuite l'hospice où l'on décora la supérieure pour ses 50 ans de services puis, à cinq heures, il se rendit en voiture à Saint-Maurice-d'Etelan, à la propriété de son gendre où il fit l'ouverture de la chasse le lendemain.

Une chasse royale

Le Journal de Rouen du 27 décembre 1896

Jeudi dernier, une partie de chasse était organisée dans la forêt du Trait par MM Emngard, de Duclair, et Delametterie qui avaient comme invités MM Louis Vauquelin et J. Neveu de Jumièges.
A peine en chasse, les chiens ont attaqué les sangliers et une laie a été mise bas.
Un des chasseurs, M. Neveu, continuant à suivre la voix des chiens, s’est trouvé tout à coup face à deux compagnies réunies comprenant une vingtaine de têtes.
Sans perdre de temps, M. Neveu envoya une balle au-dessous de l’œil de l’un des animaux, un coup de chevrotine au milieu du front d’un autre.
Les deux bêtes, deux laies, pensant l’une 140 kilos et l’autre 75 kilos, tombèrent raides mortes, pendant que toute la bande s’enfuyait non sans s’être vengée auparavant en cassant une patte et crevant le poitrail du chien de M. Neveu.
Les quatre chasseurs accompagnant ce superbe butin sont entrés à Jumièges, vers sept heures du soir, recevant sur le parcours les félicitations des cultivateurs riverains de la forêt du Trait.



L'excursion vire au scandale
Septembre 1897, Louis Obiat, 66 ans, domestique à Jumièges se pend à une poutre au dessus de son lit. On attribuera ce geste à une maladie incurable. Le même mois, une excursion fluviale à l'abbaye de Jumièges fit scandale dans la région.

Il tire sur son beau-frère

Les époux Charles Deshayes, à Jumièges, étaient séparés depuis dix mois. Le 10 octobre 1897, à 6h du soir, le mari vint inviter sa femme à reprendre la vie commune. Sur le refus de celle-ci, il tira un couteau et voulut la tuer, mais le frère de la femme, Albert Rigault,  prit un fusil et tira à bout portant sur Deshayes qui s'écroula comme une masse. Le parquet de Rouen se rend sur place le lendemain matin. Le meurtrier, arrêté, prétend que c'est la boisson qui l'a excité.

14 janvier 1898 : On ignore l'identité de trois ouvriers qui, oecupés à Duclair à retirer l'ancre d'un navire, tombèrent au fond du fleuve lorsque le flot les surprit et fit chavirer leur barque. (La Croix,)

Heurteauville vit sa vie. En mars 1899, Louis Fauvel obtient 9 voix sur 10 au poste de maire. Aristide Leprince en recueille 7 pour être adjoint.

Incendie à la chapelle
 

Dans une petite commune des environs de Duclair, une femme de quarante-cinq ans boit tellement qu'à son retour au logis, le mari ne trouve aucune nourriture préparée. Cette femme envoie plusieurs fois par  jour sa fillette, âgée de six ans, chercher de l'eau-de-vie chez débitant. L'enfant boit à même la bouteille le long du chemin en disant ; « Que c'est bon ! Que j'aime donc cela ! »

Bulletin de l’académie de médecine, 1907


31 juillet 1898 : le Dr Léonide Maillard, rédacteur au Journal de Duclair, devient conseiller général du canton.
 
A Jumièges, il est bien connu puisqu’il y a été médecin au sortir de la faculté. 

En août 1898 passa dans la plaine de Yainville un critérium de tandem, Rouen-Le Havre.





Cette année-là meurt Jean de Tinan à la fleur de l’âge. Un familier de Jumièges à la plume sulfureuse...

13 septembre 1898. "Une chapelle très ancienne, appelée la Mère-Dieu, située à 4 kilomètres de Duclair, dans la forêt de Jumièges, appartenant à M. Prat, a été la proie des flammes. Les pertes sont évaluées a 500 francs. La cause est accidentelle, elle est attribuée à plusieurs cierges allumés qui avaient été placés par plusieurs personnes venues le matin en pèlerinage, et qui auraient communiqué le feu aux objets déposés près de la statue de la Vierge." (Le Gaulois)
Le Journal de Rouen ajoute qu'il ne reste plus que les quatre murs de cette chapelle très ancienne située au lieu-dit le Chêne. On y venait en nombre en mai mais aussi le 8 de septembre pour la fête de la Vierge. Prat habitait Canteleu. Le feu se déclara le 8 septembre vers 10h du matin. Les dégâts furent couverts par les assurances.
A cette époque, des pompons et des épaulettes de shakos étaient déposés là en guise d'ex-votos pour conjuguer les fièvres.

21 Avril 1899. — Décret autorisant la société anonyme des grues à vapeur de Duclair à établir et à exploiter des grues à vapeur sur les quais...
5 avril 1901, vers neuf heures, le bateau à voiles chargé de sable pour la construction d'une digue, à Saint-Nicolas-de-Bliquetuit, a chaviré en Seine, en face de Saint-Wandrille-Rançon. Les deux hommes qui la montaient, nommés Henri Tarrz, vingt-quatre ans, célibataire, et Pierre Besnard, quarante ans, père de six enfants, tous deux demeurant au Trait, se sont noyés. L'accident parait dû au mauvais état du bateau qui coula déjà il y a deux ans et demi.
"Duclair (Seine-Inférieure), le 9 avril 1901. Je souffrais depuis plus de 3 ans de douleurs dans les mains et les pieds. J'ai fait usage du Beaume Victor, et ces douleurs ont entièrement disparu. Ernest Caudron." (Journal Le Progrès)

Deux doyens

On recherche souvent les doyens de sociétés ou assemblées. Eh bien ! c'est peut-être à Saint-Pierre-de-Varengeville (Seine-Inférieure), que se trouvent à la fois le « doyen » et le «, doyen d'âge » des conseillers municipaux de France. En effet M. Séhet, maire de cette commune depuis 1872, y est conseiller municipal depuis « l'élection du 30 juillet 1848 » ; voilà qui peut bien être un « doyen ».
Puis M. Honoré Vignerot, conseiller municipal depuis vingt-neuf années et actuellement adjoint honoraire, est entré dans sa quatre-vingt-onzième année. Il se rappelle parfaitement avoir vu les Prussiens à Saint-Pierre- de-Varenggville, en 1815 ; bambin de six ans, ils le prenaient sur leurs genoux pour le faire jouer.
On rencontre tous les mardis, dit le Journal de Rouen, sur la route de Duclair l'excellent homme cheminant allègrement et se rendant à pied au marcée, et il ne passe guère de dimanche sans jouer avantageusement sa partie de billard avec les jeunes gens du pays. Et voilà bien encore qui peut faire un solide
« doyen d'âge ». (Le XIXe siècle, 22 juin 1899).

Mesnil sous Jumièges (Seine-Inférieure), le 4 juin 1899. "Nous avons été très satisfaits de l'emploi du Baume Victor. Ma femme, atteinte de rhumatisme articulaire et obligée de garder le lit pendant plusieurs semaines, a été guérie par la friction de Baume Victor mélange d'huile d'olive. Moi même j'avais une douleur dans le genou qui m'empêchait parrfois de marcher, je me suis frictionné avec le même mélange. Depuis je ne me suis nullement ressenti de ces douleurs. Vauquelin, prop-cult."


Janvier 1900, A Saint-Paër, le jeune Etancelin, 5 ans, profite de l'absence de ses parents pour jouer avec des allumettes.. Ses vêtements prennent feu. Il est brûlé des jambes à la poitrine et succombe à ses blessures après douze heures de souffrances. Le même mois, toujours à Saint-Paër, la veuve Féron, 72 ans, se suicide dans l'Austreberthe. Huguerre fils, industriel, en a retiré le corps. Trop tard. Au château des Vieux, le même jour, un jeune menuisier d'Yerville vient voir son parent jardinier. En se lavant au bord de la citerne, il se noie...
A Varengeville, Tranquille Hauchecorne, 24 ans, ébranche un arbre chez Pigache. Coup de vent. Chute. Colonne vertébrale brisée, il meurt instantanément et laisse une veuve et un enfant de 5 jours.
A Sainte-Marguerite, on retrouve le cadavre de Pierre-Eloy Ponty, un journalier. Le docteur Allard diagnostique une congestion.


Juin 1900, Morin, un jeune garçon boucher de Duclair se baigne un dimanche dans la Seine. Quand il se noie. On retrouvera son corps au Mesnil.


2 juillet 1901 (Le Petit Parisien)

Des orages ont sévi avec une violence toute particulière en divers endroits. A Hénouville, la foudre est tombée sur le château de Mme veuve Dérivry et a provoque un incendie qui l'a détruit. Les pertes, estimées à environ 70,600 francs, sont couvertes par une assurance. Une avalanche de grêle, qui n'a pas duré moins de trois quarts d'heure, a tout saccagé à Duclair. Les arbres fruitiers sont hachés, les jardins fortement endommagés. La foudre est tombée en plusieurs endroits.


Vaut mieux boire ici qu'en face...
Jeudi 22 août 1901: visite de la société industrielle de Rouen: "Nous saluons au passage la gracieuse petite ville de Duclair, si renommée pour ses canetons, toute ensoleillée au milieu de la roche pittoresq ue qui l'encadre. Un facétieux commerçant a inscrit sur son enseigne avec quelque vérité « Vaut mieux boire ici qu'en face ».
Un peu plus loin, nous ralentissons notre marche afin de ne pas gêner les opérations de renflouage du  Félix-Faure qui touche à sa fin. Puis, nous arrivons à Jumièges à temps pour visiter les ruines de l'abbaye. (...) Parmi les vestiges intéressants recueillis et groupés dans le musée que Mme Lepel-Cointet, propriétaire actuelle, avait bien voulu nous permettre de visiter, citons la dalle tumulaire d'Agnès Sorel, celle du Tombeau des Enervés et un buste du célèbre abbé Simon Du Bosc, et quantité d'objets recueillis au cours des fouilles.
Après un déjeuner ou la gaieté et la bonne humeur suppléent aux somptuosités de la table, les objectifs multiplient les souvenirs de cette journée et nous reprenons la route de Rouen..."
22 août 1901 toujours, un douanier à la retraite, Joseph Stempf, rentre chez lui à Port-Jumièges. Et tue sa femme, née Rosalie Soligny, à coups de marteau. Il va ensuite se noyer. Lire notre page spéciale


L'école privée sommée de fermer


Juin 1902. Jumièges —Le croiseur Cassini et les torpilleurs de haute mer Yatagan, Durandut et Fauconneau, venant du Hâvre, ont fait leur apparition devant Jumièges, samedi. à huit heures du matin. La présence de cette escadrille a fait sensation dans le pays el les bords de la Seine n'ont pas tardé a se garnir de curieux. Cette force navale a séjourné devant Jumièges jusqu'à trois heures de l'après-midi. Elle a ensuite regagné le Havre pour de là se rendre à Cherbourg.

Juillet 1902
. Un incendie se déclare au Trait dans un bâtiment où dorment onze ouvrier agricoles. Peu de dégâts. En revanche, deux heures plus tard, un second départ de feu dans un autre bâtiment ravage tout. Nous sommes dans la ferme de M. Bocquet, la propriétaire est MMe Tuvache, de Guerbaville.

24 juillet 1902, en pleine guerre de religion, le journal Le Temps s'insurge: "Les religieuses qui dirigent l'école maternelle libre de Jumièges ont reçu l'ordre de fermer cet établissement dans un délai de huit jours. L'asile de Jumièges a été construit il y a trente ans environ par Mme veuve Eric Lepel-Cointet. Le terrain, la-construction, l'aménagement, l'ameublement, n'ont pas coûté un centime à la commune.
Depuis cette époque, Mme Lepel-Cointet a payé de ses deniers les religieuses qui ont successivement dirigé l'asile, où tous les enfants sans distinction étaient non seulement admis, recueillis, soignés, instruits, mais encore presque entièrement nourris.
Ces temps derniers ils étaient au nombre de soixante-cinq. De plus, une religieuse était chargée de visiter les malades et de leur délivrer gratuitement des médicaments." 


Dans la Vigie de Dieppe — La commune île Jumièges va connaîre les douceurs des proscriptions édictées par M. Combes. Les religieuses dirigeant l'Ecole maternelle libre ont reçu, par lettre préfectorale en date du 13 juillet, l'ordre de fermer leur établissement dans les huit jours. L'Ecole maternelle de Jumièges recevait plus de soixante enfants. Cet asile — on lui a conservé dans le pays cette ancienne appellation — avait été fondée il y a une trentaine d'années par Mme Erric Lepel-Cointet, qui entretenait de ses deniers les soeurs institutrices. L'établissement qui vient d'être fermé par l'autorité ne coûtait donc rien à la commune; inutile de dire qu'il lui rendait de grands services.
Le Journal de Duclair fait une constatation piquante ; Il rappelle que le même M. Mastier qui, en qualité da préfet, vient de donner l'ordre de fermer 1'asile, a été,  il y a quelque vingt cinq ans, précepteur des enfants Lepel-Cointet, « c'est à dire instituteur libre et privé, aux gages de la famille Lepel-Coinlet, dans les mêmes conditions que les religieuses qu'il fait partir aujourd'hui. M. Mastier connaissait donc mieux que personne les conditions dans lesquelles l'école maternelle libre de Jumièges a été créée et fonctionnait
.

Le journal Le Renseignement nous renseigne précisément sur le succès grandissant d'une nouvelle pratique: le divorce. Un jugement du 23 décembre 1902  du tribunal de Rouen nous apprend celui de Marie Séraphine Landrin, résidant à Jumièges, d'avec le sieur Blard, qui n'y habite plus. Le jugement est au profit de l'épouse. Un autre jugement en date du 11 février 1903 scelle la séparation de biens entre Mme Ouin, demeurant à Jumièges et M. Barbey, journalier, au profit de la femme. 
Janvier 1904 : Alphonse Perdrix, 55 ans, rentier, est retrouvé pendu à Barneville, de l’aut’ côté d’l’iau. Le Dr Texier constate le décès de cet homme dont la raison s’égarait.


Le 8 février 1904, un certain Vincent, 42 ans, journalier d'Heurteauville, part avec une barque de location pour se rendre à Norville en compagnie de son fils âgé de 12 ans. On ne les revit jamais.

7 juin 1904. Ce sont les fêtes normandes à Rouen. La matinée et une partie de l'après-midi sont consacrées à une excursion à Jumièges. Les membres du comité et leurs invités se sont embarqués, à huit heures du matin, au quai de la Bourse, sur le vapeur Félix-Faune, qui s'est bientôt mis en marche pour son lieu de destination. La visite des ruines de la célèbre abbaye, chantée par Victor Hugo et qui fut fondée au douzième siècle 'sic !) par saint Philbert, et du musée lapidaire, ont vivement intéressé nos hôtes, qui étaient de retour à Rouen dans l'après-midi.

31 juillet 1904 : le Dr Maillard est réélu conseiller général du canton. 

26 septembre — Dans la journée de lundi, une jeune femme nommée Louise Bettencourt mourait presque subitement, au hameau du Sablon, près Jumièges. La gendarmerie, après une enquête sommaire, conclut à la mort par congestion alcoolique, sur les dires des voisins ; mais comme Louise Bettencourt portait une blessure à la poitrine, le docleur Chatel, de Duclair, fut mandé. Il vint au Sablon et, n'ayant pas qualité pour faire l'autopsie, il rédigea un rapport dans lequel il présumait que la blessure n'avait pu occasionner le décès.
L'autopsie seule pouvait établir la cause déterminante de la mort, le drame n'ayant eu d'autre témoin que Emile Barbey qui habitait avec la jeune femme. Le cadavre qui avait été déjà placé dans un cercueil,f ut mis sur une table et le médecin légiste pratiqua l'autopsie. Les conclusions n'en paraissent pas douteuses : il y aurait eu crime. Au vu des conclusions de l'autopsie, M. Perrin fit arrêter Emile Barbey.

15 janvier 1905 :  le Mérite agricole va à Sever Boutard, maire de Jumièges.

1905 : Fouilles à l'abbaye de Martin du Gard qui loge chez un ami, Maurice Ray, à Yainville. Les assises du transept et du chœur de Notre-Dame sont dégagées.

Du 15 au 20 juillet eut lieu une régate entre Duclair et Le Havre. Toujours en juillet 1905, le 17, deux bataillons du 74e cantonnèrent à Hénouville et La Fontaine et deux du 39e à Varengeville.

Années 1906-1907, Henry Lécuyer, le frère de lait de Maupassant, vit vraisemblablement à Jumièges après avoir épousé à Canteleu Augustine Duhamel. Il établit en effet une descendance ici à cette époque mais on perd ensuite sa trace…

27 juillet 1906, vers 10 heures du matin, le vapeur Hippolyte-Worms s'échoua sur la rive gauche du chenal, près du passage d'eau de Mesnil-sous-Jumièges ; s'étant renfloué par ses propres moyens et sans avaries apparentes, à l'arrivée du flot, il se remit en marche vers 2 heures après-midi.

Dans huit jours le mardi 18 septembre (1906) on vendra, chez un notaire de Caudebec-en-Caux, l'antique monastère de Fontenelle. Ce monastère, qui est situé dans un vallon boisé, sur le territoire do la commune de Sàint-Wandrille-Rançon., était occupé, avant la dispersion des congrégations non autorisées, par des bénédictins de Solesmes. Il y a une dizaine d'années, avant leur arrivée, on vendit, à l'hôtel des commissaires-priseurs de Rouen, le « trésor » de cette abbaye, et les vieux Rouennais se souviennent d'avoir vu, à cette époque, de fort belles boiseries, des missels et de curieuses orgues portatives du quinzième siècle qui passèrent dans les mains des collectionneurs. 


Drame de l'alcoolisme à Varengeville

1er octobre 1906. (Le Petit Parisien)

Le parquet de Rouen s'est transporté au hameau de Candos, près Saint-Pierre-de-Varengeville, où un drame de l'alcoolisme a eu lieu.

Hippolyte Carré, journalier, âgé de cinquante-cinq ans, avait fait la fête, dimanche soir, avec Ernest Golle, âgé de trente-cinq ans, Gustave Bollée, vingt-huit ans, tous deux ouvriers de fabrique, et quelques amis. Vers minuit, tout le monde était ivre.
Une discussion très vive éclata entre eux pour un motif futile dans la cour d'un voisin, nommé Cavelier. Celui-ci sépara les antagonistes. Alors, Golle rentra chez lui et revint avec un fusil chargé de plomb no 7. Il était accompagné de Bollée tous deux invectivèrent Cavelier, sur lequel ils auraientcertainement tiré si sa femme ne l'avait empêché de sortir de sa maison.
Pour son malheur, Carré, lui, sortit, et voyant Golle armé, il s'élança pour lui arracher son arme. Dans la lutte, un premier coup partit qui n'atteignit personne. Le choc fit tomber Golle et, au moment où Carré allait lui arracher l'arme, l'ouvrier de fabrique lui envoya une décharge à bout portant quil'étendit raide mort, la trachée artère coupée. Les deux coupables allèrent ensuite se coucher.

La gendarmerie de Duclair, avisée par Cavelier, les a arrêtés ce matin. Après l'autopsie pratiquée par le docteur Didier, les meurtriers, qui se rejettent la faute l'un sur l'autre, ont été emmenés à Duclair.


Dimanche 10 février 1907, à Jumièges, Madeleine Duparc alluma un feu de joie fait de mille bourrées. Mille !

Avril 1907. Gêné par la brume, le vapeur norvégien Bayard détruit en partie l'appontement du Touring-club de France, à Duclair. Sa gazette de mai indique ques les services de la navigation vont le réparer promptement pour sauver la saison de yachting.

Mai 1907. Yvetot. — Fernaud Jauffrey, vingt-quatre ans, a été arrêté par le commissaire de police au moment où il mettait en vente sur le marché une vache qu'il avait volée dans un pré de Jumièges.

L'accident d'Yainville
27 mai 1907. C'est la fin de la journée. Une voiture appartenant à la maison Brillé, dont la construction venait d'être terminée au Havre, conduit le chauffeur Vestu et le mécanicien Héricher pour assister à une course de véhicules industriels. Les deux hommes reviennent au Havre quand à Yainville, en voulant éviter un chien qui gambade autour de la voiture, le conducteur Vestu percute la bête avec sa roue d'avant. D'autres diront qu'il entra en collision avec une charrette. Bref, l'auto fait une embardée et culbute dans un fossé. Seulement, au revers de ce fossé, trois chemineaux étaient assis. Ils n'eurent pas le temps de se garer et furent littéralement fauchés par l'auto : la veuve Boulais, 59 ans, qui a eu la cuisse droite fracturée, Henri Fromentin, 59 ans, tous deux journaliers à Villers-Ecalles et Jean-Louis Durand qui reçut de très graves blessures au sommet du crâne. Les trois blessés furent conduits à l'hospice de Duclair où Durand succomba quelques heures après. Les mécaniciens, eux, sont indemnes.

27 juin 1907. J Bastard, couvreur à Duclair, meurt d'une chute de toit.


Il avale du verre !

16 juin 1907. M. Boissel-Dombreval, juge d'instruction, confrontait, l'après-midi, un nommé Goll, de Saint-Pierre-de-Varengeville, âgé de trente-quatre ans, marié et pére de quatre enfants, braconnier fieffé, avec un nommé Decharrois et plusieurs autres témoins, au sujet d'importants vols de métaux commis à l'usine Gillon, de Villers-Ecalles. Les dépositions étant accablantes pour Goll, celui-ci sortit soudain une petite glace de sa poche, la brisa en mille morceaux et, avant qu'on pût prévoir son acte, en avala une grande partie. Goll a élé transféré à l'inflrmerie de la prison Bonne-Nouvalle.

Eté 1907 : Marcel Proust visite l’abbaye.

Septembre 1907. Au Mesnil, le jeune Aubert tombe accidentellement dans la Seine. Et coule à pic.

Début novembre. Jumièges. — Le feu a détruit la nuit un baraquement en planches servant d'habitation aux époux Moignac.

10 novembre 1907. Les bûcherons syndiqués exploitant la forêt dé Roumare se mettent en grève à la suite d'une réu'nion tenue à Saint-Pierre de Manneville. Ils. se sont rendus à Quevillon pour débaucher les ouvriers. Ceux-ci ont refusé de quitter le travail. Les grévistes demandent que l'exploitation de la forêt de Roumare soit exclusivement réservée aux bûcherons syndiqués.

1908 : La maison Baron Aîné, de Déville, consolide le porche et les tribunes du grand portail et reconstruit le pignon central sous la direction de M. Ventre, l'architecte des Monuments historiques. Mme Lepel-Cointet en est la commanditaire à ses frais.

6 octobre 1908. Le steamer autrichien Zichy, en montant la Seine à destination de Rouen, s'est échoué sur le banc de Yainville. Il est rentré au Havre pour se faire examiner par un scaphandrier.

1er janvier 1909. Au Mesnil, on recherche un vandale qui a mutilé 40 peupliers à coups de serpe.

11 avril. Au Mesnil, un satyre de 53 ans, Victor Moulin, abusait d'une fillette infirme de 16 ans. Il est écroué.

4 mai 1909, cinq hommes pesant plus de 100 kg se réunirent au café Ameline. Il s'agissait de MM Lamy, Rousseau, Porte, le boucher, Jules Ibert, le forgeron et Baptiste Fradet, le chauffeur de Mme Lepel-Cointet. 1909 est aussi l'année où Eléonore Lambert devient capitaine des pompiers. Martin du Gard publie son étude.
Un officier, 17 hommes, 25 chevaux, un détachement du 3e escadron du train des équipages de Vernon est logé chez l'habitant à Duclair.

Au Mesnil, un satyre de 53 ans, Victor Moulin, abusait d'une fillette infirme de 16 ans. Il est écroué.

1er août 1909
, le Journal de la Gendarmerie nous apprend que par arrêté du ministre des Finances, a été nommé à Jumièges receveur buraliste de lre classe M. Partoy, ex-gendarme à la 15e légion de gendarmerie.

A cette époque, quand vient le mois de mai, il n’est pas rare de voir dans les fermes autour du marais d’Heurteauville des couleuvres se dorer au soleil sur les tas de fumier. Elles ont de 12 à 15 centimètres de long et la grosseur d’un petit crayon.



En 1910 Paul Mascart était préposé des douanes à Duclair. Il avait la particularité d'être peintre et fondateur, avec Marcel Delaunay, de la Société des artistes rouennais.

Janvier. Le cadavre du nommé Charles Buron, 59 ans, domestique, est retiré de la Seine à Jumièges.

31 mai: La société française d’archéologie termine un périple de deux jours par Jumièges. Elle remet à Mme Lepel-Cointet, membre de la société, sa grande médaille vermeil tout en regrettant l’absence de Martin du Gard pour enrichir les exposés.

4 juillet : Henri Denise, le restaurateur et maire de Duclair, est élu conseiller général.

Le maire assassiné !

L’homme qui arrêta Martin photographié ici l’année suivante près d’un puits.

14 juillet 1910, il est bientôt onze heures. Prosper Peschard, notaire et maire de Jumièges, s'apprête à présider la revue sapeurs pompiers commandés par Eléonore Lambert. Quand il tombe nez à nez avec Jules Martin, 45 ans, l’un de ses conseillers. Les deux hommes ont un lourd contentieux entre eux. Martin attend de l’argent du notaire. Le notaire attend de l’argent de Martin. 

Ce matin du 14 juillet 1910, Martin tire un coup de feu qui va résonner longtemps dans le bourg de Jumièges. Peschard meurt trois jours plus tard. 


La foule assiste aux obsèques. Les commerçants de Jumièges ont baissé leur rideau. Procès. Là, Martin continue de crier au voleur. Des Jumégeois viennent-ils vider leur sac à la barre ? Il les injurie. L’assassin est condamné à finir ses jours à Cayenne.

Lire notre dossier:

19 juillet 1910. Le vapeur norvégien Normand, capitaine Molvig, s'échoue à Jumièges. Il transporte du bois pour Rouen. Deux remorqueurs de la capitale viennent le renflouer.

Le maire assassiné, c'est son adjoint, Delametterie qui lui succède du 16 août 1910 au 13 mars 1911, date à laquelle s'installera Sever Boutard fils dans le fauteuil du premier magistrat.

9ctobre 1910 le feu ravage le domicile de Robert Delaville, pêcheur et cultivateur au Mesnil.

30 octobre 1910. Dans la soirée d'hier, vers neuf heures, le comte de Bonvouloir, venant de Paris et se rendant à Jumièges, traversait Rouen quand, sur le boulevard du Mont-Riboudet, il aperçut devant lui, malgré la boue qui recouvrait ses phares, un homme traînant une charrette à bras. Il essaya de l'éviter, mais il atteignit la charrette à l'arrière et la fit ournoyer si brusquement que celui qui la traînait fut projeté violemment sur le sol.
M. de Bonvouloir qui conduisait lui-même son automobile s'arrêta immédiatement et se porta au secours du malheureux qu'il venait de renverser; mais tous les soins furent inutiles. L'homme avait été tué sur le coup. La victime de cet accident est un marchand des quatre-saisons nommé Campart, demeurant à Rouen. En 1907, le comte de Bonvouloir avait été condamné par le tribunal de Bayeux pour blessure par imprudence et vitesse excessive. Son mécanicien, Rivière, père de quatre enfants juché sur le marchepied, avait dû être amputé.




Janvier 1911.  Duclair. — M. Léon Ponty, aide-maréchal, a été mordu par un cheval qui lui a sectionné littéralement la première phalange de l'annulaire gauche
La Londe. — Désespérée de la vie, Mme Vve Lamral, 65 ans, marchande-épicière, s'est pendue dans sa maison
Saint-Martin-de-Boscherville. — Pendant l'absence de M. Berlin, entrepreneur de peinture, des malfaiteurs se sont introduits chez lui et ont enlevé pour 700F de bijoux (La vigie de Dieppe 13 janvier).


Les masques noirs

15 janvier 1911. Auguste Piel, rentier, âgé de soixante-treize ans, habitant seul dans une maison solitaire, à Hénouville, fut assailli chez lui, Lundi dernier, par deux individus, dont l'un
était masqué, qui le rouèrent de coups, puis fouillèrent la maison. Le vieillard ne porta pas plainte. Mais aujourd'hui, M. Piel a a succombé à ses blessures, et le parquet de Rouen, avisé, s'est rendu cet après-midi a Henouville.Ce fut la première victime de la bande dite des Masques noirs, composée de Levreux et Lieury, qui terrorisa la vallée de Maromme durant trois ans.

17 février 1911. On a repêché, à Jumièges  le cadavre de l'ouvrier Marcel Legris, 17 ans.

Mars. On ne sait pourquoi la Vigie de Dieppe publie cette brève : "Jumièges. — Mme Vve Glatigny, rentière, est morte subitement chez elle."

Dimanche 11 avril 1911, le Dr Loisel, de Rouen, se rend à Caudebec. Près de la gare du Trait, il change un pneu. Son fils est à ses côtés quand il est renversé par un coureur cycliste. Loisel porte plainte.

Mardi 11 avril 1911. Drouet, pharmacien de Duclair, avait à plusieurs reprises déclaré comme perdus et  de malles, des effets et un fusil de chasse pour encaisser la prime d'assurance. Il est arrêté et part à 15h en voiture pour être emprisonné à Rouen. Ce jour-là se tient le grand marché du Mardi-Saint. Raoul Lefebvre, cultivateur à Saint-Paër, rafle la plupart des prix. Primés aussi : Levasseur, de Varengeville, Boquet, Biard, Duquesne, Goddefroy, Prunier, de Duclair, Bataille, Hémard et Thierry, de Saint-Paër, Oscar Decaux et Albert Lainé, du Mesnil, Albert Jeanne, de Jumièges, Bernard et Hermier d'Ambourville...

Mai 1911. Un nommé Charles Lecoq, 20 ans, journalier, sans domicile fixe, d'Heurteauville, s'introduit par escalade chez M. Napoléon Saval, propriétaire à Hauville et dérobe une somme de 25 francs ainsi qu'une bouteille d'eau de vie. On l'arrête.

13 mai 1911. Un préposé des douanes, Léon Sainsaulieu, 32 ans, descendait la rue de l'Eglise à Duclair, lorsqu'il vint se heurter contre une automobile qui le culbuta et le traîna pendant plusieurs mètres. Il est grièvement blessé.

1911 : une particulière, Louise-Anne Givon, fait édifier une école au Conihout-de-Jumièges et en fait don à la commune. Elle gardera le nom d’école Lefort.

Eté 1911, la société d'histoire d'Eure-et-Loir visite la Haute-Normandie. 

"Nous brûlons Duclair, bourg pittoresque et tranquille qu'affleure la Seine, au confluent de l'Austreberthe. Comme dans un kaléidoscope, passent successivement les baies d'aubépine, les arbres fruitiers, les grandes cours normandes, les canetons à l'air ébahi.

Nos autobus s'engagent dans la presqu'île que dessine la dernière boucle du fleuve et que défrichèrent les 1.500 moines de l'abbaye dont les tours émergent à l'horizon.

Jumièges est le clou de notre excursion. Nous sommes introduitspar un guide compétent, originaire du pays, qui nous fait revivre tout un passé de domination monacale et de renaissance architecturale (...) Mme Lepel-Cointet, propriétaire de cet important domaine, ayant eu l'amabilité d'autoriser notre caravane à circuler dans toutes les dépendances, nous avons usé largement de l'hospitalité qui nous était offerte.

Les appareils photographiques sont vite braqués vers la façade, et le défilé commence dans les galeries, où des pancartes avertissent les touristes qu'on ne répond pas des accidents et qu'il faut avancer avec prudence. Comme rien ne résiste à l'action du temps, des moellons se détachent des bas côtés et des murs latéraux. Ce n'est pas tout : les points d'attache des dernières voûtes fléchissent, les contreforts ne peuvent plus résister à la poussée des grandes murailles que désagrègent les agents atmosphériques. « C'est grand dommage pour l'histoire et pour l'art, nous dit M. Mouton ; mais il n'y a guère de remède. »

8 septembre 1911. La presse :


Un officier victime de son dévouement

Le lieutenant Dusannier, appartenant à la  batterie du 22e régiment d'artillerie de Versailles, vient de trouver la mort en portant secours à un de ses hommes. C'est au cours des manœuvres de la 10e brigade, au village du Duclair, près Rouen, que ce triste accident s'est produit.

Pour baigner leurs chevaux en Seine, les canonniers avaient dû s'écarter du bord et s'avancer assez loin dans le lit du fleuve. A un certain moment, le cheval, monté par le canonnier Réthoré, glissa et disparut avec son cavalier. Le lieutenant Dusannier, voyant que celui-ci allait se noyer, n'écouta que son courage et se jeta à l'eau tout équipe. Bientôt, il donna des signes de lassitude, appela au secours et coula. Des mariniers se portèrent aussitôt avec une barque sur le lieu du sinistre. Mais il était trop tard. C'est à six heures et quart que le lieutenant s'était noyé. C'est seulement à sept heures que le corps du canonnier Rethoré fut retrouvé et a huit heures que celui du lieutenant Dusannier fut ramené sur la berge.

Les deux cadavres furent d'abord transportés à l'hôtel de la Poste, puis à l'hospice, où ils furent recouverts de fleurs et de drapeaux.


Décembre.  Jumiéges.— Dans une crise de délirium tremens, Emmanuel Landrin se pend chez lui. Mesnil sous-Jumièges. — S'étant approchée trop près du fuyer, Madeleine Martin, dix ans et demi, met le feu à ses vêtements et est grièvement brûlée.


14 janvier 1912. Le vapeur anglais John-Mary Church, montant à Rouen, s'est échoué dans la nuit de jeudi à vendredi, à 200 mètres en amont du feu de Yainville. Un remorqueur de Rouen est parti sur des lieux d'échouement. On craint que le vapeur ne soit gravement avarié. (La Croix)

23 février 1912. Une rixe sanglante a éclaté à Ambourville-sur-Seine, pour un motif futil, entre le sieur Delalonde, son fils et son beau-frère, nommé Levée. Le jeune Ducatel, voulant s'interposer entre les belligérants, reçut à la tête un coup de nerf de bœuf. Ducatel père, accourant pour défendre son fils, fut également blessé mais, s'armant d'un bâton, il frappa Delalonde père, qui, grièvement atteint, succomba peu après. Les trois autres sont dans un état grave.


Le nouveau conseil de Jumièges
"L'an 1912,  le 16 mai, jeudi, à 10 heures du matin, les membre du conseil municipal proclamés par le bureau électoral, à la suite des opérations des 5 et 12 mai 1912,  se sont réunis à la mairie sur la convocation qui leur a été adressée par le maire conformément aux art. 48 et 77  de la loi du 5 avril 1884.

La séance a été ouverte sous la présidence de M. Lefebvre Jules, maire, qui après l'appel nominal, a donné lecture des résultats constatés aux procès-verbaux et a déclaré installés MM:
Renault Anfry: 218 voix
Gruley Pierre: 210
Jeanne Albert: 192
Lefebvre Jules: 187
Glatigny Oscar: 184
Duparc Louis: 168
Neveu Raoul: 163 voix
Boutard Sever: 157
Duparc Aimable: 157
Gossey Emile: 156
Deconihout Albert: 136
Lamy Léon 129.

Dans leur fonctions de conseillers municipaux. M. Gruley, le plus âgé des membres du conseil, a pris ensuite la présidence. Le conseil a pris pour secrétaire M. Neveu Raoul"

(Relevé: Martial Grain)

Juin. Jumièges. — Emile Vigreux, 42 ans, domestique, se pend en se tirant un coup de fusil dans la bouche.

Juillet. Le prince est arrivé à Rouen vendredi matin à dix heures, par le chemin de fer, en compagnie de MM. Henry-P. Hansell, son précepteur anglais, et Maurice Escoffier, son professeur de français. Des appartements lui avaient été préparés a l'hôtel d'Angleterre où il a déjeuné. Au commencement de l'après-midi, le prince a été en automobile visiter l'abbaye de Jumieges. Vers quatre heures, il était de retour a Rouen. Il s'est alors rendu à lacathédrale... (La Vigie, 9 juillet)

Novembre 1912: le conseil municipal adopte une délibération capitale: ne plus financer de balais pour l'église.

1912 toujours, Pierre Paôn est l’instituteur de Jumièges. Il publie une petite notice sur l’histoire de la presqu’île et a gardé dans l’oreille les souvenirs de Sever Boutard père, l’ancien maire. Jumièges compte 930 habitants, 200 au bourg, 450 au Sablon, 180 au Conihout. Entre les deux, le marais est maintenant asséché depuis une cinquantaine d’années. Trois grands fossés dérivent l’eau jusqu’à la Seine. Il n’est inondé qu’aux grandes marées d’équinoxe. Dans ce secteur se trouve la pâture commune. C’est 198 hectares enclos où, moyennant une faible redevance communale, les habitants font paître 300 bêtes à cornes et quelques chevaux à la belle saison. Le haut du plateau, avant d’arriver au bourg, est peu fertile et convient à la culture de la pomme de terre et de l’orge. Dans les pentes, en revanche, on cultive céréales, fèves, trèfle, pois et pomme de terre. Les terrains du bord de Seine sont en revanche bien plus riches et donnent de fortes récoltes de blé. La cérémonie du Loup Vert ne se limite plus qu’à une haute flambée et une procession. On garde toujours un tison pour se prémunir de la foudre et des maladies


1913 : Mme Lepel-Cointet offre une pompe à bras au corps des sapeurs pompiers. L’été, Apollinaire visite les ruines avec André Billy. « Elles s’élèvent dans un beau parc. Jean de Tinan y erra souvent, paraît-il. Et près du petit musée, où l’on conserve la pierre tombale d’Agnès Sorel et le tombeau des Enervés, nous vîmes un cabinet de travail dont la décoration nous ramenait un peu plus de quinze ans en arrière. Les murs sont couverts d’affiches, de programmes de théâtre, d’éventails, de photographies… »

Vers cette époque, M. Détienne devient le guide de l'abbaye. Il s'installe dans le logis de l'entrée. Avec son beau-père, il a aidé aux fouilles archéologiques de Martin du Gard. Il verra se tenir ici le congrès d'archéologie sous la présidence de Lefebvre-Pontalis. Puis vint le Prince de Galles qui regretta ne point pouvoir monter aux tours.

6 août 1913. Georges Despois, qui se baignait dans la Seine, à Varengeville, est surpris par l'arrivée du flot et se noie.

6 août 1913, le jeune Maurice Deconihout, âgé de onze ans et demi, élève de l'école mixte d'Heurteauville, remit au brigadier des douanes un porte-feuille renfermant 3.950 francs, qu'il venait de trouver sur le chemin de halage. Le soir même le propriétaire put entrer en possession de son bien. M. le président du Conseil, ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts, et M. l'inspecteur d'Académie ont adressé une lettre de félicitations au jeune Deconihout.

Septembre. Duclair. — Un enfant de neuf ans, nommé Landrin, dont les parents demeurent à Mesnil-sous-Jumièges, tombe en Seine en jouant et se noie.

Le crime de Mme Prunier
3 janvier 1914. Drame de l'alcoolisme. Au Mesnil-sous-Jumièges, habitent depuis un certain temps, un vannier, nommé Alphonse Prunier, 51 ans, dit encore Anfry et sa femme, née Ursule Lepelletier, 41 ans. Le mari était un ivrogne et un brutal, et il maltraitait continuellement sa femme.
Vers minuit, les voisins entendent des coups de feu et aperçoivent aussitôt Ursule, le visage ensanglanté. Le maire, qui habite à côté, se précipite et la questionne. Mais elle ne pourra pas répondre. Elle a la machoire fracassée. En pénétrant dans la maison, le maire découvre l'horreur. Anfry git à la tête de son lit.
Lasse de subir ses mauvais traitements, la femme Prunier profita du sommeil de son mari pour lui tirer à bout portant, un coup de carabine dans la téte, La mort fut instantanée. Puis, affolée d'avoir tué son mari, elle recharge son arme et tente de se tuer par le même moyen. Elle se blesse grièvement, et elle est transportée mourante à l'Hôlel-Dieu de Rouen.

1914 encore. Gabriel-Ursin Langé, le poète dont la mère est de Jumièges vient enterrer un grand maître de la confrérie de Saint-Jean Baptiste.

Juin 1914 : la troupe de l'Odéon donne La passion du Christ dans les ruines de l'abbaye. A la fin du mois: visite d'Aristide Briand, du prince et de la princesse de Grèce. Une noce s'égaye à travers les ruines quand sonne le tocsin de la mobilisation.

 


POUR SUIVRE: LA IIIe REPUBLIQUE  


 

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